Catégorie : Asie Orientale

Chez les Spirou

En choisissant de rejoindre le Pakistan, nous savions que malgré les obstacles, des paysages merveilleux et leur immensité nous récompenseraient.
Nous savions que nous allions au bon endroit.
Que nous prenions la bonne direction, la bonne décision.
Ces derniers jours n’en ont été que la confirmation.

Notre départ de Kashgar se fait un peu tôt.
À 9 :00 du matin, heure de Beijing, les premières lueurs de l’aube pointent tout juste à l’horizon. Les autobus se font attendre et c’est dans une fraicheur matinale que nous rejoignons la gare.
Plutôt qu’une gare, nous arrivons sur un parking investit par des minivans bleus et jaunes et des pick-up bardés de charges et victuailles à convoyer dans la région de Tashkurgan.
Après d’âpres négociations, nous embarquons, trois mamies cantonaises en vadrouille, un jeune businessman pakistanais et nous deux, en direction de Taskurgan, située à 300 km de Kashgar et dernière ville avant la frontière.
À peine sortis de la ville que déjà le premier poste de police pointe son nez.
Contrôle des papiers, des passeports, qui est notre guide (on appelle le chauffeur du minivan qui devient ainsi responsable de nous), d’où on vient, où nous allons, photo de tampon de Thaïlande et du visa expiré de l’année dernière et hop, on nous laisse passer.
Ces contrôles incessants commencent vraiment à nous peser, surtout qu’ils sont la conjugaison d’une procédure vague (les types ne savent pas ce qu’ils cherchent), d’application non raisonnée (aucun sens critique), et d’une zèle frôlant l’abus de pouvoir, tout ça sans aucune courtoisie – si ce n’est aucun respect pour certains à la nationalité moins « noble » que la nôtre.
Peu importe, nous laissons notre rancœur et mépris de côté. Dans quelques jours, tout ceci sera derrière nous.

Assis confortablement dans le minivan, nous roulons lentement en direction du Sud.

Les mamies nous parlent en chinois, notre nouveau copain pakistanais nous parle en anglais, les mamies lui parlent en chinois, on lui traduit.
Notre fine équipe fait connaissance à mesure que nous nous rapprochons des montagnes.
À l’horizon se dessine une ligne de sommets enneigés.
C’est là que nous allons !

Le reste des 6 à 7 heures de trajet se feront le visage scotché au carreau, dans un ballet de photos prises à droite, prises à gauche, prises devant, prises par la fenêtre.
L’auto s’enfonce parmi de vertes plaines bordées de montagnes aux roches multicolores.

La rivière n’est qu’un filet d’eau serpentant dans un lit pourtant démesuré, ce qui en dit long sur l’imposant débit qui coule lors de la fonte des glaciers en amont.
Et ces glaciers ne tarderont pas à pointer le bout de leur cime.
À mesure que nous nous élevons, les vallées fertiles laissent place à des vals secs. Les flancs de montagnes hostiles ne laissent vivre que quelques chameaux et bouquetins assoiffés.
On distingue déjà derrière certains massifs, les pics à la neige immaculée brillante sous le soleil.

Premier plateau, premier arrêt pour notre équipée.
Une énorme retenue artificielle d’une eau d’un bleu laiteux.
Une quiétude désertique à 3300m du niveau de la mer.
Étrange étendue d’eau, entourée de reliefs en pente douce et, pour la plus méridionale, sablonneuse.

Nous continuons notre route le long d’une large vallée aride où une rivière brasse une eau gris clair, provenant des blancs sommets qui nous font face.
Ils sont déjà énormes, et ne cessent de s’imposer dans notre champ de vision.
Nous continuons de grimper pour rejoindre le lac de Karakol à plus de 3600m et à quelques lieues de la frontière du Tadjikistan.
Le végétation fait son retour, et les yaks, moutons et vaches paissent dans ces pâturages d’altitude.
La palette de couleurs est pleine de contraste entre ces steppes vertes et oranges, le bleu du ciel et le blanc scintillant des majestueuses cimes du Pamir qui couronnent le lac à l’eau limpide.

Nous poursuivons notre évolution dans un paysage de steppe à 4000 mètres d’altitude, contournant l’imposant massif du Muztag Ata, dont le sommet culmine à plus de 7500m et d’où glissent lourdement une demi-douzaine de glaciers.

Une fois le col passé, nous redescendons dans une large vallée, pour rejoindre Tashkurgan, Préfecture de la région autonome du même nom.
La ville est située à 3100m d’altitude. Elle se trouve au cœur d’une verte vallée dominée par des sommets aux flancs déserts.

