Bond au Rajasthan

L’arrivée à Bundi se fait aux aurores.
La ville est encore bien endormie quand nous débarquons du train mais nous trouvons un souriant papy servant des chai au coin d’une rue, parfait pour notre petit déj’.

Ça y est. Nous sommes au Rajasthan. Il y a quelque chose de différent dans l’air.
La lumière, ce bleu clair qui pare certains murs et les gens…
On retrouve des hommes aux moustaches retroussées, aux amples tuniques blanches et aux turbans colorés. Les femmes se couvrent le visage de ce léger voile, souvent rouge et or.
Des éléphants bariolés sont peints sur les façades des maisons, quand ce ne sont pas des Maharajah.

Nous sirotons tranquillement notre thé au lait, et entamons la discussion avec les quelques matinaux du coin.
Et puis, en levant la tête, nous découvrons ce fort.
Perché sur une colline, un large et vaste fort se dresse fièrement au-dessus de la ville. Construit pendant le règne de Rao Raja Ratan Singh, durant la première moitié du XVIIème siècle, ce palais a subi de nombreuses modifications. Des étages se sont ajoutés, succursales, terrasses et balcons, chambres, patio et corridors.
C’est un dédale architectural.

Plutôt en mauvais état, le fort appartient toujours aux descendants du Roi, et les moyens mis en œuvre pour parer à sa dégradation lente ne sont pas suffisant.
Nous grimpons les larges rampes qui nous mènent aux portes du palais.
Ça sent la chauve-souris un peu partout.

La vue depuis ce promontoire est superbe. Nous surplombons la ville de Bundi dont les façades bleues brahmanes nous rappellent celles de Jodhpur. Installées entre deux collines, la ville s’étend au-delà des remparts que le treillis de ruelles denses tente de dissimuler.

À l’intérieur du fort, les épais murs laissent apparaitre quelques peintures rajputes délavées. Nos yeux parcourent ce lieu en silence.

 


On nous ouvre quelques portes qui nous permettent d’observer de superbes miniatures relatant les exploits des rois et les batailles célèbres.
Quelques scènes de vie, le mariage de Khrishna, des événements festifs ou de chasse, il y en a partout et de toutes les couleurs, avec une nuance prononcée pour le turquoise, typique de l’École de Bundi.
Des larges portes en bois et marqueterie en ivoire d’éléphants, des murs en marbre sculpté, et des plafonds recouverts de facettes de miroir, nous avons l’impression de découvrir un trésor caché.

La seconde partie du palais abrite un patio richement décoré, que nous prenons plaisir à fouiller pour nous perdre dans les détails de ces peintures décoratives.





Nous grimpons encore un peu plus sur les hauteurs de la colline et observons ce massif fort, qui semble surdimensionné au regard de la taille de la ville.
N’oublions pas que les états du Rajasthan sont restés des royaumes indépendants jusqu’à la création récente de l’Inde (1947).

Nous irons aussi visiter le palais du Roi de Kota, la cité voisine.
Ici encore, l’accès au public n’est limité qu’à quelques pièces, mais souvent très richement décorées de miniatures dont nous profitons pleinement tant il y a peu de visiteurs.










Juin au Rajasthan, c’est comme quand tu décides de te balader à Jérusalem un samedi après-midi, quand tu choisis de passer à l’Ambassade de France le 14 juillet ou quand tu décides d’aller surfer alors il n’y a pas de vagues. Il n’y a pas un chat, et les chiens ont la langue pendante tant la chaleur est suffocante. Nous remplissons nos gourdes de l’eau fraiche du temple, glanons un ou deux samosa ou cachori chez notre petit-papy-du-thé (ou parfois un kilo de mangues) et rentrons nous calfeutrer entre les murs épais de notre jolie haveli pour une chaude après-midi à avancer sur le blog et la suite de notre voyage en Inde.

Quand le mercure retombe à un niveau acceptable, nous partons nous rafraichir d’un dernier jus de canne puis explorons les rues colorées et le bazar bruyant, saluant les quelques personnes qui nous reconnaissent après ces quelques jours.


La petite ville compte une grande quantité de baori, ces puits en escaliers – comme celui visité aux abords de Jaipur – qui étaient devenus, dès lors, une raison de retourner au Rajasthan, en quête de ces étrangetés architecturales.

Construits par les seigneurs de l’époque, ces puits avaient différents emplois.
En plus d’une fonction pratique (source d’eau pour les habitants), et d’une fonction sociale (ils étaient souvent des lieux de rassemblement de la communauté), ces puits avaient aussi une fonction rituelle et religieuse.
C’est pourquoi ils sont souvent décorés de sculptures consacrées aux dieux hindous.

Aujourd’hui, ils sont presque tous souillés d’ordures.
Les autres étant l’abri de nuées de chauves-souris.

Ce qui n’enlève rien au vertige qui nous prend à chaque fois que nous nous approchons de ces profondes cavités – qui, sommes toutes, demeurent toujours aussi élégantes et impressionnantes. Le plus original étant le Raniji ki baori, construit à la fin du XVIIIème siècle par la reine de l’époque. Ces 46 mètres de profondeur nous happent vers le fond, nous faisant passer sous deux rangées d’arches monumentales sculptées de naga et d’éléphants sacrés.

Nous sommes ravis par les cités du Rajasthan, et la culture atypique de cette région.
Cela nous rappelle que l’Union indienne, n’est que la fédération extrêmement récente de milliers de royaumes, aux peuples et cultures diverses.

Notre séjour au Rajasthan sera, une fois n’est pas coutume, trop court.
On a trop chaud, allons voir les montagnes. Mais avant ça, nous devons nous arrêter dans la terrifiante Delhi.
Nous quittons ainsi la région en train ultra-rapide et ultra-luxe (on a même un plateau repas !). Ô confort !

9 thoughts on “Bond au Rajasthan

  1. 2 trucs magnifiques dans ce post :
    1. La toile bleue et blanc vue du promontoire de la ville de Bundi
    2. Marion en icône (déesse) quand on la voit dans le temple avec les raies de lumière derrière

    Et y’a un modèle typique pour les puits et cavités ? J’ai cru un instant revoir une photo d’une précédent post. Ils se ressemblent vachement

Ça vous inspire?