Abricots à gogo

C’est une petite journée de route qui nous attend aujourd’hui.
Nous avons à peine quatre-vingts kilomètres à parcourir aujourd’hui, mais presque 1500m. de dénivelé et un col à plus de 4000m. alt à passer. La journée s’annonce belle et tranquille.
Nous avons en poche une petite dizaine de copies du permis acquis la veille et de nos passeports, car apparemment les checkpoints sont nombreux.
La zone est en effet sous haute surveillance. En raison de sa position stratégique, située sur les rives de la rivière Indus à quelques encablures de l’ennemi pakistanais, la ville de Batalik a été le lieu de tous les conflits indo-pakistanais des dernières années. La Guerre de Kargil, en 1999, a entrainé une militarisation importante de la région, dessinant aussi de nouvelles routes et voies d’accès à ces villages isolés.
Ici on ne rigole pas avec le Pakistan.
Notre permis stipule que les téléphones satellites sont interdits, et de toute façon notre carte SIM indienne ne fonctionne pas ici. Tout est brouillé – ou contrôlé.

Mais au-delà de sa position stratégique, cette partie de la vallée de l’Indus est une merveille géologique et elle accueille un peuple unique au monde, l’ethnie Brokpa*, dont les ancêtres descendraient des soldats d’Alexandre le Grand. Oui, eux aussi se définissent comme Aryens, comme les Kalashs du Pakistan.
Nous sommes curieux d’aller visiter ces villages isolés, à la culture riche et peut-être similaire aux Baltis, ou aux Kalashs.
Il faut dire que la rivière Indus longe la frontière avec le Pakistan… et qu’avant la partition de 1947, cette large région (Jammu/Kashmir/Ladakh + Gilgit/Baltistan) n’était qu’une, celle du Kashmir où Bouddhistes, Musulmans, Hindous et autres Animistes cohabitaient.

Nous quittons Kargil sous un large ciel bleu.
Le chef-lieu chiite est situé à quelques 2600m alt., lové au creux de larges et hautes montagnes au bord de la grise et tonitruante Suru. À l’Ouest le col de Zoji-La, à l’Est le col de Fotu-La ouvrant sur le Ladakh, au Sud la vallée de Suru et Zanskar, et au Nord le Pakistan occupied Kashmir.
La route qui contourne la ville est loin d’être un périphérique, mais plutôt une longue piste de poussière longeant des gorges encaissées, et principalement destinée aux camions et aux convois militaires.
Au passage d’un frêle pont de fer au tablier ajouré par la corrosion, un énorme tuyau cassé nous offre une gracieuse douche nous donnant l’impression d’être passés dans un Lavomatic, puis la route grimpe directement en de multiples lacets courts sur les flancs de la chaine de montagnes qui fait face à la ville sur son versant Nord.
Très vite, le dernier village est laissé derrière nous et nous ne croisons quasiment plus de véhicule – en effet, tous passent par la National Highway 1 à l’Est de Kargil pour rejoindre Leh.

Le paysage devient ainsi très rapidement incroyablement beau et infiniment désert.

Nous continuons d’apercevoir en contrebas la ville de Kargil, mais la route, au bitume parfait, serpente sur ces rondes collines. Les alentours sont très rocailleux, et quelques vertes cultures accolées à de simples hameaux où trône une mosquée, ponctuent ici et là ce paysage tout en ocre.
Nous guidant de sa silhouette brune, une puissante montagne aux strates horizontales sablonneuses accompagne notre regard vers l’amont de la vallée. C’est par là-bas que nous allons.


Tel un ruban qu’on aurait nonchalamment laissé tomber sur ce terrain aride, l’étroite route serpente entre lacets serrés et larges courbes. Sans trop nous en rendre compte, nous prenons de la hauteur.




Nous remercions l’armée – malheureusement trop présente ici – de travailler sur ces routes. On va se dire que c’est sympa pour les habitants (même si dès l’embranchement, les dernières centaines de mètres de chemin menant aux villages sont défoncées) …
La Border Road Organisation (issue de l’armée) est en charge de la construction et maintenance des routes, ponts et tunnels des zones frontalières à travers l’Inde, soit presque 45 000km. Autant dire qu’il faut du monde…
Et c’est grâce à elle que nous pouvons, non seulement rejoindre les petits villages du bout du bout de l’Inde et profiter pleinement du paysage sans – trop – de rebonds, mais aussi et surtout, nous délecter de joyeux messages de prévention routière (souvent curieusement placés dans les virages), que nous avions déjà eu l’immense plaisir de lire alors que nous roulions dans l’Arunachal, en marge de la frontière chinoise.