Nous posons nos sacs et partons découvrir cette petite bourgade à majorité tadjike.
En effet, le Tadjikistan – tout comme le Kirghizstan et l’Afghanistan – ne sont qu’à quelques kilomètres d’ici et c’est avec étonnement que nous découvrons ces facies si différents.
Alors que les Kirghizes ont des racines communes avec les Turcs, les Tadjiks trouvent les leurs en Iran. Ce sont donc des Aryens des montagnes. Certains sont blonds – ou châtain, les yeux sont clairs, les nez fins et longs.
Les traits sont occidentaux, les visages allongés.
Alors eux aussi, ils sont Chinois ?

Les femmes portent de jolie toque cylindrique de Petit Spirou, brodée et posée au-dessus de leur tête, sur laquelle repose, pour certaines, un voile coloré.
Dans la rue du marché, on trouve quelques boutiques qui vendent de tout, un Ouighour boulanger, son four et ses pains ronds, un boucher Halal vendant de la viande de yaks, des chichlek qui cuisent sur le charbon et des plats de pilow (le riz pilaf ouighour, cousin du plov ouzbek) n’attendant qu’un ventre glouton…
Il y a bien des « Chinois » (lire Han) qui habitent ici mais on remarque que les quartiers sont distincts.

Parmi toutes nos réflexions, celle de l’identité revient souvent.
Nous ne parvenons pas à parler mandarin avec les locaux.
Comment ces gens se sentent en Chine alors que BeiJing est si loin, et qu’aucun Han les croisant dans la rue, ne les considèreraient comme leurs égaux (ce n’est pas sans nous rappeler la situation des habitants des Seven Sisters en Inde, parfois perçus comme des sous citoyens)
Comment peuvent-ils être assimilés à la Chine alors que leurs familles, leurs racines, leurs cultures sont dans les pays frontaliers.

Alors peut-être que les gens ici ne se posent pas la question, mais les différences sont telles qu’elles en deviennent presque absurdes (toujours la même profusion de drapeaux rouges – au cas où ils oublieraient – et de fantaisies urbanistiques Han).
Nous sommes un peu perplexes et déroutés de l’emprise que BeiJing a sur ces peuples.
Bien sûr, afin de faciliter le tourisme des mainlanders, en plus de l’hideuse tour panoramique en construction, un vaste complexe hôtelier et de boutiques a ouvert en bas de la ville.
ouf, ça serait dommage que les gens se mélangent.
Bon, il est temps que nous partions.
Notre capacité d’acceptation atteint ses limites. Nous n’arrivons plus à prendre la distance nécessaire pour y voir du positif et du bon.
Tout nous heurte et nous contrarie. Nous arrivons à saturation.
Ça tombe bien !
La frontière n’est plus très loin !

Le paysage restant néanmoins ahurissant, nous nous éloignons de la ville pour profiter de ce paysage incroyable.
Entre les montagnes, l’immense steppe marécageuse verte émeraude contraste avec les différentes strates cuivrées, beiges et rosés qui barrent les montagnes.
Les animaux se délectent de ces mousses et herbes grasses.

Quelques yourtes ponctuent cette image de leurs dômes blancs, alors que sur les hauteurs, la sèche terre révèle le caractère aride de ces régions lointaines.
En nous baladant, nous croisons quelques paysans occupés à leurs récoltes, leur bétail ou à récolter le foin, assistés de leurs mules.
Si ce ne sont les mausolées et tombes musulmanes qui trônent au sommet de certaines collines, nous pourrions nous croire en Roumanie.

La vie semble paisible, et le climat plaisant lors de notre séjour nous fait oublier l’hiver rude et l’isolement qui s’abat sur la région plusieurs mois dans l’année (la frontière est fermée environ 4 mois par an à cause de la neige)
Nous nous posons au bord de la rivière ou sur les hauteurs, ici et là, pour contempler ce décor de pays de cocagne qui s’étale sous nos yeux.
Nous respirons à plein poumons.

C’est beau.

种族隔离

Un avant-goût du désert à JiaYuGuan.
Comme son nom l’indique évidemment, JiaYuGuan se situe à l’embouchure ouest du corridor du Gansu.
C’était une base arrière Chinoise et la dynastie Ming, vers 1370 y avait construit un fort et une des branches occidentales de la Grande Muraille de Chine.
Nous nous accrochons à cette Route de la Soie et imaginer cette forteresse se dresser au milieu de ces étendues immenses s’enfonçant vers le désert de Gobi nous attire grandement.

Pour ne pas connaitre la même déconvenue qu’au lac de Chaka, on se renseigne sur ce qu’est devenu ce site historique.
Cette fois-ci, nous abdiquerons. Les commentaires sur l’état de restauration du fort, les boutiques de souvenirs, les attractions, le musée sans traduction et avec des répliques d’objets plus ou moins bien reproduites, le ticket dispendieux, … La muraille ressemblerait à un mur fraichement plâtré, et l’amusement a, encore une fois, été privilégié sur le côté culturel.
Tant mieux pour nous, nous allons nous reposer, travailler le blog et nous balader dans le désert environnant.

