Catégorie : Kirghizistan

C’est plus simple en avion, mais…

Ça y est. La météo est clémente. On part de Osh pour Sary Tash.
Notre séjour kirghize prend fin.

Comme à l’accoutumé, on prend un marshruka, rempli de gens, de pains, de bagages en tout genre, et de nous.
Avant de quitter la gare de bus, Brice a pris soin de nettoyer notre fenêtre. La route jusqu’à Sary Tash est très très belle… On se prépare !

On zigzag à travers les vallées, des canyons et montagnes, et on passe deux cols à 3800m… Dehors, c’est immense.
DSCF4643 DSCF4611 DSCF4674 DSCF4656DSCF4692 DSCF4585 DSCF4694 DSCF4717IMG_4717IMG_4743Et puis progressivement, on redescend vers Sary Tash. Et là, au milieu de qui ressemble à un petit hameau, on descend du marshruka.

Devant nous, les montagnes immenses et immaculées du Pamir se dessinent. Pfff, c’est beau !
IMG_4757On cherche un endroit où dormir quand un papy au gros ventre nous dit de le suivre. On demande combien c’est, on est d’accord, on y va.
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Dans la maison, une jeune femme regarde un feuilleton niais. (On avait compris au départ que c’était sa femme, ce qui nous avait mis très mal à l’aise vu l’âge du papy…)
Pas trop de bonjour, ni de sourire, mais bon. On est posé dans un coin, et on attend notre thé/pain/confiture traditionnel !

On part se balader une petite demi-heure pour faire quelques photos. Il faut dire que les paysages qui nous entourent sont vraiment très beaux, mais aussi que ça caille fort dehors ! On est à 3200m, et ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu les doigts gelés par le froid. Bien entendu, les toilettes sont dehors, et les sorties nocturnes seront fugaces.
DSCF4749 DSCF4780 Stitched Panorama DSCF4798Retour à la maison. La soirée sera un peu longue, et notre nuit horrible. Installés à côté du papy, lumière allumée toute la nuit, lui manquant de s’étouffer à chaque respiration, et faisant de multiples aller/retour avec l’extérieur pour aller pisser, respirer, cracher et on ne sait pas trop !
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Le lendemain, à sa question « vous avez bien dormi » en russe/kirghize… on lui répond en souriant « horrible, merci ».
On a rien dormi, on a les yeux tous gonflés, et on est un peu contrariés… d’autant qu’on sait qu’on a une lonnnngue journée devant nous pour passer cette fameuse frontière chinoise !

Bref, à 7h, et par -5°C, on est sur le bord de la route, attendant un camion qui nous emmènerait à la frontière.
IMG_4810Mais qu’est-ce qu’il fait froid… Le soleil tarde à se lever, caché par une colline. On le guette, on l’espère, ses rayons nous réchaufferons et nous permettrons de tenir un peu. Heureusement 20 min plus tard, une camionnette s’arrête ! Ouf, un peu plus, on perdait nos orteils.

Et c’est parti pour 70km d’une route superbe. On est sur un plateau à 3200m, et tout autour de nous, des montagnes, dont certains sommets à plus de 7000m…
DSCF4840 IMG_4819 DSCF4843 IMG_4834DSCF4833Au début, cette immense vallée est désertique. Et puis, tout devient intensément blanc.
On est si loin, si haut, si seul avec la lumière du soleil levant, et les nuages qui viennent parfois glisser dans la vallée.
On contemple, silencieux et ébahi, ce paysage si majestueux.DSCF4845DSCF4869 IMG_4829 DSCF4880 DSCF4863 DSCF4850 DSCF4856
Une heure plus tard, on s’arrête à un premier poste de contrôle. Perdu au milieu des montagnes. On descend de la camionnette, on montre nos passeports, on est enregistrés et c’est reparti pour 15 km.

DSCF4887Vingt minutes plus tard, c’est la frontière kirghize, avec une queue énorme de camions…
Avec notre camionnette, on double tout le monde (notre chauffeur est ici pour récupérer un groupe de touristes en provenance de Chine).
IMG_4845On remontre nos passeports, on se fait re-re-enregistrer deux trois fois, et hop un coup de tampon ! On est les seuls piétons !

On doit ensuite prendre un camion-stop pour les 7 km qui nous sépare du premier poste de frontière chinois. Ça sera un camion pour chacun ! La chance !
On s’arrête 2 fois en chemin pour remontrer nos passeports. On ne sait même plus dans quel pays on est !

Et finalement, rebelotte : grosse file de camion, qu’on remonte donc à pied. On se dépêche un peu car le poste Chinois ferme entre 12h et 16h(!)… heure de Beijing, soit 10h à nos montres kirghizes.
On croise un chameau ! 2 bosses dis donc !
DSCF4917Premier poste de frontière chinois. On dépose nos passeports, on attend 10 min, on ne sait pas quoi..
Et puis, c’est parti pour la fouille du sac. Nos chaussures sont retirées et passées aux rayons X.
Là, on se dit, à quand même… on ne va pas rigoler.
On ouvre nos sacs, et ils commencent à tout regarder. Le téléphone de Marion est fouillé, celui de Brice non, le douanier a dû aimer que ça soit un Huawei, chinois donc !
Mais Brice doit ouvrir la boîte pleine de coton-tiges. Là, on se dit pfff… ils croient qu’on a caché des trucs là-dedans… ?  et finalement, le douanier se sert juste de 2 ou 3 coton-tiges, et la boite est refermée… ah, ok… il avait juste les oreilles sales… 

Heureusement, comme la pause de midi approche, nos douaniers n’ont pas hyper envie de tout fouiller, et rapidement, ils nous demandent de remballer.
Nos passeports sont donnés à un chauffeur de taxi, qui doit nous emmener 150km plus loin, au prochain poste frontière.
Entre les deux, no-man’s land (!) et le chauffeur conserve nos passeports.
Mais il faut arriver à négocier avec un taxi qu’on est obligé de prendre, qu’on a pas assez de Yuans, plus trop de Som, pas envie de sortir nos Dollars. Et bien sûr, il pratique le prix qu’il veut…
Donc, contraints, on lui donne le reste de nos Som (on conservera cependant notre pièce de 3 som kirghizs – parce que une pièce de 3, c’est pas tous les jours qu’on en voit) et on prend la route, avec Robert le Hollandais, et un kirghiz.
DSCF4928 DSCF4944 IMG_4854 DSCF4942150km plus tard (on croise sur la route un troupeau de chameau, ça change des moutons ou chevaux et les paysages sont beaucoup plus arides qu’à l’ouest de la frontière), on arrive au poste de frontière chinois, qui bien-sûr est encore fermé. Pause déjeuner !
Nos passeports sont laissés au douanier. Et le chauffeur de taxi nous emmène « en ville ». On a 1h30 à attendre. Alors on va manger, du plov… Parce qu’ici, c’est la Chine, mais on est en pays Ouïgour. Sur la route, les panneaux sont écrits en chinois, arabe (l’alphabet utilisé pour le ouïghour), cyrillique et anglais !

