Les poulets de Bangkok

Le taxi s’éloigne, on est plus que 3, Perrine ne part que le surlendemain.

C’est alors que Brice s’écrit : Merde, mon sac !
Marion est encore pleine d’émotions (ce qui se caractérise par une forte sudation oculaire), quand on se rend compte que Brice a oublié son sac à la terrasse de l’hôtel, 15 m. derrière.
Et on s’est éloigné 4 min. pour dire au revoir.
Mais non, la besace n’est plus là.

On appelle ça un ascenseur émotionnel. En 3 secondes, le cœur se contracte, et comme des bulles qui remontent à la surface, ça donne Ok, on ne panique pas, un appareil photo ça se rachète, ok pas grave… ok, le passeport, Brice en a un second, faut juste le faire tamponner, ça va aller… ça va aller… ok, nos cartes bleues… Marion les a aussi… on va faire opposition… ok ok… ah oui, mais le visa du Myanmar… moins ok… ah et puis celui de l’Inde …. moins ok aussi… d’autant qu’avec le visa du Bangladesh sur le second passeport, ça risque d’être coton pfff… dans quel ordre prendre les choses… euh… pfff… ahhhh… angoisse….ambassade… police… banque… On réfléchit vite, au risque de s’emballer.
On demande autour de nous, à la réception de l’hôtel (situé à 3 mètres de la petite table en terrasse elle-même situé au pied de la rue), à la fille de notre café au lait du matin, le type de la sécurité d’à côté, et rapidement – trop sympas les gens ici – un petit attroupement se forme, et viennent à notre aide. Non, personne n’a rien vu.

Perrine remonte la rue au cas où, pour voir, si, le sac n’aurait pas été abandonné…
Quelques 15 minutes ont déjà passé.
C’est alors qu’un ouvrier travaillant dans la venelle adjacente rapporte le sac. Il a entendu un truc tombé. Quelqu’un vient de le jeter par une des fenêtres de l’hôtel. Il a le passeport de Brice à la main (pour identifier à qui était le sac), on est soulagés, on le remercie, on le wai.
On regarde si tout est là. Passeport, cartes bancaires, papiers, appareil photo. Il nous manque 70$, heureusement que Brice n’avait pas plus de sous dans son sac.
Et puis l’appareil photo est cassé. Le boitier est partiellement fendu et déformé.
Premier test, il semble qu’il fonctionne encore.

On se rassure rapidement. C’est fou !
Et puis, on discute entre nous, la réceptionniste nous explique qu’il y a un réseau de vidéo-surveillance, mais qu’elle ne sait pas l’ouvrir.
On décide d’aller tous les 3 voir les flics (Perrine nous souligne que c’est aussi ça la bourlingue). Il manque des sous, mais ça pourrait surtout être utile pour l’assurance pour l’appareil photo, peut être… et puis faisons confiance à la justice.

Direction le commissariat, Brice y fait sa déposition, puis on nous emmène dans un autre bureau. Des inspecteurs vont immédiatement prendre le relai et aller faire un tour à l’hôtel (efficace la police à Bangkok !).
On se retrouve tous les 3, assis sur les mobylettes derrière 3 inspecteurs, ils ont la classe nos Starsky et Hutch nourris au pad thaï. Le seul flic anglophone de l’équipe, une fois changé en civil, arrive en VTT, tong et short à l’hôtel.
Le proprio de l’hôtel nous emmène visualiser, avec les inspecteurs, les caméras de vidéosurveillance. Quelle heure ? avant ? après ? c’est vous qu’on voit là ? avance un peu ? encore ? STOP ! Là. C’est mon sac. Change d’angle. Et ce mec, oui, il prend mon sac. On est dans l’enquête, on se croirait dans Engrenages.
Arrêt sur image, les inspecteurs prennent l’écran en photo, une fois, deux fois, et l’envoi à celui qui est resté en bas.
3min. après, ils reçoivent un coup de fil. Le suspect sort de l’hôtel, il sort de l’hôtel.
Ils descendent et partent, en scooter, l’intercepter.

On se retrouve donc rapidement devant ce monsieur, un français…. (fait ch***). Il ne parle pas bien anglais, donc Brice doit traduire ce que le policier lui dit.
Une personne, qui vous ressemble, aurait pris ce sac… Sur les caméras, on voit cette personne, qui vous ressemble, ressortir de l’hôtel sans le sac. Mais on a retrouvé le sac, dehors, jeté par une fenêtre… etc…
Nous allons devoir allez vérifier votre chambre, et voir si nous trouvons le t-shirt, que la personne qui vous ressemble, portait aux moments des faits…
Si cela s’avère être vous, vous risquez un procès, un retour en France immédiat, votre ambassade sera au courant et une interdiction à vie de séjour en Thaïlande…
Donc nous, on traduit à la lettre… étrange situation.
Le mec essaye de s’expliquer, s’embrouille et s’emmêle les pinceaux dans ses mensonges.
– Mais je l’ai monté chez moi pour vérifier à qui ça appartenait, puis après je l’ai juste remis à sa place ! – à sa place sur la chaise ? – nan, je sais plus, je l’ai laissé tomber au milieu de la cour…  Finalement quand on lui explique qu’il y a tout sur les bandes, il admet en français avoir volé le sac, piquer les sous, et jeter le sac par la fenêtre.
Ce qu’on retraduit, dans l’autre sens, à l’inspecteur.

