Karakorum sans Alcool

Le Karakokoi ?

La chaine du Karakorum (ou Karakoram, l’orthographe varie) est la chaine de montagnes qui traverse le nord du Pakistan, contrefort de l’Himalaya.

Sacré contrefort puisqu’il concentre nombre des grands sommets de notre planète, notamment quatre d’entre eux dépassant le pallier des 8000m (dont le K2) et qui bordent le plus long glacier du monde.
Avec lui plus de 8 glaciers de plus de 50km de long qui représentent une réserve d’eau douce vitale pour les régions arides en aval (on comprend encore pourquoi Inde et Pakistan se disputent ces régions stratégiques).

Ces glaciers abreuvent le fleuve Indus dont la vallée désertique délimite Karakorum et Himalaya.

C’est dans ce cadre qu’évolue la route du Karakorum (ou la Karakorum Highway, la KKH), ancienne route de la Soie reliant l’Ouest de la Chine et débouchant sur la mer d’Arabie.

Lors de nos recherches précédant notre demande de visa, nous sommes tombés sur le site de Karakoram Bikers, et nous offrir deux semaines de rando’ moto dans ces paysages oniriques nous a semblé être une excellente option pour vivre cette région à 360° et en prendre plein les mirettes.
(on avait de toute façon besoin de réserver, via un tour operator, afin d’obtenir cette précieuse Lettre d’Invitation)

Cela doit faire huit ans que nous n’avions pas participé à un tour et nous avons peur que notre liberté en soit entravée. Cependant, nous nous disons que ça va nous faire du bien de nous laisser porter un tantinet et que nous l’avons bien mérité. Des vacances quoi !

C’est ainsi que le lundi 17 septembre, après deux autostops et un minivan bondé roulant à tombeaux ouverts, nous arrivons à Gilgit et faisons la connaissance de nos compagnons de voyage pour les deux prochaines semaines.

Hugo est Portugais, Tahir et Ashfaq sont Canadiens d’origine pakistanaise, tous trois sont très bons motards (les deux derniers faisant notamment des courses en circuit).
Notre guide Hashaam est assisté de Touqeer, en « stage » photographie et Wilayat le chauffeur de la « voiture balais ».
Et enfin, non des moindres, LEO et LEX, nos deux montures (des Suzuki GS 150) qui nous accompagneront tant bien que mal sur les routes tortueuses et défoncées de la région du Gilgit-Baltistan.

C’est dans la circulation chaotique de la ville de Gilgit et de ses abords que nous faisons pleinement connaissance.
L’occasion pour tous de prendre nos marques avec la boite de vitesses inversée, les freins à tambours et les roues de bicyclette. Occasion aussi de déguster des kebab, des bons sabji accompagnés de nan ou chapati délicieux et de déambuler dans les rues du bazar.







Alors que le soleil est à peine levé, nous prenons la route, plein nord.

Départ aux aurores pour éviter les routes bloquées par les festivités d’Achoura (en effet, la région étant à moitié chiites, cette célébration dure plusieurs jours pendant lesquels la circulation est bloquée), pour nous replonger les magnifiques paysages.

Avantage d’avoir notre propre moyen de locomotion, nous prenons le temps de nous arrêter en chemin.
Ce jour-là, la vue est pleinement dégagée sur Rakaposhi, le sommet qui domine la région de Hunza et la vallée de Nagar.

Son imposante face enneigée d’une verticalité déconcertante se détache au-dessus des contreforts asséchés le soutenant et lui donne son air souverain.
Petit dej’ en lui faisant face, les rayons du soleil pour réchauffer nos corps endoloris par cette froide matinée, et un chai qui va bien. Ces vacances commencent bien.

Nos pérégrinations nous mènent à l’ancienne capitale du royaume de Hunza, pour aller voir les forts d’Altit et Baltit.




Nous ne nous attendions pas du tout à visiter de telles architectures. Les portes sont décorées, les bois sculptés et scrupuleusement assemblés, balcons, persiennes aux fenêtres, et vue incroyable sur la vallée.