Une heure plus tard, le chauffeur de taxi vient nous reprendre pour nous redéposer à la douane. Il est 16h20 quand la frontière ré-ouvre. Normal, avec une pause de 4h, faut le temps de se réveiller…
Recontrôle des sacs aux rayons X, du passeport, 3 fois… et enfin, un coup de tampon.
Nihao la Chine !

Dehors, le chauffeur de taxi nous attend. On ne comprend pas trop pourquoi, juste avant, il nous avait dit qu’on s’arrêtait là avec lui…
Mais, on se dit qu’on va se laisser porter. Il y a l’autre kirghize avec nous, qui fait souvent la navette et doit aller à Kasghar… donc on suit le mouvement.
Et il nous dépose donc quelques km plus loin dans une petite ville. On comprend qu’on va devoir prendre un taxi pour faire les 70km qui nous séparent de Kasghar. C’est interminable !
On charge nos affaires dans le coffre d’une voiture pour la énième fois, un policier prend une photo, le chauffeur se fait soutiré son permis, on nous demande de sortir nos sacs, quelques choses de pas clair a dû se passer…
On passe dans une pièce, puis dans une autre, on attend, on parle, on nous interpelle (on rappelle qu’on est toujours le même groupe de 4, depuis la première frontière chinoise).
Bref, on trouve une autre voiture, on remet nos sacs dans le coffre, et c’est parti !

Pfff… quelle journée.

Il est 18h quand on arrive ENFIN à Kasghar ! et on a fait que 350km depuis ce matin.
On retrouve rapidement les scooters électriques, les devantures bruyantes, et le chaos urbain…
DSCF4956On réalise qu’on est en Chine… mais avec que des ouïgours autour de nous. Ils ont la même tête que les kirghizes ! Et surtout, ici, on ne parle pas chinois !
Salam Mao !
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Note 1 –  En passant la frontière, on a donc ajouté 2h à nos montres. Nous sommes à l’heure de Beijing, ville située quelques 3500km plus loin.
Donc ça donne une impression que tout est déréglé. Parce qu’à midi, heure de Beijing, mais à Kasghar, le soleil est loin d’être au zénith…

Note 2 – Bonne nouvelle ! C’est le retour du vrai PQ, tout doux, tout lisse ! Fini le « papier crépon » !
Finalement, c’est peut-être les toilettes à travers le monde le thème de notre voyage !

Osh c’est moche

Après notre séjour un peu plan-plan à Arslanbob, on reprend la route direction Osh.
Et deux marshruka plus tard, on arrive dans la deuxième ville du pays.

Osh est « connue » pour son bazar (qui serait le plus grand d’Asie centrale), et il faut dire que c’est vraiment le « bordel » ici.
DSCF4457 DSCF4362 DSCF4502 DSCF4493 DSCF4468De gros travaux pour la construction d’un pont ont été entrepris (artères défoncées, infrastructures, barrières, …) mais quand la ville a changé de Maire, tout l’argent a disparu avec la municipalité. Corruption, quand tu nous tiens… !DSCF4394 DSCF4516 DSCF4375DSCF4390

Résultat, ça donne un morceau de ville hyper embouteillé, et ça grouille de partout. Entre marchands ambulants, marshruka, charriots de marchandises, taxi, …
On arrive donc au milieu de tout ça, et comme souvent, on se dit heureusement qu’on est un peu habitués maintenant.

On retrouve Farooq et Shabab (Pakistanais et Indien respectivement, tous deux étudiants en médecine), qui seront nos hôtes Coachsurfing pour notre séjour à Osh.
On ne sait pas encore combien de temps on va rester. On doit organiser un peu tout ça.

On habite dans une vieille barre soviétique, dans laquelle tout est vieux. Même les papiers peints sont d’époques on pense.
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Enfin, on est content d’avoir un toit, de les rencontrer, de manger indien, de boire du thé pakistanais* (avec du lait et beaucoup de sucre !), et de parler anatomie et voyages !

La ville de Osh n’ayant pas payé sa facture de gaz à l’Ouzbékistan, ce dernier a naturellement coupé l’arrivée de gaz depuis janvier dernier.
Donc plus de gaz à Osh. On cuisine donc sur un petit réchaud, dans le couloir…
Adaptation !
Et puis aussi, la ville de Osh ne paye pas toutes ses factures d’électricité. Donc, naturellement, l’électricité est coupée 2 fois par jour, genre de 10h-16h…
Adaptation !
… ça promet un hiver difficile !

Mais, finalement, on y est bien dans cet appart. Et surtout qu’on va y rester 6 jours.
Parce que pour rejoindre la frontière chinoise, il nous faut aller à Sary Tash, village au carrefour des routes qui vont, viennent, et partent pour le Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizistan et Chine. Et de là, théoriquement, on doit trouver un camion pour nous monter à la frontière.

Or, la frontière est fermée le week-end. Pas grave, on peut toujours aller se balader autour du village, on y trouve le Pic Lénine (7134m) et toute la chaine du Pamir.
Mais oui, mais non, car ils annoncent de la neige et un maximum de 1°C à Sary Tash pour les jours qui suivent.
Alors, on se dit qu’on va attendre au chaud ici, et on se passera la frontière lundi.
Ça sera bien lundi ! Nous devons être en Chine le 16 octobre au plus tard… notre visa expire – celui qu’on a eu tant de mal à avoir à Ankara ! –.

Donc, on passe 6 jours à Osh, mais comme le dit l’expression, « Osh, c’est moche ».
Et mise à part le bazar, et la grosse statue de Lénine (encore !), on traîne un peu des pieds.
DSCF4384On se sent loin de Bishkek qui, si elle faisait petite capitale de province, demeurait bien plus sophistiquée et développée. Les gens semblent moins éduqués, tout est poussiéreux, les infrastructures inexistantes ou rajoutées à la va-vite… on se sent parfois plus proche de Bombay que de Bishkek.
DSCF4432 Stitched PanoramaEt comme la population y est majoritaire ouzbek (!), bien plus pratiquante, et que les paysages y sont plus mornes, on se sent plus loin du Kirghizstan qu’on appréciait.