Ici donc, il faut de belles routes à l’asphalte bien lisse pour acheminer rapidement les forces armées au plus près de la frontière. Et les évènements de Février 2019 et surtout, la crise initiée début Août 2019 ont accéléré le processus.

La rondeur des collines, la souplesse de la route, la chaleur et les couleurs rendent cette matinée bien agréable. Nos pauses photos sont fréquentes. Nous sommes seuls, une fois encore. Et nous savourons ce paisible moment, avant de nous arrêter nous sustenter d’un tardif petit déjeuner dans un improbable bui-bui perdu dans ce calme désert : l’altitude nous monte à la tête.
Nous reprenons la route, et apercevons son fin ruban qui se dessine jusqu’à rejoindre le col au loin.



Des engins de chantier sont en train de travailler à sa construction.
Le bitume n’est pas encore sec. Brice fait passer la moto de Marion entre les machines qu’il pose sur la béquille latérale et qui s’enfonce lentement mais surement dans l’épaisse matière. Il ne faut pas trainer. Il passe ensuite sa moto et nous poursuivons notre ascension vers le col.


Au bout de quelques kilomètres, Hamboting-La se dévoile enfin sous un habituel stupa assorti des drapeaux colorés tibétains, mais aussi, plus étonnement, d’un large portrait de l’Ayatollah Khomeini – coutume locale.

Nous sommes à 4024m alt., le col révèle une nouvelle vallée.
Et c’est beau. Nous prenons quelques minutes pour admirer ce paysage dans un silence intense.
En contre-bas, quelques animaux broutent les rares et courtes herbes dorées des flancs de la montagne.


L’étroit ruban de chaussée se déroule le long des doux versants des montagnes desséchées.

À quelques kilomètres en contrebas sur ce plateau d’altitude, la route rejoint le village de Lalung, une multitude de petites maisons parallélépipédiques de terre, contrastant avec la large surface de cultures vert étincelant lui faisant face et dont les champs sont en train d’être moissonnés.


Une fois ce plateau passé, la route continue sa descente, traversant hameaux et campements militaires le tout dans une vallée désormais encaissée. Les montagnes prennent du relief et sont plus accidentées. Des larges cailloux et amas rocheux dessinent ce paysage aride.





Des éboulis glissent des sommets, des failles se forment. Des hauts peupliers font leurs apparitions, tout comme la roche se teinte d’ocre et de beige. Des canaux longent le versant opposé, soulignés par une végétation opportuniste. Cette verdure contraste avec le décor minéral dans lequel nous évoluons.
La géologie du terrain a changé. Tout autour de nous, les montagnes semblent se dresser et prendre de la hauteur à mesure que nous nous dirigeons vers l’embouchure de la vallée.


La route poursuit sa lente descente, parfois creusée à même la paroi ou simplement posée sur des pans de pierre, alors que soudain, la vallée s’ouvre et nous laisse apercevoir le village de garnison de Batalik.

Nous y sommes. Les montagnes, infranchissable barrière avec le Pakistan, se déploient devant nous. La rivière Indus fait son apparition, bordée par d’impressionnantes falaises abruptes qui chutent à pic dans ses eaux brunes, et toujours cette route qui serpente au-dessus de l’impétueux fracas.
Nous arrivons finalement au premier checkpoint au niveau du lit de l’Indus. Ces accueillants soldats, quelques peu surpris de voir deux motards étrangers dans cette zone restreinte, sont bien Indiens.
Pourtant, l’Inde nous semble tellement loin.

Nous entamons notre lente progression dans cette superbe vallée, la « Vallée Aryenne » comme le tourisme local l’appelle officieusement. Au loin, quelques patchs verts, perdus dans cet univers ocre, nous signalent justement la présence de villages. Ce sont les Brokpa.

La rivière charrie bruyamment ses eaux, creusant ce canyon depuis des millénaires. Nous longeons la falaise et roulons doucement pour profiter de chaque instant passé dans cette zone reculée et à l’accès limité.
Ce paysage nous rappelle notre séjour au Baltistan.

Nous passons le village de Darchik, installé sur l’autre rive et nous arrêtons un temps pour le contempler.

La vallée de l’Indus est relativement basse (2700m. alt.), nous sommes fin Juillet et certaines récoltes sont en avance par rapport au reste du Ladakh.
En attardant notre regard sur les jardins des villages, nous réalisons rapidement que les arbres sont maculés de taches rouge orangé.
Des abricots ! Partout, ces boules orange colorent les feuillages épais d’un vert sombre. Tandis que certains fruits, dénoyautés, sont en train de sécher, parsemés le long de la route sur de larges cailloux.

