Catégorie : Thaïlande

Et si c’était un épilogue ?

Si c’était un épilogue ? si la bourlingue arrivait à son terme ? et si on disait qu’on a trouvé du travail ?
Qu’on va se ranger des voitures, qu’on va se reconstruire une petit chez nous confortable…

… ce n’est finalement pas tout à fait faux.
Oui, Brice a bien trouvé quelque chose qui correspond à ses envies, satisfaisant sa curiosité technique et son besoin de rencontre, et qui finalement nous convient bien à tous les deux.
On va aller s’installer, se sédentariser… et commencer une nouvelle aventure.
Après tout, qui a dit que voyager ne se faisait qu’aux grés des chemins ?

Et c’est dans l’industrieuse Chine, que nous allons finalement poser nos sacs.
Au cœur du Guangdong, à quelques heures de Canton, Shenzhen ou Hong Kong.
Plein de choses à voir tout autour. Des aéroports et des gares pas loin pousseront à l’escapade de fin de semaine, et les environs semblent propices à la rando’ à pied ou à vélo.
Le défi de bourlingue demeure dans le fait que la ville chinoise dans laquelle nous vivrons, si elle n’est qu’à 30 minutes du métro de Shenzhen, possède des allures de ville du bout du monde, de « farwest » chinois, aux rues poussiéreuses bruyantes, aux flaques de boues, sans aucune planification urbanistique, et entourée de zones industrielles.
Il y a bien un Mc Do’, un semblant de coffee-shop, un super marché… et puis pour se protéger un peu de la dureté de cette vie chinoise, notre logis sera à quelques encablures du centre-ville, dans un écrin de verdure et de silence parmi les paysans œuvrant dans leurs champs et vergers.
Autant le dire, c’est un nouveau challenge qui s’annonce.Stitched Panorama

Et puis, le plus important, c’est le projet.
Dans ce petit bled se trouve la branche d’une entreprise française de taille moyenne qui fabrique des murs d’escalade (et bien oui, il faut bien que quelqu’un les construise). Une cinquantaine de personnes, 5~6 étrangers… et une ambiance de start-up pour des projets qui pleuvent… on ne va pas chômer mais dans une ambiance chaleureuse, si tout passe bien.

Marion pourrait travailler par mission sur le design des murs – plein de choses à faire sur ce marché qui se cherche – et reprendra le difficile labeur de freelance, prospectant ses missions dans la région.
Mais elle a aussi plein d’idées créatives. Autour du blog, des croquis, des photos.
Et plein plein d’autres encore.

On va apprendre à ne plus tout faire ensemble. On va reprendre notre indépendance.
On va apprendre le chinois, s’acheter un wok et un rice-cooker.
On n’oubliera pas les assis-dur, mais on réapprendra le confort.

Et puis, pour qu’on s’y sente à l’aise, l’équipe là-bas nous a accueillis quelques jours mi-juillet, pour que nous fassions connaissance et choisissions en connaissance de cause. IMG_20160713_133847_1468392084979L’occasion de regoûter au baijiu et de se faire un petit feu d’artifice artisanal. Un séjour étendu pour voir ce que ShenZhen aurait à nous proposer (notamment professionnellement pour Marion), visiter nos amis Cantonnais Taka, Sharon et Carry, et célébrer l’anniversaire de notre chaleureux copain Francis.

Voilà. On ne sera pas trop mal entourés !
On va ici, à XinXu.
Notre visa est prêt.
Notre billet d’avion a été acheté.
Départ le 8 Août.

Dernière semaine un peu rude dans nos têtes.
Problèmes de visa, déménagement soudain et stress lié à cette dernière ligne droite avant notre nouveau départ… Mais on profite des copains autour de l’anniversaire de Mélissa, des pancakes, de la piscine et de la vue sur Bangkok depuis leur terrasse.Stitched Panorama

Et puis il fallait bien que ça arrive.
Pour la dernière fois, on recharge notre sac. Mais cette fois-ci, il nous faut tout ranger : les polaires achetées dans le froid glacial du Yunnan, les longji et sarong du Myanmar et du Laos, les tenues traditionnelles indiennes et indonésiennes, les quelques minuscules souvenirs, cailloux, billes et autres trouvailles de la route. Toutes ces choses que nous avions entassées chez nos amis les Chats.

Nous sommes recueillis en dernière semaine chez François et Mélissa. Une coloc’ super sympa, super simple pour quelques jours.
Merci pour ces moments et cet accueil imprévu.
Merci pour votre flexibilité.

Enfin, bien sûr, Vincent, Clémence, Louise et Joseph, les Chats : MERCI.