Retour au commissariat, le voleur, Brice et l’équipe de police. Et s’engage des explications.
Le commissaire, grand mec baraqué, explique les conséquences d’un procès à « notre » voleur, et prend Brice à part.
Bon, voilà : on peut envoyer le mec devant la cour, mais ça nous fait beaucoup de boulot, il vous faudra revenir pour témoigner, mais vous pouvez réparer ça à l’amiable, c’est cool aussi, on sera témoin. Mais la décision revient entièrement à Brice.
De retour devant l’assemblée, Brice fait un superbe plaidoyer pour défendre le mécréant.
Que voler 70$ ou 10000$ ça reste du vol, c’est pas bien, mais que la sanction est importante, et puis que ce n’est pas un si mauvais bougre, il a juste pas eu l’intelligence de penser aux dégâts en jetant le sac par la fenêtre…
Puis, négociation entre compatriotes (refait ch***), et compromis : 400€ et on efface l’affaire… mais « notre » brigand veut être sûr que tout sera cleared.
On est d’accord, ça arrange tout le monde, et ça fera un morceau d’appareil photo (et nous rend bien sûr les 70$).
Retour des policiers à l’hôtel, pour ramener le pauvre frère de ce mec. C’est lui qui doit payer. L’autre n’a pas les sous. Et ils sont, tous les deux, mis à la porte de l’hôtel avec tous leurs bagages sur le dos.
Dommage pour son frangin, bien fâché contre son délinquant de frère.
Photo devant témoin de la compensation financière rendue et on est tous « libérés ».

En 4h, l’affaire est réglée. En France, ils auraient pris la déposition et basta. Ça a le mérite d’être efficace, quoique assez impressionnant.
On reste fâchés de se dire qu’il est français… Quelle image ça montre de la France… encore une fois!

Il est 20h, et on a faim.
On part donc déambuler dans le marché de nuit de l’autre côté de la rue, s’alléger les esprits.
On a l’embarras du choix en matière de goût, et on jettera notre dévolu sur une bonne pierrade thaï, jus de fruits frais… avant d’être surpris par un gros orage tropical.

Le lendemain, on part se balader au grand marché du dimanche. Un marché énoooooorme « le plus gros du monde ». On y trouve de tout. Des animaux bizarres et rares (serpents, gros lézards, caméléons, lapins de 100kg, poissons, hiboux et marmottes, …), des fringues (heureusement qu’il y a beaucoup de marchands de tongs, celles de Marion ont lâché juste à l’arrivée au marché), des souvenirs, des babioles, des bricoles, des stands de nourritures, …
De quoi y passer de nombreuses heures.
DSCF1790 DSCF1791On revient ensuite dans le centre, et on remonte l’avenue Sukhumvit (grande artère de Bangkok), toujours impressionnés de cet urbanisme d’empilement et d’imbrication, les autoroutes et voies ferrées urbaines, les immenses centres commerciaux.
DSCF1803 DSCF1863 DSCF1874 DSCF1864 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF1885 Stitched PanoramaPour terminer la journée, un massage des pieds, et un petit pique-nique sur notre terrasse : brochettes, nouilles et sticky rice glanés au marché de nuit.

Perrine part demain matin, tôt. On était heureux de voyager avec elle, de se retrouver, d’avoir partagé ces moments « sur la même longueur d’onde ».
Quand tu veux, on recommence !
Nous quitterons Bangkok en même temps qu’elle.
C’est la fin des vacances.
C’était une jolie parenthèse en famille.
La bourlingue reprend son cours. Ça va faire drôle de se retrouver de nouveau que tous les deux.
Marion redoute un peu… mais pas bien longtemps, en ligne de mire, le Myanmar et ses paysages magnifiques… on n’est pas lassés.

 

 

 

 

13 thoughts on “Les poulets de Bangkok

  1. Trop la classe Starsky, Hutsch et « Comment-il-s’appelle-le-troisième? »! Que d’émotions!
    Qu’est-ce que tu ne fais pas, Brice, pour que je ne regrette pas mon séjour!

    Vous me manquez déjà!
    bisous

  2. 400€ pour un appareil photo qui en prend encore…des photos
    escrocs, va

    et donc, avec ce voleur à la tire, ça se termine pas si baht alors, la thaïlande
    baht…, bat…, vous suivez, bof
    il y avait aussi, « parce que c’est baht ailleurs », mais je la trouvais moins bonne

    bonne continuation au myanmar, j’ai bien hâte de voir ça
    et fermez bien votre gueule, une dictature, ça met en prison facilement
    et même un(e) nobel de la paix

    bises bises, et bonne année alors
    évouzétoulà

  3. Un lapin de 100kg ? ça ressemble à quoi ? en fait, ce sont des lapinous qui ne font pas de sport (ils ne forniquent pas à longueur de journée) ?

  4. J’etais trop tenu en haleine avec le post precedent, et j’ai pas etais decut dis donc. Brice, c’est moi ou c’est au moins la seconde fois que tu oublies ta sacoche? Moins heureux que la fois en Iran (je crois) cette fois ci, mais une des pages les plus Agatha Christiesque de la Bourlingue.

  5. Ah mince, font ch*** ces Français alors! Impressionnante la justice Thaï, on devrait s’en inspirer 🙂
    Bonne année en tout cas, bon Myanmar et prenez en plein les yeux!

  6. J’ai adoré ce post génial comme dans les films bon vous avez eu de la chance dans votre malheur, mais faites attentions à vous SVP.

    Gros bisous

    Elo

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