Catégorie : Indonésie

Comme ça a commencé…

Afin de partir d’UnaUna, nous avions organisé avec Andri les bateaux, les correspondances et les billets.
Andri nous avait dit :
« Bien sûr, vous prenez le bateau public pour Wakaï, il partira plus tôt, je leur ai demandé, comme ça, une fois là-bas, vous pourrez prendre le bateau rapide pour Ampana, je réserve les billets ».
Dans les faits, en arrivant au port, on nous dit que le bateau ne partira pas plus tôt.
On louperait donc le bateau rapide.
C’était trop beau !
Mais coup de chance, nous croisons Tante, qui venue nous dire au revoir, nous indique que sa fille prendra le bateau à quai juste à côté : le coconut boat, qui relie UnaUna directement à Ampana.
Ok, il ne part que 3 heures et demi plus tard…
Mais qu’à cela ne tienne, et puis Tante, et Pa’Bani nous chargent de victuailles pour le voyage nous offrant un émouvant adieu.DSCF2199Le bateau chargé, c’est donc parti pour 6 heures au son du moteur pétaradant. Il n’y a qu’une poignée de passagers et des noix de coco.
Assis sur le toit du bateau, les îles Togean s’éloignent doucement, accompagnées de quelques dauphins sautant par-dessus les eaux ! Des dauphins quoi !!Stitched PanoramaAmpana est une petite ville détendue, et dès notre arrivée, nous sommes heureux de pouvoir manger nos premiers bakso* ou ayam bakar (poulet au barbecue) depuis plusieurs semaines, de pouvoir prendre une « douche » (enfin un mandi – la dernière douche, c’est à Singapour il y a 6 mois) sans devoir rationner l’eau, et chose agréable, les gens ne nous hèlent pas continument dans la rue.
Nous retrouvons les maisons colorées et fleuries, et même le chant du muezzin nous enchante.DSCF2214 Stitched PanoramaLe lendemain, Hop !, dernier travel. Assis pendant neuf heures dans un minivan, ce trajet nous fait traverser une partie de l’île montagneuse de Sulawesi et ainsi rejoindre la côte Ouest et Palu.
C’est d’ici que part notre bateau pour rejoindre le Nord Kalimantan, et la frontière avec la région malaisienne de Sabah sur Bornéo.
Marion se traînant une mauvaise coupure au pied, on ne se balade pas trop dans la ville mais nous trouvons de quoi remplir nos deux jours : achats de quelques nouveaux vêtements (c’est les soldes, à 7 euros le jean, autant renouveler la garde-robe), édition du blog (et pour ça, il faut remuer toute la ville, aller et revenir pour trouver la carte SIM qui va bien), achat des tickets de bateau, et dégustation de mets indonésiens, histoire de bien s’imprégner de leurs goûts.

Puis vendredi arrive, nous nous rendons au port – comme souvent – trop en avance. Notre navire, le K.M Lambelu, n’a que quelques heures de retard et nous appareillons en début d’après-midi.DSCF2226Stitched PanoramaOn perd progressivement de vue les côtes au relief accidenté de Sulawesi pour traverser la mer des Célèbes aux eaux d’un bleu profond.
En une nuit, on rejoint Bornéo, ses paysages de jungle, ses rives boueuses sous un ciel empli de nuages bas.DSCF2232 DSCF2247Le voyage se déroule bien. Sur une mer incroyablement calme, nous nous ressentons que les vibrations légères du moteur.
Le vaisseau de la Pelni est un poil plus moderne que le K.M. Tidar (celui qu’on avait pris pour rejoindre Surabaya à Sulawesi), moins de monde mais pour autant beaucoup plus subjugué de voir des bule. Il faut dire qu’on emprunte une ligne qui dessert les régions reculées de l’archipel.
DSCF2235 DSCF2236 DSCF2237Dès qu’on ouvre une porte, qu’on débarque sur le pont, dans une pièce, qu’on veut aller au toilette, ou acheter quelque chose… ce sont des dizaines de paires d’yeux qui nous fixent et de bouches qui se ferment sous l’effet de surprise, avant que certains se lancent dans d’affectueux – mais non moins systématiques et exaspérants – hello mister… ou d’entendre des « oh, le mister il boit du café, comme nous », « le mister il a mal au pied, il boite un peu », « le mister il a fait tomber son sac », « le mister il a les mêmes tongs que moi »…
Les Indonésiens souriants que l’on rencontre ne lisent pas ou n’ont pas de game boy, alors deux bule sur un bateau Pelni, c’est une aubaine pour satisfaire leur curiosité.
DSCF2263 DSCF2240Les plus téméraires s’installent à notre table, s’assoient à nos côtés (il ne faut pas s’immobiliser dans ce pays !), nous interrompent et engagent une conversation dans laquelle on explique qu’on est français, qu’on est en voyage, depuis 6 mois en Indonésie, qu’on est mariés, qu’on n’a pas encore d’enfant mais que peut-être un jour inchallah ­– ce qui les fait rire, mais après on leur dit que non, nous ne sommes pas musulmans, qu’on va à Nunukan…
Pendant ce temps, un attroupement se crée, chacun participant et se faisant répéter « notre histoire ». Et puis pour éviter de répéter une quatrième fois la même histoire, nous nous levons, et reprenons le chemin de la cabine… d’où une tête passe à travers le rideau et nous lance un hello mister, where do you come from…
La sphère d’intimité est incroyablement réduite en Indonésie !

Finalement, nous avons passé la plupart du voyage dans notre cabine d’Eko.
Lorsque nous arrivons à bon port, en milieu d’aprem’, nous sommes confiants.DSCF2267Stitched PanoramaTout est bien goupillé : notre gros bateau nous mène à Nunukan, et le lendemain, dimanche 10 janvier, nous pouvons prendre un dernier bateau pour passer la frontière et rejoindre la Malaisie. Tout pile le jour de la fin de notre visa.
Ça devrait coller : tout le monde nous dit qu’il y a plein de bateaux qui font la liaison et plein d’hôtels aussi.