Des amis qui vous hébergent aussi longtemps, cela ne court pas les rues.
On libère enfin la chambre.

On s’est sentis bien avec vous. Bien chez vous.
Merci de nous avoir laissés la place, merci d’avoir accepté et supporté cette collocation.
Merci de nous avoir intégrés dans votre famille.

Merci du confort et de l’espace incroyable de la maison.
Merci de la vue depuis le balcon, de la piscine et des soirées au son du chant des grenouilles.
Merci des repas et des échanges, des partages, des films.
Merci des réveils matinaux et des temps calmes.
Merci de cette cohabitation.
Merci de nous avoir compris et acceptés.
Merci de nous avoir conseillés, suivis et accompagnés dans nos démarches.
Sans vous, on ne serait jamais arrivés où nous en sommes.

On vous sera toujours redevables.
On n’aura certainement pas de piscine et on mange beaucoup de riz, mais vous serez toujours les bienvenus !
(et puis, oui, on reviendra !)

Allez, direction l’aéroport.
China, nous voilà !

你好 !
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Cure de campagne et de riz collant

Ça y est. De petits frissons dans le bas du dos se font ressentir, les épaules commencent à s’échauffer. On s’étire, on se prépare.
En moins de temps qu’il n’en faut pour ranger la chambre, notre sac-à-dos est fait.
Nous partons pour quelques jours de vacances, profiter du Mékong et explorer le Nord-Est de l’Isan.

Un bol de nouilles sur une chaise en plastique à la Gare de Bangkok, nous attendons notre train de nuit sous un coucher de soleil enchanteur.IMG_20160726_182241 Stitched PanoramaPas d’assis-dur, ni de condition draconienne et rudimentaire pour nous cette fois, il n’y a qu’un train de nuit AC pour nous mener à Nong Khai.
Heureusement que nous avions prévu les chaussettes, les pulls et les foulards. Ça caille fort dans ces trains frigidaires.

Nous arrivons au petit matin, apostrophés par quelques chauffeurs de tuk-tuk souriants et peu insistants. Une navette sur laquelle est écrit « Laos » attend les voyageurs. Ce pays est juste en face, de l’autre côté du « pont de l’amitié ».

Nous rejoignons à pieds le centre-ville de Nong Khai qui se réveille à peine.
C’est paisible et le soleil du matin réchauffe nos corps encore engourdis.

En déambulant, on organise doucement notre journée, le planning de notre séjour n’est pas encore arrêté. Il y a en effet dans la région plus de sites que nous n’avons de temps pour les voir.
Et finalement, on se dirige vers la gare routière pour prendre un bus qui nous dépose quelques 180 km plus à l’Est, à Bueng Kan.
On a entendu parler d’un temple bouddhiste, juché sur un raide plateau qui se détache nettement du paysage.DSCF5293aIl a l’air difficile d’accès. Pas grave, on va louer une moto.
Mais c’était sans compter l’absence de loueur de motos, et le monopole des tuk-tuk qui en découle (à moins que ça ne soit le contraire ?).
Et pourtant, on a tout essayé : louer la moto de la mamie des nouilles pour l’après-midi, celle de la gérante du seul hôtel de la bourgade, celui des garagistes et du monsieur de l’auto-école.
Non, personne ne veut nous prêter sa moto. Même contre de l’argent.
Dommage… Nous devons nous rendre à l’évidence. C’est en tuk-tuk que nous allons devoir y aller, nous délestant ainsi d’un exorbitant montant.

On se dit que ça ira, c’est à 45km d’ici. Oui, mais en tuk-tuk, la vitesse max’ avoisine les 32km/h. Autant dire qu’on a bien eu le temps de voir le paysage.DSCF5280Mais quelle agréable surprise à l’arrivée dans ce site atypique.
Une fois les acouphènes passés, nous découvrons qu’il règne au temple un calme et un silence d’or. Le rocher monolithique est posé au milieu d’une large plaine du bassin du Mékong.
Suspendue à ses flancs, une frêle et étroite passerelle de bois en fait le tour sur plusieurs niveaux.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaOn comprend assez vite que plutôt qu’une attraction touristique, le site est un lieu de pèlerinage.
Nous nous élançons le long des escaliers qui mènent à la structure de bois et nous nous engageons sur ce chemin de ronde, où çà et là, sont installées des cabanes d’ermite.
Tout autour, le paysage est incroyable. La vue est infinie et le vertige est aussi bien vertical qu’horizontal.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaÀ perte de vue, les denses forêts d’hévéas s’étendent jusqu’à l’horizon.
Le paysage vert foncé est parfois nuancé des couleurs claires des plantations de bananiers et d’étangs épars dédiés à la pisciculture.
C’est ainsi que nous tournons. Doucement, fébrilement et avec soulagement lorsque la passerelle vient retrouver le plat du rocher. La structure semble pourtant solide, mais entre les planches de bois nous surplombons de 150 m le plancher des vaches, et nos muscles sont raidis par la peur.Stitched Panorama DSCF5403 DSCF5417 Stitched Panorama DSCF5427 DSCF5433 DSCF5447 Stitched Panorama DSCF5488 DSCF5465 Stitched Panorama DSCF5473 Stitched Panorama IMG_20160727_151205Nous déambulons au-dessus du vide. Entre le Ciel et la Terre.
Cette expérience est éprouvante et fascinante. On se laisse malgré nous, happer par la ferveur inhérente du lieu.
On apprend à apprécier l’équilibre précaire de cette promenade, à surmonter nos peurs et avancer sur ces lattes grinçantes croisant de rares pèlerins étonnés de nous rencontrer.

