Bullons à Trinco’

Nous quittons Mihintale de bonne heure, après un bon petit déjeuner d’un thé noir et d’un Ros Pan (une grosse tranche de pain de mie que l’on trempe dans du dhal ou du curry).

Cinq heures et deux bus plus tard, nous retrouvons l’atmosphère tamoule et la ville de Trincomalee, à majorité hindoue.
Longtemps isolée à cause de la guerre, le tourisme de la cote Est était sur le point de retrouver un peu de panache. Bordée par l’Océan Indien, ses plages de sable fin infinies aux eaux turquoises sont parfaites pour attirer les touristes.
Le bus nous dépose ainsi à Trincomalee d’où nous rejoignons le paisible village de Nilaveli.
Paisible est un mot bien faible tant l’absence d’activité, a priori touristique mais aussi locale, nous déroute. Pas si panaché que ça…

Encore une fois, les attentats de Pâques ont terriblement affecté le tourisme, et cette région, réputée pour ses eaux cristallines et ses longues plages se retrouve complétement délaissée en ce début de haute saison.

Cela pose évidemment d’énormes problèmes pour de nombreux commerces, comme celui de nos affables hôtes Theepan et Linges qui ont récemment embelli et étendu leur charmante maison bleue, où nous posons nos sacs.
Une petite chambre simple, un hamac, un jardin fleuri et une cour sablonneuse.
Le village est composé de quelques rues au quadrillage rectiligne. Il y a bien une poignée de petites échoppes, entourées de terrains vagues où poussent arbres à papayes et cocotiers, de maisons aux murs colorés et jardins ordonnés.

Et à quelques pas de la plage, le temple hindou, qui attire nombre de fidèles ces derniers jours en raison d’un festival (dont nous n’avons pas compris l’enjeux) grâce aux incessantes ritournelles vespérales crachotées par de puissants hauts parleurs.
Quelques bateaux de pêcheurs sont échoués sur la grève, encore plus d’esquifs appartenant aux agences qui convoient habituellement le flot de touristes sur la toute proche réserve de l’île aux Pigeons.
Avec les attentats, ces embarcations semblent bien en peine à quitter le rivage.
On croise moins une demi-douzaine de touristes locaux… et un ou deux « blancs » : il n’y a personne.

Nous nous baladons brièvement dans le village avant de rejoindre le centre de plongée, à deux kilomètres plus au Sud. Le soleil tape très fort et très tôt dans cette région, et les nombreux stands de sirop à l’eau qui jalonnent la route nous permettent de régulièrement étancher notre soif.
Nous retrouvons Maxime et Cécilie. Nous les avions rencontrés alors qu’ils se baladaient à Mannar quelques jours plus tôt. Maxime et son ami Guillaume sont instructeurs de plongée, et le premier nous avait alors convaincus d’aller mettre la tête sous l’eau autour de Trincomalee.
C’est ainsi que nous nous offrons, trois jours durant, quelques rafraichissantes plongées, dans une eau à 30°C, à la visibilité plutôt bonne, entre rochers colorés, superbes forêts de coraux mous et durs, petites grottes dans lesquelles nous nous faufilons, une tortue, quelques poissons, des crabes bien cachés… toute cette vie sous-marine que nous prenons toujours autant de plaisir et de fascination à découvrir et explorer.
Nous passons aussi beaucoup de temps à papoter avec Max, Cécilie et Guillaume au centre de plongée, qui ont beaucoup de temps à tuer… nous laissant rêver à un retour sous l’eau, et ajoutant une idée de plus à notre longue liste de projets à venir.


Alors que nos plongées nous ont bien occupés ces premiers jours, nous étendons notre séjour à Nilaveli et en profitons pour « travailler » à la suite de notre programme, lancer des demandes de visas, se pencher sur la carte, mettre à jour le blog et autres tâches administratives.
Les festivités hindoues du village ferment le peu de buibui encore ouverts.
Nous sommes désolés de ne plus pouvoir profiter du délicieux rice and curry de Aka Radi, dans son resto’ aux murs bleus et au sol aréneux, et où se dressent deux tables bancales et un ventilateur.


