À l’eau

Afin de terminer l’année en beauté, nous avons réservé trois nuits dans un super hôtel, face à la mer.
Mais avant cela, un peu de bourlingue nous attend. Il nous faut rejoindre la côte, ce qui n’est pas une mince affaire dans ce pays.

Deux itinéraires mènent à la côte Malabar (côte du Kerala s’étendant de Kasaragod à Kalicut), mais face à un manque d’informations consistantes concernant le chemin de traverse (qui aurait certes était plus pittoresque, mais certainement plus long), nous optons pour un trajet en bus via la ville côtière de Mangalore.
Et comme nous savons la journée longue, nous quittons Hassan de bonne heure, dans un beau bus rouge du Karnataka. En gare, tout le monde se bouscule afin d’être le premier à poser ses fesses, certains passagers encore sur le quai, jettent leur sac par la fenêtre, sur une banquette à l’intérieur du bus pour s’assurer une place.
Et comme souvent, ce chaos s’organise et chacun trouve son confort rapidement. Finalement, il y avait suffisamment de places.

Pour rejoindre la côte de la mer Arabique depuis le plateau du Deccan,la route traverse la chaine de montagne des Ghats de l’Ouest, au Nord de la région verte de Coorg, riche en culture de café.
Tous les trois bien assis sur notre assis-dur, Catherine découvre les joies des klaxons intérieurs et des trajets interminables. Les courbes s’enchainent, tout comme les dépassements dans les virages sans visibilité.Le paysage est vert, dense et frais. Cela change des plaines d’Hassan.

Il ne nous faut pas moins de 6h20’ pour faire les 170 km qui sépare Hassan de la côte.
À mesure que nous progressons, le bus se remplit, et la chaleur augmente.
Ce trajet, initialement annoncé de 4 heures, s’avère plus long, et notre arrivée ainsi plus tardive nous permettrait d’attraper un train à la gare centrale de Mangalore ce qui, en plus de faire découvrir le voyage en train indien à Cath’, pourrait aussi écourter notre déjà longue journée de transport.
Un saut en rickshaw, la queue à un comptoir d’un premier bâtiment, puis dans un autre bâtiment avant de retourner au précédent, pour enfin obtenir un billet en general, nous arrivons sur le quai de la gare en nage.
Ça fait aussi partie des expériences du « train en Inde ».
Cath’ est perdue dans l’organisation des tickets et wagons, mais elle jubile à l’idée de prendre ce train et à notre grande surprise, ce dernier est vide… et express.

C’est parti pour 1h30’, cheveux aux vents, moteur à plein régime.

Les passagers sont peu nombreux, tout comme les dessertes, et nous sommes contents de prendre un peu nos aises après ces 6h de bus où nous étions entassés.
La voie ferrée longe la mer que nous apercevons par section de quelques secondes, et des paysages de backwater, ces mangroves du Kerala qui tissent un réseau de canaux entre les cocotiers, les rizières et les villages paisibles parsemés de maisons de béton cubiques, de mosquées et d’églises*.



Le temps se gâte un peu, et nous rejoignons Kannur en début d’après-midi sous la lumière blanche d’un ciel couvert.
À notre plus grand bonheur, et c’est bien la première fois, une voiture vient nous chercher à notre arrivée pour nous mener à notre lieu de villégiature. Ça sent les vacances !

Dans notre tout petit Tata vert pomme à l’anémique moteur pétaradant, nous traversons la ville et sommes déposés au bout d’une route du village de Thottada. Nous marchons encore quelques minutes sur une sente abrupte qui rejoint le rivage.
Installé sur un cap rocheux, isolé sous une forêt de palmiers, un joli hôtel les pieds dans l’eau se découvre sous nos yeux.

L’endroit est incroyablement paisible et a tout d’une image de paradis.
Les chambres sont en lisière d’un épais front de cocotiers et d’arbres tropicaux. La plage, vaste étendue plate et douce au sable fin s’étend sur plus de 2 km d’un côté, et se prolonge de l’autre côté des rochers en une anse doucement arrondie et au loin, un tout petit village. Quelques barques colorées attendent sur le sable, tandis que les pêcheurs, assis sous un arbre, préparent leurs filets pour partir en fin de journée.


Depuis les larges cailloux érodés par le vent et les vagues et sur lesquels quelques crabes s’accrochent, la vue à 360° est magique. Nous respirons à plein poumons l’air marin.

À peine nos affaires posées dans nos bungalows de luxe, nous nous précipitons, malgré le vent et le ciel bas dans les eaux chaudes de la Mer d’Arabie. La plage est déserte, nous nous sentons très loin de tout. Au calme. Que ça fait du bien.

Un hamac, une chaise longue, les pieds dans le sable, bercés par le son des branches de cocotiers qui s’agitent au vent, ces quelques jours s’annoncent bien reposants, au point que nous mettons assez vite une croix sur la visite de Kannur et son fort pour nous focaliser sur l’exploration de la plage et ses coquillages.

