안녕하세요

C’est peut-être bien une des seules choses que nous connaissions en arrivant ici. Comment dire « bonjour ».

Il est vrai que nous étions déjà venus en Corée. Nous y avions passé trois jours en juin 2015. Il y a sept ans donc. Entre deux avions. Entre l’Inde et Singapour, comme pour faire la liaison entre ces deux pays que tout oppose.

Mais en trois jours, on a tout juste le temps de cligner des yeux, que déjà la page se tourne.
En trois jours, à Séoul, nous avions arpenté quelques rues et marchés, mais la capitale de la Corée du Sud est habitée par presque 10 millions d’habitants, répartis sur 650 km2.

Autant dire qu’en trois jours, nous sommes repartis le ventre bien rempli de bibimbap et barbecue, qu’on a à peine entendu parler de la K-pop et puis voilà.

Ce nouveau et long séjour au pays du Matin Calme nous promet un véritable plongeon. Presque en eau froide.

Au cour de la bourlingue, nous avons pris l’habitude d’arrivées progressives dans les nouveaux pays. Les frontières terrestres traversées nous ont permis de lisser les différences d’un pays à l’autre, de rendre les choses plus graduelles. Plus diluées. Et ainsi, nous acclimater petit à petit.

Cette fois-ci, nous sommes parachutés dans cette nouvelle culture. Alors c’est parti!

C’est donc à Ulsan que nous avons posé nos valises.
Pour se repérer, nous sommes sur la côte Sud-Est de la péninsule coréenne, à une soixantaine de kilomètres de Busan, la seconde ville du pays.
Dans les années 60, la Corée du Sud s’est modernisée à coups de programmes nationaux.
Ulsan, avec quelques autres villes, a été la solide branche industrielle de ce développement.
Cité portuaire et de pêcheurs, elle s’est transformée en ville industrielle qui s’ouvre sur la Mer du Japon.
Ulsan accueille le plus gros chantier naval et la plus grande usine automobile du monde (34000 employés sur 500 ha), ceux de Hyundai, ainsi qu’un peu de pétrochimie, pour parfaire le tableau.
Elle est traversée par la rivière Taehwa, dont les rives aménagées offrent une belle promenade en plein cœur d’une ville moderne. Au Nord et à l’Ouest les montagnes limitent son expansion.



Ça c’est pour poser le cadre général.

Parce que nous, nous habitons dans le quartier de Dong-Gu, celui de l’Est.
Une péninsule courant entre fleuve et mer, de l’autre coté de la haute colline de Yeomposan, ce qui nous isole de la raffinerie et du chantier automobile.

On y trouve la plage d’Ilsan, un port de pêche, et son marché aux poissons, des marchés couverts. Un grand parc pour les balades dominicales, un plus petit pour la course à pied, un cinoche, des restaurants pour satisfaire nos papilles…












Le quartiers s’étendant au pied de la montagne, les rues grimpent ou plongent de manière vertigineuse, avec parfois la mer en toile de fond. Et de part et d’autre (au Nord comme au Sud), les deux chantiers navals.


Les premières semaines, nous évoluons timidement dans notre environnement, comme on tâte du pied l’eau d’une piscine un peu tiède dans laquelle on est pourtant impatients de plonger.

Il faut dire que la période du Covid n’est pas vraiment propice aux rencontres, échanges et partages. La Corée est restée bien fermée ces deux dernières années, et le nombre de cas a été maintenu bas.

Les rassemblements sont encore limités, les horaires d’ouvertures des restaurants restreints, les interactions en sont alors réduites. D’autant que nous ne parlons pas – encore – coréen, et les Coréens – dans notre quartier – ne sont pas vraiment anglophones.

Mise à part notre arrivée en deux temps, nous prenons le rythme. Les collègues de Brice se sont bien occupés de nous, nous donnant les différents bons plans, pour un forfait de téléphone, pour ouvrir un compte en banque, pour nos permis de résidence, pour le supermarché des produits locaux, ou celui des produits importés*, pour faire valiser nos pass vaccinaux, pour le bar qui va bien, celui sans hôtesse, ou le resto’ dans lequel nous pouvons manger du poulpe vivant, met de choix prisé par les locaux**.