Il faut dire qu’on aura deux jours de pluie, gris, mouillé, froid, beurk.
Mais, on ira se balader maintes fois dans le bazar, un jour pour acheter une enveloppe, l’autre pour des fruits, pour changer des sous ou faire relier notre guide chinois, …DSCF4505 DSCF4453 DSCF4448 IMG_4650 IMG_4649 IMG_4648 DSCF4418 DSCF4406 DSCF4399 DSCF4370 DSCF4515 DSCF4366 IMG_4652 IMG_4662

On profitera de nos coloc’, entre un bon plov (riz cuits avec du gras, un peu de gras, et un soupçon de gras de mouton) un après-midi pluvieux…, de jolies discussions pakistano-indiennes, des bons repas épicés partagés (on prépare doucement nos estomacs !), et des multiples questions « muscles-mais comment ça marche-pourquoi ». Et c’est bon, on connait les noms des 639 muscles en anglais maintenant !
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Petite semaine tranquille donc, en attendant le beau temps et dimanche soir de partir à Sary-Tash.
On prépare aussi un peu la suite du voyage. La Chine, un gros morceau à venir !
On espère ne pas avoir trop froid, mais on sait déjà qu’on arrivera trop tard pour voir certaines régions qu’on tenait à visiter. Tant pis, on ne peut pas tout voir (surtout dans un pays si grand), ça sera la prochaine fois.

Et puis on reste très contents de notre passage par le Kirghizistan. Ce pays au nom imprononçable et que nous n’aurions su localiser sur une carte il y a encore deux mois.
On s’y est sentis bien, et loin. Ces paysages, aux immenses plaines et montagnes…
On y était un peu tard. On y reviendra ! On a d’autres montagnes à escalader encore !

Note 1 – Les toilettes publiques : deux catégories.
– Les plus rudimentaires mais aussi les plus communs dès qu’on sort des villes : le trou entouré de 3 murs en tôle (souvent sans porte). Au sol, un trou plus ou moins large (plus c’est large, plus il est aisé de viser, mais attention à ne rien avoir dans les poches !), et plus ou moins profond (on a déjà vu un trou de plus de 5 mètres. Vertigineux, surtout quand on sait ce qu’il y a au fond !
DSCF1742– En ville, Marion découvre les toilettes avec juste 2 petits murets de part et d’autre, et pas de portes. Et toutes les femmes sont accroupies, les unes à côtés des autres. Bonjour l’intimité ! La première fois, ça fait drôle et puis, comme tout, on s’y habitue… ou presque. Elle a quand même l’impression de regarder le plafond quand elle fait pipi. Et de ne pas être hyper sereine ! Il ne faut pas être malade ces jours-là !

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Note 2 – Si au début, nous étions assez contents de tester de nouveaux mets – certes plus goûteux qu’auparavant – après un mois, on commence à faire une indigestion du gras de mouton. Et on lorgne déjà sur la tradition culinaire de l’autre côté de la frontière… !
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Note 3 – Quand on se marie au Kirghizstan, on loue une grooooosse voiture pour que tous ses amis puissent faire la fête dedans. Séquence émotion pour Brice, en pensant au Mondial de l’automobile, qu’il loupe !Stitched Panorama

 

 

  • Faire infuser de la cardamone et des graines de fenouils dans l’équivalent d’une tasse de lait par personne.
    Ajouter une cuillère à café de thé par personne.
    Et du sucre.
    Faire bouillir 2 ou 3 fois.
    Servir chaud !

 

 

En longeant le trou de nez

Jour de départ de chez Kanat.
Nous avions décidé de repasser une nuit chez Jumakador, à Kojumkol.
Dire bonjour/au revoir, avant de reprendre la route.
Kanat nous dépose alors devant la petite maison bleue dans laquelle nous avions dormi quelques jours plus tôt.
Embrassade et au revoir avec Kanat et Acylbek… C’est toujours difficile ces au-revoir, quand tu sais qu’il y a peu de chance de se recroiser un jour…

Mais Jumakador et Saltanat ne sont pas là.
La maison est fermée.
On laisse un mot, on va faire pipi dans la cabane au fond du jardin, et tant pis, on reprend la route.
Direction Arslanbob, à presque 500km d’ici.
Le pari est osé. On sait qu’on ne peut qu’y aller en stop (notre point de départ étant trop reculé pour y trouver taxis ou marshrutka). Et finalement on est loin.
Mais on tente, on verra bien où on sera ce soir!
De plus, nous sommes sur une route que très peu de voitures empruntent, alors on commence à marcher, en guettant en arrière… au cas où.
Une dizaine de minutes plus tard, une voiture s’arrête. On lui explique où on va, on demande combien ça coûte, et hop, on dépose nos sacs dans le coffre, et c’est parti pour une grosse heure.
Elle nous conduira jusqu’à l’embranchement de la grosse route qui relie Bishkek et Osh. Parfait.
D’autant plus qu’il commence à pleuvoir bien fort, on est donc bien contents d’être dans la voiture… jusqu’à ce qu’on soit déposés sur le bord de la route…

Heureusement, il y a un abribus. On se relaie alors pour faire du stop.
Il fait froid, il pleut fort et l’eau est froide (on est à 2400m).
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Au bout d’une demi-heure, une voiture accepte de nous emmener jusqu’à Karakol (un troisième !), à 300 km.
Ça nous coûte un peu cher, mais bon, au moins, on est au chaud, et on roule.

On traverse l’immense bassin de Suusamyr (une des régions les plus froides du pays) entouré de montagnes chapeautées de neige. Puis la route monte monte, le paysage devient de plus en plus blanc et on passe le col enneigé de Ala-Bel (3198m). Rien que d’être dans la voiture, ça nous donne froid.
Les nuages sont collés aux flancs des montagnes, c’est tout blanc et gris.
On entame la descente au ralenti, la chaussée est glissante. On ne peut s’empêcher de penser à nos amis cyclistes qui devront passer par ces cols.
IMG_4489 IMG_4492 IMG_4498 IMG_4503IMG_4505De l’autre côté, le paysage aussi est très différent.
La vallée est encaissée, la roche est rouge et bientôt, des forêts denses de conifères parsèment les flancs des montagnes. Cette route étant l’unique voie de communication entre Bishkek et la moitié sud-ouest du pays ; une ligne à très haute tension suit aussi la rivière mais n’enlève rien à la splendeur des paysages, et l’immensité des montagnes autour de nous.

