Catégorie : Laos

Les louanges de Louang Prabang

Nous voilà bien arrivés à Luang Prabang.
Tous les deux en séparés, mais bien arrivés.
Cette ville au passé colonial riche et aux temples innombrables est très charmante.
Les rives du Mékong et de son affluent semblent l’entourer comme pour protéger son patrimoine et le mettre encore plus en valeur tel un écrin.
Il faut rappeler aussi que les villes du Laos n’ont rien pour elles – si ce n’est la simple vie que les Laotiens leur procurent.DSCF2394DSCF2399Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF2533DSCF2401Nous nous y arrêtons pour 5 jours.
En effet, notre planning y est chargé. Et c’est après avoir trouvé un toit (à un prix presque décent, quoique très élevé… cette ville, en tant que phare touristique du pays, est très chère), que nous nous attelons à nos tâches.

La première d’entre elles, et non la plus facile, est de vendre K’rá Diêu.
Oui, il est temps de reprendre notre indépendance. Nos routes doivent se séparer.
K’rá Diêu va continuer sa vie, parcourant les routes laotiennes du Nord au Sud, en passant peut-être par le Cambodge et le Vietnam, pour y retrouver de la famille.
Nous avons mis des annonces sur des sites internet et nous avons imprimés des affiches que nous partons scotcher dans la rue.
Mais on se rend vite compte que nous ne sommes pas seuls à vendre la même moto… et que nous réclamons trop pour K’rá Diêu. Enfin, surtout que les gens préfèrent aussi acheter une moto à petit prix – et tant pis si ils dépenseront plus que la différence en réparation – plutôt qu’une machine en bon état pour plus cher.
Un rendez-vous manqué avec un couple potentiellement acheteur (Pas assez rapide, dommage. On l’avait pourtant croisé lors de notre arrivée), mais le « hasard » fera qu’on rencontrera Michael et Tina au coin d’une rue, et qu’on discutera un temps.
La distribution de prospectus nous fait rencontrer tout un tas de personnes.
Et au détour d’une ruelle, on tombe sur Jérémy et Fanny, assignés à résidence pour cause d’entorse au genou.
C’est ainsi que nous restons assis à leur côté à papoter pendant quelques heures, qu’on se retrouvent bien les uns les autres, puis nous profiterons ainsi les soirs suivants de moments « entres potes ».DSCF2413Et puis, il y a aussi Jean-Claude, un motard photographe voyageur, avec qui nous discuterons également longuement sur la terrasse de notre petite pension.
Et également Françoise et Paul, un couple de septuagénaire, en voyage depuis 7 mois à bords de leur Land-Rover aménagé/camping car. Ils sont passés au Tibet, en Iran et au Pakistan, … entre autres !… ça fait du bien de voir que le virus du voyage ne s’éteint pas avec l’âge.

Beaucoup de bule d’un coup donc.
Il faut dire que Luang Prabang est le pendant laotien de Chiang Mai (en Thaïlande). En tout cas, c’est un peu comme ça qu’on l’a perçu.
Une ville tranquille, à l’architecture et urbanisation qui sort de l’ordinaire laotien, au patrimoine riche et qui fleure bon le confort… ce qui fait donc que les touristes ont finalement envie d’y étendre leur séjour.DSCF2370Stitched PanoramaDSCF1031 DSCF2317 DSCF2321 DSCF2279DSCF2381Et donc beaucoup beaucoup d’auberges, hôtels et agences de voyage… et de moins en moins de places pour les locaux… Dommage.
Mais des bars et boutiques branchés… et un marché de nuit devant lequel nous feront le pied de grue toute la soirée… pour finalement rencontrer Jan, un grand gaillard qui se demandait si voyager à moto au Laos ne lui conviendrait pas mieux.
En fin de compte, le lendemain, c’est sur K’rá Diêu qu’il est reparti, direction les montagnes de l’Ouest.
Après une leçon de « comment se comporter avec K’rá Diêu », les réparations qu’on a déjà faites (on a gardé les notes des garagistes, longues comme un bras), les astuces et routes sympas (tout sauf la route 23 !).
C’est avec tristesse et soulagement que nous voyons notre fier destrier partir sous les fesses d’un Hollandais (qui continuera à nous envoyer régulièrement de « leurs » nouvelles). Nous sommes en effet soulagés car dernièrement nous n’avons pas voyagé sereinement tout au long de nos trajets, nous méfiant de chaque montée, ne pouvant réellement nous arrêter et aller où l’on voulait vraiment, se demandant ce qui allait clocher sur K’rá Diêu…
Voyager avec une moto fiable et plus puissante nous aurait bien plus comblé.
Car, voyager à moto a été une superbe expérience au Laos.
D’autant plus que le Laos… n’a que peu à offrir en dehors de ses paysages et son peuple.
Et être à moto nous aura permis d’être un peu plus libres sur de nombreux aspects.
À l’écoute des récit d’autres voyageurs rencontrés à Luang Prabang, on se rend d’autant plus compte de la chance que l’on avait. Puis cette ville est tout de même aux antipodes du Laos des derniers semaines.
Cependant, on a l’impression paradoxale d’avoir fait moins de rencontre et avons eu moins d’interactions avec les Laotiens que nous aurions pu en voyageant en transport en commun.

C’est en effet souvent dans les gares de bus, en cherchant notre chemin, ou dans les bennes de sorng-ta-ou que nous papotons. Mais bon, ça sera pour une prochaine fois.

On se dit que chaque voyage est différent. Chaque façon de le faire à ses points positifs et négatifs.
Mais en voyageant à moins de 40 à l’heure*, K’rá Diêu nous a permis de vivre le paysage et les villages laotiens différemment et peut-être plus en profondeur – à pied ça aurait été encore plus intense… et fatigant.

Et après près de 1700km*, quelques soucis mécaniques et beaucoup de plaisir sur les routes, nous poursuivons la nôtre, autrement.

La deuxième tâche – roulement de tambour… est de faire un visa chinois !
On a décidé de retourner en Chine, plutôt vers le sud cette fois-ci (enfin… on verra).
Le consulat de Chine est efficace et cette tâche s’avèrera beaucoup plus facile que pour notre première demande de visa, à Ankara.
Et voilà, 4 jours plus tard, notre passeport décoré d’un nouveau visa pour 30 jours au « pays du centre ».

La dernière tâche et finalement, la plus facile : profitez de Luang Prabang, ses temples, ses rives et ses jolies maisons.Stitched Panorama DSCF2381 Stitched Panorama DSCF2272 DSCF2316 DSCF2532DSCF2329 C’est ainsi qu’on se balade un peu par là et par ici. On évite la foule et les groupes de coréens en vacances en lézardant dans les ruelles cachées et parallèles et de l’autre côté du fleuve.DSCF1085 Stitched Panorama DSCF1051 Stitched Panorama DSCF2454 DSCF2455Stitched PanoramaStitched Panorama DSCF2487 Stitched PanoramaDSCF2266 DSCF2507

C’est beau. C’est paisible.
Là-bas, les temples sont décorés de riches peintures écaillées. Les têtes de Naga ornent les façades. Les moines aux robes oranges/safran habitent les lieux.
Ils sont nombreux et leurs présences rendent les temples vivants.

Les couleurs sont chaudes et variées. C’est un subtil mélange de brun, rouge, jaune et doré.
Ça faisait longtemps que les temples ne nous avaient pas émus.

Enfin, nos estomacs se régalent de sandwichs (oui oui, un sandwich avec de la baguette, merci l’empire colonial français), de tomate, fromage et poulet, mais aussi de bons mets laotiens servis à la « casserole » et riz collants dont nous devenons accrocs.DSCF2412DSCF2358 DSCF2356

Notre séjour à Luang Prabang se termine alors que nous filons au Consulat Chinois.
Et puis hop hop hop, on part en stop plein Nord. Et sans faire exprès, c’est à bord de la voiture d’un chinois que nous montons (d’abord dans la benne, pis finalement bien au chaud dans la cabine). Brice cherche ses mots, ça va revenir.DSCF1092 DSCF2556 DSCF2614
Après une longue route interminable (mais d’excellente facture made in China) serpentant entre les montagnes (on se rend pas du tout compte que ça monte), nous sommes déposés à OudomXai.
Le lendemain matin, on élimine nos derniers kip en s’offrant une mangue et un dernier sachet plein de khao niew (le riz collant) avant de repartir pour Boten dans une bus plein de Chinois, et la frontière Sino-Laotienne.

‘* : 1690km en 18 jours, avec une moyenne de 23.2km/h, 23000 mètres d’ascension (et tout autant de descente…mais on s’en souvient moins) pour un sommet à 1550m.
Moins de 43litres d’essence consommés (soit 2.5l/100km) pour la folle somme de 300 000 kip (~36€).
1 077 000 kip (~130€) de réparation… et après 10 jours, Jan n’a toujours pas de problème.

Laos dans la montagne

Notre prochaine et probablement dernière étape au Laos est la fameuse Luang Prabang.

Mais d’ici-là, il nous reste quelques montagnes à gravir, des pentes abruptes, de longues montées et de beaux virages… et encore une fois nous sommes partagés à l’idée de parcourir une si belle route, sur une brelle qui broute.

Nous avons pris une grande décision. Pour la première fois en 745 jours de bourlingue, nous n’allons pas faire la route ensemble.
K’rá Diêu en a trop bavé la fois précédente.
C’est décidé.