Devant ces structures en bois apparentes et torchis blanchi à la chaux, cette architecture n’est pas sans rappeler le Potala à Lhassa – les Tibétains aurait un temps eu une influence dans la région.
Ces forts étaient à l’époque prévu pour protéger les habitants de la vallée de Hunza contre ceux de la vallée de Nagar lui faisant face.




Surplombant la rivière et la Karakorum Highway de plusieurs centaines de mètres, le point de vue de l’Eagle nest embrasse toute la vallée d’Hunza.

Les deux anciens royaumes sur leurs plateaux se font faces, et le vert des champs fertiles et des forêts contraste avec le bleu laiteux des eaux de la rivière, les pentes arides des montagnes et les cimes enneigées du massif de Rakaposhi.

À la sortie d’un long tunnel noir, les eaux turquoise du lac Attabad s’invitent devant nous.

L’existence de ce lac est due à un important glissement de terrain qui fit grimper le niveau des eaux glacières au premier semestre 2010…
Des villages et les routes ont par conséquent été engloutis, coupant cinq années durant les habitants du reste de la vallée à Gilgit. Avant le percement des nombreux tunnels par les Chinois, les véhicules devaient alors traverser sur des embarcations qui promènent désormais les touristes.






Un tour sur le lac en large barque colorée, nous savourons notre statut privilégié de ce nouveau petit groupe de motards que nous sommes, avant de reprendre la sinueuse route qui nous mène, de nouveau, à Passu
ahhh… Passu.
Nous sommes contents de retrouver ce mini village et ces Cônes, on a presque l’impression de revenir à la maison.






Nous nous arrêtons au pont de Husseini, qui depuis le rivage, reste toujours aussi impressionnant.

Nos copains de route se lancent sur les planches de bois, avec la même appréhension que nous quelques jours plus tôt.
Assis sur le côté, nous contemplons, encore une fois, ces magnifiques montagnes qui nous font face.
Aujourd’hui le temps est au beau fixe, et la magie opère toujours autant.

Nos montures nous emmènent le long d’une abrupte piste caillouteuse pour rejoindre le chemin qui nous guide au glacier de Passu – celui que nous avions loupé lors de notre premier séjour à Passu. Notre premier off road, épingle à cheveux en devers, caillasse et poussière-sur-ravin. À ce moment-là, on ne savait pas encore que nous passerions 70% de nos futurs trajets sur des routes similaires.

Pas si simple cette nouvelle expérience de conduite, mais c’est avec beaucoup de plaisir que nous découvrons ce glacier et la vue qui s’offre devant nous.


Ces premiers jours vont nous permettent de prendre nos repères, de comprendre comment ce voyage à moto s’organise, comment notre groupe se gère et les compromis qu’il faut faire également.
Mais on réalise aussi qu’être à moto nous permet d’être encore plus « dans » le paysage. On ressent mieux les échelles, les longueurs et les distances.
Les ombres des montagnes nous refroidissent, tout comme le soleil nous réchauffe.
Le vent complexifie les trajectoires et les pauses-photos-pipi sont simplifiées.





Notre itinéraire nous fait prendre la route qui mène au col du Khunjerab.
Les vallées grandioses et les montagnes immenses se resserrent pour former des gorges où le soleil peine à diffuser ses chauds rayons.


Le bitume de la route est grelé d’éclats d’asphalte dus à la chute de rochers jonchant parfois encore la chaussée. Nous embrassons le paysage, ces montagnes nous impressionnent.
Le départ matinal nous a fait enfiler toutes nos épaisseurs et c’est tant mieux.

Car la neige a commencé à recouvrir les bords de la route, qui monte en étroits lacets longeant la montagne.

Certains font la course et sortent fesses et genoux, d’autres ouvrent grands les yeux, chaque courbe est un émerveillement.
Les couleurs sont différentes, le ciel est bleu, tellement bleu, il fait froid et ce vent glacial des sommets nous congèlent les doigts.
Mais on y va. Nous sommes lancés, malgré ce petit pincement au cœur, on ne retourne pas en Chine, hein ? LEO et LEX s’en sortent dans la montée, malgré leur moteur anémique et quelques toussotements et essoufflement dus au manque d’oxygène.
La plage d’utilisation du moteur est restreinte à 5000/7500 tr/min à mesure que nous rejoignons les 4700m du col.
C’est alors que cet imposant plateau se déploie devant nous.