Les plaines caillouteuses et arides s’enfoncent à l’infini. Des grosses masses montagneuses se dressent et on aperçoit au loin le tronçon de la Grande Muraille, serpentant le long des flancs, cols et brèches de la montagne.

On se balade ainsi quelques heures, attirés par ces grands espaces.
Ici et là, se dressent quelques tombes, surement liées à la présence des nomades de ces plaines.

La ville n’a pas grand intérêt, mais l’absence de grandes tours et de ponts autoroutiers fait du bien.
Les gens nous font bon accueil, les bâtiments sont bas, quelques étages seulement, les ruelles larges et presque calmes, et une immense halle couverte, attenante au marché, accueille des dizaines de petits restaurants de nouilles et brochettes – chichlek. C’est très vivant.

À défaut de pouvoir voir ce vieux fort pluri-centenaire, on pourra bien manger.

Nouilles torsadées, poivrons et tomates marinées, poivre et oignons, baozi de pommes de terre, flan de tofu, chichlek d’agneau et de bœuf, nous savourons cette nourriture si différente de celle du Sud de la Chine.

Voilà, ce n’est qu’une étape.
Douze heures de train de nuit en « couché-dur » plus tard, nous arrivons à Urumqi, capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang – aussi appelé le Turkestan Oriental par les dissidents.

Le Xinjiang, textuellement la « nouvelle frontière », mériterait à lui seul un voyage de plusieurs semaines. Cette province grande comme 3 fois la France possède une histoire riche et une multitude de minorités (Hui, Kazakh, Mongol, Mandchou, Tadjik, Kirghiz, Xibe,…) dont la plus importante et connue, celle des Ouïghours.
Ces ethnies ont été au fur et à mesure assimilées par le rouleau compresseur Han.
(les Han n’étaient dans la région que 5% en 1950, ils sont désormais plus de 40% (46% pour les Ouïghours)).

Nous savions que cette région avait été fortement militarisée, policée, contrôlée depuis notre passage en octobre 2014, mais la réalité est triste à voir.
Dès notre sortie du train, un tri est fait pour passer les portiques de sécurité et scanner les papiers d’identité.
Parce que les Ouïghours ont des faciès plus proches des Turcs que des Chinois, ils sont facilement identifiables et c’est tout naturellement que les Chinois – probablement Han – passent tranquillement entre les mailles des contrôles, les Ouïghours quant à eux, sont systématiquement scannés/fouillés/photographiés.
Nous passons dans la troisième file, avec un contrôle approximatif d’un jeune militaire qui ne sait pas ce qu’il doit chercher, photographie le visa indien de Marion, la couverture du passeport de Brice et le tampon du Laos. Voila
Dans le train de nuit déjà, nous avions eu le droit à un contrôle de nos passeports/visa.
Et les deux flics de passer 20 min, sans peur du ridicule, à rechercher le mot de passe de l’application « scanner les papiers des loawai ».

Passer ces premiers contrôles nous déposons nos affaires à l’hôtel (après avoir passé le portique de sécurité en bonne et due forme) et partons en direction du Musée Régional du Xinjiang, gratuit et en anglais. re-ouais !
La première partie de l’exposition se focalise sur les richesses préhistoriques et historiques de la région.
Momies du désert, sculptures en tout genre,…

Dans une seconde exposition, le musée souligne la richesse culturelle de la région, des nombreuses ethnies peuplant ses montagnes, ses steppes, ses déserts.
Une large collection de vêtements traditionnels sont exposés, ainsi que des outils et instruments de musique ou de la vie quotidienne.

Il est compliqué de rattacher ce pays à la Chine telle que nous la connaissons tant elle en est distante et différente.
Urumqi est plus proche de Bagdad que de BeiJing. Les Ouïghours ont une langue turcophone et est transcrite en alphabet arabe.

Les physiques, les comportements, les us, la culture ancestrale, l’empathie, la musique, la langue… Rien n’est commun avec la culture chinoise… pourtant la colonisation Han impose désormais ses lampions rouges, sa langue, et ses préceptes incohérents pour assoir sa domination (n’y aurait-il pas encore une histoire de ressources minières là-dessous ?).

Notre passage par Urumqi est de courte durée mais déjà nous ressentons une présence policière lourde et intensive.

Pour rejoindre la gare, nous prenons un DiDi.
Notre chauffeur est Ouïghour, et peut-être était-ce un simple contrôle aléatoire, mais il se fait contrôler à un carrefour deux minutes après que nous soyons partis, tout comme deux autres chauffeurs… qui n’ont pas la « bonne tête ».
En arrivant à l’énorme complexe de la gare flambant neuf, rebelotte : contrôle des documents de notre chauffeur… puis des nôtres, et de nos bagages*.