On se trouve une petite auberge cheapouille pour la nuit… puis on se renseigne pour le bateau du lendemain.
Mais… mais il n’y a pas de bateau le dimanche…

Et comme ça a commencé six mois plus tôt, on se retrouve donc bloqués dans cette petite île frontalière.
Dommage.
Dommage, parce que cette nuit en plus va nous coûter un overstay.
Et qu’un jour d’overstay équivaut au prix du visa pour un mois…
Et que le bateau part à 8h lundi…
Et qu’on est samedi et qu’on veut partir !

On essaye de « résoudre le problème ». On passe au comptoir d’immigration, on se fait connaître des douaniers, afin qu’ils voient tous que la veille de la fin de notre visa, nous sommes déjà présents, de bonne volonté et prêts à passer la frontière.
On explique à chacun notre situation et partons rencontrer le chef Dion, le boss du bureau d’immigration.
On lui réexplique tout (toujours en bahasa indonesia, jamais en ingris), qu’on veut trouver une solution pour ne pas avoir à payer 8h d’overstay, qu’il pourrait peut-être tamponner maintenant, qu’on peut dormir à même le quai en zone internationale… mais rien n’y fait.
Tout est désormais informatisé, les passeports scannés, la liste des passagers des bateaux imprimée et envoyée à Jakarta…
Il n’y a pas moyen de dire que lundi il y a un problème d’électricité ? de machine ? avec une petite ristourne sur le prix de l’amende ?

Que nenni. Dion est honnête mais pas moins sympa.
En attendant, on savoure encore ces quelques plats locaux, accompagnés de thé glacé et jus d’avocat.DSCF2291 DSCF2277

On verra donc lundi.
On arrive à 8h00 à l’immigration, on passe par la petite porte du bureau de Dion, on s’acquitte de l’amende, et on peut aller prendre notre bateau.
Et avant midi, nous sommes à Tawau, en Malaisie.
Nous serons donc restés en Indonésie 6 mois et 8 heures.
Mais ça, c’est ce qui est prévu…

*’ Les bakso (boulettes de « viande » qui flottent dans un bouillon avec quelques nouilles), comme les soto (du bouillon, du lontong, des nouilles, des morceaux de poulet ou autre), gado-gado (lontong avec des œufs, de la sauce sate, des nouilles…) font partie des fast-food classiques que l’on trouve dans la rue au comptoir de toutes petites roulottes.
À Ampana, c’est un moto-bakso qui nous a servi notre bol que l’on a bu sur un banc le long de la route.
Après 3 mois nourris aux œufs et au poisson, ça nous donne du réconfort.

 

La vie à UnaUna – partie 2

Précédemment, dans en-bourlingue:

Nous avons pris le bateau pour rejoindre « le continent ». Antonio nous accompagne dans cette épopée.
Nos amis de Gorontalo nous attendent. Yunita vient juste d’emménager dans une grande maison en banlieue et nous sommes invités à y séjourner. Antonio profitera aussi de leur hospitalité pour se joindre à la maisonnée.

Après une matinée « formalités administratives », notre visa est étendu pour un dernier mois. Nous approchons des 6 mois passés en Indonésie et en date du 10 janvier, il nous faut être sortis du pays.

Gorontalo n’est pas intéressante, mais pas désagréable non plus. C’est quand même la troisième fois que nous y séjournons, et nous y avons nos repères.
Il y a le petit kopi-koffee de Suzan, dans une micro allée, dans lequel nous passons quelques heures à papoter avec Antonio, Yunita et Faiz, alors qu’un énorme orage éclate dans l’après-midi.
Il y a le mall, climatisé et ses boutiques dont les vêtements n’ont pas de trous, ne sont pas délavés ou tachés.
Son cinéma moderne, dont lors de chacun de nos séjours nous passons vérifier l’affiche en se promettant de s’allouer une paire d’heures dans le noir… en vain.
L’Hypermart, immense, dont le rayon des tongs semble interminable, tout comme celui des chips et instami (les nouilles instantanées). Nous y déambulons, s’arrêtant devant la moitié des produits (euh… on en a encore à UnaUna ? on a fini le savon ?…), afin d’être sûrs de ne rien oublier avant de retourner sur notre île.IMG_20160107_155029 IMG_20160107_155014 IMG_20160107_154719 IMG_20160107_154654
Nous nous arrêtons à la pharmacie, chez le photographe pour imprimer quelques photos et les offrir au staff, trop contents d’avoir des photos d’eux, …
Notre warung est ravi de nous revoir, autant que nous sommes contents de remplir nos estomacs de ses bons mets, d’épices et de piments, de sauce et de poulet.
On évite le poisson pendant quelques jours…

On se balade dans Gorontalo, on prend le temps et on savoure d’être citadins de nouveau, même si… même si cette ville est trop bruyante et finalement on est contents d’en repartir !DSCF2523

Faiz (le copain de Yunita) est archéologue sous-marin. Il visite sous l’eau les gros bateaux qui ont coulé, extrayant les céramiques et autres trésors engloutis. Un croisement entre Indiana Jones et J-Y. Cousteau.
C’est donc naturellement que nous partons au Département Archéologie et Culture de la région, nous équiper pour aller plonger, utilisant les bouteilles d’air comprimé d’un centre de plongée pour le prix d’un café en France.
Plutôt cool (merci le gouvernement indonésien).

