Time to trek

J0 – Pokhara à Ngadi Bazar
Pokhara : 800m alt.
Ngadi Bazar : 890m alt.

En ce matin, jour de départ, nous sommes animés par cette joie de l’aventure à venir.
Blindés d’enthousiasme, sacs sur le dos, baskets aux pieds, nous partons de bonne heure en direction du Chiya Chautari. Le proprio’ nous attend, sourire aux lèvres, pour un petit-déjeuner matinal, en compagnie de Sjoerd et Manon qui sont venus nous dire au revoir, et Etienne qui s’associe à nous pour rejoindre Besisahar.

Un taxi et 15 minutes plus tard, nous sommes à la « gare ». Un carrefour animé et bruyant où les conducteurs de bus, pendus à la porte de leur véhicule, invectivent les voyageurs à la volée.
Les rabatteurs se mêlent aussi au brouhaha de ce qui semble être un chaos organisé.
L’un d’eux nous annonce qu’il n’y a pas de bus, que le prochain sera ce soir à 21h seulement, et qu’il nous faudrait donc prendre un taxi… « on attendra ! », lui répondons-nous en souriant. Et Marion de lui expliquer que cela ne crée que des relations de non-confiance de mentir aux étrangers ainsi. Tout le monde se joint à elle pour la soutenir, et nous informe qu’un bus arrivera dans 10 minutes. Facile – le rabatteur s’en va penaud.
Dans l’attente, un ‘mini’guide et son ‘mini’porteur entament une simple discussion. On se demande comment de si petits bonhommes peuvent mener des touristes vers les sommets, surtout lorsque l’on voit le gabarit du porteur…

Le bus arrive. Celui-ci roule au pas plusieurs minutes, puis s’arrête à la sortie de la ville.
Il semble y avoir un souci. On comprend que le chauffeur a décidé qu’il n’allait pas à Besisahar, ou qu’il ne connait pas la route, ou que ce n’est pas son jour… Quoi qu’il en soit, l’ensemble des passagers du bus est débarqué en rase campagne. Nous patientons ainsi en compagnie des autres voyageurs, du bus et de son chauffeur, qu’un autre véhicule arrive. Puis chacun retrouve sa place.

Le voyage se déroule globalement bien*.
Bien que nous empruntions la route principale ralliant Pokhara à Kathmandu, celle-ci a plutôt des allures de route départementale. Le paysage défile alors que nous longeons une large vallée fertile.
Il fait chaud, les paysages de rizières sont d’un vert éclatant. On se dit que ça va être chouette.
Après Dumre, la route bifurque en direction de Besisahar le long de la vallée de la Marshyangdi – que nous suivrons pour les prochains jours.
Une mignonne chaussée étroite serpente dans la campagne. Les croisements avec d’autres véhicules se font au pas.

Le temps de trajet s’allonge, nous laissant ainsi plus de temps pour admirer le paysage et les hameaux pittoresques, le tout dans un cadre de rizières vert fluo’, d’arbres bien feuillus, de fougères et de jolies fleurs rouges. Le ciel se charge de plus en plus à mesure que nous avançons. Mais nous avons l’impression d’être dans le bus des vacances.

Cinq heures plus tard, Besisahar : tout le monde descend.

Nous achetons 2 billets pour Ngadi Bazar, ultime arrêt de bus dans cette vallée (300₨/pers.– trop cher mais c’est ainsi**, et puis le mec de la guitoune est sympa, tête bonhomme et bon sourire, on est contents).
On se prend un samosa/chiya avec Etienne, qui organise de son côté la suite de son parcours. En effet, pour aller plus loin dans la vallée, il faut s’entasser dans l’une des jeep onéreuses qui sillonnent la route jusqu’à Manang. Etienne trouve ainsi 2 laowai (Romy et Linda, entrevues à Pokhara) pour rejoindre le village de Tal, un peu plus en amont.
Ça semble tout de fois un peu compliqué : il y a eu un récent glissement de terrain, et la route est fermée.
Avec Etienne, nos chemins de séparent ici. Embrassades chaleureuses avant de nous dire que peut-être, nous nous reverrons sur le trek.

Un bus cabossé arrive bien vite. On saute à l’intérieur du véhicule qui prend à peine le temps de s’arrêter.
Il y a beaucoup de monde, mais le conducteur souriant fait se déplacer les quelques autres voyageurs, et nous installe tout au fond du bus… Oh non, pas le fond du bus…
Une centaine de mètres seulement après avoir quitté la ville, nous sommes confrontés à l’usure des amortisseurs du bus due à la rudesse de la chaussée accidentée. Une route que nous aurions à peine entreprise de prendre à moto dans le Ladakh.
Les ressorts, les rebonds, les cailloux, la route défoncée… Ces deux prochaines heures vont être longues.
Le paysage se resserre autour de la rivière parsemée par de petits villages colorés. On s’enfonce doucement dans cette verte vallée à la végétation tropicale. Il règne une très bonne ambiance dans le bus. Les Népalais sont hyper sympa, toujours très souriants et un groupe de jeunes se joignent à nous pour discuter et parfaire leur anglais, avant de descendre quelques kilomètres en aval de notre destination.