Nous remontons dans un train « couché-dur » pour vingt heures de trajet à travers les plaines désertiques du Xinjiang.

Ces étendues infinies sont stupéfiantes.

Il y a 4 ans, nous arrivions à Kashgar par la route du Kirghizstan. Nous étions tellement contents de revoir, si loin de la Turquie ces faciès aux traits fins, bruns aux yeux plus ou moins clairs.
Ces papys aux barbes blanches, ce marché de nuit et ces ruelles animées.

Aujourd’hui, tous les commerces sont verrouillés par des grilles.
Les ruelles de la vieille ville sont bloquées à la circulation – comme à Urumqi – perdant encore un peu plus de vie locale.
Les déplacements sont grandement entravés.

On ne peut marcher 50 mètres sans rencontrer des sentinelles policières, casquées, vêtues de gilet pare-balles et armées de pique. Des contrôles de documents se font à tous les carrefours de la ville, aussi les trop nombreux policiers zélés procèdent à des contrôles au faciès sur les scooters évoluant le long des avenues.

Que ce soit dans les passages souterrains, les accès aux galeries commerciales, aux gares… les Ouïghours doivent montrer patte blanche … partout de longues queues stigmatisent la population ouïghoure.

En parallèle, des files sont réservées aux « touristes » – de facto les Han – qui, encore ici, ne se font que peu importuner et n’y portent apparemment, que peu d’attention.

Cette discrimination rabaisse de surcroit les populations locales – pourtant encore en majorité ! – et le souvenir amère de notre expérience en Palestine nous revient alors.

Des milices citoyennes déambulent dans les rues armées de bâtons soudés de clous d’acier ou des longues battes de bois.

Cela rappelle les périodes honteuses qui ont traversées l’Europe des années 30.
Un apartheid consensuel, un racisme officialisé, où des ethnies se trouvent surveillées (leurs téléphones sont constamment sur écoute, les foyers sont investis parfois pour plusieurs jours par des inspecteurs du Parti qui surveillent que les bonnes paroles soient diffusées) et les plus récalcitrants à la culture du dominant sont envoyés dans les officieux camp de rééducation où ils subissent sévices et privations pour revenir dans le droit chemin.

Tout ceci au nez et à la barbe de la communauté internationale qui ferme les yeux sous peine de se mettre la Grande Chine Populaire à dos (les inspecteurs de l’ONU n’ont pas autorisation de visiter la région du Tibet comme celle du XinJiang).

Sauf que cette fois-ci, nombre de policiers et miliciens sont recrutés parmi les populations locales (les armes à feu demeurant néanmoins portées par des non Ouïghours).
On imagine la crise identitaire que cela va donner… ou la disparition de la culture ouïghoure.

Le marché de nuit, si coloré et vivant il y a encore 4 ans a reçu un lifting chinois, de beaux stands tous identiques, bien rangés, servent de grandes tablés de touristes. La variété des mets n’est plus ce qu’elle était et alors que l’effervescence dominait cette place désordonnée il y a encore 4 ans, aujourd’hui à minuit~une heure (heure de BeiJing) tout est rangé.

Le hasard de nos pérégrinations nous ramène aux abords de la vraie vieille partie de la ville, celle aux ruelles poussiéreuses et aux maisons en pisé et que nous avions pu visiter lors de notre séjour précèdent.
Les maisons étaient alors progressivement détruites à mesure qu’elles étaient abandonnées.

Cette fois ci, il nous est désormais interdit de pénétrer cette zone – déjà amplement entamée – avec comme promesse que la ville sera prochainement « rénovée ». On sait donc à quoi s’attendre.

Autre hasard encore une fois, nos balades nous font découvrir le mausolée de Apak Hoja (et 72 autres membres de sa famille) et les deux mosquées attenantes, le tout datant de 1640.

Coup de chance, le site n’est que classé AA ce qui signifie :
– que le billet d’entrée est peu onéreux
– que de lourdes « restaurations » n’ont pas été entreprises et que les faïences et peinture sont encore d’époque
– qu’il n’y aura pas de balade à dos de chameau
– et peu de touristes

La porte en céramique bleue ouvre sur la mosquée d’hiver, belle ouvrage rappelant une réduction du palais Kakh-e Chehel Sotun d’Ispahan avec ses nombreux poteaux en bois sculpté.

La mosquée d’hiver, si elle est dans un moins bon état, possède quant à elle des poteaux tous différents car chacun ouvragés par un artisan différent.

Et enfin le mausolée trône en face d’une esplanade de rosiers, dans un jardin empli de sérénité et du chant des oiseaux. Les céramiques bleues et blanches aux motifs variés sont de guingois, celles ornant les colonnes et la coupole sont en camaïeu de vert et de jaune.

Ce site est une bouffée de fraicheur pour nous, nous ne nous attendions pas à une telle quiétude.