On dépose donc Marion à la gare de bus, on achète un billet – eh mais c’est cher ! finalement, K’rá Diêu n’est pas un si mauvais investissement !.
Brice sera en moto, seul avec son sac-à-dos, et nous devons nous retrouver dans 120km, à la ville de Phou-Khoun.
Brice part finalement en avance, laissant Marion attendre que le bus se remplisse et parte.
Assise sur un assis-mou confortable, le paysage défile tranquillement. Les montées ne posent aucun problème, même après avoir chargé en cours de route une moto sur le toit du minibus.DSCF0930 DSCF0931 DSCF2065 S0060958Brice pendant ce temps, voyage au rythme imposé par K’rá Diêu (les montées se font bien en 3ème), fait des arrêts photos/pipi, profitant d’une moto légère.
Le plaine à l’Ouest de Phonsavanh est magnifique, notamment quand elle est baignée de la lumière matinale.
Une succession de vaux et de collines sèches. Çà et là, des rizières attendent la saison des pluies.
Stitched Panorama DSCF2077 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2125Et doucement, la campagne sort de la léthargie, aussi bien sur la route que dans les villages traversés.DSCF0970 DSCF2220 DSCF0975DSCF2157Puis les déclivités se font de plus en plus raides.
Très vite – enfin, pas si vite non plus – le premier col arrive à 1415m, pour ensuite redescendre dans la vallée.DSCF2129 Stitched Panorama Stitched Panorama…et enchainer par une seconde montée, beaucoup plus sévère menant K’rá Diêu vers des sommets à 1450 puis 1550 m qui dominent les alentours.DSCF2143 Stitched Panorama DSCF2170 Stitched Panorama Jour 1Même si Brice est seul sur la moto, ce trajet n’en demeure pas moins fatigant, et il est content d’arriver à Phou Khoun quelques minutes avant l’autobus de Marion.
Finalement, la bourlingue se retrouve pour le déjeuner.
Il n’y a absolument rien à faire à PhouKhoun, c’est une ville-carrefour situé sur une crête, à la jonction de la route 13 et la route 7 provenant de Phonsavanh.DSCF2183DSCF2182 DSCF2179 DSCF2178Nous nous baladons au marché, 5min dans l’unique rue et puis le reste de l’après-midi sur notre toit terrasse, à siroter un café au soleil. Une fois la nuit tombée, plus de trafic dans la rue. Le carrefour prend des allures de décor de cinéma.Stitched Panorama

Le lendemain, on refait la même. Sauf qu’on pensait faire du stop, mais qu’il n’y a aucune voiture. Zéro. Rien. Nada.
Un camion de type « transport de fruits et légumes » fait également office de « bus » – les sorng-ta-ou qu’on retrouve aussi en Thaïlande.
Brice enfourche K’rá Diêu tandis que Marion s’installe sur l’assis-dur-très-dur de la camionnette.
Et c’est parti pour 4h de routes, de virages, de poussière, de nids de poule, de grandes vallées, de rizières, d’arbres, de crêtes, de vent.
Comme dans le Nagaland, cette route est étonnante, elle dessert des villages situés non pas dans la vallée ou sur les flancs de montagne, mais sur les crêtes.
Ce qui permet de profiter de panoramas ahurissants et vertigineux.Stitched Panorama Stitched PanoramaEt à ce titre, la route est vraiment impressionnante.
Une fois le dernier col passé à 1440m, un panneau annonce une pente prononcée…sur plus de 18km !
J’aurais pas aimé la monter sur K’rá Diêu celle-ci.
Oui parce que ce dernier segment de route désert qui nous mène à l’ancienne capitale, n’est qu’une succession de côtes et pentes où l’on croise parfois de poussifs camions aux freins fumants.
Jour 2C’est beau…
Mais avec le petit moteur anémique de K’rá Diêu entre les jambes, il est plus que recommander de multiplier les pauses… pas grave, ça permet de prendre des photos.
Pendant ce temps, Marion fait aussi étape pour décharger une partie de sa cargaison… et ses compagnons de voyage achètent un ou deux écureuils faisant ainsi un délicieux en-cas.DSCF1014

Tout ce chemin se réalise à petite vitesse, les descentes se font souvent plus lentement que les montées.
Surtout dans les virages, puisqu’ils sont plein de cailloux et de nids de poules, bordées par de profond précipices.
…Et pourtant s’il y a bien quelques motos sur les routes, seule une voiture doublera Brice sur les cent bornes de montagne. Et dire que c’est la route qui relie les deux plus grosses villes du pays.Stitched PanoramaDSCF2238 Stitched PanoramaStitched PanoramaStitched Panorama DSCF2226Ouf, on rejoint finalement la vallée, 100km sans croiser de pompes à essence (alors qu’on en trouve parfois 6 à la file), heureusement que K’rá Diêu a un appétit d’oiseau.

Le camion de Marion ayant roulé à tombeaux ouverts, elle doublera Brice et arrivera à destination une petite heure plus tôt, la bourlingue se retrouve pour le déjeuner.
Ça y est, enfin, nous sommes à Luang Prabang.

Ça boum !

Le problème d’avoir une moto et finalement d’être propriétaire, c’est que nous nous faisons beaucoup plus de soucis que si nous avions loué la machine.
C’est un peu comme la location de ski. Tu t’en fiches si on te marche sur les skis.
Pour la moto, c’est pareil.

Et K’rá Diêu est sensible.
Nous sentions qu’elle n’avait pas la forme en arrivant à Phonsavanh.
On soupçonnait son anémie d’avoir pour origine l’admission, ou l’allumage ?

En bref, on s’est refait une histoire de monsieur A, B et C .
Tiens tiens… j’ai comme l’impression que l’histoire se répète.
On passe chez un premier garagiste. Monsieur A.
On lui fait écouter notre moteur sans puissance, il l’essaye, et finalement, nous montre la culasse : il faut changer les soupapes.
Mais Monsieur A est tout seul dans son garage, et il y a déjà 4 motos qui attendent, il nous dit de repasser plus tard.
On part donc voir un autre garagiste, histoire de comparer les diagnostics.
Et rapidement Monsieur B nous explique que ça serait aussi les soupapes.
Mais on ne sent pas trop Monsieur B qui roule trop des mécaniques devant son équipe (pas mal celle-ci !), il ne nous met pas en confiance.
En retournant voir Monsieur A, nous tombons sur le garage de Monsieur C.
Et comme à Takhkek, Monsieur C décide d’ouvrir pour examiner. Il nous montre le carburateur. C’est vrai « qu’on » y avait pensé.
Mais après avoir soigneusement nettoyé le carburateur, la moto ne démarre plus.
… Autant dire qu’on est fâchés.
Il essaye un truc, un autre, il veut aller voir le moteur, … non non non, il est tout neuf le moteur !
Finalement, après 1h, on repart en poussant la moto, direction le garage de Monsieur A, la queue entre les jambes.
On arrive à 16h, il y a encore du monde. On s’assoit, on attend.
On passe bien entendu après les pneus crevés qui arrivent à l’improviste.
On regarde le mécano qui bosse, il redémonte le carburateur, le rerègle, rien n’y fait, remplace avec un nouveau… toujours rien.
Il remonte de nouvelles soupapes – ajustement du jeu à l’oreille, ces types sont des professionnels -mais toujours rien, un moteur qui broute…
On sent déjà qu’on va devoir laisser la moto à Phonsavanh.
Tant pis après tout… 300$ sur deux ans de voyage…
Et après plusieurs heures de stress, de tests, d’ouverture du moteur, la nuit est déjà tombée depuis bien longtemps… DSCF5180 DSCF5185Notre virtuose installe un nouvel arbre à cames, et là, ça marche !
Génial !
Notre mécano’ n’a même pas pris deux minutes pour pisser, ces types travaillent dur… pour 10€ !
Et nous sommes un peu plus soulagés.

Mais les prochains jours à Phonsavanh vont nous permettre de relativiser quant aux problèmes de la moto.

Il y a bien entendu la très proche plaine de jarres, un site archéologique multimillénaire qui nous dégourdira les jambes une matinée, et dont il n’y a pas grand-chose à dire… car il demeure encore mystérieux (ça aurait peut-être servi de tombeaux…)Stitched Panorama DSCF2026 Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF2046 Stitched Panorama DSCF2029L’immense intérêt que l’on a eu à venir dans cette région, est lié à une histoire beaucoup plus récente.
Nous sommes à l’Est du Laos. Le Vietnam n’est pas si loin, et comme nous l’avions emprunté quelques jours plus tôt, le Hô Chi Minh trail passe par là.

Durant la seconde guerre d’Indochine (= guerre du VietNam), les troupes VietMinh d’Hô-Chi-Minh ont fait le coup d’Hannibal en contournant la ligne de front par un réseau de chemins et routes longeant la frontière montagneuse côté Laos.
Or, suite aux accords de Genève mettant fin à la première guerre d’Indochine (celle d’indépendance vis-à-vis de l’empire colonial français) le Laos est officiellement neutre dans cette histoire.
Il n’est en guerre contre personne – même si la rébellion communiste naissante des Pathet Lao (armée de libération du peuple lao) aide volontiers leurs camarades VietMinh.

Aussi, les États-Unis d’Amérique se sont lancés dans une guerre secrète de près de 10 ans sans que le Sénat (et encore moins les citoyens américains) ne soient au courant, bombardant largement et massivement une grande frange du pays.

