Calés au Café à Galle

En descendant du train de Colombo, nous filons directement à travers les ruelles de la ville fortifiée pour retrouver Charles et Maneyika au Jardin du Fort.

Leur activité est plutôt bien installée, mais ils sont un tantinet fatigués par le travail à l’hôtel et l’ouverture récente du café.

C’est pourquoi, un mois plus tôt, lors de notre premier passage à Galle, nous avions déjà prévu de repasser, et pourquoi pas, de leur filer un coup de main dans leur boulot pour deux ou trois semaines.
Nous écrivons cet article après un séjour de deux mois passés à Galle.

Depuis notre arrivée, nous avons enchainé passages à l’hôtel, nuits au Fort, aller-retour en cuisine et au café, plage et surf, visite et repos dans le cadre heureux et isolé de la maison de Charles et Maneyika dans laquelle nous sommes chaleureusement invités et installés.

Accrochée à flanc de colline dans le village d’Heenatigala, cette maison offre une vue incroyable sur la forêt environnante.
N’ayant que peu de voisins, les terrains aux alentours sont peuplés de singes bondissants d’arbres en arbres, d’une multitude d’oiseaux aux couleurs chatoyantes, et d’une variété infinie d’insectes.
Les jaquiers, manguiers, bananiers mais aussi des plantes aux fleurs bariolées font dorénavant partie de notre environnement quotidien.

Nous y avons nos quartiers dans une chambre confortable, avec vue, au travers d’une immense baie vitrée, sur le jardin et en contrebas la piscine. Plutôt sympa notre « chez nous » du moment !

Au-dessus, ce sont les appartements de Maneyika et Charles.

Nos repas se font sur la terrasse, ne faisant face qu’aux arbres, tous plus grands les uns que les autres.

En fond sonore, le léon des paons sauvages, les conversations aiguës des écureuils, les chants des oiseaux, et les cris des singes.
Sans oublier bien évidemment, le tuktuk boulanger et sa sempiternelle Lettre à Élise, dont le son, un brin saturé par le haut-parleur n’agace pas que Beethoven, et la litanie du monastère voisin.

Cet endroit est vraiment paisible, et nous nous y sentons bien.

Maneyika, en très bon marmiton, nous concocte des cocotes de curry à la coco, mais pas que.

Dans le jardin, elle se sert des fruits du jacquier, de piments, de fanes de radis ou de lady’s fingers.
Nous sommes également ravis de retrouver une cuisine et nous mettre aux fourneaux. Enfin, Charles… est très bon pour ouvrir des bouteilles ou préparer des Pastis pour l’apéro.
En gros, ce n’est pas ici que nous allons maigrir, et c’est la principale contrepartie de notre nouvelle amitié.

C’est aussi attablés à cette terrasse, faisant face à cette incroyable biosphère, que se tiennent nombre de nos « réunions de travail ».
Parce qu’on ne chôme pas non plus.
Les premières semaines passées ici ont été riches en apprentissage. Nous nous plongeons dans l’univers de l’hôtellerie, de l’ordonnance des tâches de chacun, leur analyse puis leur amélioration, la gestion de l’équipe…
Nous aidons à peaufiner les recettes que Maneyika a mises en place, apprenons à faire des croissants (oui oui, avec le beurre et la pâte feuilletée).

Nous participons à l’organisation du Café, récemment ouvert et relayons Charles et Maneyika dans leur activité. Nous prenons le rythme et trouvons notre place dans cette sympathique famille du Jardin du Fort.

C’est la haute saison, et l’hôtel ne désempli pas. Tout le monde est sur le pont, et le coup de feu est souvent éreintant.
Mais le travail est gratifiant, car nous recevons directement les éloges et sourires des hôtes enchantés. Notre travail est aussi beaucoup dans l’accompagnement des clients. La taille réduite de l’hôtel (5 chambres) nous permet de passer du temps avec les voyageurs, et s’ils sont ravis de cet accueil, nous faisons, de notre côté, de belles rencontres allemandes, anglaises, françaises, canadiennes ou australiennes, et gardons parfois contact dans l’espoir de pouvoir un jour se revoir, ici ou là-bas, on ne sait jamais.

Les rues atypiques de la vieille ville fortifiée nous deviennent de plus en plus familières.
Nous les arpentons peu, mais dans l’idée de décompresser et laisser derrière nous l’hôtel et le « travail » et nous dégourdir les jambes.

Comme expliqué lors de notre premier passage, cette ville est très photogénique et un très bon sujet pour les croquis de Marion, que ce soit les vieilles églises hollandaises ou portugaises, les vieux bâtiments désaffectés ou réhabilités, les remparts, le vieux phare, ou le tout petit port de pécheurs que nous découvrons de bon matin.