Au bout de deux heures, il est temps de redescendre sur Terre, le corps tétanisé.
Ah… la Terre ferme !
Notre tuk-tuk nous a attendus, c’est reparti pour le long chemin de retour.
On s’enfonce sous un bas plafond nuageux noir d’orage.
Les deux derniers kilomètres se font sous des trombes d’eau, le moteur de notre engin toussetant tant l’air est humide.
Non, les tuk-tuk n’ont pas de fenêtres, et le vent de face nous le rappelle bien.
C’est ainsi que littéralement trempés de la tête aux pieds, nous embarquons dans le minivan frigorifié, que nous attrapons de justesse sur le bord de la route inondée par le déluge qui s’abat sur la région.
Assis sur la banquette arrière, on se change, espérant ainsi ne pas attraper une pneumonie… mais ravis d’être au sec, en route pour Nong Khai.

Nous y avions récupéré le contact d’un loueur de moto. Ainsi, au réveil, après avoir avalé notre petit dej’ isano-lao « sticky rice + barbecue de poulet » sur le coin de l’étal d’une mamie, nous récupérons l’engin qui nous conduira les 4 prochains jours le long de la vallée du Mékong.

La route remonte le fleuve vers l’Ouest, et on aperçoit, sur la berge opposée à quelques centaines de mètres, les plaines du Laos. Les habitants des villages installés sur les rives vivent au rythme tranquille de ce fleuve majestueux.
Son débit est important et rapide, mais d’une constance placide. Une quiétude languissante émane de ses eaux boueuses.

On se ballade parmi les champs de cannes à sucre, d’ananas, de tapioca, et bien sûr les immenses tapis verts fluo des rizières. Stitched Panorama DSCF5582 IMG_20160728_150834 Stitched Panorama DSCF5551Nous sommes en pleine saison du repiquage du riz, les paysans travaillent les pieds dans l’eau, à l’ombre de leurs larges chapeaux de paille et de leur cagoule. On se fait une cure de campagne à passer par les petites routes.DSCF5659 DSCF5662 DSCF5695 Stitched Panorama DSCF5724 DSCF5835 DSCF5836 Stitched PanoramaDSCF5838Il fait bon vivre.
On profite du paysage, du calme, de cette vie simple et isolée.

Un stop dans la « capitale de la nouilles ». Ça, on ne peut pas le louper.
Ici, ce sont les rois de la pâte pour faire les nems qu’ils font sécher sur des plateaux en bambou.DSCF5502 DSCF5523 DSCF5507

En chemin, nous nous arrêtons pour voir quelques cascades et visiter un ou deux wat (mais on avoue, les temples bouddhistes, on sature un peu), avant de nous arrêter à SangKhon.DSCF5685 DSCF5764 DSCF5977 DSCF5973 DSCF5986 Nous y dénichons une petite cabane en bois et bambou toute simple, au bord du Mékong.

Le toit fleuri, quelques fleurs exotiques, des toke toke énormes pour nous tenir compagnie, nous posons notre sac dans ce havre de paix.Stitched PanoramaD’ici, nous pouvons observer les allers et venues des barques motorisées venant du Laos pour profiter du marché et des produits thaï.
Il n’y a pas de frontière, pas de contrôle.
Après tout, il n’y qu’une centaine de mètres qui nous séparent du Laos.