Nos pauses sont plus fréquentes, d’autant qu’il est agréable de profiter du calme et de la beauté de notre environnement. Plus aucune voiture ne passe ici.

Des abricots par dizaines sont tombés des arbres, et nous nous arrêtons de nouveau pour nous délecter de ce fruit juteux. Mais la fatigue se fait de plus en plus ressentir, et après une courte hésitation, nous décidons de rejoindre le prochain village de Garkune pour tenter d’y trouver une auberge.

Nous bifurquons et empruntons une raide montée à la chaussée glissante rendant chaque virage périlleux, s’élevant rapidement, offrant une vue vertigineuse sur la rivière, avant de rejoindre le village.
Une poignée de maisons borde la route qui s’arrête nette au bord d’une rivière quelques mètres en contre-haut d’une cascade. Un sentier continue en direction du monastère avant de passer de l’autre côté de la colline.

Kargil – Garkune : 077km (05h14’) – done

Nous garons les motos et partons à pieds explorer les environs en quête d’un gîte pour la nuit.
Un petit pont, puis un étroit chemin de terre, évoluant à flanc de montagne, s’enfonce et se perd dans des vergers ombragés.
Nous pénétrons alors dans un endroit magique où coulent de multiples ruisseaux.
De nombreux abricotiers bordent le chemin, de larges cailloux canalisent une eau cristalline qui rebondit en cascades pour s’écouler à travers cette oasis. Une verdoyante et douce mousse recouvre partiellement les pierres tandis qu’au fond des ruisseaux, des algues rouges semblent lutter contre le courant frais. Le feuillage filtre les chauds rayons du soleil, et une fraiche brise caresse nos visages.
De l’eau ruisselle partout en un apaisant bruit d’écoulement permanent.
Puis nous passons par un premier moulin à prières.
Quelques maisons aux pierres bien agencées font leur apparition dans ce quiet labyrinthe de rus et de rues.
Et nous poursuivons notre découverte de ce lieu incroyable.







Nous croisons très vite quelques villageois en plein conciliabule qui nous saluent timidement et nous indiquent de poursuivre notre chemin pour finalement tomber sur la maison de notre hôte.


Sa maison est entourée d’abricotiers, chargés de ces délicieux fruits. Il y en a partout.
Aux branches des arbres bien sûr, mais aussi au sol dans l’attente d’être ramassés ou mangés par les bêtes, dans des paniers ou des seaux avant d’être transportés sur les toits pour être séchés.

Nous posons nos affaires dans une charmante chambre traditionnelle aux murs roses.
Les fenêtres donnent directement sur le jardin, et les branches d’un abricotier sont à portée de main. Autant dire que Brice est actuellement au paradis. C’est par poignée qu’il engloutit les fruits les plus dorés et juteux.
On ne compte plus.

Nous retournons faire un tour dans le village, longeant les canaux et nous délectant d’abricots cueillis à même l’arbre et d’eau fraiche issue directement de la source.Nous sommes donc en pleine récolte des abricots et les habitants du village sont en train de les faire sécher sur leurs toits plats.



Les noyaux sont nettoyés puis ouverts pour en récupérer l’amande, très riche en goût.
Les fruits talés sont écrasés, séchés et donnés aux animaux, tandis que ceux aux lobes joliment bombés et orangés, sont séchés à plat. Ils seront mangés cet hiver.

Notre balade à travers le village nous fait passer par les jardins potagers ou des petits champs accrochés à même la falaise.


Des femmes à la tête couverte travaillent d’arrachepied alors que les hommes ou les anciens papotent à l’ombre des arbres, prêt d’un ruisseau chantant ou sur le perron d’une maison.

Si la plupart des jeunes hommes et femmes sont habillés en grande partie à l’occidentale** pour les premiers, ou en kurta pour les secondes, nos yeux tombent effarés sur une mamie brokpa.
Elle a une coiffe fleurie et ses longs cheveux sont tressés en de fines nattes.
Les vieilles dames portent de lourds bijoux ciselés d’argent ou de perles sur la tête et autour du cou. Quelques papys, quant à eux, portent parfois des fleurs sur leur couvre-chef, mais ils ont délaissé les habits traditionnels.

Cet endroit est incroyable, nous avons l’impression d’être dans un rêve avant même de nous endormir paisiblement***.

Après avoir avalé notre petit-déj’ et quelques abricots – par la fenêtre, nous décidons de nous balader le long de la « Vallée Aryenne », en direction du village de Dha, voisin de quelques kilomètres.