Ngadi Bazar n’a aucun charme. Le hameau, construit au bord d’une petite centrale hydroélectrique, est composé de deux buibui et trois auberges en béton (on réalisera le lendemain que le vrai village pittoresque se situe dans les forêts, au-delà du barrage).
Nous trouvons une gargote colorée, où poser nos sacs… mouillés en ce qui concerne celui de Marion. Une bouteille s’est percée lors du trajet.
Une partie de ses affaires a pris l’eau, et nous nous empressons de les étendre au plus vite. Le temps est couvert, le ciel est bas et la soirée approche.

Notre petite auberge est très très simple, mais propre et entourée d’un jardinet mignon.

Nous y sommes seuls (aujourd’hui, peu de personnes s’arrêtent à Ngadi Bazar, car beaucoup des randonneurs prennent des jeep pour aller plus loin).
Mina, la patronne, nous accueille chaleureusement, on négocie nos chambres**. C’est calme, on entend la rivière en contrebas et les quelques oiseaux qui profitent de cet environnement paisible. Tout autour de nous, des grosses montagnes bien vertes accrochent les nuages qui sont de plus en plus bas.

Les affaires de Marion ne vont jamais sécher.
Alors qu’une averse éclate, nous finissons la journée à l’abri d’une tonnelle, une infusion de citronnelle du jardin à la main. Brice se récupère une sangsue – la seule en trois semaines de trek.
Mina nous régale d’un succulent dal bhat (feuilles du jardin, pommes-de-terre, potiron, et acha à la tomate), englouti en 20min.
À 18h30, nous sommes de retour dans notre chambre et au lit.
Il pleut dorénavant des cordes qui nous bercent, la nuit durant, de ce doux carillon des gouttes sur le toit de tôle de notre bicoque.

‘* On découvre un travers du Népal touristique. Les prix pour les étrangers sont gratinés d’une white face tax et alors que tous nos compagnons de voyage (nous sommes les trois seuls étrangers dans le bus) paient 270₨, le conducteur vient nous demander 400₨ (c’est tout à fait convenu, et limite, institué). Marion s’agace pour payer le local price, et pas le tourist price. Same body, same human, same seat, same bus. De l’autre côté, on nous a déjà servi l’argument de : « mais si nous venions chez vous, en France, nous payerions aussi plus cher »… Ah non, on ne fait pas ça… Tu imagines un peu ?!?

** Nous savons aussi que désormais, les prix iront crescendo – notamment ceux de la nourriture.
On comprendra en fait que les prix sont fixés par les groupements de commerçants des villages… mais il reste souvent des marges de manœuvre, notamment quand l’offre est très supérieure à la demande.
Il est coutume, autour des Annapurna, de négocier la chambre gratuite si on prend diner et petit-déjeuner sur place. On négocie ainsi notre logement et le dal bhat, qui passe de 510₨ à 350₨ – pour rappel, il est à 150₨ en ville. Et nous ne sommes qu’à 890m alt.

8 thoughts on “Time to trek

  1. Hellou coucou. Je suis le premier..!!! Même quand on connaît la fin du voyage on se laisse surprendre. C.est magique tout comme les couleurs du post précédent . Vous nous faites vivre les tracas et joies des préparatifs, ainsi que les habitus de l’économie locale indexée sur l’altitude. Peut-être que les prix baisseront plus tard s’ils les alignent sur les variations de température. En tous cas merci pour tous ces posts fréquents. Bises. ppf .

  2. C’est étonnant que le Nepal ait cette meme « politique » qu’en Inde sur le « white face »…. fait très énervant d’ailleurs. Sur les monuments touristiques, je veux bien, ca permet aux locaux les plus pauvres d’accéder à la culture de leur pays et que les monuments soient entretenus par l’argent laissés par les touristes plus riches… mais pour l’hotel, la nourriture et les transports, c’est choquant!

    1. Et bien, justement : de notre point de vue, et dans les deux cas décrits dans l’article (billet de bus ou samosa dans la rue), on ne nous demande pas de payer plus que les locaux… Tant ils en voient si peu on pense .

    1. Pour la bière, on comprend que ça soit cher, c’est un luxe porté à dos d’hommes pour les touristes en manque… Et peut-être pas nécessaire à 4000m. Mais on comprend moins pour les légumes ou le riz qui poussent sur place.

  3. Coucou les amis !!

    Que du suspens …. Le post le plus court du monde, alors que vous êtes au pied des montagnes les plus hautes du monde.
    J’en veux plus 🙂 🙂

    Et en fait Marion a pu faire sécher ses vêtements ?

    Bisous et bon trek !

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