Il existe de rares lieux sur lesquels le temps n’a pas d’emprise. Ces trois-quatre bicoques décrépites les pieds dans l’eau, en font partie.
Les toits de feuilles tressées ont une relative étanchéité lorsque les orages vespéraux éclatent avec violence, la vigne vierge et les plantes rampantes envahissent le terrain.
Mais cet environnement unique n’a pas de prix.DSCF5594 Stitched PanoramaDSCF5824 DSCF5624 DSCF5628 IMG_20160728_180214aCe fleuve est charismatique, comme le sont le YangTse, le Nil ou l’Amazone, il en émane une présence, un magnétisme, une hypnose qui attire le voyageur.
Tout comme ces fleuves transcontinentaux, le Mékong offre de multiples visages.
Large et paisible plus en aval vers Pakse, embrassant la resplendissante Luang Prabang plus en amont, plus étroit et tumultueux alors que nous glissions sur son tortueux ruban entre Chine et Thaïlande, et, plus proche de sa source, creusant son chemin au fond de gorges encaissées dans l’aride paysage du Yunnan.

Sur les hauteurs, derrière le village, un wat surplombe la vallée. DSCF5773 DSCF5815La vue est incroyable. Le Mékong sculpte le paysage et sépare cette immense plaine en deux pays.

Notre chemin du retour nous mène au parc historique de Phu Phra Bat, où d’étranges formations géologiques cohabitent avec une dense forêt et quelques temples bouddhistes en ruines.DSCF5842 DSCF5843DSCF5871 DSCF5931 DSCF5873 DSCF5881 Stitched Panorama DSCF5901 DSCF5909 DSCF5914 Stitched PanoramaUne très bonne surprise qui nous permet de marcher dans la nature une bonne paire d’heure, tout en faisant le festin des moustiques.

Cette région est une belle découverte, et à califourchon sur notre destrier, c’est avec plaisir qu’on avale les kilomètres, nous nourrissant des sourires bienveillants des habitants de l’Isan et du sticky rice local que nous apprécions tant.DSCF5941 DSCF5943 DSCF5950 DSCF5959 DSCF5961 DSCF5962 DSCF5968 DSCF5995

Nous sommes bien évidemment seuls.
Ahhhh… on n’est pas bien là ?!

Le train pour Bangkok nous attend. En route!DSCF6001 DSCF6005 DSCF6015

 

Se reconnecter au réseau

Les premières semaines ne sont pas faciles.
Vincent et Clémence nous mettent pourtant à l’aise. On a trois mois de visa, interdit de partir avant Septembre !
Nous sommes alors mi-Mai.
Ils nous font rencontrer de nombreuses personnes parmi leur cercle d’amis, les familles qui habitent dans le soi, nous rencontrons plein de nouvelles têtes… Mais, cependant, on se sent comme deux poissons hors de l’eau.

On sait pourtant sociabiliser, rigoler, trouver des points d’accroche…
Mais les premières fois à Bangkok, on se sent un peu déboussolés, loin de nos repères de vagabondage.
Pourtant tout le monde parle français ici…. et c’est peut être ça le problème.

On se sent loin. Loin de notre mode de vie des derniers mois.
Loin de nos attentes.
Loin d’où nous revenons.
On rencontre des gens qui vivent à l’étranger comme s’ils étaient à Paris, qui ne voient pas la Thaïlande comme nous la voyons ou l’avons vécue, qui ne la mangent pas, qui ne la vivent pas… Certains même ne l’apprécient guère.
À quoi bon vivre à l’autre bout du monde?, nous demandons-nous souvent.

C’est une vision sûrement faussée et extrêmement subjective, mais notre ressenti nous rend mal à l’aise.

Et puis, passer les premières minutes, on ne sait pas de quoi parler. Nous n’intéressons pas tellement comme nous ne sommes pas vraiment intéressés par leurs soucis d’enfants, de maid, du meilleur endroit où trouver des tomates, ou des rillettes (dans un pays où il n’y en a pas), bref des problèmes de riches !
Et avant tout, il faut le dire, nous avons du mal à décrocher de la bourlingue, encore fraîche dans nos têtes.

Alors, oui, ces premières semaines sont compliquées pour nous. On cherche nos repères et une nouvelle façon d’interagir avec l’environnement qui nous entoure.

Ce n’est pas grave.
Nous prenons tranquillement de nouvelles habitudes.
Au début, on va régulièrement déjeuner avec Vincent, on connaît le chemin, le sorng-tao, le prix et le moment où il faut descendre.
On découvre de nouveaux bui-bui, afin d’apporter à nos corps notre dose quotidienne de riz – encore conséquente.
On connaît un peu mieux le quartier : où faire les courses, où s’acheter un thé glacé, les jours d’ouverture du marché et ce qu’on peut trouver à Tops market ou Makro.
Nos hôtes nous laissent les clefs de la maison, et celles de la cuisine, nous leur mitonnons de petits plats, mélanges de nos expériences, on passe du temps avec les enfants qui grandissent à toute vitesse. On fait du sport régulièrement, et tous les jours, on se trempe les fesses dans la piscine.IMG_20160513_165419IMG_20160606_172241_1465208697939