Pas grave, nous rejoindrons Max et Cécilie pour un opulent steak de thon.

En revanche, nous guettons le passage du boulanger ambulant dans son tuktuk dont le haut-parleur siffle une stridente Lettre à Élise. Alors que nous sommes tranquillement installés à notre terrasse et hamac, cette ritournelle salvatrice nous fait bondir et courir dans la rue, en espérant que ses errances le conduira à nous.

Trincomalee possède, elle aussi, son fort. Nous nous octroyons une journée en « ville ». Nous passons par le temple de Arulmigu Sri Lakshmi Narayana, un des rares temples du Sri Lanka dédié à Vishnu (qui est globalement bof, comme de nombreux lieux de cultes modernes au Sri Lanka).
En façade, le choix des couleurs a été fait en toute hâte et sans demi-mesure.
Du bleu schtroumpf et du doré. Et voilà.
Le choix fut encore plus simple pour l’intérieur dont les murs, colonnes et plafonds sont recouverts d’une homogène couche de peinture dorée, mais la solennelle atmosphère nous imprègne de ses encens fumants et nous déroulons lentement nos pas autour du sanctuaire consacré au dieu protecteur.

Nous rejoignons le Fort de Trincomalee, aujourd’hui occupé par l’Armée. Entourés de magnifiques arbres, les bâtiments s’effacent sous leur imposante ombre.


Nous rencontrons quelques daims (mais que font-ils ici ?) et grimpons jusqu’au bout du cap, en direction du temple de Koneswaram, dominant l’immense baie de Trincomalee du haut d’une falaise tombant à pic.


L’étiquette requiert que le temple se visite pieds-nus. En plein milieu de journée, la peau fragile de nos pieds d’occidentaux souffre sur le sable et le béton brûlant menant au temple.
Longeant les murs et l’ombre, nous passons devant un ensemble de répliques de berceaux (comme ceux que nous avions vu au temple de Jaffna), pour autant de remerciements pour la naissance d’enfants.

D’ailleurs, nous arrivons au moment de ce qui nous semble être un baptême.
Les parents recouvrent intégralement le crâne du nouveau-né d’une pâte claire et argileuse, avant de le laisser entre les mains du prêtre qui se lance dans une série de prières face à plusieurs représentations et statuettes divines.
Le spectacle est joli à voir.
Dehors, les fervents fracassent des noix de coco, en offrande, sur une large pierre.
Quelques corbeaux gourmands en attrapent des morceaux, tandis que nous nous dandinons sur le sable chaud.
La vue depuis le haut du rocher est superbe. La baie de Trincomalee, large port naturel, s’étire jusqu’à l’horizon au sud, et cette masse d’eau d’un bleu profond donne envie d’y plonger nos corps las de cette chaleur zénithale.

C’est ainsi que, une fois redescendus de la colline, nous enfilons masques et tubas et savourons ce bain de midi, dans une eau claire et rafraichissante, profitant d’un rocher pour approcher une fois encore, quelques coraux et bancs de poissons.


Si proche de la ville, notre session de snorkeling se transforme en un ramassage de sacs plastiques et divers déchets… : il est vraiment temps de penser durable et d’arrêter ce plastique qui pollue tant. (Nous avons remonté des déchets à chacune de nos plongées. Que ce soit des filets de pêche, des bouteilles ou emballages divers).

Une ice cream – très sucrée – plus tard, nous voilà de retour à Nilaveli, après avoir fait le plein de fruits pour une soirée hamac, accompagné d’un orage – sans pluie – aussi tonitruant que lumineux.

6 thoughts on “Bullons à Trinco’

  1. C’est donc cela qu’on a loupé…
    C’est quand même bien plus paradisiaque que Malta. Même si Malta c’est quand même joli joli.
    Ce n’est que partie remise cependant 😉

    Ptite question. C’est quoi le signe blanc en forme de uU avecne ptite pointe rouge au milieu ?
    Je crois l’avoir vu avant mais ça me revient pas…

    Profitez bien de la plongée dans le passé !

    Gros bisous

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