Notre retour nous conduit à traverser le marché tumultueux, encore la chasse gardée des Ouïghours et à achever notre chaude balade par un rafraichissant yaourt glacé servi par un papy peu loquace, mais habile du pic à glace.

‘* Le couteau suisse – offert par Vincent – aura eu plus de chance de le précédent – offert par Matthieu – qui n’avait pas réussi le test du rayon X.
Mais aujourd’hui, il est midi et la fille qui contrôle le tapis à faim et se gratte l’œil !

‘** Mais que sont ces deux bâtiments, ultra sécurisés, avec deux ranges des fils barbelés, et des barreaux au fenêtres ?
Sont-ce des prisons ?
Et non ! Une crèche et une école primaire !

Beurre salé

Le temps presse, le planning que nous nous étions donnés pour traverser le Sichuan puis le QingHai avant de prendre notre temps dans le XinJiang est compromis.

Il n’en demeure pas moins que le besoin de grands espaces des plateaux tibétains nous titille.
Nous décidons de faire un rapide crochet par XiNing, la Capitale du QingHai pour se faire une dose de tout ça.

La ville est un mélange de Han, de Tibétains, et beaucoup, beaucoup de Hui (donc musulmans). Encore plus de cht-chr-cht-chr dans le mandarin et ce n’est pas facile quand il faut négocier une chambre au crépuscule.

D’autant qu’en nous enfonçant dans l’Ouest nous découvrons que plus encore qu’il y a quatre années, il est compliqué de trouver des auberges qui accueillent les laowai. Les vérifications de sécurité sont de plus en plus contraignantes (pour les voyageurs comme pour l’hébergeur). Aussi nous trouvons enfin une chambre pour nous héberger les 3 prochaines nuits – chez la pote du mec qui n’avait pas de chambre dispo, dans une tour de 27 étages, à la peinture défraichie.

Bien que les jours se soient allongés, les températures sont fraiches. Cette fois-ci le mercure tombe sous la barre des 10°C la nuit (nous sommes encore en Été ?) et l’odeur du charbon fait son retour dans les bicoques de fortune et les bouis-bouis.
C’est amusant comme l’odeur du charbon minéral, pourtant loin d’être subtile, nous raccroche à des souvenirs d’Asie Centrale et nous conforte dans l’idée que nous allons dans la bonne direction.

Comme toute grande ville chinoise qui se respecte, XiNing est trop grande et démesurée.
Et sachant que nous voulons aller nous balader dans les environs et via la gare de train, nous restons dans ce quartier sans charme, aux escaliers et passages souterrains trop nombreux, trop longs, vides et mal éclairés.

Nous sommes à quelques 2400m d’altitude, et chaque volée d’escaliers nous essouffle.
Nous sommes partis depuis une petite semaine seulement de GuangZhou, et sommes loin d’être sevrés du riz… il nous a été très difficile de trouver un restaurant qui faisait autre chose que des nouilles.
C’est aussi le retour du pain. De gros pain tout rond !

Ça y est, nous sommes dans le Nord, nous nous éloignons petit à petit.

En marche pour la cure de « Tibet » : nous partons visiter un temple tibétain non loin de XiNing.
Après avoir fait quelques allers-retours entre la gare routière, la gare de train et celle des bus, nous arrivons à acheter notre ticket pour la ville de HuangZhong et le temple Ta’Er Si/Kumbum (et oui, selon qu’on le dit en chinois, ou en tibétain).
On s’était promis de ne plus rien visiter les jours de week-end et spécialement les dimanches. Il y a beaucoup trop de monde, de selfie-sticks, de manteaux fluos et de mégaphones…
Mais manque de bol, aujourd’hui c’est dimanche.
Et malgré la petite bruine qui s’abat sur nos fronts, nous ne sommes pas seuls.
Passée la contrariété – et de la météo (ça caille : il fait 11°C !), et du monde, et du ticket cher – nous arpentons tranquillement ce monastère vieux de plusieurs centaines d’années.
Aparté : Construit en 1577, il fait parti des 5 grands temples du bouddhisme tibétain et lieu de naissance de la secte des Gelupa / les chapeaux jaunes.




Contrairement à d’autres temples visités auparavant, les peintures sont d’origine – ou presque. Les murs sont craquelés, les couleurs patinées. L’usage a poli les rampes et les massives poignées en bois, les carreaux de terre cuite de fabrication artisanale sont d’un riche camaïeu de vert.


Certains temples ont été construits autour de patio, dont les arbres occupent aujourd’hui la cour intérieure. Les fumées des encens ajoutent au mysticisme, les drapeaux colorés contrastent avec les bois pourpres ternis par le temps, et les fidèles tournent et tournent dans une odeur de beurre de yak qui se consume perpétuellement.