Nous traversons le village de Garkune, longeant la montagne, sur d’étroits chemins surélevés qui parcourent les champs et saluant au passage les quelques habitants et mamies aux chapeaux fleuris.
La plupart des habitations sont de vieilles bâtisses en pierre au toit de terre. Les ruisseaux et chemins méandrent autour d’elles. De grosses mottes de pailles au coin des basses-cours, deux-trois poules qui y gambadent, quelques vaches et brebis sont paisiblement installées dans de sommaires enclos.
De grands arbres parfois centenaires couvrent vergés, enclos et maisons.
Tout cela dans une douce atmosphère de conte de fée.




Mais cela pourrait ne pas durer. On note que de nombreuses maisons et certains de ces grands arbres sont marqués d’une croix jaune.
Ceux-ci seront détruits ou abattus pour construire une route qui traversera le village afin de rejoindre le monastère.
Mouai, on l’aime bien comme ça ce village de conte de fées.

Nous rejoignons la route « principale » en contrebas, pour un rude aveuglement chromatique, retrouvant des paysages d’une triste sobriété.

Longeant la bruyante rivière Indus, nous évoluons doucement dans ce grandiose paysage.
Il n’y a aucun véhicule, mise à part quelques camions militaires. Creusée à flanc de falaise, la route passe ainsi sous des voutes fissurées et d’imposants rochers en suspension semblant à la limite de s’effondrer. Nous nous empressons de traverser ces longues sections hasardeuses. Leur équilibre souligne la fragilité de l’édifice et la précarité de l’état de la route, et les impacts dans le bitume en sont la preuve.


Six km plus loin, nous arrivons au checkpoint militaire de Dha et la route qui y grimpe.
Comme pour le village de Garkune, nous entamons une longue ascension. Ces villages se sont installés sur les plateaux dominants la rivière, au calme, permettant de répartir avec intelligence les torrents d’eau canalisés en amont parmi les cultures.

Nous entrons dans le village de Dha par la rue principale bordée de vieilles bâtisses délabrées… ou abandonnées.

Des amas d’abricots ornent encore les toits plats, mais l’ombre rédemptrice des arbres autrefois aussi nombreux qu’à Garkune n’est plus. Ici, la route traverse le village. On n’entend plus le doux ruissellement de l’eau sous les arbres.
Dha a perdu le charme des autres villages brokpa.
Quelques mamies installées au bord de la chaussée, traditionnellement vêtues, nous saluent. Et nous nous installons à leurs côtés pour un semblant de conversation… Leurs fleurs, leurs nattes et les bijoux qu’elles portent nous invitent à les observer** tendrement. Elles sont émouvantes ces femmes colorées, dernières traces de cette culture vouée à l’évanouissement.

Nous nous enfonçons un peu plus en aval du village où nous retrouvons les vertes cultures séparées par des murets de pierres. Ici aussi, les arbres sont abondamment chargés de fruits vermillon et croulent sous le poids des abricots.


Nous en profitons pour une collation pleine de vitamines, Brice dégustant les fruits juteux par poignées.
Et tout comme au Pakistan, nous retrouvons de hautes vignes-arbres, dont les grappes, ici aussi, sont transformées en vin.

Nous longeons une fois encore les canaux, qui dans leur immuable écoulement vers l’aval nous font traverser les vergers et potagers du village, pour finalement rejoindre le fleuve et son morne paysage rocailleux.

Nous faisons désormais demi-tour, suivant le cours de l’Indus, pensant que nous trouverions un véhicule pour nous raccompagner à Garkune.

Pas une voiture ne vient troubler notre ballade de retour, jolie promenade de 19km.
Il fait chaud, le soleil tape fort sur les montagnes nues.
En contrebas des villages cependant, nous retrouvons l’ombre en lisière de vergers abruptes, et les quelques cascades ou sources que nous doublons sont de véritable rafraichissement. Marion rêverait de s’y baigner.



Nous rejoignons notre charmant village enchanteur.


Nous nous arrêtons au stupa trônant sur un éperon rocheux d’où le panorama sur la rivière résume le tableau dans lequel nous évoluons lors de ce séjour. La beauté du contraste entre la nature domestiquée par ces peuples ingénieux, pleine de couleurs, de vie et de fraicheur d’une part ; et de l’autre, l’hostilité de la nature, avec le fleuve brun aux flots vigoureux qui façonne perpétuellement ses contours, les murs verticaux de roche nue ou les éboulements de pierres****.