Mais la majeure partie de la journée, nous la passons devant notre ordinateur, à mettre à jour nos CV. Pas facile avec une seule machine aux performances apathiques. Marion aurait bien besoin de son ordi resté en France pour travailler son book, et effectuer ses recherches en parallèle.
Pour contourner l’onéreux envoi par la Poste, Clémence et Vincent font jouer leurs connaissances.
Et ça marche ! En quelques 24 heures, on apprend que le voisin du 7ème part justement en France pour le boulot, il ne serait qu’une soirée à Paris, dans une semaine. Ni une ni deux, l’ordinateur quitte Nancy in extremis.
20 jours plus tard, Marion réceptionne son précieux compagnon de travail… Après 28 mois, on redécouvre une mine d’informations dans ses mémoires.DSCF5035 Lorsqu’internet se lance de nouveau, les onglets fermés dans la hâte avant le voyage, se ré-ouvrent : « comment bien faire son sac-à-dos ».

Nous sommes ainsi, tous les deux, face à nos ordinateurs.
La partie la plus compliquée nous fait face.
On entame une réflexion sur ce que l’on veut faire.
Où aller ? N’importe où nous conviendrait. Nos recherches s’étalent donc de l’Iran aux Philippines… Mais nous ne sommes pas contre un emploi sympa en Amérique du Sud.
… donc pas facile d’organiser ces recherches.
Que faire ? Notre curiosité est alors un nouveau fardeau.
Et on réalise doucement, que la Thaïlande, ça n’est pas trop notre tasse de thé.
On n’arrive pas à trouver l’engouement, à nous y projeter.
Ça ne fonctionne pas pour nous.
Ce qui est bien dommage, puisqu’on comprend rapidement qu’en Asie, si tu veux trouver du boulot, il faut s’adresser à son réseau.
Ainsi, en rencontrant les potes de potes installés à Bangkok, les contacts pour la Thaïlande se multiplient… mais pas tellement pour le reste du monde.
Dommage !

Le temps passe ainsi. Nous participons brièvement à un « dimanche à la campagne » sur l’île verdoyante au centre de Bangkok. DSCF4058DSCF4057C’est un évènement très franco-français, mais on découvre un vendeur de fromage de chèvre frais, produit à Chiang Mai.
Pain, vin, fromage, saucisson, foie gras et huiles essentielles sont en vente.
On avoue, on ne se sent pas à notre place.
Même si…
Même si nous sommes ravis de croquer dans un sandwich.
Même si, les apéros au bord de la piscine nous paraissent tellement luxueux lorsqu’on sort avec nos maillots de bain élimés de Una-Una.
Même si, nous succombons à l’harmonieux accord de la tranche de pâté-en-croûte et du ballon de rouge.
Même si, il nous est de plus en plus difficile de résister aux chants des sirènes des magasins… (On vit toujours avec quatre T-shirts).
Même si, ces appart’ d’expat’ tellement bien décorés donnent envie de nous installer et d’avoir le nôtre.

Même si tout ça semble si simple… ça reste loin. On ne s’y retrouve pas.
Et, dans notre coin, on se questionne beaucoup.
De quoi avons-nous envie ?

Toutes ces réflexions s’organisent autour de la vie qui se déroule ici.
Les 3 ans de Joseph sont l’occasion d’une fête conséquente. Il est vrai qu’on n’avait pas prévu (ni Clémence et Vincent d’ailleurs) qu’en invitant les copains de classe de Joseph, les parents viendraient avec les frères et sœurs et les maid.
C’est ainsi qu’on s’est sentis légèrement dépassés…
Mais les Mignons, la pêche-à-ligne et la piñata faits maison ont fait sensation !DSCF4295 DSCF4207 DSCF4203A DSCF4180

On profite des week-ends pour se faire de longues rando’ urbaines. On rejoint la Chayo Praya par les klong, les ruelles et les quartiers populaires.DSCF4062DSCF4139DSCF5059 DSCF5054Stitched PanoramaStitched Panorama DSCF5044 DSCF5051On achète notre thé glacé dans des sacs plastiques qu’on boit à la paille, on traverse les marchés de fruits et de légumes, poisseux à souhait, on longe des habitations précaires et aux sourires des habitants sincères.
C’est notre façon de nous reconnecter. De ne pas oublier.