La rivière vient finalement se jeter dans l’immense réservoir de Toktogul, à l’eau si bleue.
Le paysage a encore changé, le lac est bordé de plaines fertiles au pied de nombreuses collines sèches entre lesquelles nous serpentons. Le lac est si grand qu’en faire le tour nous prend près d’une heure.
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C’est comme si nous étions ici encore en été, en automne dans les montagnes, et déjà l’hiver en haut du col.

Il est 16h lorsque nous sommes déposés à Karakol.
Il y a des taxis collectifs qui vont jusqu’à Jalal-Abab, mais bien sûr on est les premiers, et c’est une voiture de 7 personnes. Il nous parait impossible qu’elle se remplisse aujourd’hui.
Comme on n’a pas du tout envie de dormir ici, on reste sur notre lancée, on va refaire du stop.

Et au plus grand bonheur de Brice (et que peut-être même c’est le plus beau jour de sa vie après la journée sur le bateau qui transporte les wagons de trains…), un camion s’arrête.
Et pas un petit camion. Un énorme camion de 35 tonnes, avec une grosse remorque. La chaaaaance qu’on a !
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Alors, hop, on grimpe dans le camion, et c’est parti pour 4h de route en compagnie de Nazim et ses posters de filles à poil, sans poils. Nazim est super sympa, il sourit tout le temps, il est Ouïgour, et a deux femmes à Osh. (!)
Stitched PanoramaIMG_4587 DSCF4250On papote, on prend des photos, on est contents. Lui, il fait Bishkek-Osh trois fois par semaine, son camion rempli de kérosène. C’est 12h de route, sur une route type départementale bien pourrie qui monte qui descend et qui tourne…
Et l’intérêt d’un énorme camion, c’est que sur les routes de montagnes, il ne roule pas vite ! Pratique pour observer le paysage.
On longe la majestueuse rivière Naryn (appelé Syr-Darya dans les pays en aval). Nous ne sommes pas si loin de sa source, et elle semble déjà pourtant si large, si puissante. On a peine à croire qu’elle arrive asséchée en mer d’Aral.
DSCF4225 DSCF4240 DSCF4259 DSCF4249 DSCF4262Son eau est d’un bleu pur, et la route qui longe le canyon qu’elle creuse est superbe.
Plus d’une fois, au détour d’un virage, nous avons eu le souffle coupé par cette impressionnante beauté sauvage. Les montagnes, les fleuves, les vallées, les plaines… tout est dix fois plus grand qu’en Europe. C’est beaucoup pour cette variété et la force de ses paysages que le Kirghizstan est un réel coup de cœur pour nous, et que nous nous promettons d’y revenir en saison plus favorable.

Puis on arrive dans la vallée de Fergana, la route longe la frontière (au tracé absurde) avec l’Ouzbékistan, et la nuit tombe peu à peu.
DSCF4287Nazim nous dépose à Jalal-Abad, à un rond-point. Et il n’a pas voulu qu’on le paye.
On refait un petit coup de stop pour revenir dans le centre-ville. Un couple très sympa, musique à fond, et hop, 10min plus tard, on est déposé dans la rue.
On a plus qu’à se trouver un hôtel.
Le premier hôtel devant lequel on passera sera hyper pas cher. À 400 Som (moins de 6€) la chambre, on ne pouvait pas espérer mieux… finalement, on se dit que c’est peut être un hôtel « de passe »…

Le lendemain, on avait décidé d’aller visiter Arslanbob.
On se reprend un marshrutka pour Bazar-Korgon, puis un second pour Arslanbob, petit village dans les montagnes, connus pour ses forêts de noyers. Et donc, ses noix !
En arrivant dans la vallée de Fergana, la culture et les gens ont aussi changé, on est de retour en territoire ouzbek. L’Islam est beaucoup plus présent (étonnant de revoir des femmes voilées – parfois bien plus que dans certains pays déjà traversé – avec des yeux bridés et des traits asiatiques).
On arrive en milieu d’après-midi, on se trouve une homestay dans un joli cadre, un peu loin du centre, et sur les hauteurs. Encore une fois, notre hôte ne parle pas du tout anglais, mais est très gentille avec nous.
Remplis de flemme, on passe la fin de journée « à la maison », entre lessive « de la semaine » et thé.
DSCF4297 DSCF4299 DSCF4302 DSCF4292 DSCF4315 DSCF4311Demain, on va se balader !
Mais, finalement, le lendemain, c’est grosse grosse pluie, la tête dans les nuages toute la journée, et froid.
DSCF4324Alors, on reste à la maison avec un programme chargé : films, blog, lecture, Chine, infos visa indien, … et on va s’empiffrer de quetsches du jardin.

Le beau temps est revenu. On arrivera à se balader un peu, et même à redescendre « en ville » pour aller manger un samsa/chaï au bord de la rivière…

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En bourlingue à la ferme

On profite du taxi qui conduira Katja à Kara Balta pour qu’il nous dépose en chemin. La voiture prévue à 8h30 n’arrivera pas avant 9h30…mais on s’y attendait un peu. On part quelques jours dans la famille de Talant, le mari de la sœur de Katja.

Et on le retrouve en route dans une vieille Lada. On change de voiture, et on part s’enfoncer dans une autre vallée, pour rejoindre la ferme familiale.

On remonte la rivière Kara Kol (encore), dans une large vallée relativement aride, et peu encaissée. Et après une petite heure de piste cabossée à s’enfoncer vers le lointain, nous arrivons au milieu d’une plaine. Autour, des montagnes avec nous et … rien du tout ; comme d’hab’ !
DSCF4199Là se trouve la ferme familiale composée de 3 ou 4 maisons, d’étables, de bergeries…
Il y a des vaches, des chevaux, des brebis, des chèvres, des moutons, des béliers, des dindons, des poules, des chiens… et c’est tout. Tout autour, de hautes herbes, et en contrebas la rivière dont on entend légèrement le murmure quand ce n’est pas celui du vent qui court dans la vallée.
DSCF4055 DSCF4060 DSCF4005 DSCF4018DSCF1946 DSCF2038Les rares voitures qui passent sur la route sont accueillies par les aboiements, mais se sont plus souvent les cavaliers ou les chevaux sauvages qui en font les frais…