Il est tombé au Laos, entre 1964 et 1973, plus de bombes que dans le monde entier pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Toutes les 8 minutes, 24h sur 24, pendant 9 ans, les Laotiens subissaient des raids aériens ciblant la révolution Pathet Lao ou le stratégique Hô-Chi-Minh trail (sans parler des bombardiers qui lorsqu’ils été contraints d’avorter leur mission à l’Est, se débarrassaient de leur funeste chargement pour s’éviter de lourdes procédures de sécurité d’atterrissage les soutes pleines).

Avec – officiellement – plus de 2 millions de tonnes de bombes qui sont tombées, cela fait du Laos le pays le plus bombardé de l’Histoire… pour une guerre qui n’a jamais existé.
Ce chiffre fait d’autant plus peur que cela fait près de 900kg de bombes par habitant.
Un nouveau type de bombe, les bombes à fragmentation.
Chaque bombe de plusieurs centaines de kilogrammes, s’ouvre pour libérer plus de 600 « bombinettes », grosses comme le poing, diaboliquement efficaces pour tapisser la zone de bombardement (et laissant de larges cratères).

contaminationmap
Carte des zones UXO au Laos – (c) MAG International

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
On estime que 30% d’entre elles n’ont pas explosées laissant aujourd’hui le pays contaminé par plus de 80 millions de ces petites bombes (les UXO – UneXploded Ordnance).
Les terres arables en sont parsemées, et elles continuent d’exploser sous les coups de bêche des agriculteurs, à l’intérieur d’un tronc que coupent les bucherons, ou dans les mains des enfants qui jouent avec ou récoltent l’acier pour le revendre aux ferrailleurs…
Il y en a partout, dans les cours d’écoles, le long des routes, dans les champs… le pays en est infesté, et la saison des pluies n’a de cesse de retourner la terre et de déplacer les bombes, terrorisant les populations locales.

Dans un pays en grande partie paysan, cette situation ralentit incroyablement le développement d’une population parmi les plus pauvres du monde.
Le gouvernement laotien effectue un travail de fourmi – aidé par de nombreuses associations non-gouvernementales – pour déminer le pays.
Un travail titanesque qui demande beaucoup de temps (à ce rythme plusieurs centaines d’années ?), et de ressource qui ne peuvent être investies dans d’autres secteurs.
Mais cela reste la condition sine qua none pour assainir les terres et permettre le développement sain du pays.

Ironiquement, on fait appel à de la dynamite pour détruire ces encombrantes charges.
Et c’est incroyable de penser que d’un côté on dépense tant d’énergie à développer et fabriquer des bombes, alors que d’autres dépensent tout autant pour les éradiquer. Un « tir à la corde » insensé.
Notre monde est fou.

On a eu la chance de rendre visite à deux associations qui œuvrent à leur manière et à des échelles différentes pour alléger ce lourd poids.

La première est la NGO nobélisée MAG (Mine Advisory Group), qui apporte sa compétence technique en matière de déminage d’explosif dans le monde entier.DSCF2006

La seconde est l’association locale Quality of life for UXO survivors QLA dont le rôle, plus social, est d’aider les familles des victimes à retrouver dignité et autonomie en apportant une aide psychologique – toute relative dans ce pays, éducative, financière, et logistique, à Tchong qui a perdu la vue alors qu’il brûlait ses ordures quotidiennes derrière sa maison et dont la femme doit s’occuper seul du foyer et qui n’ose plus aller retourner la terre de son champ, ou à Yan qui a perdu ses deux avant-bras et voudrait une prothèse… au moins pour pouvoir attraper un verre de thé – dixit.

Voilà voilà !

Oui, ça n’a pas été fun, mais ça permet de honteusement bien bien relativiser sur nos petits soucis.
Et heureusement le climat qui se radoucit, les bonnes petites casseroles de la mamie du coin, et le sourire des Laotiens, nous réchauffent le cœur.DSCF0923

Ça grimpe !

On monte, on monte, on monte.
Mais tranquillement.

Pour continuer vers le Nord, en direction de Phonsavanh, nous avons quelques 450km à parcourir en empruntant la route 1D.
Sur la carte cette route est légendée « pire que tout »… mais on s’est renseignés – cette fois-ci – et on va avoir droit à une route flambante neuve.DSCF0426 DSCF0488On découvre que la puissance de K’rá Diêu a finalement des limites : les grosses montées à 12%.
Et ça, c’est nouveau.
Nous longions depuis le début du voyage le Mékong, profitant des grandes plaines et plateaux environnants. Les faux-plats passent correctement, mais cette première montée, c’est trop.

Nous quittons KongLor pour une petite journée de route. On a seulement 70km à parcourir, mais on a décidé de partitionner ainsi.
120/140km par jour, c’est le max’.
Pour nos fesses et pour K’rá Diêu.
On part tôt le matin, et s’il fait encore froid, on a de belles lumières et un après-midi entier pour se reposer.

Cette première journée est donc tranquille et facile.
Le paysage est vert et montagneux. C’est joli et paisible.
On avance bon train, mais sans précipitation.
On profite du paysage vallonné et des montagnes des alentours, des sabaidee (= bonjour) en bord de route, des enfants à vélo, des vaches ou des cochons qui traversent la route, des papys en moto,…
Mais tout le monde à froid, et tôt le matin, le bon sens dit qu’il fait meilleur au soleil, alors tout le monde dehors !DSCF0451 DSCF0479 Stitched Panorama DSCF0529DSCF0628 DSCF0452 DSCF0460 DSCF0531Notre première étape est dans la plaine. Vieng Thong est un bourg sans grand intérêt. Il n’est ni beau ni moche. Mais c’est souvent comme ça au Laos.
Nous nous régalons dans un resto plutôt vietnamien que laotien. On en ressort la peau du ventre bien tendue.DSCF0555Pour passer le temps, nous passons au Wat dont les ouvriers sont en train de sculpter les battants des volets et les poteaux (les types ont l’air bons, en tous cas ils viennent de Ventiane), on s’achète une pastèque d’apéro et nous enfermons dans la chambre dès le soleil couché.
Il fait froid, et les maisons sont vraiment mal isolées (quand elles ont la chance d’avoir des carreaux aux fenêtres).DSCF5105 DSCF5106 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF5090Le lendemain, sous un soleil à peine levé dont les rayons ont du mal à nous réchauffer, nous grimpons sur K’rá Diêu.

Après quelques km, la route commence à montrer ses premières courbes et déclivités.
Assis bien sur l’avant de la moto, nous commençons donc à grimper. La 4e est rapidement quittée. Idem pour la 3e.
La 2nde pousse, on est à fond. On passe en 1ère, à fond, ok pour la 2nde, mais en fait, non.
À fond de 1ère, c’est difficile.DSCF0576 DSCF0623 DSCF0600 DSCF0658Et puis on pose un pied à terre, et on attend que le moteur refroidisse un peu.
Marion commence à monter à pieds. Juste quelques mètres, au prochain virage, c’est bon.

Puis finalement, c’est au 5e virage.
Brice attend un peu plus haut, que l’huile reprenne consistance.
bon bon bon…

Là, ça va pas le faire.
On décide donc de se séparer.
Marion monte dans un camion, afin d’être déposée « après les virages qui grimpent ».

Puis la route redescend, serpente et zigzague. On est rassurés.
Mais un nouveau panneau 12% pointe son nez.
On a compris la leçon.Stitched PanoramaOn attaque le stop avant même d’entamer l’ascension.
Marion monte dans un minivan dont les passagers seront malades à vomir sur les routes aux virages serrés, Brice la suit en moto, à fond de 2nde. C’est lent, mais ça passe.

Doucement, nous rejoignons la ville de Thatom.
Comme pour la veille, cette petite ville n’est pas bien passionnante, mais nous passons au Wat, nous nous baladons le long de la rivière et finissons la soirée avec un bol de nouilles qui réchauffe, avant de nous enfermer dans nos sacs de couchage. Brrrr… trop froid !!! (et pas d’eau chaude pour la douche).DSCF5123 DSCF5119 DSCF0692

Le lendemain, c’est de nouveau de bonne heure que nous partons.
Nous avons étudié la route, on sait à peu près à quoi s’attendre : les virages et les montagnes pointent rapidement le bout de leur nez.
Stop again.DSCF0823 DSCF0816 Stitched PanoramaDSCF0872Marion grimpe dans un gros 4×4 conduit par une Laotienne qui ne sait pas à quoi servent les vitesses. On passe donc de la 2nde à la 5e directement, et parfois, on cale : normal.
Au moins, Brice est tranquille sur les routes sinueuses de montagne sur K’rá Diêu.Stitched Panorama DSCF5168Nous nous retrouvons dans la petite ville de Muang Khoun et on s’arrête au garage.
Ah… ça faisait longtemps (6 jours sans même serrer un boulon !).
K’rá Diêu a l’air d’avoir souffert des montées. Elle a du mal à pousser, plus de puissance. Elle tousse et semble fatiguée.
On change la bougie, mouais pas mieux…
C’est mauvais signe.