Nous nous mettons dans un coin pour quitter le brouhaha et les éclats de voix des touristes venus en nombre, et nos observons cette curieuse ritournelle / liturgie.
Devant la porte grande ouverte, aux pieds de la Stupa géante plaquée d’or rutilant, face aux reliques du « je-ne-sais-plus-quel-Dalai-Lama », les disciples répètent inlassablement leur prières et prosternations, s’allongeant de tout leur corps sur de fin matelas, les mains reposant sur de petites serviettes qui polissent le bois du sol à mesure du va-et-vient inlassable des fidèles.
Même les vieux se lèvent et se couchent sans montrer signe de fatigue.

On passe par le temple qui abritent les sculptures en beurre de yak. Fabriquées pour un festival annuel, ces sculptures sont normalement brulées pour la célébration.
Les photos sont interdites, mais voilà à quoi ça ressemble. (le tout est bien sûr conservé dans de gigantesques frigidaires)

Et dire que tout ça, c’est du beurre. Damien, notre ancien collègue, nous soutiendrait certainement que cela prouve que les Tibétains auraient de gènes bretons ?

Nous slalomons entre les groupes guidés par des drapeaux, et nous frayons un chemin plus au calme, pour nous imprégner du lieu.
La pluie s’est arrêtée, le ciel s’est éclairci, les couleurs se ravivent.
Les fidèles continuent de tourner, certains nous saluent à chaque passage, et on s’étonne de les voir toujours en mouvement lorsque nous repassons une demi-heure plus tard.

Ce passage à travers l’univers tibétain nous fait du bien. Les souvenirs sont nombreux, les idées de voyages futurs se créent, on se raconte tout ça.
Avant de rentrer en « ville », nous engloutissons un énorme plat de nouilles et un gros yaourt au lait de yak.

Car la contribution des Tibétains ne se limite pas qu’à des aspects religieux, le peuple aux joues rougeaudes a une culture des produits laitiers, et dans le vieux quartier de XiNing, nous tomberons parfois sur des étals de mottes de beurre de yak (quand on disait qu’il fait frais !). L’occasion de quelques photos et d’échanger avec les gens.

Notre balade urbaine nous entraine aussi dans un temple bouddhiste, zen cette fois-ci.
Il surplombe la ville, il n’y a plus autant de fidèles, mais une litanie de prières dans les haut-parleurs qui offre sérénité.







Enfin, la grande mosquée de XiNing (l’ancienne en pur style Chinois, la nouvelle sur une architecture de style turc)

et le quartier musulman et ses étroites rues animées de fin de journée.





Notre envie de steppe nous conduit à embarquer très tôt pour le lac de Chaka.
Le trajet est magnifique. L’assis-dur nous transporte à travers des landes désertes, de pâtures et d’herbes rases.
Le bétail y vit en semi-liberté. Tantôt des troupeaux de moutons, tantôt des yaks ou des chevaux. (y compris un de chameaux !)
Les rares tentes des nomades, ponctuent de blanc ce paysage d’un vert infini, que seul le lac du QingHai vient troubler et lier au ciel.









4 heures de trajet enchanteur sans traverser aucun centre urbain. Pas de doute, la Chine peut définitivement être belle à qui sait chercher.

Et puis… et puis nous arrivons au lac de Chaka. Un lac de sel devenu désormais un nouveau parc d’attraction comme le tourisme du pays à l’habitude de proposer.
Un ticket onéreux pour perdre l’accès à la nature, des statues de sel, un petit train touristique – dont les locomotives anachroniques jurent avec l’environnement, une musique de propagande abrutissante diffusée tout au long des 3km de voie ferrée qui traverse en partie le lac, et des touristes qui se prennent en photos dans le sel, les chinoises qui s’achètent une robe rouge (parce qu’« on » leur a dit que c’est mieux pour les photos).









Tout cela dénué de toute explication sur le lieu, pourquoi il y a du sel ici, les vies et techniques de saulniers…
En Chine, la plupart des touristes ne sont pas curieux*.
Et puis pourquoi pas aussi rajouter çà et là des grosses bouées rouges, jaunes et bleues dans le lac ? et des blocs prises pour recharger les portables…

Bref… un idée différente du concept de sérénité.
… mais une bonne étude sociétale.

Il faut dire que nous ne nous étions que peu renseigné sur le site, et la période la plus propice à la visite.
Aussi, le lac étant encore inondé, nous étions tous contraints de suivre la voie ferrée.

Mais peut-être en était-il mieux ainsi, le temps est clément, nous prenons bien le temps de bruler sous le soleil, et arrivons tant bien que mal à nous focaliser sur l’immensité du lac, et le paysage sans limite.
Nous sommes désormais à plus de 3000 mètres d’altitude et il est toujours étonnant de constater que dans ce pays, à cette altitude, nous ne sommes entourés que de vastes plaines, alors qu’en Europe, le relief serait déjà très accidenté.
Le ciel se découvre et les nuages et le bleu azur se reflètent dans les eaux calmes du lac.