Nous enlevons nos chaussures, déposons nos sacs et hop, hospitalité kirghize : thé, bon pain et confiture. On papote un peu, on nous ressert du thé… et puis rapidement, la vie de la ferme reprend son cours.
DSCF4026Chacun vaque à ses occupations, et nous, un peu perdus au milieu de ces montagnes, observons.
DSCF4087 DSCF4090 DSCF4163 Stitched PanoramaOn va passer 3 jours, avec cette famille, communauté dans laquelle tout le monde vit ensemble.
La maison, c’est celle de Bıbıira et Kanat, les « grands-parents ».
DSCF4034Et ils ont 6 enfants (5 filles et un garçon, Talant).
Talant vit ici, mais on ne le verra finalement pas.
Il a 25 ans – 2 enfants – nous ne verrons qu’Acylbek – 2,5 ans, avec lequel nous jouerons beaucoup à construire des trucs, dessiner sur des cailloux. On le suivra et observera beaucoup, jouant avec les vaches et les chevaux. Il n’a pas peur de nous parler ce petit bonhomme, avant de nous lancer de grands sourires.
DSCF1973Il y a Jasgül, une des filles. Enceinte de 8 mois, ronde comme un ballon.
DSCF4048Elle et sa mère ne s’arrêtent jamais. Il faut aller chercher des sceaux de tourbes pour le feu, pas de problème. Laver le sol, s’asseoir, se relever, marcher, porter, faire la vaisselle… et cela sans répit. Non non, elles n’ont pas mal au dos… !

Et puis il y a Nurlan, le beau-fils qui habite ici aussi avec son père, Birtugan (mais sans sa femme qui travaille à la ville !). DSCF4165 DSCF4094Et puis tous les jours, ils viennent manger, regarder la télé… Enfin, on a bien cru comprendre qu’ils possèdent la petite maison en face, mais ils habitent là finalement (et puis leur maison semble ne servir qu’à faire sécher la viande).
On croisera aussi le père de la femme de Talant, l’ami du père, le fils de la sœur, le neveu de l’oncle,… et à chaque visite, on invite à boire le thé, partager du pain, de la confiture, du kaymak,…DSCF4321

Au milieu de tout ce beau monde, on découvre la vie à la ferme.
DSCF1965DSCF1996 IMG_4387 DSCF4076 IMG_4380 IMG_4386Les quelques vaches du cheptel débarquent de nulle part sous les mugissements de leurs petits dans les écuries, et Bıbıira doit alors s’occuper de traire leur lait qu’on boira ensuite ou qui servira à la fabrication du beurre ou du kaymak (le lait, dans un coin du poêle, cuit pendant 12h pour en extraire le gras, que l’on mange ensuite avec du pain… mais ce n’est pas la crème).DSCF4072Tous les deux soirs, elle se lance dans la fabrication du pain, qui étuve dans la nuit et qu’elle cuit au four le lendemain après-midi.
IMG_4376 DSCF2003Tous les jours, il faut aller chercher l’eau à la rivière, quelques 200 litres d’eau qu’on transporte sur la carriole… qu’il faut atteler au cheval.
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Et puis il y a les plus de 400 moutons et chèvres.
Tous les jours, les hommes partent à cheval emmener tous ces animaux dans les pâturages (la dizaine de béliers et boucs – qui puent ! – de leur côté pour ne pas incommoder ces dames), sur les plateaux qui surplombent la vallée ; magnifique étendue déserte où, au loin, les montagnes noires du bassin de Suusamyr accrochent les nuages. La vie monotone de ces cow-boys solitaires.
DSCF4139 DSCF4189 DSCF4182 DSCF4171 DSCF4179 IMG_4461Un jour, il a fallu séparer quelques centaines de bêtes. Les jeunes hommes doivent alors leur courir après dans l’enclos et les choper par une patte pour les mettre à l’écart.
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Et les femmes, quand elles ne préparent pas le repas, font tout le temps chauffer du thé, du thé au lait, ou préparent du choro, boisson faite avec du blé écrasé et bouilli.
C’est la version artisanale de celle goûtée à Bishkek… que l’on aimera tout aussi peu… mais Brice – à qui l’on en a servi un bon grand bol – se sentira obligé de terminer. Beurk !
Et puis trois-quatre fois par jour, c’est thé/confiture/kaymak ; pour le petit-déjeuner, mais aussi quand un ami passe avec la moissonneuse batteuse, ou quand c’est celui qui vient dire bonjour, ou celui qui rapporte les chevaux… et à la fin amin.
DSCF1923On regoûte le kymyz (parce que c’est le lait de leurs juments…alors, ils sont fiers !), On savait déjà qu’on n’aimait pas, mais on n’a pas le droit de refuser. C’est stocké depuis une bonne paire de mois sous le plancher ; et ça pique fort… Et encore un grand bol pour Brice. Beurk !
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Et toute la journée, les DVD d’un soap opera indien doublé en russe à la va-vite (КАК НАЗВАТЬ ЭТА ЛЮБОВЬ?) passe à la télé. Au programme : amour impossible, tensions sexuelles jamais explicites, ralentis mièvres… On pense avoir compris mais pas tout à fait ! Néanmoins, la musique nous est bien rentrée dans la tête, et nous sommes bien rentrés dans la série aussi, malgré nous.
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Les femmes font leurs tâches ménagères, la télé en fond, on dîne devant « en-famille », et le soir, on y a droit parfois toute la nuit. Marrant de voir ces cowboys un peu rustres et bourrus s’attendrir ou rigoler devant ce feuilleton un peu con.
Jasgül ne se prend pas la tête sur ce qui doit être bon à manger pour une femme enceinte. De toute manière, le régime alimentaire à la ferme n’est pas bien varié : on a des patates, des oignons, du mouton (surtout du gras – heureusement que le mouton a un gros croupion !), alors on décline. Déclinaison aussi de tous les produits du lait : kaymak donc, mais aussi lait frais et beurre maison qui traîne sur la table toute la journée mais n’en perd pas pour autant sa saveur. De toute manière depuis que nous avons quitté Bishkek, aucun de nos hôtes n’a de frigo et ça ne semble pas poser de soucis.

Un jour, Nurlan revient un blaireau à la main. Il le dépèce (la fourrure sera vendue), et les « restes » (entrailles, membres, tête…) traînent dans le jardin. Normal…

Et puis on s’habitue à tout ça, on trouve cela normal et, en tout cas, pas si bête.