Les derniers km pour rejoindre Phonsavanh – et sa très belle plaine – se font en douceur… et en douleur.
K’rá Diêu semble à bout de souffle lorsque nous arrivons en centre-ville et trouvons un petit hôtel pour les prochains jours.DSCF0885 DSCF0917 Stitched PanoramaÇa sent mauvais cette histoire-là…

Epilogue – sous des apparences de galères motorisées, on profite vraiment du paysage et du cadre environnant. Nous sommes seuls sur la route (peu de bule s’aventurent par ces chemins, la route n’est même pas représentée dans le guide) et passons à travers des villages, parmi les champs. On a un aperçu du Laos profond. Celui des gens qui se lavent au puits quand les rayons solaires sont encore chauds (et des petites fesses toutes rondelettes de enfants qui sautillent sous le jet), des femmes courbées sur leur métier à tisser abritées sous les maisons sur pilotis, des écoliers en uniforme qui marchent le long des routes sinueuses pour rentrer de l’école…
DSCF0439DSCF0496DSCF0763 DSCF0651 DSCF0745 DSCF0714DSCF0840On est contents, on a de la chance, l’accueil sur la route est toujours souriant et plaisant.
On est juste tristes d’avoir loupé les brochettes d’écureuils (qu’on voyait sur le bord de la route et pensions retrouver pour un déjeuner plus loin).

De grotte en grotte

Une moto « quasiment neuve » entre les pattes, nous repartons de plus belle.

Depuis Thakhek, il y a une boucle touristique dont une partie remonte au Nord, ça tombe bien, c’est la direction que l’on prend.

Nous sortons donc de la ville et dès les premiers kilomètres, nous sommes ébahis par le paysage.
Enfin ! Depuis notre arrivée, nous nous étions très vite lassés de ces paysages de landes arides des plaines du Sud (nous suspectons cependant que la saison des pluies doit offrir une teinte beaucoup plus verte au pays).
Ici, le Laos dévoile un tout autre panorama.DSCF9768DSCF9752 DSCF9730Stitched Panorama Stitched PanoramaLa route slalome parmi les pitons karstiques mesurant plus de cents mètres, immenses montagnes noires dans une mer de verte végétation basse.
Comme d’habitude, la route est très peu fréquentée (quelques voitures et surtout des camions qui relient les bords du Mékong et la frontière vietnamienne non loin) et nous avons souvent l’occasion de nous arrêter pour prendre quelques clichés.DSCF4822 DSCF4820 DSCF9724 Stitched Panorama

La géologie a laissé de nombreuses grottes et rivières souterraines dans le coin.
Ainsi, notre trajet de la journée sera agrémenté de quelques pauses à l’ombre de ces colosses de pierre.
On gare la moto, que l’on calle judicieusement avec un bout de bois pour ne pas qu’elle tombe à cause de son lourd fardeau, et hop, on s’enfonce un peu dans la forêt, on grimpe les quelques marches, on escalade les rochers. Parfois, pour trouver des Bouddha dorés, sinon, pour simplement apprécier le paysage et ces merveilles de la nature.
C’est une bonne journée en plein air, il n’y a personne, la route est à nous, K’rá Diêu va bien. Tout va bien.DSCF9787 Stitched Panorama DSCF4827 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4790 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4806 Stitched PanoramaPuis la route commence à grimper et c’est pour nous l’occasion de tester les aptitudes d’endurance en montagne de la moto (en seconde, ça passe… ouf !).
On arrive au contrefort d’un immense réservoir artificiel.DSCF9859 DSCF9891 Stitched Panorama DSCF9905 DSCF9886 Stitched Panorama DSCF9976Au-dessus de nous, la plaine de la Nam Theum a été inondée pour créer le plus gros projet hydroélectrique d’Asie du Sud-Est.
C’est donc autour d’un immense réservoir d’eau (les arbres pointent encore leur cime) que la route serpente.DSCF0045DSCF0020 DSCF9981 DSCF0024 DSCF0026Les villages ont été déplacés, les habitants relogés dans de belles maisons neuves (toujours en bois) bien alignées.
Et le projet vantent la joie des habitants de faire désormais partie de ce projet, d’avoir accès à l’électricité (de beaux poteaux électriques), d’avoir de l’eau courante (de beaux tuyaux) et une belle route bien goudronnée qui relie enfin ces nouveaux villages au reste du pays.
Toute une infrastructure qui nous fait un peu oublier où nous sommes, tant elle est de qualité.DSCF0050 Stitched Panorama Stitched PanoramaBon, on ne voit bien évidemment qu’un côté des choses.
On est un peu septiques, et puis on pense au travail – certainement minutieux et intéressant – de recensement des populations, de leur besoin, de l’impact social (aussi bien qu’environnemental) du projet.
Parce que Monsieur Tchong, s’il avait deux manguiers et un demi-hectare de tapioca, et bien il faut lui donner autant de terre, et il va falloir du temps avant la prochaine récolte de mangues. Et puis entre temps, il va falloir se faire à cette immense surface lacustre. Avant les habitants n’étaient certainement pas pêcheurs, maintenant Monsieur Tchong va avoir une pirogue, alors qu’il ne sait même pas nager… bref, ça doit être terriblement intéressant à étudier.

Le paysage est d’une désolation pour autant très esthétique.
Et le lendemain matin (après une soirée pétanque et feu de bois), quand nous repartons sur la route, nous sommes étonnés et déconcertés par cet environnement insolite.DSCF4908DSCF0052 DSCF0054On découvre en avançant vers le Nord qu’il fait froid au Laos. Les nuits sont très fraîches, et avant 9 heures du matin, le mercure ne doit pas dépasser les 10°C. Sur la moto, nous sommes tout emmitouflés.
Mais nous continuons notre route.
Ça monte, ça descend.
DSCF0132 DSCF01181 DSCF0137 DSCF0154 DSCF0163 DSCF0180 DSCF0209DSCF0255 DSCF0222Au détour d’une rivière, on croise sous un pont de drôles de bateaux.
Des bomb boats – fabriqués en réalité à partir de réservoirs externes d’avion – nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps, le pays n’était pas en paix (bien que pas non plus officiellement en guerre) mais c’est à Phonsavanh que nous nous étendrons sur cette dure histoire qui nous a profondément marqués.
Bref, cette image de récupération d’objets de guerre – comme on en croisera plus tard, notamment avec des pilotis de maison fait en carcasse de bombes – semble invraisemblable dans ce paysage pourtant si apaisant.DSCF0411Stitched Panorama DSCF0236 DSCF0230Petite pause déjeuner au bord de la route. Au menu : Riz collant et brochette de piou-piou.DSCF0243Puis on redescend dans la cuvette de Kong Lor, au bout du bout de la route, longeant les plantations de tabac, un petit village.
Et au bout de ce village, une rivière, qui semble déboucher de la montagne.DSCF0318 DSCF0325 Stitched PanoramaDSCF0403 DSCF0401 Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF0370Il y a moins d’une vingtaine d’années que la rivière souterraine a été cartographiée, et qu’elle est finalement utilisée pour relier les deux villages à ses extrémités, autrefois enclavés.
Avec plus de 7,5 km de long, elle serait l’une des plus longues rivières souterraines.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF4994DSCF4981Dans tous les cas, cet immense tunnel nous fait glisser sur une eau plane pour parfois débarquer dans d’imposantes cavités… tout cela creusé pendant des millions d’années par le cours d’eau. Et quel magie lorsque la lueur au bout du tunnel grandit grandit pour sortir entre les murs de hauts sommets de pierre.
On termine la journée avec un bol de nouille, au coucher du soleil._SCF5049 DSCF0384Stitched Panorama

Très belle expérience que cette boucle du centre du Laos.
On se sent tout de même loin et isolés, la ruralité prédomine nettement dans cette partie du pays.
Le lendemain, on remplit notre réservoir, et bifurque pour éviter le retour vers la morne route 13.
On s’est bien renseignés, la route 1D qui nous conduit à Phonsavanh est toute neuve, il ne devrait pas poser de problème pour K’rá Diêu.
Enfin…

À cœur ouvert

On continue dans la direction du Nord, mais pour rejoindre la ville de Thakhek, on emprunte désormais la route 13, la « grande » route reliant la frontière septentrionale chinoise à celle cambodgienne tout au Sud. C’est loin d’être une autoroute, il y a un petit peu plus de trafic, mais cela reste très raisonnable.
Non, le seul réel désintérêt de la route 13, c’est qu’elle est d’une rectilinéarité léthargique sur ce tronçon longeant le Mékong et que ses paysages sont d’une monotonie abrutissante.DSCF9660 DSCF9664 DSCF9695 DSCF9690112 km nous sépare de Thakhek que l’on couvre en une demi-journée (on rappelle qu’on roule à 40km/h de moyenne)
Le plan étudié, on décide de ne passer que par des routes bitumées (ou au moins des pistes de qualité ?) pour rejoindre le Nord.
Depuis Thakhek, nous pouvons emprunter un segment d’une boucle plébiscitée.
Ok, faisons-y halte avant de repartir de plus belle sur notre puissant destrier.