Notre appartement est grand et confortable.
La vue sur la mer le matin au réveil ravie nos yeux embués, alors que la lumière du soleil traverse encore timidement les pins de la presqu’île de Daewangam.



On a passé un Hiver froid et sec.

Mais le ciel était quotidiennement bleu et pas une goutte de pluie n’est venue rompre ce tableau.
Dans les campagnes, la nature semblait bien endormie, comme en hibernation. Forêts de feuillus, mixtes ou de conifères, on trouve aussi, le long des cours d’eau, de grandes herbes qui semblent dorées sous les rayons bas de l’Hiver.

Alors que Séoul et les régions du Nord de la Corée étaient sous la neige, ici quelques 300km à l’autre bout du pays et protégé par la longue chaîne montagneuse des Monts Taebaek , il n’en était rien.

Le climat est dit subtropical humide dans tous le quart sud est du pays.
Il y a quatre saisons, bien marquées, avec un Eté à venir chaud, humide et pluvieux accompagnés de quelques typhons. Nous avons hâte.
Fin de la parenthèse météo.

Notre apprentissage du coréen peine un peu, mais nous restons motivés. À commencer par l’alphabet, le hangeul. Quelques heures de répétitions suffisent, nous arrivons dorénavant à lire.
Pour le reste, il faut nous accrocher. Petit à petit, le vocabulaire rentre, nous reconnaissons les mots sur les menus au restaurant, sur les panneaux de signalisation, les emballages et les affiches. Nous lisons tout ce que nous voyons, essayant de rendre fluide notre diction. Mais nous ressemblons encore fortement à des enfants en classe de CP, alors que nous sommes fiers et béats de répéter sagwa (사과) devant l’étal de pommes – nos bases de Mandarin nous aident bien aussi.

Petit à petit, nous découvrons.

Nous découvrons Ulsan, et notre quartier de Dong-Gu, ses grands axes, rues et ruelles.
Car l’architecture des villes dans cette région du monde se construit souvent ainsi. Trois niveaux imbriqués.
Les grands axes où filent des auto, avec des malls, des cinémas, des grandes chaînes de café, de magasins ou de restaurants.


Des petites rues, où l’on retrouve plutôt les bui-bui et magasins de quartiers.





Et entre ce réseau, les petites ruelles où un véhicule passe à peine, où les immeubles ne dépassent pas les 2~3 niveaux, les voitures bien entassées au rez-de-chaussée, les petits marchés s’étendent dans des passages traversant ces quartiers et des mamies – au brushing impeccable et parfois étrangement permanentées – vendent tofu, algues et kimchi, du poisson sec, ou quelques légumes posés à même le sol***.
Ici, le piéton est roi, ce qui est loin d’être le cas des deux autres niveaux.





À certains endroits, les quartiers résidentiels ont fait place à d’immenses blocs de quelques dizaines d’étages.
Une vision du luxe avec d’immenses parking souterrains, des convenient store qui vont bien, mais toujours dans un cadre calme et agrémenté de parcs.
U
ne manière de « caser » la population grandissante et qui s’enrichit de l’industrieuse cité.



Nous vivons dans un immeuble de bon standing – pour les références coréennes. Mais beaucoup moins dense.
Il est complètement équipé, grand salon, deux chambres, des toilettes qui nettoient le séant tout seul, un rice cooker, un purificateur d’air et un grand balcon.
Nous sommes à quelques centaines de mètres de la plage où se rassemblent pas mal de restaurants et bars ; à moins de 10 minutes d’un grand parc ou des supermarchés.
La notion de plan d’urbanisme est encore à approfondir. Notre bâtiment se dresse au milieu d’une rue bordées de motels (des hôtels principalement voués à l’adultère mais aux bons rapports qualité / prix), aux façades kitsch bariolées, parfois dépassées et souvent de mauvais goûts.



Quelques terrains vagues font office de parking, mais la plupart des
parcelles non construites accueillent des cultures potagères, et les pots de fleurs installées devant les habitations abritent régulièrement verdures, oignons, choux et poireaux.