Et puis le train nous permet de nous affranchir des hordes de bus qui rentrent à la ville.

Nous ne nous lassons pas de regarder le paysage sans fin défiler par la fenêtre.
C’est beau c’est beau c’est beau…








À refaire, plus longuement, autrement, en marge des sites connus avec plus de liberté… et moins de bruit.
On y réfléchit.

 

 

‘* Que ce soit à KaiPing, Xi’An, les temples ou autres lieux touristiques visités, il est très rare de pouvoir obtenir une information, en anglais tout d’abord, et de qualité – si ce n’est quand les sites sont classés mondialement (et encore, on s’amuse en imaginant la galère du représentant de l’UNESCO qui doit corriger tout ça).
Le laïus se concentre sur «  La tour fait 14,92 m de haut, elle a une surface au sol de 124,32m²… elle a été construite sous la dynastie Song (960-1279 AD)… on retrouve 45 grands disques de jade de 78,14 cm de diamètre, plus 4 petits de 52,73 cm et un draps brodé »… et ? une explication du pourquoi ? du comment ?

Nouilles et Bouddha

Malgré le départ aux aurores, quitter Guangzhou nous fait beaucoup de bien.
Ça y est : nous nous mettons en mouvement.
Enfin : nous quittons la Chine de la côte qui nous étouffe.

Le retard dû à l’obtention du visa pour le Pakistan nous impose un « saut de puce » pour nous « dépêcher ».
Et s’il était nécessaire de le rappeler, ce pays est immense*.

Aussi, une fois n’est pas coutume, c’est à bord d’un avion que nous embarquons afin de rejoindre la ville de LanZhou, située à quelques 2000 kilomètres plein Nord.

En effet, le mois de Septembre s’entame, notre visa de résidence/et permis de travail chinois expire bientôt, et surtout l’hiver arrive.
3h30 de vol plus tard, nous débarquons à LanZhou, dans le Gansu, en plein milieu de la Chine.

Du fait de sa topographie, coincée entre le plateau tibétain et le désert de Mongolie, la corridor du Gansu, a contraint les différentes branches de la Route de la Soie à se mêler avant de rejoindre Xi’An, BeiJing ou le Sud de la Chine à L’Est, et Téhéran, le Caucase, ou le sous-continent indien à l’Ouest.

Il a ainsi été, depuis plusieurs centaines d’années, une région de passage où nombre de populations et ethnies se sont croisées.
Les guerres claniques entre tribus barbares (avant l’unification de la Chine) puis les échanges commerciaux par la suite, ont fait transiter de nombreuses peuplades transportant denrées et matériaux, et emportant savoir-faire techniques, religions et cultures.
Cela fait aujourd’hui du Gansu une région riche pour qui aime culture et histoire.

Ici, le nombre de mosquée dans la ville est impressionnant. Les Hui de confession musulmane, côtoient les Han qui côtoient les Tibétains.
Les facies ont changés, les peaux sont bronzées, les yeux clairs sont plus ouverts et les mentons des papys barbus.
On parle une langue faite de tch-rch-tch-rch (comme si « on parlait à l’envers »)… et on nous félicite de notre petit mandarin.
Ici, on ne mange plus de riz, le porc a laissée place au bœuf.
Le plat typique ce sont les 牛肉面 (niu rou mian) des nouilles préparées minutes, étirées à la main, et servies dans un bouillon avec du bœuf).




Il y a moins de monde, on est moins oppressés par la densité de la Chine côtière, et cela se ressent dans les comportements de tous les jours. La barbe de Brice ne fait plus peur aux mioches qui comme le reste de la population sont pleins de sympathie et nous sourit.
On ne nous NiHao plus, on nous Salamaleikoum.
On se sent déjà en voyage.
Ah, ça fait du bien !

LanZhou a très peu d’intérêt. S’étirant sur ce nombreux kilomètres et coincée au creux d’une vallée, la ville est aujourd’hui un pôle industriel en Chine Centrale.
Comme souvent, l’architecture du moment se résume à des alignements de hautes tours « Ctrl+C / Ctrl-V », et on construit en toute hâte les lignes de métro dont le chantier rende le trafic chaotique.

Les berges de la Rivière Jaune sont plus sereines.
Le fleuve doit tenir sa dénomination de son eau marron, riche en alluvions et sédiments.

Des papys et mamies jouent de l’harmonica, chante ou danse. Les gens se baladent, on retrouve çà et là des vendeurs de fruits secs ou de melon pour ôter la soif des flâneurs.
Pourtant, pour les Cantonnais que nous sommes, l’air ici est sec, il fait bon. Les promenades ne se font plus sous une chaleur suffocante.