… en parlant de K’rá Diêu, il y a bien ce râle régulier qui se fait de plus en plus entendre.
Au Laos, et depuis l’adoption de notre moto, nous avions noté que les mécano’ de bord de route sont très efficaces pour couvrir de petites réparations, ou opération de maintenance pour quasiment rien (et encore rien, c’est souvent le prix falang).
Mais cette fois-ci, ça semble venir des entrailles de K’rá Diêu, un pignon fou en fin de vie ? un arbre à cames voilé ? Il faut dire que ces motos de voyageurs passent dans de nombreuses mains pas toujours bienveillantes*.
Profitons donc de la taille relativement importante de Thakhek pour aller voir un professionnel, et il y en a quelques-uns le long de la rue principale.
On passe en premier chez Monsieur A, qui, rien qu’au son, nous « dit » (personne ne parle anglais bien sûr) que ça vient de la bielle, qu’il faut tout changer, c’est 800 000 kip (~90€, 1/3 du prix d’achat)…
Ouille !
Bon, et bien, allons un peu plus loin pour entendre ce qu’on a envie d’entendre.
Monsieur B lui a ses mécano’ débordés, et puis la pause déj’ approche, il faut revenir après 14h.
« Faut ouvrir, on peut rien savoir sinon ».
Bon bon… On sent que ce n’est pas demain qu’on va repartir d’ici.

Enfin, on passe chez Monsieur C, un petit papy et son acolyte, très professionnels, ils prennent le temps en démontant et toutes les pièces sont rassemblées dans un carton, c’est propre (il faut rappeler que dans tous les pays d’Asie, on travaille accroupi, et tout est toujours en chantier).

D’abord il pense que c’est le volant d’inertie qui frotte sur son carter…
… non, c’est pas ça… alors on démonte un peu plus, la distrib’ ? pas de jeu de l’arbre à câmes, la chaîne de distrib’ est bien tendue…DSCF4668Stitched Panorama DSCF46791On démonte un peu plus alors, on entre dans le carter moteur.
Ouille, y’a du jeu dans les paliers du vilebrequin.
Et puis d’après eux, ça a pas l’air d’être une bonne nouvelle, d’autant qu’il diagnostic que cela provient du châssis en lui-même.

Bien entendu, il n’y a pas les pièces au Laos !
K’rá Diêu est Vietnamienne, et ces idiots de backpackers – dont nous faisons partis, achètent des motos qu’on ne trouve pas ici.
D’après Monsieur C, on peut continuer à rouler, pas de danger… juste qu’on risque de bientôt serrer le moteur (= moteur HS).
Sa solution, c’est de monter un nouveau moteur, il s’en vend pour 5000 baths un peu plus loin, là-bas. « Je ne peux rien faire. »
Quoi ? 5000 baths (125€+), ouille aïe aïe !
On ne pense plus qu’on partira le lendemain, on pense plutôt à : et merde, la moto est foutue, on en fait quoi ? On continue en bus ? personne n’en voudra, même en la bradant.

Car le pire, c’est qu’une fois tout remonté**, le râle se fait encore plus métallique qu’au départ, on a mal pour K’rá Diêu.

Dépités que nous sommes, on retourne finalement voir Monsieur B.
Accueil pas forcément chaleureux (toujours cette timidité face à la barrière de la langue).
Mais son apprenti se met très vite au boulot – sous l’œil aguerri du patron.
Chaque pièce qu’il démonte est soigneusement inspectée.
Mais dès qu’il en vient à toucher l’arbre moteur, il fait c’est pas bon en secouant la tête. L’apprenti fait appel au mécano’ principal. Puis on démonte un peu plus, et encore un peu plus…
On a l’impression d’être dans la salle d’attente, chez le médecin avant qu’il rende son diagnostic.
Il pense avoir trouvé, il martèle un peu les cages des roulements du vilebrequin, le jeu a l’air de disparaître. Bien.

On remonte le tout, on redémarre… toujours le râle.
Il est 16 heures quand le patron revient vers nous : même diagnostic. Merde.
Les moteurs comme ceux-ci, ça n’existe pas ici.
Puis le mécano’ revient vers lui, le patron fait la moue de la tête, avec ses mains ils montrent une explosion. On comprend : « il faut tout démonter, pour changer chaque pièce merdique » (et il doit y en avoir dans cette carcasse !*)
Il nous propose 700 000 kip et deux jours de boulot. Nous sommes toujours autant sous le choc.

Mais avant même que l’on donne notre avis, les mécano’ et l’apprenti se relancent dans le démontage, démontent la culasse, la chemise, sortent la disqueuse et attaquent l’arbre du kick et du sélecteur de vitesse, ouvrent le carter moteur en deux.
Euh… je crois qu’ils ont décidé pour nous.
Une vraie opération à cœur ouvert.DSCF4688 DSCF4694 DSCF4707

En une heure, on se retrouve avec notre moteur en mille morceaux dans une bassine avec de l’essence.
Un sacré puzzle dont ils prennent soin d’analyser chaque pièce, de conserver celles qui peuvent l’être, et dès qu’une n’est pas bonne, le mécano’ file sur son scooter l’acheter (au lieu de faire une liste pour tout aller acheter d’un coup…enfin…)

Pendant ce temps, nous restons au chevet de K’rá Diêu.
Marion tire une tête de 6 pieds de long, Brice est partagé entre angoisse de voir la note gonfler et bonheur de jouer avec la boite et ses engrenages …DSCF4695 DSCF4765 DSCF4722 DSCF4742

Et on constate les dégâts : un arbre du démarreur voilé, une cloche d’embrayage totalement bouffé par ses disques (Marion dit : « pourtant les dents sur la cloche sont propres, bien et tout », et Brice de répondre : « normalement y’a pas de dents ». Ah…)…DSCF4709 Stitched Panorama DSCF4748DSCF4775

On restera au garage jusqu’à sa fermeture sur le coup de 17h30…
On rentre penaud, on a bien le droit à une bière, tiens.
Nous rendons visite à K’rá Diêu le lendemain en milieu de matinée, le mécano’ est dédié à notre moteur.
En attendant, on en profite pour avancer sur le blog (certainement que notre virée dans les sentiers de la route 23 n’a pas dû faire du bien à K’rá Diêu ) et se balader un peu le long du fleuve.

Thakhek est situé juste en face de la Thaïlande, sur l’autre rive du fleuve.
Et donc, les gens captent les chaines de télévisions thaïlandaises.
Aussi, le matin, à 8 heures alors que nous mangeons nos bao-ze au porc, résonne dans les resto’ et bui-bui, l’hymne thaï, avec le bon Roi en toile de fond.
Au bout de la rue principale, une petite placette encadrée d’immeubles coloniaux, et quelques tables offrant au chaland de la viande grillée, et du riz collant ; mets dont les Laotiens raffolent en journée (le soir, le riz se fait rare, et on se rassasie d’une grande soupe de nouilles plus ou moins riche).DSCF4770

La fin de journée venue, nous voilà de retour au garage.
Le moteur est quasiment remonté, on le fait tourner.
Il tourne comme une horloge.
Mission accomplie.
Il ne reste plus qu’à payer la douloureuse, 660 000 kip + deux tendeurs tout neufs, plus du pourboire pour nos mécano’, nous voilà rendu à 700 000 kip (~80€). On sort soulagés.
Monsieur B, et son équipe sont très sympa, K’rá Diêu a un moteur tout neuf.

Nous sommes prêts à continuer notre route vers le Nord.

 

‘*À Pakse, nous en avons essayé avec des fourches fuyantes, des directions branlantes, des moteurs plein de « clous »… il y a même un type qui avait fait son trajet Nord-Sud sans frein avant, assurant qu’il se débrouillait très bien avec son seul frein arrière… d’où la planéité de son pneu. Donc oui, on a du mal à la dire, mais K’rá Diêu est la moins pire.

‘** Au Laos, la main d’œuvre ne coûte pas un clou, aussi, quand on fait une vidange, le mécano’ ne fait payer que le prix de l’huile, ou des plaquettes de frein si on les change.
Quand on vient retendre la chaîne, Brice se serre en graisse pour la badigeonner, et nous jugions bon de laisser un ou deux billets (~20-50cts).
Aussi, pour le diagnostic, Monsieur C et son acolyte ont tout de même passé 2heures sur K’rá Diêu, on propose de le rétribuer, il nous invite à lui donner ce qu’on veut, en lui donnant 20 000 kip (2€), on comprend que ça devait faire trop (!).

Route 23

On le sait.
On aime bien rechercher les petites routes, les mini-villages où personne ne passe et les endroits isolés.
On aime bien se dire que ça n’est pas facile, mais qu’on y est allés.
On aime bien essayer de rencontrer des gens qui sont loin, traverser des paysages qui sont beaux, et réaliser qu’on est au milieu de rien, juste ici.
Oui, ben on aime bien, mais peut-être pas autant que ça.

Titre provisoire : Oh p*** de m***, j’en ai maaaaarrrrrreeeeeee…. !!!!!!!
Titre réfléchi : Trois jours à mordre la poussière / La route 23 de la mort

Voilà.
Sur la carte, elle est notée cette route.
Elle n’est pas petite, ni minuscule, elle est orange. Elle existe.
Elle a un contour, ça veut dire dirt road (un peu comme la plupart des autres routes du Laos finalement).
On a lu que dans la petite ville de Toumlan se trouve différentes minorités et une culture développée du travail de la soie. Et puis ça nous évite un détour pour rejoindre la vallée du Mékong et suivre la route rectiligne qui le borde.
Génial, allons voir ça !

Jour 1 :
Nous partons de TatLo au petit matin. On roule à bonne allure, sur une vraie route. C’est-à-dire à un bon 40km/h sur un revêtement large, certes parfois parsemé de nids de poule, mais en bitume et au trafic quasiment inexistant.
Marion se fend même d’un « les routes sont de bonnes qualités quand même au Laos ».
… Jusqu’à une intersection et une route en gravillons.
Bon, c’est par-là, le GPS le confirme, allons-y.