À notre arrivée, Acylbek – 2,5 ans – avait un petit couteau pointu à la main, qu’il baladait partout avec lui, quand il escaladait la table et sautait autour de nous. Étions-nous les seuls à avoir conscience de cet aberrant danger ?… Puis finalement, pourquoi pas…
Acylbek utilise un gros marteau pour casser des noix (marteau qu’il manie avec une dextérité étonnante pour son âge !). Normal…
Il joue avec une hache. Normal…
DSCF4030 DSCF1982 DSCF2005Il va chercher un outil pour jouer seul dans la cour à planter des bouts de bois et à construire une maison (assisté par Brice pour la mise en œuvre)…
Il sait à quoi servent ces outils, et il sait s’en servir.
Avec notre arrivée débarquent aussi plein de trucs « nouveaux » n’appartenant pas à son quotidien : des crayons, stylos, carnets, ordinateur et puis nos affaires… il est curieux – de par son éducation – mais il suffit de lui dire « non » une fois pour qu’il s’en détourne.
Acylbek a les pieds, le bas du collant, les doigts… qui traînent dans la terre, le crottin, la bouse, la fiente… ce mélange si typique des fermes et que nous n’hésitons plus à fouler puisque c’est comme ça (même si souvent on aurait bien voulu des bottes en caoutchouc !).
DSCF4099Il a le visage et les mains sales toute la journée, met ses doigts dans la bouche, son chocolat est à moitié léché par le chien, il a le nez qui coule en permanence… mais pendant qu’il fabrique de bons anticorps, il joue à chasser des vaches faisant 20 fois son poids, il court dans l’enclos des moutons, et donne des coups de marteau aux chiens… Il n’aura peur de rien, vit sa petite vie dans son coin dehors sans que personne ne le surveille, sans que personne ne s’inquiète quand il crie et à 6 ans il saura monter à cheval. Quelle liberté il a. Quelle autonomie. Quelle simplicité.IMG_4397Et nous, on observe. Étonnés. Ça nous questionne sur l’éducation des enfants chez nous.
Et on réfléchit : est-ce qu’on s’en rappellera ? est-ce qu’on osera ?

On s’habitue à l’absence de douche, et ce depuis 5 jours*. De toute façon, personne n’est lavé quotidiennement ici…
On s’habitue au trou au fond du « jardin » en guise de toilette, et même au milieu de la nuit, avec la lampe de poche qu’il ne faut pas faire tomber…
On s’habitue à dormir par terre, sur diverses épaisseurs de matelas et sous une lourde couette, pas loin du poêle, et à vivre en colocation avec moult mouches.
On s’habitue au baisse de tension électrique à chaque ampoule qu’on allume et même à l’absence d’électricité (un soir, à 19h30, coupure… donc à 20h, tout le monde est au lit !). Normal…
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C’est un bon retour aux essentiels, aux choses simples et primaires.
On comprend le « bon sens paysan ».
On est loin.
Stitched PanoramaDurant ces quelques jours, nous nous sommes sentis bien, légers et en harmonie avec notre environnement… même si, on l’avoue, nous avons été contents de retrouver un peu de confort moderne par la suite.
Ça nous questionne beaucoup sur notre façon de vivre, de consommer, sur la notion de plaisir, d’indispensable, de superflu et de besoin.
Ce passage par les montagnes kirghizes est une jolie expérience de vie.
On en a appris des choses, et nous en sommes ressortis la tête pleine de réflexions sur nos modes de vie, l’éducation des enfants et ce que « notre société » aurait perdu…
Et ça fait du bien.

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Simple.
Si simple.

 

  • Jour du bain. Dans une petite pièce cachée de la maison, Bıbıira met de l’eau à chauffer dans la chaudière. Bien sûr, auparavant, il faut aller chercher quelques centaines de litres d’eau en plus à la rivière…
    Une heure plus tard, l’eau bout. La pièce se transforme en sauna.
    On a des sceaux d’eau froide, et un tuyau sort de la chaudière pour récupérer l’eau bouillante, et un sceau vide pour faire de l’eau tiède. Et à nous les grandes eaux, la mousse, la brosse !
    Mais, alors qu’on profitera de cette bonne douche, personne d’autres n’ira se laver… On s’est dit que c’était pas « jour du bain » pour tout le monde…
    …mais nous serons contents d’être tout propre!
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Loin

Pour rejoindre les endroits bien reculés tels que le village de Kyzyl Oï (et d’ailleurs, toute la partie Ouest du pays !) il n’y a pas de transports en commun, seulement des taxis partagés (un peu cher), ou pas partagés (très cher), ou du stop (payant mais bon marché).

Première étape : aller jusqu’à Kara-Balta. On choisit le marshrutka. Ça ne coute pas cher mais il faut attendre environ une heure qu’il soit plein.
Seconde étape : trouver un taxi partagé pour rejoindre Suusamyr. On attend pour trouver les 5 autres personnes qui partageront le voyage avec nous. Entre temps, des gens rentrent puis sortent, on passe chez une mamie qui transporte un sceau entier de framboises fraiches, puis on va chercher la femme et le bébé de l’un des passagers, on perd des gens en route mais on en trouve d’autres… On s’arrête parce qu’une des personnes du taxi voudrait acheter du pain, bref, après presque trois heures d’attente on est tous là, le taxi est plein, on peut y aller !! Ah non… faut passer faire le plein d’essence…

On passe par une superbe route, celle reliant les deux villes les plus importantes du pays (Bishkek et Osh). Elle passe à travers des vallées encadrées de montagnes vertigineuses. C’est une route importante, on y paie même un péage et on a le droit à des glissières de sécurité… mais cela ne nous empêche pas de rencontrer à plusieurs reprises des troupeaux de chevaux, de moutons, ou de vaches…
IMG_4173IMG_4195 IMG_4210À 3170 m, un tunnel (à la chaussée défoncée) de plusieurs kilomètres permet d’éviter un col encore plus haut. Et de l’autre côté, la vallée s’ouvre devant nous. Et hop, on redescend puis bifurque et la route devient une piste.
IMG_4240Le taxi nous propose pour quelques som de plus de nous déposer à Komjukol, puis pour aller jusqu’à Kyzyl Oï, ça sera du stop. Nous sommes donc déposés à 17h15 à Komjukol. Et là, au milieu de rien, on attend des voitures… mais bien sûr, il n’y en a pas.
IMG_4246 IMG_4249 DSCF1622 DSCF1631 IMG_4253Et une heure plus tard, voyant le ciel se charger et la nuit tomber, on décide que c’est ici qu’il nous faudra dormir (on a vu que 2 voitures…).