Au fil de nos explorations, les différents lieux s’articulent progressivement les uns avec les autres.
« Au virage avec le temple, la troisième après le resto’ de nouilles, la rue qui monte après le chantier, celle avec la grande église en brique****… »
Autant de points de repères qui nous deviennent familiers. Il est intéressant de voir comment nous nous approprions un endroit, privilégiant ce chemin plus calme, cette rue qui monte moins que sa voisine ou cette allée bordée de cerisiers.

Sur la carte*****, les punaises se multiplient. Immigration, centre médical, restaurant de tofu ou de nouilles au sarrasin, plage de galets et café avec terrasse, fruits pas chers, beignets au miel, salle d’escalade, …







Nous nous installons.

Nous découvrons les marchés couverts autour de la maison, dans lesquels nous nous approvisionnons en produits frais. Et nous nous faisons une raison sur le coût élevé des fruits et légumes et leur qualité gustative médiocre.

Ici les feuilles de salade s’achètent presque à l’unité tandis qu’un kilo de pommes coûte 4 euros******  dont il n’existe qu’une seule variété.
(Nous évoquerons la place de l’emballage et du plastique dans un post dédié, le sujet est vaste).

La semaine, Brice est sur le chantier.
Un énorme chantier naval. Le plus gros du monde.




Des portiques gigantesques, aux capacités de plus de 1200 tonnes (presque 3TGV!!!) pour certains, charrient d’immenses morceaux de bateau dans un capharnaum de Lettre à Élise ou autre alerte musicale de sécurité et de bruits de machine.
Plusieurs imposantes cales sèches où s’activent des ouvriers qui soudent les coques dans des jets d’étincelles pour qu’elles soient mise à l’eau au plus vite.
Les moteurs, hélices ou blocs de bateaux sont convoyés sur des plateformes mobiles avec plein de roues.
Des grues multicolores, des camions… ça grouille, ça vit. Un environnement industrieux dans lequel Brice est comme un coq en pâte.
GTT, sa compagnie, vend au chantier des licences de fabrication de membranes cryogéniques pour les méthaniers : de gros Thermos flottants qui sillonnent les océans et transportent le gaz naturel à l’état liquide.
Le bureau local compte une petite dizaine de Français parmi lesquels nous nous sommes fait quelques amis.

Ses horaires lui permettent de finir tôt, alors nous profitons de cette deuxième partie de journée pour nous remettre à l’escalade, nous former au coréen, sortir avec les copains… ou juste passer du temps ensemble.

La semaine, Marion s’occupe.
Balades, croquis, yoga, courses (à pieds et pour le frigo), conférences en ligne, cafés, leçons de coréen, … Il n’est pas si facile de se refaire un réseau.
Son visa ici ne l’autorise pas à travailler. Mais la solitude des premières semaines fait doucement place à la rencontre. Il y a d’autres « femmes de … » installées ici (qui viennent de Turquie, Afrique du Sud, Brésil, Pologne, Malaisie, Indonésie, …) et qui s’occupent, aussi. Les échanges sont divers et variés, mais les représentants de la Corée manquent toujours à l’appel.

Même pour Brice, qui malgré le temps passé sur site et l’envie de partage peine à briser cette barrière. Il faut dire que la politique sanitaire du pays, comme celle imposée par le chantier ne facilite pas forcement les interactions.

Alors certes, nous échangeons trois mots avec la vendeuse des kimbap ou le chauffeur du bus, mais nos relations sociales avec la population coréenne stagnent quelque peu. Ça viendra, on l’espère.

Les week-ends sont propices aux escapades, toujours avec l’envie de fouiller ce nouveau terrain de jeu. La Corée du Sud est montagneuse, riche de parcs nationaux et provinciaux parfaitement entretenus et clairement balisés. La côte est déchirée en centaines de petites îles, habitées ou non, que nous avons hâte d’explorer.

L’histoire du pays et de la nation coréenne est plus riche et intéressante qu’on s’y attendait. Et les relations avec les voisins asiatiques ont profondément bouleversé le pays.
Les invasions mongoles, la forte influence de la Chine, l’occupation japonaise….et plus récemment : la scission de la péninsule il y a 70ans.