Les 4 jours à Gorontalo passent rapidement, entre soirées potes/cuisine et ventilo à fond pour parer la chaleur accablante de la ville, balade rapide, et longue papote.
Nous profitons d’Antonio, qui rentre en Espagne, nous profitons de Yuda, Yunita et Faiz, que nous ne reverrons plus.
C’est simple.IMG-20151217-WA0001 DSCF2527

Et puis vendredi arrive, nous récupérons notre passeport et remontons sur le ferry.
Encore 3 semaines insulaires nous attendent.DSCF2533Sur le pont supérieur, nous rencontrons Marek et Nils.
Marek (de République Tchèque) vient à UnaUna pour faire son divemaster, Nils (de Finlande) est instructeur. Ils vont être nos nouveaux collègues au Sanctum.DSCF1828Après une nuit sur une mer bien calme, puis 3h de bateau pour arriver au bout du monde, nous posons enfin pieds à terre à UnaUna.
Ça fait comme un retour à la maison !
DSCF2548 DSCF2546DCIM100MEDIADJI_0030.JPGEt rapidement, la routine se réinstalle.
Plongée, bricolage, repos, soleil, natation, thé, mangues et saguer*.DSCF1880 DSCF1902 DSCF2626 DSCF2599 DSCF2638DSCF2641 DSCF2565DSCF1950 DSCF2637 DSCF2608 Brice continue ses plongées intensives, approfondissant sa technique et continuant de guider les nouveaux venus dans les fonds marins.
Il aura plongé plus de 130 fois depuis notre arrivée il y a près de trois mois.
IMG_6947 IMG_7079 IMG_7088

Marion profite du soleil et du bikini… et par défaut se retrouve souvent à devoir manager le Sanctum avec les moyens du bord.
Elle saute sur l’occasion pour passer son niveau supérieur de plongée sous l’aile de Theepan, nouvel instructeur venu porter main forte en cette fin d’année.

Et puis la période des fêtes se profile, et le resort se rempli… on travaille dur, mais on fait aussi de superbes rencontres, on se fait de bons amis.
Bien sûr, on ne sympathise pas avec tout le monde, mais la plupart des personnes qui passent par UnaUna ont une histoire, qu’on prend plaisir à partager.
Il y des baroudeurs aguerris qui ont parcourus 3 fois le monde, connaissant les frontières par lesquelles nous sommes passées, des instructeurs de plongée pour la famille royale de Jordanie qui s’émerveillent encore de voir des tortues ou des beaux fonds, un musicien polonais nomade qui a passé plusieurs mois en Ethiopie et un peu partout d’ailleurs, un mec qui fait du vin et un chef de projet à MSF qui quitte le Myanmar pour le Centrafrique, une famille installée dans la jungle indonésienne pour apporter des soins aux tribus reculées, et bien plus encore…
Nous sommes fiers de nos rencontres avec les Indonésiens, mais nous réalisons que ces rencontres de bule nous nourrissent aussi. Les gens viennent de partout. On apprend beaucoup, encore.

Nous passons ainsi des fêtes de fin d’année internationale.
Le repas de Noël est festif : se sera poulet sauce saté ! (et ça, c’est la fête, si si !).
DSCF2623 DSCF2621 DSCF2659 DSCF2642 DSCF2669 DSCF2651 DSCF1802 DSCF1841DSC_0055Tandis que pour Nouvel An, une chèvre est tuée et cuite aux braises de noix de coco sur la plage !DSCF1953DSCF2007 DSC_0195

Le réveillon 2016 est l’occasion d’une fête mémorable, entamée par l’examen rituel du snorkel test** pour Brice, officialisant son accession au titre de divemaster.
Et on a dansé toute la soirée, et réussi à veiller jusqu’à minuit (incroyable quand on sait qu’après 21h30, la plupart des gens dorment déjà), faire éclater quelques pétards, et coucher Marek qui tanguait fort fort.S0332138 DSC_0234

Le départ se profile déjà, nous profitons de nos derniers moments à UnaUna, de nos dernières plongées, pour voir des eagle ray voler autour de nous alors que nous nous rendions sur le récif de Menara II.
Brice s’octroiera 50 minutes à admirer le ballet des barracudas sous la lumière de fin de journée… tandis que Marion fera la même chose en snorkelling… on ne pouvait rêver plus bel au revoir …IMG_7064IMG_7091
Les eaux cristallines, les coraux multicolores, les éponges aux dimensions monstrueuses et aux allures psychédéliques plantées sur des murs vertigineux dont les pieds se perdent dans le bleu des profondeurs, les poissons, petits et gros… tout ça va nous manquer. On ouvre grand les yeux.

Et puis arrive le moment de refaire nos sacs. Ça faisait longtemps dis donc !
On laisse sur place les shorts et débardeurs, « trop dénudés » pour la suite. On se sépare du maillot de bain bien trop usé, des tongs aplaties et on renfile chaussettes et baskets !
On observe une dernière fois ce ponton, cette plage, ces arbres et cette jungle.
Elle était chouette la vie à UnaUna.DSCF2530 DCIM100MEDIADJI_0034.JPG

Nous sommes tristes de partir et soulagés également.
Emmi et Andri ne savent pas gérer le Sanctum, n’écoutent pas les conseils, et gâchent beaucoup de la simplicité et du plaisir qu’un tel endroit génère…
Nous sommes néanmoins reconnaissants de cette mémorable expérience qu’ils nous ont permis de vivre.
Et puis hop, hop, hop, c’est l’heure des « au-revoir », on reprend la route !