La piste est large et plane, et au bout de vingt minutes de cailloux et de graviers, nous arrivons au bord de la rivière.DSCF9209Avant, il y a longtemps, il y avait un pont. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de pont.
Mais avant, il y avait un bac pour traverser. Mais ça, c’était avant.
On regarde la rivière, le petit bac en bois échoué sur la berge, on regarde les motos devant nous, puis, on se regarde.
Ok, on y va.
On se déchausse, Marion descend de la moto, on observe comment et par où les gens traversent la rivière à gué.
Et c’est parti.DSCF9210Ça glisse, ça mouille, K’rá Diêu a de l’eau jusqu’à la culasse, mais c’est entier que nous posons pied à terre, de l’autre côté !
Victoire !
DSCF9213 DSCF9215
La piste qui nous mène à Toumlan est ponctuée de trop nombreux « ponts » – lire petites planches de bois à l’agencement disparate et à l’équilibre précaire – enjambant des cours d’eau asséchés.DSCF9222 DSCF9224 DSCF9238 DSCF9226 DSCF9248 DSCF9250 DSCF9231 DSCF9257 DSCF9261 DSCF9278 Et si on décide de ne pas prendre le pont, un chemin abrupte, glissant et archi poussiéreux descend dans le lit de la rivière pour remonter ensuite au niveau de la route.
Mais ça, pour K’rá Diêu, ce n’est pas facile.
Ok, va pour les petits ponts…DSCF9265 DSCF9276

Puis pour parfaire le tableau, le vent se lève, un vent de côté qui nous fait glisser sur les graviers.
Sur les bords de routes, quelques femmes portent des fardeaux, peut-être vont-elles chercher de l’eau.DSCF9281 L’environnement n’est vraiment pas accueillant.

Enfin nous rejoignons Toumlan… Ces deux heures de routes nous ont paru interminables (pourtant seulement 40 km).
Et Toumlan n’a rien d’hospitalié.DSCF9286Ici, tout n’est que poussière, vent et tristesse.
Une bourgade de farwest, aux rues désertes.
Le moral en prend un coup. Un sacré coup.
Bon bon bon…
On trouve une échoppe pour manger, après avoir tourné 20 fois dans « la ville » et que les autochtones nous aient gratifiés de no ou not have.
Finalement, nous trouvons une auberge pour poser nos affaires et réfléchir à la suite, désespérant de ne pouvoir continuer plus loin aujourd’hui.

Parce que voilà. Toumlan, située au milieu de rien, n’est donc pas la petite ville charmante dans laquelle les gens tissent la soie dans la joie.
La route qui mène au nord serait pire que celle-là. Celle qui part à l’ouest serait du même acabit, mais sur une centaine de km, et repartir en arrière…pfff… Oh non, pas ça !

Nous nous installons dans l’auberge, nous y rencontrons Léo, un australo-singapourien en moto (incroyable, cette ville ne doit pas voir plus de 3 bule par an et ils sont tous là ce soir).
Une grosse moto, celle qui fait que les nids de poule, tu ne les sens pas, et qu’on a eu l’impression qu’il volait sur la route quand il nous a doublé en peine sur K’rá Diêu.
Il est très enjoué, il a sillonné la moitié des routes du monde et nous remonte bien le moral.
Nous passons une bonne soirée riz/bière avant de nous coucher tôt. Nous avons une grosse journée le lendemain.

Jour 2 :
Réveil matinal. Il fait frais. Le soleil est à peine levé.
Nous chargeons et partons donc à l’ouest, on veut sortir de ce merdier.
On engloutit notre petit dej’ : porridge/entrailles/truc épais ah ouai, quand même ! (on fait avec ce qu’on trouve).DSCF9296 DSCF9298Ça va bien nous tenir au corps, se dit-on.

Après seulement 200m, la route est déjà défoncée. Des creux de la dernière saison des pluies, des éboulis, de la terre, de la poussière.DSCF9300 DSCF9303 DSCF9307 DSCF9310 DSCF9314 DSCF93185km et 45 minutes plus tard, on rebrousse chemin.
On ne tiendra pas 100km comme ça.
Et surement K’rá Diêu non plus.

Retour à Toumlan donc, nous partons plein nord – par la route en pointillé sur le plan, celle qui dit « motorcycle track, dry season only ».DSCF9320Léo a choisi cette option-là également, mais avec sa moto, il va beaucoup plus vite que nous*.

Au départ, nous sommes soulagés. La route est lisse et large. Certes elle est en construction, mais nous roulons bon train les dix premiers kilomètres.
On croise parfois des villages, constitués d’une grosse poignée de maison en bois. Des hameaux du bout du monde.DSCF9322 DSCF93271 DSCF9330 DSCF9331 DSCF9332 DSCF9334 DSCF9339 DSCF9346 DSCF9349Puis les travaux sont de moins en moins avancés, et la route est de plus en plus entrecoupée d’obstacles.
La boue replace la terre battue, puis les cailloux prennent la place de la boue, puis la poussière celle des cailloux.
La piste s’enfonce, nous longeons quelques petits villages dont les habitants nous regardent en souriants, et dubitativement.
Oui, on va à Tat Hai. Juste à 50km plein nord.

Il n’y a pas de mots pour décrire l’enfer que nous avons vécu.
La route 23 s’enfonce dans la forêt pour s’y perdre. Il n’y a pas de panneau, il n’y a pas de vraie route, mais plutôt un méandre de petits chemins.
On dégaine le GPS tous les 600m.DSCF9352 DSCF9354 DSCF9359 DSCF9378 DSCF9383 DSCF9390 DSCF9391 DSCF9399Impossible de couper « tout droit », K’rá Diêu ne le pourrait pas, et nous sommes dans une zone truffée d’UXO (ces bombes qui n’ont jamais explosé).
Il y a des crevasses, des cailloux, des racines et surtout… du sable.
Ou de la poussière de terre, ou de la poussière de sable. Peu importe.DSCF9361Fin comme de la farine, c’est meuble, on ne cesse de s’enfoncer, et ça s’infiltre partout.
Parfois 15 ou 20 cm de cette matière que la moto ne peut traverser.
On glisse, on tombe, on patine, on crie de rage et d’épuisement, on rebondit, on pleure.
On perd un sac, celui qui contient les sous, les passeports, les appareils photos, le disque dur, bref… tout ! Après avoir fait un semi-marathon dans le sable et demi-tour, nous le retrouvons. Quelle frayeur.
On n’a l’impression de ne pas avancer.
Heureusement, il y a les Laos, qui nous égaie de leur sourire et accueil.
Notamment quand on débarque dans l’un de ces villages perdus pour nous restaurer nous et notre monture.
Dans une épicerie, on choisit nos nouilles, la patronne les agrémente d’un œuf et d’herbes fraîches, et cela nous apparaît comme un vrai festin dans notre état de fatigue.DSCF9404 DSCF9413 DSCF9419 Stitched Panorama

On remonte sur K’rá Diêu, pour tenter de rejoindre Tat Hai.
On s’enfonce, on s’énerve, on se trompe et on recommence, on a chaud, on n’avance pas.
Et pour peaufiner le tout, le porte-bagage casse (merci les TGV).
C’est horrible.DSCF9397Franchement, c’est bien la journée la plus éprouvante nerveusement que nous avons vécu lors de cette bourlingue.

Traverser le pays par ces petites routes se devait d’être marrant, qu’il y ait des choses à y voir, et qu’on s’y amuse…
Depuis le début du voyage, nous nous sommes toujours dit qu’on ne continuerait pas dans une direction si on subissait ou si on ne prenait pas de plaisir.
Cette journée est la pire en deux ans de voyage, jamais nous n’en avons autant bavé, jamais nous n’avons autant subi.

Nous rejoignons, on ne sait pas trop comment, le village de Tat Hai Khan.
Il est 14h, ça fait 7h qu’on est parti : 60km.
On s’y arrête pour fixer le porte-bagages, la rivière est encore à quelques kilomètres au nord, mais éreintés, nous décidons de nous y arrêter pour la nuit.Stitched Panorama DSCF9428Nous demandons où dormir, et sans trop d’hésitation, Moon nous propose de nous héberger**.DSCF9440

La fin d’après-midi est calme. Nous tentons de nous remettre de nos émotions, on passe au temple, partageons du temps avec quelques moines, et échangeons sommairement avec les habitants.DSCF9433 DSCF9437 DSCF9448 DSCF4656 Stitched Panorama Stitched PanoramaOn se délasse d’une toilette***, on ingurgite notre bol de nouilles****, avant de filer dormir, à la fraîche, sur la terrasse de la maison.
La nuit est ponctuée du bruit des cloches des vaches, des aboiements des chiens et sous un ciel de pleine lune, notre corps se détend un peu.

Jour 3 :
Ok, nous sommes requinqués, et motivés pour sortir de cet enfer.
De l’autre côté de la rivière, la route semble en meilleur état (on nous apprend qu’il ne faut que deux heures pour rejoindre Muang Phin).
Nous remontons sur K’rá Diêu alors que le soleil pointe juste ses premiers rayons.DSCF9454En regardant par-dessus notre épaule on se demande encore une fois pourquoi les gens s’installent dans un environnement aussi hostile, au milieu de la poussière, si loin de tout.