Au détour d’une des boucles boueuses du puissant fleuve, se dresse un temple.
Il est loin d’être le plus beau du Gansu, mais il nous offre une perspective sur le bandeau urbain de la Capitale régionale.


À 1500m d’altitude, grimper ses escaliers nous demande du souffle (ou serait-ce les kilogrammes accumulés au cours des deux dernières années ?)

Si le voyageur vient à faire étape à Lanzhou, il se doit néanmoins de faire halte au Musée Provincial.
Il regroupe une collection impressionnante d’artefacts liés à la Route de la Soie. – Oh joie, de la culture ! – gratuite et en anglais – c’est fou !


Les fouilles archéologiques ont mises au jour une multitude d’objets de différentes époques. C’est riche et étonnant de voir de vieux corans et tantra bouddhique, des vases en terre cuite, des objets en cuivre (comme ce fameux cheval galopant vieux de plus de 2000ans – symbole à lui seul de la richesse archéologique de la zone), des morceaux de soie et des broderies. On sent la richesse de cette région carrefour des civilisations, et le va-et-vient des caravanes.


Petit à petit, on se replonge dans ces grandes traversées de marchands aux long cours.

Arrivé des Indes au cours du Ier siècle de notre Ère sous la dynastie Han, le bouddhisme s’est progressivement établi dans la région, initiant nombres de fidèles, et apportant temples et Bouddhas sculptés.

Il y a 4 ans, nous avions découvert avec surprise les magnifiques grottes de Mogao, dans l’Ouest de la région. À l’époque nous avions été conquis par l’état de conservation des peintures et sculpture d’époque.
Mais les abords de LanZhou possèdent aussi des trésors bouddhiques du même type.

C’est ainsi qu’après deux heures de bus, nous voilà partis pour une heure de traversée en bateau.
Ici, la Rivière Jaune a pris ses aises et mesure quelques kilomètres de large.
Un barrage a été installé en aval, le réservoir artificiel a inondé une partie de la vallée – manquant d’inonder les grottes de BingLing Si.
Creusées à flanc de falaises, des centaines de cavités peintes et décorées abritent des représentations de Bouddha et ses disciples.














Certaines datent du Vème ou VIème siècle et on aperçoit encore les décors peints, les coiffes colorées et les motifs des habits.
Les Bouddhas sculptés en torchis, bois et branchages sont d’une telle finesse que l’on peut encore apercevoir le plissement des yeux, les traits des lèvres et les reliefs des vêtements.
Un peu plus en amont, un Bouddha de 27m de haut, appuyé sur la falaise en position assise garde l’accès au val qui lui fait face.





Le rapport d’échelle donné par la passerelle qui le surplombe donne une idée du travail colossal qu’à dû être sa construction… notamment dans une zone si difficile d’accès.

Le site se situe en effet dans un des méandres de la Rivière Jaune, le fleuve et les falaises se marient dans des tons ocre, brique et chocolat, alors que le vert de la végétation recouvre partiellement les pans arides des montagnes.
Le ciel est bas aujourd’hui, mais le paysage autour de nous est plein de sérénité.




C’est beau et paisible, d’autant que nous avons eu le nez creux en nous levant tôt pour éviter la foule.

Séduits par ces grottes, nous ne voulons pas en rester là.
Cela tombe bien puisqu’on nous a parlé d’un site tout aussi spectaculaire à quelques deux heures de train vers l’Est.

Le lendemain, nous partons donc pour la ville de TianShui pour poursuivre notre exploration de grottes bouddhiques à MaiJiShan.
Installées autour de cette montagne-champignon, ce sont plus de 200 cavités et 7800 sculptures qui sont reparties sur le flanc d’une falaise de quelques centaines de mètres de haut.




Une solide – mais vertigineuse – passerelle permet de faire le tour et de contempler ces trésors datant du IIIème-Vème siècle.
Que c’est beau !
Les couleurs des pigments sont encore présents, les visages des Bodhisattva souriants et protecteurs, leurs yeux nous observent. On remarquera que les faciès sont variés, certainement dues aux différentes ethnies ayant traversé la région.
Les vêtements sont riches de motifs issus des courants indiens et perses. Tout comme les murs qui se parent de peintures décoratives.
On ne s’en lasse pas.




















Chaque grotte est une découverte et un émerveillement.
Une prouesse d’escalade – à l’époque comme encore aujourd’hui – et de tant de dévotion pour s’affairer à un tel travail.

Quand le temps s’éclaircit, on découvre que la végétation est bien différente de celle à laquelle nous étions habitués dans le Sud.
Les conifères et les fleurs sauvages remplacent bananiers et plantes vivaces – on croisera même la route d’un blaireau à l’orée d’un sous-bois.
Les trajets en train nous offre des paysages de plaines de glaise et vallées sculptées par des rivieres et dégradé vert émeraude.