Accompagnée de Ayhu, la fille de tante, le coconut boat (qui, comme son nom l’indique, est rempli de noix de coco !) nous dépose sur les rives de Sulawesi.
Nous prenons la direction de Palu afin d’attraper un bateau qui nous emmènera à la frontière malaisienne, à l’Est de Bornéo.
‘* Boisson naturellement alcoolisée issue du palmier. Le jus de palme est extrait l’après-midi, et la fermentation s’active. Si il n’est pas consommé immédiatement, la boisson tourne au vinaigre dès le lendemain (il n’y a pas de frigo ici).
Le soir, nous récupérons une boisson un peu sucrée/acide, finement pétillante : le saguer.
En fin de journée,  Marek et Brice prennent régulièrement la mobylette clopin-clopante (plus de frein arrière, plus de plaquette à l’avant, une direction floue…) pour rejoindre le village et faire remplir les bouteilles vides – et par la même occasion, sont systématiquement invités à boire un coup et papoter un bon quart d’heure avec les locaux.
Il est devenu notre apéro. Et à 5000 rupiah la bouteille d’1.5L, on ne s’en prive pas.
(à titre de comparaison, une bouteille d’eau coûte 7 000 rupiah, et une bière au Sanctum 60 000)

** Tout étudiant divemaster se doit de passer cette dernière épreuve rituelle.
Les réponses aux questions alambiquées des instructeurs permettent de définir la quantité d’une mixture indéfinissable que le futur diplômé devra ingurgitée pour clôturer la cérémonie.
Cette boisson est alors intégralement versée dans un grand entonnoir, pas le temps de respirer, on ne voit rien… et glou et glou et glou…DSCF2037 DSC_0204 DSCF2043 S0152089 S0042066 DSC_0205 S0232103 DSC_0219DSCF2004

 

 

 

Selamat Tahun Baru

ghat (Copier)

 

Et voilà!
Bonne année 2016 !

La vie à UnaUna

On dirait le nom d’un feuilleton télé.

Le trajet en bateau qui nous mène de Gorontalo à Wakai est long et fatiguant. Nous passons la nuit sur le pont, sous un ciel incroyablement étoilé mais sur une mer agitée.
pfff… ça tangue…

À Wakai (principal village des îles Togean), nous embarquons sur le bateau public qui nous ramène sur notre île.
Déjà rempli de planches de bois, on trouve cependant de la place pour y ajouter deux vaches.
Trois heures plus tard, il est enfin temps de poser pieds à terre.
UnaUna, nous revoilà !DSCF1881 DSCF1882Stitched PanoramaIci, il n’y a plus d’horloge.
Les marées donnent le rythme.

Et au fil de la journée, le bandeau de corail apparait, les premiers rochers pointent au-dessus de l’eau à mesure que son niveau descend. Doucement. Le large récif qui borde la côte se découvre. On entend le crépitement de la vie aquatique devenue terrestre pour quelques heures.
L’odeur de l’océan prend place.
La brise légère souffle un air chaud.
DSCF7691DSCF7706Stitched PanoramaDSCF2345 Au loin, un bateau passe.
Le trafic maritime est si faible ici qu’on s’étonne au passage d’un navire.
Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ?
Ce doit être le public boat du jeudi…DSCF7800

Pendant ce temps, on prend le temps.

Brice a bien entamé ses cours de dive master. Théo est son instructeur. Il est néerlandais, drôle, intelligent et a du bagout. Il voyage depuis presque toujours, s’arrêtant pour quelques mois ici et là, travaillant un peu avant de repartir.
Mais en lisant son roman du moment, il nous dit qu’il est jaloux du type du livre parce qu’il peut s’acheter une cafetière et un rasoir électrique.
C’est un peu notre lot aussi, envieux d’une vie que l’on n’a pas. Envieux d’être en bourlingue tout en voulant avoir le confort d’un chez soi. Voulant vivre à l’autre bout du monde tout en manquant nos amis et nos familles.
Théo, c’est un mentor et un ami qu’on verra partir avec tristesse.DSCF1833 IMG_0073Éloïse est là aussi pour suivre sa formation de dive master. Elle est belge et toujours motivée, sauf le soir. C’est une marmotte.
On papote bien. C’est notre voisine de chambre, notre voisine de pays, notre copine de voyage. C’est une belle rencontre.
Avec Brice, ils se serrent les coudes pour les exercices de plongées de Théo, s’épaulant dans les moments heureux comme dans les plus difficiles et pendant lesquels ils en bavent.
Elle aussi est partie, et on a le cœur tout serré quand son bateau s’éloignait.DSCF1968Il y a aussi Antonio. Il est déjà dive master depuis plusieurs semaines. Depuis, il travaille ici.
Il est espagnol, petit et tout bronzé. Il est zen, et nous enseigne le détachement.
C’est un peu un Kazou ibérique.
On s’entend bien avec Antonio, on papote bien aussi.
Et puis, il voyage depuis deux ans et il a décidé finalement, de repasser un mois à Madrid pour célébrer la Navidad – lui-.DSCF1700DSCF2382 Et enfin, Adam et Liisa. Le couple anglo-finlandais. Il est instructeur, elle est dive master. Il est grand et très anglais. Parfois, on dirait Hugh Grant.
Elle est petite, musclée et a de beaux yeux bleus (est-ce que tous les finlandais ont des yeux bleus ?).
Ils sont venus travailler récemment, le salaire n’est pas à la hauteur de leur attente, et ne font pas trop d’efforts pour aller le chercher non plus.IMG_0061 IMG_0460On papote avec Bani, Naldi et Dedi, les captains chargés des bateaux de plongées, et des bouteilles à transporter.
Leur anglais est approximatif, ils sont un peu jeunes, mais leur compagnie est agréable et nous permet de pratiquer un peu de notre bahasa. Tout comme avec MaAyu /Tante, la cuisinière en chef qui nous réchauffe de son joyeux sourire et de ses plats, certes édulcorés – on est dans un resort pour bule, mais mitonnés la plupart du temps dans la bonne humeur bon enfant typique de l’Indonésie.DSCF2092 image5 DSCF2412 IMG_0612Oui, c’est un peu ça la vie à UnaUna.
Il n’y a pas/presque pas de réseau. On pose les téléphones par ici, et on attend qu’ils accrochent le signal et daignent télécharger les messages… ça c’est s’ils ont encore de la batterie car on est loin d’avoir de l’électricité toute journée.