On est courbatus et directement la route reprend avec son lot de sable, de poussière et de cailloux.
Nous nous perdons, faisons demi-tour, demandons notre chemin.DSCF9459 DSCF9463 DSCF9469 DSCF9471Nous arrivons finalement au bord de la rivière, de l’autre côté de laquelle nous apercevons le bac, Saint Graal qui va nous faire quitter cet endroit désolé.DSCF9473 Stitched Panorama DSCF9483 DSCF9490 DSCF9495On attend une bonne demi-heure qu’il daigne traverser dans notre direction, nous n’osons pas nous réjouir trop vite mais nous sentons que le pire est désormais derrière nous.DSCF9501C’est confirmé alors que nous effectuons les premiers tours de roues sur la rive nord, après une petit déj’ « du bon côté ».DSCF9514 DSCF9522 DSCF9528 DSCF9530Une piste large et rapide traverse le parc national. Nous redécouvrons les 3e et 4e rapports sur la boîte de K’rá Diêu.DSCF9538 DSCF9546Il y a bien des petits trous par-ci par-là, ou des zones de poussière (qui nous glace d’effroi quand on doit les traverser), mais nous jubilons tant nous déroulons les kilomètres nous rapprochant ainsi de la récompense ultime : dans moins de 40 km se trouve l’asphalte de la route 9.DSCF9553 DSCF9557Muang Phin.
Un marché minable, une artère unique, un monument à la fraternité lao-vietnamienne… et le bitume frais de la route nationale (pourtant le guide vantait aussi le passage par cette ville).DSCF9561Un véritable billard.
Paradoxalement nous avons mal aux fesses après seulement quelques dizaines de kilomètres parcourus.
Pas grave.
Il y aura bien à plusieurs reprises des zones de travaux pour faire appel à notre concentration. Mais au cœur de la civilisation.DSCF9570 DSCF9574 DSCF9576 DSCF9583 DSCF9589 DSCF9617 DSCF9619 DSCF9631 DSCF9636
Nous nous sentons délivrés. Ce trajet nous a usés et traumatisés.
133km plus tard, la récompense d’une douche chaude et un vrai lit s’offre à nous à Xeno.
Nous nous détendons et passons, tous les trois, une nuit réparatrice.

« Ça n’est pas facile, mais qu’on y est allés »

 

‘* : Alors que nous nous sommes arrêtés le second jour à Tat Hai… on apprend plus tard que Leo – si il a bien galéré aussi – a fait étape à Savanaket (soit plus loin que notre position le troisième et dernier jour). On ne joue pas dans la même catégorie.

‘** : Premières conversations tout en lao, Moon et ses parents (Li et Tu) nous aiderons à apprendre nos premiers mots.

‘*** : C’est bien la première fois (peut-être une fois précédente à Sary-Tash avant d’entrer en Chine) que nous découvrons des maisons sans toilette…
Tout le monde s’éloigne pour aller assouvir ses besoins dans les buissons.
(la douche, elle, se prend en public vêtu d’un longgi, comme dans de nombreux pays)DSCF9445

‘**** : on ne sait pas si c’est pour nous faire plaisir, mais on aura droit à du calamar dans nos bols… le Laos n’est bordé d’aucune mer, et nous sommes dans un endroit extrêmement reculé.
Pourtant, il est frais et délicieux. Même pas malade !

 

De cascade en cascade

C’est comme sur des roulettes que nous prenons la direction du nord.
Tout le monde nous dit que c’est là-haut qu’il faut aller, alors ne perdons pas trop de temps.

Sur le chemin se trouve le plateau des Bolaven.
Nombre de voyageurs nous en ont rapporté beaucoup de bien… et c’est ce nombre important qui nous fait peur. Car dans les guides, dans les agences de tourisme, ou dans les auberges de jeunesse, tout le monde se lance dans le circuit Bolaven.
Visiter les plantations de café de Monsieur Café, de thé, de tapioca et des autres légumes qui y poussent, s’arrêter voir les forgerons le bord de la route, visiter les villages de minorités, et tout une tripotés de cascades…
Tout ça et bien d’autres choses qui font que tout le monde se suit sur la route.
Les marchands le savent bien, et le business fleurit.

Nous ferons donc le choix de traverser le plateau en diagonal tout en s’arrêtant ça et là en chemin pour visiter deux-trois chutes d’eau.
Il faut dire qu’on est un peu préoccupés par la puissance de K’rá Diêu face aux dénivelés et à sa capacité à nous porter et supporter tout au long de la route.
Mais quenini ! K’rá Diêu se débrouille plutôt pas mal et enroule les kilomètres mieux que nous le prévoyions.

Départ tôt le matin de Champasak.
Le soleil berce le Mékong de ses premiers rayons quand nous approchons la grève où K’rá Diêu doit prendre le bac.
Un radeau de 2m par 1m50 permet de transborder 2 motos et une demi-douzaine de passagers sur le kilomètre de large que sillonne le fleuve à cet endroit.
DSCF8975 DSCF8952 Stitched PanoramaK’rá Diêu n’est pas si légère (notre paquetage est trop lourd pour la béquille latérale, et la soudure réparée de la béquille centrale n’est pas à niveau. Bref, K’rá Diêu penche.) et ce n’est pas sans crainte que se font chargement et déchargement sur ce minuscule morceau de bois flottant, mais finalement we did it les doigts dans le nez!DSCF8980 DSCF8984Un petit café en chemin (accompagné de son pot de lait concentré et de son bol de sucre), et en route vers le nord.
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La route est assez désolante, la première partie est en phase d’élargissement. DSCF9003 DSCF9005 DSCF9039Une belle route bien goudronnée, entourée de tas de terre sur les côtés. Il n’y a pas grand monde et on ne s’attendait tellement pas à ce genre de paysage qu’on loupe l’entrée de la première cascade que nous voulions voir.
Qu’à cela ne tienne, nous nous arrêtons à la suivante une poignée de kilomètres plus loin.
On s’affranchit du ticket d’entrée et du parking, et nous partons nous balader autour de la cascade Tat Yuang.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaL’environnement est bien vert, il y a un peu de mousse, et l’eau coule tranquillement.
C’est joli. Nous sommes ravis de cette première étape.
Sur la carte, on avait repéré un petit chemin qui permettrait de relier Tat Yuang à Tat Fan (la première cascade loupée).
En deux temps trois mouvements, nous voilà lancés sur un petit sentier qui passe dans les buissons. Puis dans la forêt. Puis sur une crête dont les flancs deviennent un peu plus abrupts à mesure que l’on progresse.Stitched PanoramaOn redescend et là, sans crier gare, nous nous retrouvons au bord d’un précipice, au sommet de la cascade Tat Faneuh… c’est très très haut là…Stitched PanoramaEt en effet, c’est haut, en dessous de nous, quelques centaines de mètres de falaises que l’on longe pour contourner le large chaudron creusé par la chute d’eau au fil du temps.
hop hop hop on continue, seconde traversé de rivière.
On grimpe, on se perd, on descend, on s’agrippe aux branches, on glisse et on arrive enfin de l’autre côté du gouffre, face à ses deux immenses chutes.
La vue depuis ici est impressionnante.DSCF4423Et dire que nous étions juste au sommet, là… tout en haut !

On rejoint la route principale, on tend le pouce pour retrouver la moto parquée quelques km en amont, avant de reprendre notre route à travers le plateau.
Sur le chemin, des villages aux baraques de fortune, aux habitants, s’ils ne sont pas antipathiques, peu loquaces et où l’on croise plus de porcs que de villageois. Il faut dire que nous sommes en début d’après-midi, à l’heure de la sieste.DSCF9064 DSCF9058 DSCF9100 DSCF9045 DSCF9105Allez, quelques kilomètres nous séparent encore de Tat Lo.

Nous avions entendu parler de Tat Lo par Marion et Romain, mais ils avaient la chance d’y être hors saison, eux.
Pas de bol pour nous, c’est la fin de la haute saison, et tout est plein… de backpackers français !
Partout. Des français, des français et des français ! Incroyable !
Le temps a fait que de nombreuses guesthouses – plus ou moins sympas ou charmantes – se sont construites le long de la rivière et a fini par ségréguer le village en une zone touristique, et une autre dans laquelle les voyageurs n’ont plus de raison de s’aventurer. C’est comme ça.

On profite du calme de l’endroit pour nous balader dans les environs.
On remonte la rivière, croisant les lavandières, passant dans des petits villages, on traverse des champs et des paysages brûlés et dévastés… puis on grimpe on grimpe dans la forêt.Stitched PanoramaDSCF9162Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF9166 DSCF4514 DSCF9171 DSCF9173 DSCF4520 DSCF4523 DSCF4540 Stitched PanoramaDSCF4542 Stitched Panorama Une grande balade de 18km pour aller voir une autre cascade (mais celle-ci est à sec mais n’en demeure pas moins impressionnante) et nous tremper dans la rivière.

Pour l’instant nous sommes loin d’être ébahis par les paysages que l’on traverse (il faut dire qu’on est en saison sèche, et tout est donc très sec…), et restons dubitatifs quant aux rencontres que l’on peut y faire.
Autant nous avons pu être gratifiés d’un chaleureux accueil, autant nous nous sommes confrontés à quelques « murs de glace » parmi les plus froids depuis notre départ, les gens nous ignorant totalement lorsqu’il s’agit de les saluer ou leur demander un renseignement.
Pas facile encore donc de comprendre comment se comporter, mais ce n’est que le début.