Nous profitons une dernière fois de ce paysage enchanteur, et rentrons dans notre cocon, dégustant, jusqu’à notre départ, des abricots par la fenêtre*****.

 

 

‘* Les Brokpa font partie des peuples Dardes, groupe indo-aryen que l’on trouve au Nord du Pakistan, comme les Kalashs, mais aussi à l’Est de l’Afghanistan, ou au Nord de l’Inde, comme les Kashmiris, qui représentent le plus large groupe darde.
Les Brokpa parlent shina, un dialecte également utilisé par les habitants de Gilgit. Mais à la différence de leurs cousins, les Brokpa se sont convertis pour la plupart au bouddhisme, influencés par les bouddhistes tibétains voisins du Ladakh (ceux installés aux abords de Batalik, par exemple, ont choisi l’Islam).
Ils conservent tout de même des racines animistes, tout comme les Kalashs, qui ancre profondément la Nature dans leur quotidien.
La plupart sont en train de perdre leur dialecte, celui-ci étant de moins en moins pratiqué et n’ayant pas de transcription. Ainsi, dans la « vallée aryenne », seuls les villages de Darchik et Garkune utilisent encore le brokpa (même si la nouvelle génération peine à utiliser cet idiome), les autres l’ont désormais remplacé par le ladakhi.

Nos hôtes ont ouvert, dans la vieille maison familiale, un musée rassemblant des artefacts, des vêtements traditionnels, ainsi que des photos des diverses cérémonies brokpa.


Nous échangeons pas mal avec note hôte, intéressée par le Pakistan tout proche, les habitudes au Baltistan (où ses ancêtres allaient librement), et surtout les Kalashs. Nous partageons pas mal de photos et un peu de notre expérience dans ces régions.
On trouve finalement pas mal de similitudes, les rites animistes, l’importance des fleurs… c’était assez émouvant. Triste aussi de sentir cette culture inéluctablement disparaitre.

** Nous sommes impressionnés de ces ethnies aux riches et lourdes traditions ancestrales. Et nous avons peur que le regard que nous leur portons soit mal interprété.
Il y a surement une part de voyeurisme qui nous met mal à l’aise.
Nous avons ainsi du mal à les photographier, malgré la beauté de leurs uniformes, leurs yeux clairs et les fleurs qui ornent leur couvre-chef.
C’était ainsi le cas chez les Kalashs et il nous a fallu plusieurs jours à leurs côtés pour oser sortir notre appareil photo… Nous demandons toujours si nous pouvons prendre des photos des gens, et acceptons aussi leur refus.
Que cela soit ici ou chez les Kalash, ce folklore peut devenir un produit marketing comme c’est le cas chez les femmes-girafes à la frontière thailando-birmane, au Nagaland en Inde ou chez les Miao en Chine. Serait-ce néanmoins un moyen de ne pas faire disparaitre ces peuples ?
Nous ne sommes pas convaincus que cela va pour autant dans le bon sens.

*** Plutôt cauchemar ces deux nuits passées à Garkune, Brice – et Marion dans une moindre mesure – a aussi été la cible de puces rudement agressives. On se les trimbalera quelques jours et un mois plus tard, nous portons encore les stigmates de leurs piqûres.

**** Si la nature provoque de nombreux éboulements sur ces parois sans végétation, certains de ces glissements de terrain le long de cette vallée sont le résultat des bombardements du dernier confit entre l’Inde et le Pakistan. La vallée est encore quotidiennement survolée par des hélicoptères.

***** C’est lors de notre départ de Garkune, en pleine vallée aryenne, que Brice a perdu le chèche que lui a offert Kazou (le pirate kashmiro-périgourdin) et qu’il portait depuis le premier jour de la bourlingue.

6 thoughts on “Abricots à gogo

  1. Mais vous bouffez tout le temps 😉
    Impressionnant comme l »homme façonne en partie la nature avec ses zones vertes au milieu de la montagne et de paysages lunaires.
    Vous vous êtes baignés dans les cascades ? En tout cas, ça fait davantage envie que dans l’Indus qui semble drainer pas mal de boue

  2. Coucou les jeunes!
    Intéressant ce post au bout du bout de l’Inde inconnue.
    J’ai adoré la traversée de la vallée encaissée. Magnifique!!

    Par contre vous avez pas eu peur à la montée au village de Garkune. Tu avances tu avancesais tu sais pas trop ce que tu vas trouver…

    Pas cool pour les puces, mais moi j’avais peur que bricks fasse une indigestion! Mais bon, j’ai l’impression que votre estomac est à toute épreuve maintenant 🙂

    Gros bisous

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