Parfois on check si le message est parti, parfois on attend, souvent on abdique.
Mais on s’y habitue, et c’est une bonne chose*.
Sans réseaux sociaux, les gens sociabilisent plus. Quel paroxysme !
On échange et on se raconte.

Le soir, alors que tout le monde est attablé et se délecte des bons gâteaux de Tante, les conversations sont souvent orientés « fonds marins », et il nous parait normal de discuter 10 minutes à propos de la tortue qu’on a vu l’après-midi et des deux poissons pilotes collés sur sa carapace, sans parler du banc de barracudas, ou de poulpe.
C’est léger. On est loin et isolé.
Ainsi, on apprend comment vit le corail, on apprend les noms de poissons et leur nom de famille.
On comprend les courants et les marées. La saison des œufs, pourquoi certains poissons sont agressifs, les superpouvoirs de la mantis shrimp, du trigger ou du leaf scorpion fish.
Le monde aquatique s’ouvre doucement à nous. IMG_0481 IMG_0469 DSC07111 DSC07121 DSC07172 DSC07226 DSC07292 DSC07335 DSC07341 DSC07389 DSC07421 DSC07495IMG_0511 DSC07530 DSC07545 DSC07691 DSC07718 DSC07617 DSC07838IMG_0548 DSC07758 IMG_0065 DSC07765 DSC07906 DSC07928IMG_5038IMG_0118 DSC07482 Et il n’est pas rare qu’on enchaîne sur quelques parties de murderer (un loup garou à la sauce de chez nous). Tout ça pour aller au lit à 22h, après avoir observé les étoiles – et la galaxie M31… Incroyable !

Notre rythme de bourlingue en a pris un coup. Les journées passent, chacun vaquant à ses occupations.
Celles de Brice sont plutôt claires : la plongée. Il est ici en « stage ». Il améliore son expérience de plongeur, à réguler sa respiration et minimiser ses mouvements, à naviguer sous l’eau et savoir parer à toute urgence.
Il a appris à enseigner la plongée et à diriger des groupes de plongeurs.
Il guide les bule de passage, montrant les coins et recoins sous-marins.DSCF7770DSCF7760 DSCF7804 DSCF2425 IMG_0093Il s’occupe du dive center, les bouteilles qu’il faut remplir d’air comprimé, les combinaisons qu’il faut rincer et ranger. Tout comme les palmes et les détendeurs.
Avec Théo, Éloïse et Antonio, il font une bonne équipe. Depuis leur départ, il est un peu tout seul.IMG_0059

De son côté, Marion scie, ponce, coupe, clou, colle, nage, sèche, plonge, bronze, s’hydrate, aide en cuisine, dessine, aquarelle, écrit et lit.
Elle est occupée mais pas vraiment non plus.
Le deal « déco » a fait un peu flop. Emmi n’a pas le temps, n’est pas dispo’, et n’est finalement jamais trop là… heureusement car ses tornades tyranniques lors de ses retours sur l’île peinent à palier un manque d’organisation et de pertinence dans le resort.
Qu’à cela ne tienne, quand elle n’est pas là, tout va bien, on est plus détendus, et tout se passe pour le mieux.

Après plusieurs jours de « quoi faire, comment, avec quoi et pourquoi », Marion gère son planning un peu flottant, comme elle l’entend.
Le nouveau flyer est en cours d’impression – mais déjà les prix ont changé sans réflexion préalable, les panneaux en bois sont installés, les cailloux composés, les coraux attachés.
Petit à petit, son boulot s’installe dans les recoins du Sanctum. Mais petit à petit.DSCF2512 DSCF2508 DSCF2506

On redécouvre notre indépendance, et le plaisir de nous raconter notre journée le soir venu.

On profite de ce paysage, qui au premier regard pourrait apparaître monotone et répétitif au fil des jours.
Mais nous prenons le temps de l’observer.
Le ciel haut et bleu, bas et gris. Les jours de pluies qui brouillent l’horizon. Les marées, montantes ou descendantes. La mer agitée offrant de multiples reflets tandis que celle des jours calmes lisse l’ensemble et permet de voir les autres îles Togean à 3 heures de bateau au large.
DSCF7768 DSCF7788 DSCF7758DSCF2413 DSCF7661 DSCF2306 Stitched Panorama DSCF2304 Stitched Panorama DSCF2241 DSCF2154La lumière du matin, dévoilant les premiers rayons sur les cabanons alors que le soir venu, le soleil disparait derrière le volcan.
La saison des pluies arrive. Elle apporte avec elle son lot d’orages et de bourrasques de vent. Les noix de coco tombent des arbres, tout comme les mangues (pas encore mûres – on attend mi-décembre avec impatience, les manguiers sont archi-chargés !).DSCF7619DSCF7769Dans le jardin, tout pousse.
Les plantes se régalent de soleil la journée, et se font arroser d’une pluie dense la nuit.
La jungle reprend doucement ses droits. Le puits se rempli.
On en avait bien besoin (c’est notre seule source d’eau).DSCF7772DSCF7786DSCF7776 On profite de choses simples.
On observe les insectes, les oiseaux et les bovins qui viennent se rafraichir sur le sable humide de la plage.
Les araignées tissent de grandes croix alors que d’autres sont géantes et sautent, les sauterelles ont des ailes en forme de feuilles, certains insectes sont bicolores, d’un beau rouge éclatant.
Notre quotidien est peuplé de brebis, de vaches, de poules et de chiens qui cohabitent tous ensemble. Seuls les chats vivent sur des étagères, dans la cuisine.
Siro, le chien idiot, et Bon-bon, le chien chasseur les tue… l’un des chatons recueillis par Éloïse en fera la triste expérience.DSCF7644 DSCF2095 DSCF1848 DSCF1707 DSCF2258 DSCF7653