Finalement, le confort s’installe vite.
On avait trouvé une citation de Nicolas Bouvier, dans L’usage du Monde.
Après deux mois installés à Bangkok, elle est encore plus vraie.
« […] La légèreté est aussi volatile que précieuse, et exige d’être courtisée et reconquise chaque jour.
De retour à l’état sédentaire, il faut veiller à ne pas reprendre cette corpulence et cette opacité qu’on se flattait d’avoir perdues. »

Alors que les jours défilent doucement, la saison des pluies s’installe. On découvre les journées rythmées sur l’arrivée des orages de fin d’après-midi.
On découvre les inondations du Soi et les vraies gouttent d’eau qui mouillent.S0014357DSCF5098 IMG_20160621_234359Et la torpeur presque insupportable du mois de mai laisse place à un climat plus vivable – il fait néanmoins encore 30°C à 20h.

Et puis, on retrouve Anaïs et Sylvain.DSCF4092Un rappel salutaire de notre voyage en général et de notre passage à Vadodara en Inde, un an plus tôt, en particulier.
Nous les avions rencontrés lors de notre séjour chez François, alors que nous avions festoyé tout le week-end avec eux et étions restés en contact.
C’est très chouette de se revoir, on revisite un peu Bangkok, on papote bien. On les aime beaucoup.Stitched Panorama DSCF4130 DSCF4117IMG_20160524_104524 DSCF4115 DSCF4109 DSCF4076Avant de partir, Sylvain nous met en contact avec son cousin.
Ni une, ni deux, nous rencontrons Julien et Ilham, installés depuis 1an et demi dans la ville, à deux pas de chez Vincent et Clémence. Après 6 mois de voyage en Asie, ils ont décidé de se poser ici.
On rencontre leurs amis, et avec eux, on comprend avec soulagement qu’une autre manière de vivre Bangkok existe.
Et ça aussi, ça nous questionne.

Pendant ce temps, les conseils fusent, les contacts se multiplient. Brice renoue avec le réseau Arts et Métiers, passe quelques entretiens skype, décroche entre autres une proposition au Cambodge. Ah génial… euh … et puis non, pas si intéressant.
On contacte des gens en Iran, aux Philippines, en Indonésie.
On fouille tous azimuts.

On se parfume à l’anti-moustique. On fait attention aux lames du robot mixeur et aux coins des portes de placard. Notre assurance-voyage a définitivement expiré.

Après un mois dans le Royaume, nous devons sortir du pays. Notre visa expire. Nous décidons de nous évader quelques jours en Malaisie, à Penang.
On se remet en mode bourlingue, sac-à-dos et train non-AC.IMG_20160607_152756_1465353894746DSCF4394 DSCF4426 DSCF4457 DSCF4498 DSCF4500 DSCF4505 DSCF4514 DSCF4532 DSCF4565Sur notre route vers le sud, nous faisons étape dans la petite ville de Songkh-La, presqu’île dont les côtes sont parsemées de villages de pécheurs.

Stitched PanoramaDSCF4574 Stitched Panorama DSCF4585 DSCF4602 DSCF4617 DSCF4639 DSCF4641 DSCF4656 DSCF4667 Stitched Panorama Stitched Panorama

Le passage de frontière se fait sans embûche et à pieds, comme souvent.
Ici, Ramadan de l’année 1437 vient tout juste de commencer. De l’autre côté, en Thaïlande, nous étions en 2599.

Comme nous l’avions quitté il y a un an – quand la maman de Brice était venue nous visiter – nous retrouvons la tranquille île de Penang, ses rues aux maisons anciennes, ses temples et mosquées, son marché de l’iftar. DSCF4706 DSCF4713 DSCF4723 DSCF4726 DSCF4740 DSCF4741 DSCF4755 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4768 DSCF4769 DSCF4770 IMG_20160611_171754IMG_20160611_193451 IMG_20160610_160358 IMG_20160612_091718Sans oublier ses collines verdoyantes aux innombrables chemins de randonnée… d’où nous sortons trempés. Stitched Panorama DSCF4893 DSCF4892 DSCF4870 DSCF4868 DSCF4866 DSCF4829 DSCF4817 DSCF4815 IMG_20160612_130324 DSCF4862On retrouve des lieux d’exposition et de création. DSCF4806 DSCF4808C’est propre et ordonné, et nous nous imaginons vivre dans ces longues maisons traditionnelles. Vivre à Penang, ça serait top.