Les marins rentrent de leur labeur matinale, remontent leurs esquifs avant de vendre leurs poissons aux chalands.
Sur les étals de bois, d’énormes thons prennent place (parfois plus d’un mètre), des maquereaux ou des orphies argentés, des sardines longues comme la main, ou quelques poignées de crevettes ou de sèches. Les poissonniers, protégés de tablier en papier journal et munis de massifs couteaux d’acier préparent et débitent les poissons frais à même le billot. Chiens, chats, hérons et corbeaux se disputent les restes.

Nous en profitons d’avoir un « chez nous » pour nous offrir de délicieux thons de 3 ou 4 livres pour l’équivalent de quelques euros, et sommes ravis de partager cette délicieuse chair en risotto, en papillote, ou même en tartare avec Charles et Maneyika.

Charles nous prête un scooter, ce qui nous permet de nous balader à droite et à gauche. Quelle chouette liberté.

En longeant la route de la côte, nous observons les pécheurs qui rentrent les filets lourdement chargés de poissons (pas seulement malheureusement).
Nous apprenons à laisser la place aux bus insistants, ces rois de la route aux coups de klaxons tonitruants qui roulent à tombeaux ouverts. Ou à nous perdre dans les petites routes qui mènent aux villages à travers les rizières et les collines.

À l’extérieur des remparts, la ville nouvelle toute en béton, nous saute à la figure. Un Bouddha géant au rond-point, et quelques boutiques, la mamie au jus d’orange à 50 roupies et la chaotique gare de bus. Nous trouvons notre papy-qui-va-bien et son délicieux rice and curry et le vendeur de fruits qui nous reconnait. Nous prenons nos habitudes dans les bazars encombrés, les marchés où acheter de la viande, les magasins pour quelques bouteilles de bières, et où trouver du bon pain.

Charles et Maneyika nous font découvrir la jolie boutique d’antiquités où l’on rêverait d’acheter la moitié du magasin pour quand-on-aura-une-maison, le bon spot pour les jus de fruits ou pour les burgers, pour une noix de coco ou un toddi (alcool de palme). On déguste des plats délicieux dont Maneyika seule a le secret, on apérote à la plage.

Parfois, il nous est arrivé de poser nos fesses sur le sable fin de Jungle Beach, aux jolies petites criques abritées de cocotiers et arbres aux larges feuilles, aussi bien prisées par les touristes que par les locaux, dont certains avinés. D’aucuns font des châteaux de sables quand d’autres parfont leur bronzage.

Les journées sont souvent ensoleillées – voire très chaudes, et notre teint pâle de ces derniers mois froids brunit tranquillement.

Nous partons en balade tous les 4, dans la veille Jeep de Charles, soit pour une journée de snorkeling à Polhena, petit village pas si loin, soit pour visiter certains de leurs amis dont paons et tortues occupent naturellement le jardin, pour découvrir les divers resto’ sympa du coin ou pour visiter quelques activités locales…

Parmi elles, une petite usine de teinture et tissage traditionnel.
Coincée entre cocotiers et jacquiers, elle est l’une des dernières du pays à concevoir encore à la main.

Le patron, aussi bien que les employés, sont enchantés de recevoir de la visite. Et nous tout autant de découvrir cette technique artisanale et colorée. Les navettes sont patinées par les passages incessants, les mains agiles de ces femmes dansent sous les fils, incroyablement agencés. C’est une belle découverte que nous nous empressons de conseiller aux guests de l’hôtel.

En poussant un peu plus loin au nord, la route qui longe la sublime côte aux dangereuses vagues nous mène à Ambalagoda. La ville est renommée pour son art des masques de bois, utilisés dans le folklore traditionnel, aussi bien pour des spectacles représentant des contes locaux, que dans la médecine où l’on exhorte les démons – à l’origine de divers symptômes et maladies – pour qu’ils quittent le corps des patients.

Une autre expédition aux côtés de Charles nous conduit sur les pistes et petites routes qui longent le lac de Kogala et le bagou de notre amphitryon nous ouvre les portes de belles propriétés.
C’est l’occasion aussi de visiter une plantation de thé, son usine traditionnelle qui n’est pas sans nous rappeler celle de Dolosbage, de déguster plusieurs variétés de thé et de découvrir à quoi ressemble un arbre à cannelle.

Notre séjour ici permet de nous lancer dans la pratique du surf.
Les côtes sri-lankaises sont réputées pour leurs vagues et leurs spots internationalement reconnus.

Il serait dommage de ne pas s’y (re)mettre. Marion avait 15 ans la dernière fois qu’elle a tenté l’expérience, avant de finir sens dessus-dessous, du sable au fin fond des oreilles et des coutures du maillot de bain. Brice avait brièvement bravé les vagues de la côte chinoise, l’eau étant trop froide à son goût. Charles avait lui aussi essayé mais s’était vite découragé.
Bref. Voilà ainsi notre équipe motivée et qui se serre les coudes pour remonter sur la planche.
On regarde quelques vidéos, les erreurs à ne pas faire, les bons mouvements, comment se placer, … et c’est parti.