Voilà.
Notre rythme UnaUnasien est tranquille.
On va sur les sites de The Rocks, Menara II, Hong Kong ou Jam en petit bateau, comme on prendrait un métro le matin.IMG_0457DSCF2432On prend l’habitude – sans pour autant se lasser – de voir des poissons-lion, des eagle raies, des bancs de snapers, ou de thons, des nudibranches, des rivières de tobbies, des napoléons, des coraux de toutes les formes et couleurs, des trucs et des machins qui font de chaque plongée on en découvre toujours et encore plus. Les fonds d’UnaUna sont incroyablement bien préservés et d’une qualité inouïe.IMG_5073 IMG_5020 IMG_0590 IMG_0525 IMG_0475 IMG_0455 IMG_0504 IMG_0427 IMG_0445 IMG_0360 IMG_0104 DSC07292

Une fête au village, un anniversaire au Sanctum ou une demande en mariage que l’on se plait tous à organiser sous la tornade de barracudas, une partie de carte ou une soirée film sur le canapé du dive center, un quart d’heure « soin » des pieds coupés par les coraux et les cailloux, un debrief’ sur le hamac une bière à la main, des blagues et un réveil matinal pour redémarrer une nouvelle journée tôt le matin.Stitched PanoramaDSCF2166 image4 DSCF2184DSCF7753 Stitched PanoramaDSCF2294DSCF2383 DSCF2235 DSCF2392 DSCF2192 DSCF7690 Nous sommes bien loin de l’Indonésie, loin de sa bonne nourriture, de ses hello mister
Entourés de bule (quasi exclusivement), on en perd notre bahasa indonesia, mais on redécouvre le plaisir de vivre découvert, de pouvoir se prendre dans les bras à notre guise et de boire une bière de temps en temps.

Les relations avec les clients se transforment régulièrement en bonne amitié, on rigole souvent, nous apprenons aussi beaucoup de certains et il n’est pas rare de prendre un numéro de téléphone ou un email avant de regarder le bateau s’éloigner. Nous, on reste à terre.DSCF2459

Depuis Gorontalo, où nous sommes pour 4 jours, nous postons cet article.
C’est ici, encore, que nous étendons notre visa indonésien pour la dernière fois.
Antonio nous accompagne pour cette courte semaine.
Départ un peu précipité pour lui – les horaires incertains des bateaux indonésiens ne faisant pas bon ménage avec des réservations onéreuses de billets d’avions transcontinentaux – et on sent qu’il en a gros sur la patate.
Mais nous sommes heureux de partager ces derniers moments indonésiens… on se ressemble bien.DSCF2456Stitched PanoramaQuant à nous, nous devons quitter UnaUna et l’Indonésie début Janvier. 6 mois, déjà !

Pour aller où ?
Nous ne le savons pas encore.
Notre expérience sédentaire nous fait du bien, tout comme elle nous lasse, nous questionne et nous interpelle.
Notre cerveau réfléchit, notre cœur balance, nos finances s’invitent au débat.

Nous reprendrons le bateau vendredi soir.
Les fêtes de fin d’années se passeront là-bas.
Sur une île de quelques km2, entre trois cocotiers et 35°C.DSCF2480Tout comme le chat qui vit sur son étagère, on n’a pas une vie facile !

 

 

 

‘* Aparté news –
Nous suivons, comme nous le pouvons, les news. Les bonnes comme les mauvaises.
Nous avons reçu les premiers messages des attentats en début d’après-midi.

Brice était sous l’eau, à contempler une eagle ray.
Marion était sur le ponton, à boire son café et à observer la limpidité de l’eau et les quelques poissons, si bleus.

Impossible de vous expliquer le court-circuit temporel et spatial que ces messages ont provoqué.
La violence s’est invitée aussi à UnaUna, accompagnée de tristesse, d’incompréhension, d’angoisse et de colère.
Nous sommes si loin.
On avait oublié que l’Homme pouvait être mauvais.
On avait oublié que l’Homme pouvait être stupide, haineux et avide de souffrance.

À ce moment-là, nous regardions vers l’Ouest, là où le soleil se couche.

C’est dans terre au milieu des poissons

Vendredi.
Le bateau qui nous mène aux îles Togean part de nuit.
Nos tickets, en ekonomi, nous permettent de nous installer sur le pont du bateau.
Un petit matelas que l’on emprunte et c’est parti pour 12h. de traversée. Certes, un peu houleuse au départ, mais avec le ciel noir et intensément étoilés pour seul toit, on se sent vernis.
Nous ne sommes pas encore partis que la bateau amarré à nos côtés décide de mettre en route son moteur. De sa cheminée sort une épaisse fumée noire… Il fait déjà nuit et nous nous rendrons compte bien plus tard que tous les passagers installés sur le pont sont recouverts de cette suie noire, grasse et charbonnée qui nous collera à la peau pour les douze prochaines heures…DSCF1638 DSCF1640 DSCF1649Mais mis à part cette aventure digne des meilleurs ramoneurs, nous passons une super nuit, au frais, au bon air, sous une Voie Lactée à faire envie aux astronomes.

C’est aux aurores que nous arrivons à Wakai, le « gros » village des îles Togean.
C’est un peu la cohue au port, chaque touriste essayant de trouver son bateau pour rejoindre telle île, et chaque bateau profitant de la situation pour faire grimper les prix.