Nous profitons d’une autre culture et d’un autre pays pendant une semaine, avant de retourner à Bangkok, par le chemin des écoliers : à pieds, en ferry, en TER, en bus lent, en Sorng-tao, en train express lent de 18h et enfin, en métro.DSCF4931 DSCF4943 DSCF4960 DSCF4977On s’installe de nouveau, on prend du poids, on va faire du sport, on en reperd.
On fait des apéros, parfois sur un roof top, on va manger des nouilles, et même un Mc Do, on profite des soldes chez Décat’, Brice s’achète une chemise pour un entretien (ah… mais il faut utiliser un fer à repasser !), on fête l’anniversaire de Clémence autour d’un barbecue de compet’, on découvre les projections cinématographiques de l’Alliance Française, on va faire du cygne-pédalo dans le parc et on sillonne les allées du marché de Chakuchak avec les enfants…DSCF5116 IMG_20160527_115007 IMG_20160513_172005

On retrouve aussi François (celui de Vadodara) et Melissa, qui viennent s’installer à Bangkok.IMG_20160626_210645L’Inde, le voyage, ses odeurs et ses images s’invitent de nouveaux dans les conversations.
Mais comme beaucoup de nos amis, ils ventent la qualité de vie et le confort de vivre dans la cité des anges…. Pourquoi ne ressentons-nous pas la même attraction ?
On a l’impression d’être à contre-courant.
On prend des habitudes à Bangkok… et nos racines s’y enfoncent tous les jours un peu plus.
Jusqu’à ce que…

Pas Angkhor

Nos sacs allégés, nous quittons Bangkok.
DSCF3524 DSCF3491 DSCF35105 heures de train sur des banquettes toutes dures : c’est bien, ça nous remet en condition et nous permet de nous replonger dans nos bouquins. Il y a du vent, de la poussière, des feuilles des arbres et des petits insectes – les joies des trains sans fenêtre.
Le conducteur du train s’arrête « au milieu des rails » – stop à l’épicerie : il a faim !S0073541Débarqués à Nakhon Ratchasima (aussi appelée Khorat), nous partons en quête d’une auberge pas chère, basique et rustique, que nous trouvons après 40min. de marche.
Cette ville, pas forcément intéressante, n’est qu’une étape où l’on passera un bout de temps à rassembler des infos pour les prochaines destinations.
Tâche extrêmement difficile, car loin des itinéraires touristiques, le manque d’interlocuteurs anglophones est flagrant. Et malheureusement, nous n’avons pas vraiment progressé en thaï.Stitched Panorama DSCF3548 DSCF3573Nous nous y baladons la fin de journée. On va jusqu’à sortir des murs de la ville pour voir the place to see du guide… et on arrive devant une construction de brique agrémentée d’un superbe jardin hyper kitschou peuplées de super héros et d’installations gnan-gnan.DSCF3570 DSCF3559 DSCF3564Bon, une ville thaï lambda, sans trop de charme comme à l’accoutumé.
Mais l’accueil qui nous est fait change fondamentalement comparé à celui de la capitale et des sites où afflux les bule.
Et même au tourism information on nous accueille avec une grand sourire… mais sans aucun mot d’anglais (sensation de déjà-vécu, lorsqu’à Xining nous avions eu comme réponse un petit mot en Chinois et un numéro de téléphone à appeler).

Le lendemain, réveil matinal, et bol de nouilles à la gare (le régime – et le rythme – changent radicalement avec celui des semaines passées) nous partons visiter le palais Khmer de Phimai à quelques encablures.DSCF3577Finalement, la frontière avec le Cambodge n’est plus très loin, et l’empire Khmer, au Xe siècle occupait également une partie de cette région.
Nous ne serons pas très nombreux sur le site et nous en profiterons bien.
Le palais a été restauré. Les vieilles pierres nous parlent de nouveaux. Ça fait plaisir.
Magnifique architecture de basalte et de grès.DSCF3614 Stitched Panorama DSCF3599 DSCF3622 DSCF8339On progresse à notre rythme, Marion se remet au croquis, Brice à la photo et on découvre ces temples aux dômes pointus comme des morilles.
Les pierres sont sculptées, on y trouve Buddha et Shiva, des fleurs et des arabesques.
C’est beau, c’est paisible.Stitched Panorama DSCF8342 DSCF3646 DSCF8356 DSCF3663