Finalement, nous dégotons tout de même un petit bungalow au bord de la rivière et nous offrons une bonne bière d’anniversaire ! DSCF9202 S0044621C’est aujourd’hui que nous fêtons nos 2 ans de bourlingue !

À l’ombre du Mékong

Notre séjour à Pakse est simple et efficace.
Après nous être rendus propriétaires de K’rá Diêu, nous partons acheter un second casque pour protéger nos têtes de bourlingueurs et nous dirigeons donc vers le marché.DSCF8683 Ce serait le plus grand du Laos. On ne sait pas trop si c’est vrai, en tout cas, il est vraiment grand.DSCF3898 DSCF3905 DSCF8670 DSCF3909 DSCF8675 DSCF8688Stitched PanoramaDSCF8691 DSCF3911Nous trouvons les allées colorées pleines de denrées en tout genre.
Zigzagant entre les étals de poissons, de légumes, de fruits, de sauces et boites de conserve et de grosses bassines de poissons marinés qui sentent fort le « vieux-qui-macère-depuis-longtemps » (sauce dont on agrémente de nombreux plats dans cette région).
Nous achetons même une paire de sandwichs : avec du bon gros pain, du porc en sauce, et un peu de persil. Un casse-croûte pas fin pour un sou, mais nous rappelant nostalgiquement certains goûts. Des goûts d’autrefois. Des goûts d’ailleurs. Olala, … c’était bon !DSCF3926Allez, rien à voir dans cette ville, carapatons-nous.

C’est une première pour notre nouvelle équipe.
On va voir comment on se sent de voyager à trois, avec K’rá Diêu.
Nous chargeons nos sacs sur le porte-bagage, attachons le tout avec les tendeurs (des morceaux de chambre à air gainée de fil nylon), jugeons de l’équilibre de l’engin – précaire malgré le passage au garage pour ressouder la béquille centrale.
On défait et on refait autrement. On observe la moto, comment elle pèse sur la béquille, la répartition du poids des sacs, son effet sur les suspensions, et nous deux, et juste un. On rattache le tout, et c’est parti pour quelques tours de roues!DSCF3934Notre première étape est de courte distance, mais c’est un bon test-route-sacs-nous deux-K’rá Diêu.
Et le test est réussi !DSCF8699 DSCF8711C’est sans encombre que nous arrivons à Champasak, petit village composé d’une seule route, le long du Mékong.
Ce large fleuve à l’écoulement si lent n’est pas sans nous rappeler le Brahmapoutre.DSCF8728Quelques bâtiments anciens, assez bien mis en valeur, et une ambiance nonchalante qui nous y fera rester deux jours le temps de finaliser notre road-book pour les prochains jours.Stitched Panorama DSCF3954 Stitched Panorama DSCF3962Et puis, non loin de Champasak se trouve aussi le Wat Phu, le pendant de Angkor au Laos – parait-il, mais le guide se trompe souvent.
Nous nous y rendons tôt aux aurores, encore une fois pour bénéficier des lumières matinales et ne pas brûler sous le soleil.DSCF4045 DSCF4051 DSCF4070 DSCF8813 DSCF4087 DSCF8819 DSCF4095 DSCF8822 Stitched Panorama DSCF8840 DSCF4121 DSCF4125C’est sympa, c’est joli, mais pas top non plus… mais on était tout seuls.
Mais je ne pense pas que ça ressemble à Angkor…

Non, ce qui nous aura vraiment plu lors de notre séjour à Champasak, c’est le Théâtre d’Ombres *.
Monté par une association qui permet de mettre en exergue la culture locale, notamment la tradition des spectacles d’ombres chinoises, et la musique du Sud-laotienne, ce spectacle est plein de poésie et de finesse.
Ainsi, le premier soir nous assistons à la représentation de Phralak et Phralam, une légende hindoue (le Wat Phu était un temple hindou avant d’avoir été récupéré par le bouddhisme).Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF3992 DSCF4012Un spectacle d’ombres plein de magie, animé par des artistes laotiens, et mis en musique par des musiciens du cru sur des instruments locaux.
Ça nous a tant conquis qu’on a décidé d’en profiter un peu plus, et de revenir le lendemain pour la projection de Chang, un film-documentaire muet de 1927 (réalisé par les réalisateurs de King-Kong), présentant la rude vie de Kru et sa famille vivant dans la jungle du nord de Siam. Projection géniale – il faut se rendre compte des prouesses de l’équipe du film qui ont tourné dans la jungle à quelques mètres d’animaux féroces ou au cœur d’un troupeau d’éléphants – avec les voies, sons et musiques des artistes laotiens de la troupe.DSCF4321Superbe.

Yves – qui a le courage d’essayer de faire vivre cette association malgré les obstacles – nous conseillera aussi d’aller nous balader sur les petits chemins qui longent les berges du fleuve, pour y découvrir la vie des gens, et leur chaleureux accueil.

Et nous n’avons pas été déçus.
Des sabaidee à tout va, que ce soit les enfants qui rentrent de l’école, les femmes papotant ou travaillant dans les champs, ou les hommes allongés à l’ombre faisant la sieste, ou jouant à la petang (la pétanque : un des us conservé de la colonisation française), tout le monde nous accueille de son sourire et d’une salutation. Nous sommes invités à boire un jus chez une femme franco/laotienne « de retour au pays ». Sympa.DSCF4132 DSCF4129 DSCF8871 DSCF4136 DSCF8856 Stitched Panorama DSCF8923 DSCF4230 DSCF4182En chemin, nous nous arrêtons dans un vieux Wat (un temple) qui n’a pas encore subi l’horrible lifting que subissent les temples thaïlandais, par exemple, pour une petite séance croquis et photos.Stitched Panorama DSCF8893 DSCF4159 DSCF4162 DSCF8920 Stitched Panorama DSCF8909 DSCF8929 DSCF4216Les rives du Mékong sont calmes et sereines.
Les barques remontent tranquillement la rivière, tandis que les moines s’y baignent et que les pêcheurs y lancent leurs filets.S0334304Cette première étape est une très belle introduction au Laos et à sa population.
Nous avons hâte de voir la suite !

‘* ATOC (Association du Théâtre d’Ombres de Champasak) et Cinéma-Tuk-Tuk.

Sous la bénédiction de K’rá Diêu

C’est encore une fois aux aurores que nous nous levons pour attraper le bus qui nous emmène à la frontière entre la Thaïlande et le Laos.
Oui, on a décidé d’aller se balader un peu au Laos, on se posera les questions « d’un boulot » plus tard.
Procrastination à son paroxysme !

Après 1h30′ de route, quelques contrôles de police, nous arrivons à Chong Mek, ville frontière.
Comme souvent, une longue queue de camions et semi-remorques attendent. Quelques voitures et peu de piétons.
Nous savourons un dernier fried rice au porc comme petit-dej’ et direction le poste de frontière.DSCF3861Un coup de tampon plus tard – dans un bureau désert, nous empruntons un tunnel qui nous mène « de l’autre côté », au Laos.
La frontière est en travaux, c’est poussiéreux et plutôt mal organisé.
Pour preuve, le douanier qui vise les entrées nous demande d’aller 500m plus loin faire une demande de visa. Ok, mais heu… vous ne tamponnez pas notre passeport là ?
Nous nous dirigeons donc vers le guichet n°5, on remplit les 2 papiers, on donne une photo et on dépose notre passeport.
On se demande un peu à quelle sauce on va être mangés. De combien de dollars supplémentaires de corruption va-t-on devoir s’alléger ? Qu’est-ce qu’ils vont nous inventer comme excuse ? (parce qu’il existe le dollar supplémentaire pour la demande de visa le week-end, pour la pause repas, pour « le travail que ça représente », …)
Finalement, et bien contents, nous récupérons nos passeports – au guichet 6, élégamment agrémentés d’un beau visa beige/rose et de son tampon rouge : 1 mois, et 30$, soit le prix juste.
Easy !
Welcome to Laos !

Nous attrapons un sorng-ta-ou qui nous dépose une heure plus tard à Pakse. C’est d’ici que nous allons démarrer notre bourlingue !Stitched Panorama DSCF3862 DSCF3874
Et, et, et… après une longue journée de recherche sous un soleil torride nous serons agréablement (on l’espère) accompagné de K’rá Diêu, notre monture !!!
Nous sommes les heureux propriétaires d’une Honda Win.DSCF8695Datant des années 70 (pas au XXe siècle, 70 avant JC), elle doit avoir déjà bien 270000km au compteur (qui est resté bloqué à 01855km et le tachymètre à zéro).DSCF8698Son allure « sportive au repos » lui permettra, on l’espère, de gravir les plus hauts sommets et de sillonner les plus belles routes du Laos.
Elle est noire, mais avant, en dessus de la peinture écaillée, elle était rouge. Elle est un peu rouillée, mais cette couleur brune-orangée lui sied à merveille.
La selle est en cuir véritable, et son porte-bagage… n’en parlons pas ! Digne des compartiments dans les TGV.
Bref, c’est K’rá Diêu (qui est le nom de son ancien ancien ancien ancien ancien propriétaire vietnamien).
Et une moto dont le proprio’ s’appelait Dieu, ne peut qu’être parée à toutes épreuves.

Donc, nous, bien installés en assis-mou-serré sur K’rá Diêu, on part explorer le Laos, après avoir siroter une bière au bord du Mékong!
Stitched Panorama