Poudrés de neige, les alpages dorés par le soleil d’été observés dix jours plus tôt disparaissent partiellement sous ces lourds flocons.
Les drapeaux rouges flottent le long des barrières, tandis que l’imposante porte d’entrée en République populaire de Chine, habillée des plaques grises typique des bâtiments gouvernementaux, trône dans ce paysage majestueux.








Nous sommes haut, nous respirons à plein poumons et savourons une nouvelle fois, ce passage sur un des toit du monde, avant de redescendre – côté pakistanais, ouf ! – à Sost (pour y revoir Karim et Liaquat) puis Passu pour la nuit et notre hôtel « de luxe » avec eau chaude.






Notre passage par Ghulkin sera de courte durée, (les envies de séjour à la campagne n’étant pas partagée – les inconvénients du voyage en groupe). Mais le temps de quelques heures, nous profitons de la quiétude de ce village pour nous balader à travers champs, cultures, vergers et plantations.





Quelques pommes et abricots secs offerts avec toujours autant de gentillesse, un repas comme à la maison, chai et petite sieste ou balade digestive. Ça fatigue la moto !

Après un ajustement du guidon de LEX et un regonflage de pneu de LEO, nous bifurquons vers la vallée de Nagar, dont les verts plateaux contrastent avec la sècheresse et rudesse des montagnes.
Encore une fois, la route a perdu son bitume.


Cailloux, poussières, nids de poules sont au programme. Du haut de la falaise, LEX et LEO assurent, Marion a le vertige et Brice se découvre une nouvelle passion pour le cross.


Les traversées des villages sont parfois épiques. Entre les vaches endormies, les chèvres et moutons indécis, les dos d’ânes invisibles, les tracteurs qui reculent et les enfants qui veulent nous taper dans les mains au passage de notre cavalerie, nous roulons à douce allure, saluant de notre tête casquée les habitants.

La route qui mène sur le haut de Hoper est bordée de pieds de cannabis. Des plans partout, qui, apparemment, servent à la médecine…

C’est en arrivant tout en haut, que nous découvrons ce nouveau glacier, qui semble disparaitre dans les lointaines montagnes.


Quelques craquements de sa part pour nous rappeler qu’il est toujours en mouvement, les choucas qui semblent flotter et jouer avec les courants d’air, et nos yeux émerveillés pour contempler ce paysage grandiose, encore une fois.

Après quelques jours et plusieurs centaines de kilomètres, la boucle dans la vallée de Hunza se termine et nous ramène à Gilgit le temps d’une soirée.
Demain, une longue et difficile route nous attend. Enfin… Route est bien grand mot.

8 thoughts on “Karakorum sans Alcool

  1. En quoi la boite de vitesse est inversée (tu appuies sur la pédale pour monter les rapports) ? Les paysages sont toujours aussi majestueux et magnifiques. J’ai un faible pour les variations de bleu du lac et des cours d’eau

    1. Salut Reeback,
      La montée des vitesses de fait intégralement en appuyant vers le bas, et on retrograde en relevant le levier (en appuyant sur le levier postérieure de la bascule de sélecteur) comme c’est le cas sur nombre de motos bas de gammes manuelles ou semi automatique en Asie.

      1. èh éh, comment ça, bas de gamme ? Comment tu parles de ma moto toi !!? Un peu de respect, non mais. Impoli !!

        D’ailleurs je ne sais pas pourquoi mais je croyais que vous aviez des plus grosses motos. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à notre Yamaha (125cc, non ?). Ca donne envie de faire la course ;-))

  2. Le KarakorouMmmm.
    Un nom qui évoque bien des choses, et d’après les photos de cette ptite balade en motocycle, ces reliefs font honneur à leur réputation !

    En tout la classe de passer plusieurs fois au même endroit au Pakistan du Nord :).
    Vos potes ont du haluciner quand vous avez lacher :  » Passu ? Ouai jconnais… Le pont suspendu là bas ? Jconnais aussi… »

Ça vous inspire?