Un plat de riz gobé et deux bus plus tard nous rejoignons Nang Rong.
Cette région est encore plus riche de ruines de l’ancien royaume d’Angkor.
Et on se lève avant l’aube pour enfourcher une moto et visiter « comme on veut » ce merveilleux patrimoine.
Notre petite moto rouge est loin d’avoir la puissance d’une Ferrari, et possède les freins d’une poussette, mais on arpente les petites pistes (ou les trop longues autoroutes) à la recherche de ruines… plus ou moins dignes d’intérêts.
Nous serons ébahis et pleinement satisfaits par la visite de deux palais.
Seuls… nous y sommes seuls.DSCF8367Certes il est très tôt, mais nous jubilons de la chance que nous avons de découvrir ces anciens palais baignés dans une douce lumière matinale.
En premier lieu, nous arrivons au palais de Phanom Rung, construit au sommet d’un volcan depuis longtemps éteint.
La configuration atypique du site (l’entrée est tournée vers l’Est au lieu du Sud habituellement) permet au timide soleil de l’aube d’illuminer chaudement la perspective des longs escaliers et pont naga (ce serpent mythologique khmer) pour enfin arriver au bâtiment construit et étonnamment bien préservé.DSCF3677 DSCF8381 DSCF8396 Stitched Panorama DSCF8398 DSCF3701 DSCF3706 Stitched Panorama DSCF8412 DSCF3724 DSCF3717 DSCF8450 DSCF3782
L’autre monument impressionnant qui nous sera offert de visiter est le palais de Muang Tam dans la vallée.
Encadré par quatre bassins parsemés de nénuphars, la construction en brique a moins bien résisté aux affres du temps, mais les fondations en basalte demeurent tout comme les ouvertures, alignements, gravures dans la pierre… tout ceci nous émerveille et fini de nous convaincre d’avoir fait le bon choix en visitant fugacement cette région qui n’a rien à envier au splendeur d’Angkor.Stitched Panorama DSCF3791 Stitched Panorama DSCF3809Le reste n’est que du bonus… deux-trois ruines (et des vraies celles-ci, celles qu’on cherche longtemps pour ne découvrir qu’une poignée de cailloux…) et des temples à la mode thaï (c’est-à-dire sans grande sensibilité ni distinction – à notre goût).
Le paysage est loin de nous décrocher la mâchoire, on traverse de grandes plaines sèches, des forêt d’hévéa, des champs de tapioca, mais également de jolies rizières bien vertes.DSCF8535 S0028570 S0088581 S0178594 S0208598 S0398632 S0478652 DSCF3836 DSCF3843 DSCF8530 S0158590 S0358618Et puis enfin, retour à la maison, claqués et bien bronzés.
On se délecte d’un bon plat de riz au porc, dans la plus grande finesse culinaire thaï.

Départ le lendemain pour Ubon Ratchatani encore un peu plus à l’Est.
Quand on demande à quelle heure part le bus, nous avons comme réponse : 8h30, 8h40, 9h00, et même 9h30.
Donc, pour nous assurer de poser nos fesses dans le bus, nous sommes à la gare routière à 8h… et ne partirons qu’à 10h… Normal… Ça ne nous dérange pas plus que ça.
L’information concernant la durée du trajet était tout aussi floue.
Ça n’a pas loupé. Au lieu des 4h30~5heures annoncées, nous arrivons à bon port 6h30 plus tard, éreintés par la chaleur accablante d’un bus sans clim’ ni ventilation !

Fin de dimanche après-midi dans une ville thaïlandaise.

DSCF3847 DSCF3848 Nous dégourdissons nos jambes autour du marché de nuit qui se prépare avant d’aller y dépenser nos derniers bath en un repas pantagruélique. Miam !
Il nous faut des forces pour le lendemain.DSCF3853 Stitched Panorama

Oh non, pas ça!

Leur grand jour est arrivé.
Clémence, Louise et Joseph viennent d’atterrir, leur trois bouilles enfarinées.
Vincent, en mission au Myanmar, n’est pas là, mais comme nous sommes des amis super sympas (et qu’on fait finalement un peu « partis de la famille ») on part à l’aéroport les chercher.
Pancarte colorée, embrassade et taxi. IMG-20160128-WA0003 IMG-20160128-WA0006Voilà leur nouvelle vie en Thaïlande qui commence.
C’est un grand départ pour eux, et nous sommes impressionnés.

Notre vie collective commence aussi.
Nous n’avions pas prévu de passer 3 semaines chez eux.
Nous n’avions pas prévu que, aussitôt nos sacs posés, nous serions contents de profiter d’un peu de confort ! Et quel confort !

Celui d’un lit et d’une chambre qui nous sont dédiés, nos affaires étant posées sur les étagères de l’armoire.
La machine à laver s’occupe de redonner une seconde jeunesse à nos sacs-à-dos (après deux ans de poussière), tandis que nos affaires de toilette sont nonchalamment étalées autour du lavabo de la salle-de-bain, privative bien sûr (circonflexe !).
Le soir, nous prenons l’habitude d’apéroter sur la terrasse ou regardons un film sur l’écran géant de la télé.
Et puis, sans oublier la piscine, dans laquelle il est si facile d’aller plonger « juste 5 min. » avant de rejoindre, pieds nus, la maisonnée.DSCF3252 DSCF8151Ça c’est pour le contenant.

Pour le contenu, Brice retrouve avec plaisir les joies de la cuisine.