Alors que nous nous apprêtions à nous mettre en quête d’un refuge pour la nuit ; Guralbek vient à notre rencontre et nous propose de dormir chez lui. Et après 3min de discussion*, nous sommes accueillis par Jumakador et Saltanat respectivement son père et sa mère.
IMG_4259Les présentations faites avec le reste de la famille (le petit-fils Jaandos, la petite Abil et son père Ögörush), on papote, on nous offre du bon thé bien chaud, du bon pain frais, du beurre fait maison (avec le lait de la vache), de la confiture,… C’est parfait.
La soirée se passe très simplement, entre comparaison du prix d’un cheval en France et au Kirghizistan (euh… c’est-à-dire que nous, on habite en ville… alors on ne sait pas combien coûte un cheval…), et combien ça coûte la vie en France, etc…, photos de nos familles, de leurs familles, …
DSCF1647 DSCF1649 DSCF1645 DSCF1653Et puis à 21h, il fait déjà bien nuit, tout le monde va dormir. Un dernier pipi dans la cabane au fond du jardin… et au lit !
Réveil vers 8h le lendemain, petit déj’ avec thé, confiture, beurre frais et bon pain. Des amis de la famille sont en train de petit déjeuner (avec un verre de Vodka en plus…), et qui nous proposent de nous déposer à Kyzyl Oï, parce que c’est sur leur chemin.
DSCF1662 Stitched PanoramaPhotos, au revoir, embrassade, et nous voilà assis dans le camion pour une heure de piste longeant la rivière.
IMG_4268 IMG_4295On arrive à Kyzyl Oï, on demande à une personne dans la rue si elle connait Katja, notre prochain hôte. Oui oui, c’est 1km par là…

Ok, on y va et on la croise en chemin.
On est donc accueillis chez Katja, petit déj’ pain, confiture, miel et thé.
IMG_4308 DSCF1723 Stitched Panorama DSCF1672 DSCF1894 DSCF1712 DSCF1678 Stitched Panorama DSCF1743 DSCF1887Et puis ses neveux jouent dans la cours, alors nous aussi. On observe beaucoup. Chaque geste, et on est toujours impressionnées de ces enfants qui jouent avec rien (une poupée sans bras pour les unes, un vélo sans chaîne pour d’autres, un bâton, des outils… ou même rien du tout), et n’ont peur de rien… même pas d’une vache de 500kg…
Petits citadins que nous sommes !
DSCF1698 DSCF1709Repas du midi, et balade dans les petites montagnes de l’arrière-pays, pour digérer.
Des enfants se baladent à cheval, normal… (Celui qui est aux rênes n’a pas 5 ans…)
D’autres ramènent le troupeau de dindons à la ferme, normal…
Tandis qu’un autre conduit ses moutons…

DSCF1835 IMG_4363Et tout autour de nous, des montagnes, toutes plus hautes les unes que les autres. Impressionnantes, majestueuses, les sommets enneigés et les gros nuages sombres imposent le respect.
DSCF1761 Stitched Panorama Stitched Panorama IMG_4332 Stitched Panorama DSCF1855 Stitched Panorama DSCF1857 DSCF1866On rentre à la maison, repas simple auprès de Katja…
On se retrouve encore une fois au lit très tôt !
Sauf que cette fois-ci, on s’est moins sentis à l’aise dans cette famille : il y a eu très peu d’échanges avec les autres adultes de la famille, qui n’avaient certainement pas envie de faire d’efforts… Katja possède une homestay, et nous sommes loin d’être les premiers à être hébergés chez elle, ceci explique peut-être cela ?

Le lendemain, on attend avec Katja une voiture pour nous redescendre dans la vallée (la voiture prévue à 8h30 ne partira pas avant 9h30…mais on s’y attendait). On part quelques jours dans la famille de Talant, le mari de la sœur de Katja.
* ou de négociations. En effet, même lorsque nous sommes invités ou pris en autostop, la règle veut que nous participions financièrement. Ce n’est d’ailleurs jamais notre interlocuteur, mais nous qui devons proposer un prix qui sera ensuite approuvé ou pas.

Ex :
– Vous allez à Osh ? C’est combien ?
– Combien vous proposez ?
– mmmmmh… 300 som ?
– oh, mais l’essence coute cher et ça fait plus de 100km…
– ah, alors 450 som ?
– avec plaisir (et hop, on nous aide à charger les sacs)

Bis’shkek

On quitte Karakol, les jambes un peu fatiguées, pour la ville de Kochgor.
Point stratégique pour aller voir le lac Song Köl. Nombre de personnes rencontrées sur le trajet nous on dit que les nomades plient leur yourtes, que le froid s’installe et certains nous disent même que c’est assez barbant comme paysage… mais bon, ça reste un must see du Kirghizistan.
IMG_4117Un marshruka, et 6h plus tard (on devra resserrer un des disques de frein sur le chemin), on arrive à bon port, dans cette petite bourgade, où il n’y a pas grand-chose à faire, mis à part se renseigner sur comment rejoindre le lac (et voir une énième statue de Lénine).
Stitched Panorama IMG_4131 IMG_4154 IMG_4140On fait le tour des « agences », mais le prix pour ces excursions est plutôt élevé. On n’avait pas trop prévu de mettre tous ces sous là que ce soit à cheval, ou à pieds… et puis il ne reste plus que des yourtes touristiques ; c’est-à-dire, des yourtes-dortoirs… et on y voit peu d’intérêt, on voulait voir des bergers et des nomades.DSCF1507 Stitched Panorama DSCF1517 DSCF1521

Néanmoins, on a rien perdu à passer par Kochgor puisqu’on y retrouve par hasard Volker et Katia ; des copains allemands que nous avions rencontrés deux fois « par hasard » à Mashhad et à Samarkand, et on sera content de passer la soirée avec eux. Et puis, on pourra (Brice) tester le vrai kymiz (on rappelle que c’est du lait de jument fermenté…), celui servi dans un vieux tonneau avec plein de morceau dedans… ben c’est fort fort fort… Brice ne parviendra pas à finir son bol (rempli, il est vrai, à ras bord), qu’à cela ne tienne, le reste sera reversé dans le tonneau… Marion trouve toujours ça très mauvais !

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Le lendemain, départ pour Bishkek (à cause des montagnes, il est impossible de passer de l’Est à l’Ouest du pays sans passer par la capitale à l’extrême Nord). On commence à s’habituer : le voyage dure deux heures mais il faut attendre un peu plus d’une heure que le marshutka se remplisse (avec une chèvre qui voyagera avec une couche dans le coffre).
IMG_4165DSCF1551Ilonka (rencontrée à Bishkek lors de notre premier passage) nous a donné le contact d’une petite association qui met les voyageurs en contact avec les locaux et les nomades.
L’hiver arrivant, plus de yourtes dans les jailoo (les alpages en altitude), tant pis, nous savions que nous serions un peu en retard pour profiter pleinement de ce pays ; ça sera la prochaine fois.