Trois fois par semaine, de bonne heure, nous nous retrouvons face à l’océan, dans une eau à quelques 30°C, prêts à en découdre avec les vagues, avant de finir claqués, une tambili (noix de coco orange) à la main. Nous sommes encore loin de pouvoir surfer dans le creux des vagues, mais petit à petit, les efforts payent.

Nous séjournons également quelques nuits par semaine au Fort, dans le studio/cuisine.

Ce qui offre un peu de répit à nos hôtes, et nous permet de profiter de la vielle ville et de ses rues calmes pour un peu de tourisme, passer un peu de temps avec les guests de l’hôtel – souvent très sympa – et de découvrir une cuisine un peu plus raffinée que nos traditionnels rice packet de voyage.

Voila.
On vit au rythme tranquille des touristes en vacances, qui sont ici, de passage pour deux ou trois jours, ou simplement une nuit avant de s’envoler pour les Maldives ou rentrer en Europe.
On y pense aussi, parfois.
Nous sommes en fait plein de questions sur notre futur, et les multiples projets qui courent dans nos têtes – comme souvent !
L’idée nous est passée par la tête (ainsi que dans celles de Charles et Maneyika) de rester un peu plus longtemps à Galle et de les accompagner dans la gestion de l’hôtel. Mais notre peur de l’engagement nous a fait faire marche arrière.

Il n’empêche que si nous pensions dans un premier temps ne rester que deux semaines à Galle, cela fera finalement plus de deux mois que nous leur prêtons mains fortes et que nous vivons joyeusement tous les quatre.
On profite de cette chouette relation amicale qui se crée avec eux. Cette amitié est simple. Nous sommes bien à leurs côtés.
La nature autour de nous est belle.
On s’émerveille de ces oiseaux qui deviennent communs : le martin-pêcheur du matin, le pivert qui se creuse sa maison, et tous ceux qu’on ne peut pas nommer mais qui ont le ventre jaune, le bout des ailes rouges, la tête orange, la crête hirsute et les plumes dorées.
En fin de journée, nous nous baladons dans les rizières, derrière « chez nous », et observons les paons sauvages, leur tête superbement bleue dépassant légèrement des hautes herbes à travers lesquelles le soleil couchant diffuse sa lumière dorée.










Poser nos affaires ici pour quelques semaines est une belle et riche expérience.
Merci Charles et Maneyika pour votre confiance et votre chaleureux accueil.

13 thoughts on “Calés au Café à Galle

  1. En route , donc pour de nouvelles découvertes ou un retour vers des lieux connus.
    Vous avez l’air si heureux que quelque soit votre choix se ne sera que du bonheur

  2. Helloucoucou. Trop sympa ce post. En prime un magnifique livre de cuisine. Toutes ces couleurs… et votre joie de vivre. Poupoufou.

  3. Je ne sais pas si c’est le bonheur… mais ça a quand même l’air d’y ressembler un peu non ? Les photos, les couleurs, les tenues … C’est bien … Quelle que soit votre décision partir, rester, déjà partis… Bien à vous.

  4. Je pardonne au chien d’avoir gouté à la chair de Brice, il est tellement beau !
    Comme l’environnement qui est vraiment paradisiaque !
    C’est insupportable, lorsque vous êtes dans un endroit, on a toujours envie de vous rejoindre !
    et nous restons dans le froid et l’humidité ….

  5. En cette fin de voyage pour nous, nous avons une petite pensée pour les bourlingueurs.
    Vos récits sont très bien écrits et continuent de nous faire voyager.
    En espérant que le hasard fera recroiser nos routes.
    Bisous
    Lescanardsbaroudent

  6. Et bah dis donc, la vie au Sri Lanka, a l’air vraiment très agréable pour vous.

    La photo de toi bricks sur la plage est au top
    On dirait l’affiche du dernier film de Jason Statham, où l’on voit le gentil qui vient de mettre Ko le méchant… sauf que dans ce cas Jason Statham c’est OIT !!
    Et la photo de Marion sur le chemin en bordure de forêt est tout simplement parfaite. Bravo au photographe …et au modèle 😉

    Bref… parlons peu mais parlons bien.
    Laura et moi on est super chauds pour aller au Sri Lanka du 08 au 22 juin 2019.
    Je sais que ça fait un peu loin dans le temps, et que donc on a peu de chance de croiser vos bouilles là-bas, mais ça serait quand même super cool…allez… dites ouiiii… juste quelques jours… à Galle ou à Colombo, ou où vous voulez au SriSri !!

    Bisous

  7. Bon et ben je decouvre ca aussi > Il a fallu que je rentre en France pour mettre ce soir le nez (et tous mes yeux) dans votre blog car vous me manquiez et vos photos de voyage aussi… C’est super sympa votre petite histoire au Sri Lanka !! Et puis c’est comme si on vous decouvre derriere le rideau du theatre ou on vous voit tous les jours… PS : Et a tous les amis de Brice et Marion : les amis de nos trop bons amis sont nos amis .. : bienvenue a Galle ! 🙂

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