Sur le ferry, Pierre – rencontré à Gorontalo et féru de plongée sous-marine –  avait rencontré Emmi.
Elle tient un resort sur la toute petite île d’Una Una, située à encore 3h de bateau. Cette île volcanique est réputée pour ses spots de plongée incroyables, les seuls potables de la région en raison justement des richesses minérales prodiguées par le volcan. Nous, on avait pas du tout prévu d’aller par là-bas, c’est très isolé, et on comptait plutôt se cantonner aux délicieuses îles aux plages de sable fin – beaucoup plus abordable aussi pour nos bourses.
Après de nombreuses discussions et tergiversations avec nos copains – on forme une belle bande de gourdis, nous choisissons de suivre Emmi pour le Sanctum de Una-Una.
L’aventure plongée commence.DSCF1669

Una-Una, c’est une pe

Goront’à l’eau

Etendre notre visa, on ne peut pas dire que cela nous enchante énormément, mais alors aller le faire à Gorontalo, à près de deux jours de route dans des bus clopins clopants sur des routes qui tournicotent dans les montagnes, alors qu’on se plaisait si bien à Tana Toraja… définitivement on n’y va pas avec le sourire…DSCF1429 Mais si on veut étendre notre visa, il faut se rendre à l’évidence : Il faut se fader ces deux nuits horriblement bruyantes dans une bus décoré comme un manège de foire.DSCF1579 DSCF1449On traverse des montagnes, et la route nationale nous fait longer le paisible golfe de Tomini.
DSCF1436 DSCF1465 DSCF1485 DSCF1508 DSCF1525 DSCF1526 DSCF1528 DSCF1537 DSCF1554 DSCF1573L’arrivée à Gorontalo se fait aux aurores, il est 3h30 mardi matin…
On a mis un jour de moins que nous le prévoyions… bagus !
Comme on a aucune envie de payer une nuit pour les quelques heures qui nous séparent de l’aube, on se fait un bon gros petit déjeuner à la gare, alors qu’au son de l’azan, les premiers passagers arrivent.
Nous rejoignons à pieds le centre-ville et les quelques auberges que nous avions ciblées, profitant ainsi de la fraicheur matinale. C’est calme et nous arpentons les rues tranquillement.
On se tapera tout de même 8 kilomètres à la recherche d’une auberge qui soit dans nos prix…
Après une douche express (pour retirer la crasse de deux jours de bus sur des routes poussiéreuses) nous allons rejoindre le kontor imigrasi. Woué !
On y retrouve Thata, rencontrée sur CouchSurfing, qui nous aide à regrouper tous les papiers et à compléter notre dossier en 10 minutes – quand il nous aurait fallu une demi-journée sans son aide (et deux jours à Surabaya la fois précédente).
On ne cesse de la remercier, mais pour elle, c’est normal.
En rencontrant Thata, nous faisons la connaissance de la communauté CS de Gorontalo.
Ils sont une dizaine, et nous allons presque tous les rencontrer – pas forcément de plein gré, un soir chez l’un, le lendemain chez l’autre…
Ils sont tous très sympa, parfois un peu trop sympa et notre liberté en est fortement entravée. Mais comme on le dit souvent, c’est le jeu.
Ainsi, nous serons un peu baladés, chacun insistant pour que nous rencontrions les autres bule des autres CS. Mouais…comme si des bule voulaient rencontrer d’autres bule à l’autre bout du monde…
Mais ils nous rendrons tous de grands services, que ce soit Thata pour le visa, Yuda pour nous prêter une mobylette tous les jours, ou Yuyun et les autres nous donner des bons plans.

Gorontalo est donc notre ville étape administrative. C’est d’ici aussi que partent les bateaux pour les îles Togean. Mais nous sommes mardi et le prochain bateau est vendredi.
Dis donc, ça tombe bien, c’est vendredi qu’on doit récupérer notre passeport !

Nous profitons de ces quelques jours ici pour nous reposer de nos nuits de voyage, pour le blog et quelques recherches internet. Oui, ici, il y a du wifi ! enfin…pas trop non plus

Installés dans le même hôtel que nous, nous faisons la connaissance de Pierre et Camille, un couple de Français en voyage depuis 6 mois, en route pour l’Australie, et puis Felix et Jule, un couple d’Allemands en début de long voyage…qui ne savent pas trop où aller… Ça nous fait bizarre de sociabiliser, et de voir autant de bule bule d’un coup.
Et puis nos amis de CS sont aussi des ambassadeurs du tourisme à Gorontalo – comblant les lacunes de l’Etat. Ainsi, nous et nos nouveaux amis allemands hésiteront jusqu’aux instants à prolonger le séjour dans la région.
Nous nous entendons bien et nous profitons d’une journée snorkelling dans un spot non loin de la ville. Beaux poissons super colorées, des coraux de toutes les formes. Encore une fois, le masque et le tuba nous enchantent. Tout ça au bout du bout d’une route qui mène à un  village reculé tout bariolé.DSCF1600 DSCF1593 Stitched Panorama DSCF7472 Stitched Panorama DSCF7487 DSCF7508 DSCF7539 DSCF7501 DSCF1494 Stitched Panorama DSCF7538

Il n’y a pas grand-chose à faire à Gorontalo, nos journées seront ainsi bien tranquilles. Sans rando’, ni funérailles, sans sacrifice ni excès de nourriture. Et ça repose. Bien qu’on ne puisse mener à bien toute nos missions, difficile d’être anonyme dans cette ville, et très vite, nous y sommes connus comme le loup blanc – notamment par ce groupe très sympa de CS… mais qui prend de la place… et du temps.
Et puis mine de rien, les « hello Mister » à la cantonnade sont beaucoup plus agressifs ici, et ça nous tape une peu sur le système cette joie de croiser des blancs, et de voir des adultes glousser comme des dindes parce que deux bule rentre dans leur magasin.