Néanmoins, on nous donne le contact de Katja dans le tout petit village isolé de Kyzyl Oï dont la sœur est marié au berger d’une famille nomade (l’été) qui habite dans la montagne… enfin, c’est ce qu’on pense avoir compris.
DSCF1565 DSCF1568 DSCF1564Ok pour rencontrer des vrais Kirghiz des montagnes!
On se balade une dernière fois, on va faire deux trois courses (deux pulls « d’occasion » en soie et laine pour moins de 10€ pour avoir bien chaud). On part dès le lendemain.

Deux escargots à Karakol

Le Kirghizstan est réputé pour ses superbes paysages de lacs et de montagnes. Et Karakol est un bon point de départ pour de longues randonnées vers les sommets.
À 3600m, se trouve un des plus hauts lacs alpins du pays, le Lac Ala-köl ; et c’est justement celui qu’on a envie d’aller voir.

Coup de bol, dans ce pays, il y a de nombreuses associations qui travaillent avec les locaux pour fournir aux touristes des treks avec ou sans guide ou porteur, des balades à chevaux, des nuits dans les yourtes… Nous on a décidé d’aller marcher que tous les deux…sauf qu’on a rendu toutes nos affaires chaudes à Jérôme lors de son passage en Iran, et on n’a pas de matériel de camping…

Prologue : Préparatifs
À Bishkek, un voyageur de l’auberge nous a montré comment faire un réchaud à alcool avec une canette (ce qui s’avèrera une expérience… mitigée), donc, en bons aventuriers économes que nous sommes, nous ne louons ni brûleur ni réchaud. La canette/alcool fera l’affaire. (On a fait des tests probants avant !)

Donc, on passe chez EcoTrek, et on loue notre tente et des duvets (plus chauds que ceux que nous avons déjà). On questionne un peu le mec, genre… c’est sûr, tout le monde peut faire cette rando ? mais il y a de la neige là-haut ? c’est facile ?…
Parce que nous, on aime bien marcher, mais on n’est pas des ouf de randonneurs non plus ! Il nous dit que ça n’est pas difficile… Ok, on y va !

On a vidé nos sacs pour ne prendre que quelques fringues, des soupes chinoises/pommes/gâteaux/fruits secs. Pour 4 jours, ça devrait faire l’affaire. Un sac de couchage+tapis de sol chacun, une tente, couteau suisse, lampe de poche, téléphone gps, et c’est parti !

Ce soir-là, il a plu/neigé. Et au réveil, toutes les montagnes aux alentours sont blanches de neige, et il fait grand beau temps. Cela n’en est pas moins impressionnant.

J1 : Karakol – Vallée de Karakol
Il est 9h lorsqu’on part de la maison.
On monte dans un marshruka qui nous dépose à l’entrée du parc national.
DSCF1066On s’allège de 600 som (8,5 euros) pour nous et notre tente, et surmontés de notre sac-à-dos, on s’aventure le long du chemin, remontant la vallée tranquillement.
DSCF1071 DSCF1097On ne croise personne. Simplement quelques troupeaux de chevaux…
On longe la rivière, mais au bout de 2km, on se rend compte qu’on doit faire demi-tour… On a loupé le pont. Ça fout en l’air notre moyenne (!) mais bon.
La journée passe et la neige fond. Le soleil fait bien son travail. Ça nous rassure… On grimpe doucement, à travers la forêt, les grandes étendues vertes, et les montagnes, autour, toujours si hautes. On se sent tout petit, plein d’humilité face à ces toits enneigés. La rivière serpente, son flot s’intensifie, devient cascade et au-dessus, une immense plaine s’étend devant nous.
DSCF1104 IMG_3949DSCF1109On pique-nique, on boit l’eau de la rivière, on marche d’un bon pas, on s’habitue aussi à notre sac, et on est contents.
DSCF1120 DSCF1124 DSCF1135 DSCF1137 IMG_3961Stitched Panorama

À 15h, on arrive au niveau d’une deuxième large plaine au confluent de deux rivières à 2600 m d’altitude et surplombée par de hautes montagnes. Nous sommes seuls.
C’est là qu’il est bon de camper avant de grimper en direction du lac.
DSCF1179On galère à traverser la rivière (qui n’est pas bien profonde, ni très large… mais elle n’en demeure pas moins une rivière d’eau très froide et pas question de mouiller nos seules chaussures…), nous fabriquons un petit pont avec des cailloux (et en sommes fiers !) et hop, sur l’autre rive, on se trouve le spot pour planter la tente. Il commence à faire frais…
Stitched PanoramaOn s’installe, sort la canette/alcool, prépare un petit coin cailloux pour faire un feu (qui s’avèrera inutile, le bois étant trop humide à cause des lourdes précipitations de la veille), et on se fait un bon thé.

Il est 17h quand on fait chauffer nos nouilles, à 17h30 elles sont mangées, à 18h, le soleil est passé derrière la montagne et il fait très froid, à 18h15 nous sommes dans nos duvets !
Première nuit sous la tente très très fraîche… mais 12h de sommeil !
Réveil sous le givre.
DSCF1189 DSCF1190On n’est pas rassurés : nous sommes la veille de l’automne et on se demande si nous résisteront au froid de nos prochaines nuits à des altitudes bien plus élevées.

J2 : Vallée de Karakol – Lac Ala-köl
Heureusement, le soleil n’est pas loin, il va réchauffer tout ça.
On fait bouillir de l’eau : Aïe ! Notre brûleur consomme bien plus d’alcool que nous l’avions prévu. Nous décidons alors de faire impasse sur les soupes du matin, tant pis. Thé, biscuits, fruits secs. On range la tente, les sacs de couchages, tout ça, et c’est reparti. Il est 10h.

On franchit un petit pont de bois, avant de s’enfoncer dans une forêt bien dense. Ici, pas de sentiers balisés, pas d’indications, rien…
DSCF1193 Stitched PanoramaLe chemin, c’est simplement de l’herbe écrasée par les pas des précédents randonneurs, et parfois de petits cairns pour nous confirmer qu’on est sur la bonne route. Il faut donc avoir l’œil car on s’y perd vite (la veille, on a croisé un type qui avait perdu son comparse…à quelques heures du coucher du soleil… une belle histoire pour que Marion passe une nuit sans angoisse…). Et rapidement, cette forêt dense devient moins dense, mais la pente s’accentue.
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