Les pistes sont nombreuses, nous allons prendre le temps de découvrir ce pays.

À suivre !

 

‘* Le paradoxe qui s’impose à nous : il est finalement difficile de manger local…
La Corée importe énormément. Et pas tellement de Chine, dont ils se méfient des produits.
Nous avons découvert que le blé des nouilles vient des Etats-Unis ou du Canada, que le soja n’est pas local (pour l’huile, le tofu, les pousses, la sauce, …), et bien d’autres produits du quotidien coréen.

** Ce plat, appelé san-nakji, est cuisiné à partir d’une variété de pieuvre de petite taille (on l’appelle long arm octopus) que l’on déguste soit vivant, directement enroulé autour des baguettes et trempée dans une sauce sésame/soja, soit coupée en morceaux mais dont la présence dans les tentacules de nombreux nerfs cérébraux, font encore bouger les morceaux.
Il y a aurait plusieurs décès par étouffement tous les ans… « bien fait ! »
On passe notre tour. Nous avons trop d’affection pour cet animal intelligent que nous adorons observer en plongées.

*** Nous voudrions, dans un autre post, étayer de la grave condition sociale des seniors en Corée dont une grande partie vit en dessous du seuil de pauvreté.

**** Et oui, parce que la religion majoritaire en Corée est le christianisme, au sens très large, avec pas mal de sous sectes plus ou moins exotiques (protestantisme 20 %, catholicisme 8 %, mais aussi divers courants évangélistes…). Le bouddhisme arrive en seconde position avec environ 16 % de la population le pratiquant, mais 56 % des Coréens se déclarent sans religion.

***** Google Maps ne fonctionne pas en Corée. Nous utilisons Naver Map, une application locale bien développée qui nous donne tous les bus, leurs arrêts et horaires en direct. Elle pointe les restaurants et présente le menu en ligne pour qui veut se faire livrer. Elle donne l’état de route, du trafic, le prix du péage ou celui d’un taxi pour ce même trajet. Et on peut aussi y réserver un hôtel.
Bref, c’est hyper pratique, et cela nous offre une super flexibilité, notamment pour nos balades urbaines et piétonnes. Parce qu’aussi, ne l’oublions pas, nous sommes encore analphabètes ici.

****** On utilise pas le kilo, mais des « contenants », le momal ou le doe, qui permettent d’établir un certain volume de graines (riz, millets, pois,…)
De toute manière, on finit toujours par avoir une ou deux pommes en cadeau.

11 thoughts on “안녕하세요

  1. Heureuse de retrouver le blog avec ses descriptions de repas qui donnent envie,les dessins de marion, la découverte de paysage, vos sentiments et projets . Bref votre vie ❤️

  2. Chouette, avec vous, nous commençons notre apprentissage de la Corée du Sud et ce pays a l’air passionnant …
    Première bonne visite !

  3. Oui c’est tres inspirant. Je relie ca aux series recemment vues et qu’on recommande d’ailleurs : One spring night, Something in the rain, Love and weather forecast. Malgre l’enorme influence technologique americaine ca reste un pays ou les valeurs et traditions sont tres specifiques. Le contraste des buildings au milieu de campagnes et jardins traduit un peu ca. C’est consternant d’apprendre qu’ils importent tant et manquent de bons fruits et legumes avec la variete climatique qu’ils ont > pourquoi ? En tout cas j’aime bien vos reportages. Marion ton style de dessin a change. Pas moins bien du tout mais je le note.

  4. Hâte de pouvoir découvrir ce pays. Le voyage avec mon CSE a été reporté 2 fois (Printemps 2022>Toussaint 2022>Printemps 2023)

  5. Ah! Ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles!!! Profitez bien de votre passage en Corée. Les locaux sont difficiles à rencontrer mais avec un peu de temps, je suis sûr que l’occasion se présentera.
    Prenez soin de vous!!!

  6. Ah qu’il est bon de vous suivre à nouveau «  en live « . Quel talent littéraire pour nous faire vivre et vous accompagner grâce à ces belles photos. J’attends avec impatience la prochaine bourlingue. Gros bisous de poupoufou.

Ça vous inspire?