Puis vendredi arrive. Notre nouveau visa pour un mois supplémentaire dans la poche, et c’est parti !
Avec les copains, on part pour les îles, coupés du reste du monde pour une bonne semaine.DSCF1610

Quand le babi bèle

Notre arrivée dans la famille de Ian coïncide tristement avec le décès de son « grand-père ».
Le défunt étant le grand frère de Kuba, la célébration de Rambu Solo se déroule au Tongkonan To’Dengen.
Comme expliqué précédemment, la mort est un des moments les plus importants du passage sur terre dans la culture Toraja, et les funérailles sont ici un fastueux évènement.
Les familles tentaculaires sont réunies pour quelques jours pendant lesquels il faut héberger et nourrir tous leurs membres. Et pour concrétiser le passage vers l’au-delà du défunt, il est de coutume de tuer un grand nombre de buffles.
Plus on est une grande et riche famille, plus grand sera le sacrifice.
Ce qui implique que les funérailles peuvent être ajournées de parfois plusieurs mois ou années afin de récolter les sommes nécessaires.

Mais la grand-mère veuve a décidé de ne pas faire durer ce moment, et de faire une cérémonie courte. On ne va pas garder le corps pendant plusieurs années, ni lui changer ces vêtements, ni lui donner à manger alors qu’il ne mange plus….
C’est donc ici, chez Ne’Wa et MaSemo, pendant trois jours, que vont avoir lieu les festivités. Et ce n’est pas un abus de langage puisque c’est bien une fête qui se prépare.

Jour 1 – Nous sommes réveillés aux aurores. Quelques voisins et membres de la famille sont déjà présents. Les hommes font le tour de la maisonnée et inspectent les bambous. On défriche le jardin de ses plans de tapioca*, on range les deux trois planches qui parsème le jardin… en gros on fait place libre car l’intégralité du terrain à disposition sera occupé pour accueillir les hôtes.
Les femmes sont en cuisine. Quelques voitures commencent à faire des allers-retours, chargées de provisions, pack d’eau et de vaisselles diverses**.

Rapidement, les hachettes s’ébrouent et se font entendre. C’est parti. Les premiers troncs sont coupés. Les bambous, dans un lourd son creux et résonnant, tombent au sol. La construction commence.DSCF0542 DSCF0522 DSCF0563 DSCF0602DSCF0617 Stitched Panorama DSCF0531
On ne comprend pas trop ce qu’il se passe, pourquoi ces bambous sont abattus, que sont-ils en train de construire. Mais les bambous s’entreposent, et s’assemblent… et la forêt autour de la maison est décimée.
Des trous cylindriques sont régulièrement creusés à intervalles réguliers pour accueillir les poteaux… le terrain est ravagé.
Une vingtaine d’hommes sont au travail. Ça coupe, ça fend, ça élague, ça nettoie, ça tire. Et petit à petit, les structures naissent. Ici, et ici, et là, et aussi là.
Partout, tout autour du tongkonan des chapiteaux se dressent petit à petit.
Tout ceci se fait à un rythme élevé, sans pour autant qu’il y ait de besoin d’une réunion de chantier, de mecs qui calculent les longueurs, de plans, de chef de chantier… ça doit être la routine.DSCF0821

En cuisine, le feu est déjà bien chaud. Les énormes marmites sont en place, remplies de riz. Les feuilles de tapioca sont nettoyées, les piments hachés, les oignons pelés.
Les femmes papotent et se marrent en nettoyant les poissons. L’eau bouille.
Il y a du monde partout.DSCF0682 DSCF0654 DSCF0660
Nous, on est un peu au milieu. Les gens s’amusent de nous voir prêter mains forte. On est bien intégrés. On habite ici, ils le savent. Les petites conversations s’engagent.

À l’heure du repas, d’énormes paniers en bambou tressé remplis de riz, des assiettes de poisson frit et de légumes partent nourrirent cette flopée de travailleurs.
Naïvement, nous avions dans un premier temps pensé que c’était pour la famille, que c’était ça le repas de Rambu Solo. Mais nous réalisons qu’aujourd’hui, tout ceci n’est que préparatif.
…et cela requiert déjà une lourde organisation.
La famille du défunt, quant à elle, est toujours à Makale, à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Les corps est en « préparation ».

En tant qu’acteurs, c’est de l’intérieur que nous participons à ce spectacle.
Après le repas, tout le monde se remet au boulot. Les structures en bambous se renforcent. Les bâches sont installées, les planches en bois posées.
Les estrades sont prêtes.

Sur de grands tissus, le riz est mis au soleil pour être séché. DSCF0631On a l’impression de sortir toute les réserves de la famille. Des sacs entiers de grain sont ainsi renversés, séchés, remis en sac et partent dans un camion au moulin le plus proche.

La fête s’organise et se prépare.
Le soir venu, un foyer est allumé, les hommes se rassemblent pour s’abreuver de tuak (une boisson à base de jus de palme fermenté) et discuter, la chaude lumière du feu éclairant les intrigantes toitures des tongkonan pour se perdre dans l’obscurité d’un ciel sans lune.
Nous nous couchons, déjà impressionnés de l’ambiance qui régnait aujourd’hui. Les gens sont heureux de se voir, rigolent et s’amusent. Il n’y a pas la moindre once de tristesse (apparente en tout cas).
Que la fête commence !

Jour 2 : Nous avions dû changer de maison la veille, pour libérer de la place pour la famille.
Ainsi, quand nous arrivons chez Ne’Wa et MaSemo, tout le monde est déjà au boulot.
À la grande tristesse de Brice, son copain le cochon, avec lequel il s’amusait tous les jours est déjà en train de mijoter, bien assaisonné dans un wok.

DSCF0815À midi, nous honorons sa mémoire en dégustant sa bonne chair. C’est bon le cochon !

Les amis, membres de la famille et voisins ont revêtus un t-shirt noir pour souligner l’atmosphère de deuil. Pas grave si c’est écrit « fête de la saucisse » ou « j’aime Satan » sur le devant. Le sarong est ajusté à la taille.DSCF0868