Le repas du soir est délicieux. Kannur est notre première étape dans l’état du Kerala, nos papilles découvrent ainsi de nouvelles saveurs servis face à la mer : les légumes, les épices, le poisson frais, le tout présenté dans des feuilles de coco, une sauce, un chutney, des fruits et des pâtisseries locales. On est loin des buibui aux tables collantes, et aux repas servis dans des assiettes en tôle d’inox.

Le programme des deux journées suivantes est plutôt chargé.
Petit-déjeuner copieux et savoureux, baignade, bain de soleil, balade rapide, baignade, lecture en hamac, puis en chaise longue, sieste, baignade, massages pour Cath’, coucher de soleil, baignade et diner copieux. Le temps passe même trop vite.




Le soir de la Saint Sylvestre, un repas spécial est organisé. Barbecue de poissons et seiches, curry divers et variés, nous sommes accompagnés de la dizaine d’autres convives, tous attablés autour d’une longue table. Certains sont en vacances pour quelques jours, d’autres s’installent ici pour plusieurs semaines. Et on les comprend bien.
Ce soir, l’ambiance est simple et conviviale et après avoir lutté pour tenir jusqu’à minuit, nous célébrons la nouvelle année, les pieds dans le sable frais autour d’un gâteau et quelques feux d’artifice et feux de Bengale.

Happy New Year !

Et puis comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps pour Catherine de rentrer.
Son avion (Mangalore-Bengalore) étant tard le soir, nous avions à l’esprit de profiter encore de ce petit coin de paradis et de quitter les lieux en début d’après-midi, comptant sur un train aussi rapide que celui de l’aller.
C’est ainsi que notre journée, commencée en douceur, bercée par les vagues, se transforme en une course contre la montre, nous rappelant que l’Inde est imprévisible.
En résumé : un retrait d’argent qui prend beaucoup de temps, une incompréhension avec le chauffeur de taxi, une gare dans laquelle il n’y a pas de bus**, un train annoncé avec 5 heures de retard, 3 km à pieds sous la torpeur et le bruit de Kannur, un bus de 4 heures pour une ville intermédiaire sans pause pipi puis un autre bus pour deux autres heures, quelques bouchons à l’entrée de la ville, nous revoila de retour au Karnataka, et déposés en gare de Mangalore une fois la nuit tombée… épuisés, mais dans les temps… Juste assez pour nous dire au revoir dans de chaudes mais courtes embrassades, devant un rickshaw qui nous promet que le trajet jusqu’à l’aéroport ne dure que 30 min, et que Cath’ sera à l’heure pour son avion…

Voila comment en Inde, on passe de la détente au stress, de la marge confortable au retard, d’une chambre luxueuse à un assis-dur en un claquement de doigt.
Cette journée nous a complètement échappée.
Catherine s’envole finalement pour Bengalore, puis pour Paris.

De notre côté, Mangalore nous séduit. Nous trouvons un hôtel à la gare et nous offrons une bière de réconfort dans une brasserie artisanale – celle que nous voulions partager avec Cath’.Ça nous fait drôle d’être que tous les deux.

Et puis, on le redit ici.
Merci Cath’ d’être venue, pour ce séjour, pour ta simplicité dans le voyage et ton adaptabilité.
On était contents de partager ce temps ensemble, ces temples et palais, ces jus, chai, et dosa!!

 

‘* Les côtes indiennes ont toujours été des lieux de commerces internationaux.
De l’autre côté de la Mer Arabique, la Péninsule homonyme n’est qu’à quelques centaines de milles, et l’Islam à facilement essaimé le long des côtes avant la phase d’évangélisation lors de l’installation des comptoirs occidentaux. À différencier avec l’islamisation des terres, due principalement aux avancées des Sultanats du Nord et de l’Empire moghol.

** Chaque État gère de manière différente ses services de bus collectifs – certains n’ayant même pas de compagnie gouvernementale. Quand nous louions les véhicules rutilants et les dessertes fréquentes des bus du Karnataka, c’est parce qu’ils sont bien plus efficaces que la moyenne. Au Kerala, il y a plusieurs gares routières par ville, de nombreuses compagnies privées sont en concurrence avec la compagnie d’état au bus moins fréquents, mais plus ponctuels. Enfin, ici, la gare gouvernementale est déserte – le chef de gare nous conseille même de prendre le train – et il nous faudra rejoindre la grande gare quelques kilomètres plus loin pour avoir le choix.

10 thoughts on “À l’eau

  1. J’ai tellement apprécié de partager ce bout de voyage avec vous . J’ai les larmes aux yeux p’tain con, toute émue ! On se refera ça dans un autre coin du monde !

  2. Bonne année
    Je revois avec plaisir cette photo de vous 2 sur le hamac, un magazine Sport Auto dans les mains de Brice 😉
    Par contre, je n’avais pas fait attention que tu avais la barbe si longue : elle touche ton buste sur une photo où tu es allongé. Tu comptes la couper quand ça t’arrivera aux tétons ?

  3. Feliz año nuevo chicos !!! 🙂
    Vous avez trouvé un beau pti coin de paradis.
    C’est marrant, on ne voit pas l’Inde comme cela..on dirait les côtes du Togo ! 🙂

    Un gros bisous à vous !

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