Desserts & Déserts

Après Gilgit, Skardu est la seconde ville que nous traversons.
Plutôt qu’une ville, la capitale du Baltistan est un gros bourg logé entre les contreforts himalayens.

Suite à l’éreintant trajet de la veille, cette journée de repos est la première occasion de nous balader.


Brice, Ashfaq et Tahir passent chez le barbier, pour ressortir rasés de frais.

Tout les trois se payent le luxe d’une lame bien aiguisée, d’un geste professionnel et précis et d’un petit massage facial, le tout pour 50PKR (€0,35) par personne.
Marion et Ashfaq perdent leurs moyens à la vue d’un confectionneur de friandises et sucreries.


Des sortes de gâteaux en pâte de lait, glacé de sucre ou décorés de dorure sur le dessus.
Des verts, des roses, des jaunes et des bruns.
De quoi titiller nos papilles, et apporter du réconfort à nos muscles fessiers et dorsaux endoloris du souvenir amer des routes défoncées.
Hugo se découvre une fringale de fruits secs renommés dans la région. Amandes, abricots secs, noyaux d’abricots, noix et pistaches… il ne sait plus où donner de la tête et en consommera à s’en donner des maux de ventre.

Pour le déjeuner, nous nous arrêtons dans un buibui – pour notre plus grand bonheur – et savourons les chappal kebab locaux, noyés dans une soupe épaisse.
Quelques lamelles d’oignons crus et crudités pour accompagner le tout – ça y est, nous nous sommes mis aux oignons crus, notre couple va en pâtir, mais nos palais et estomacs nous remercient.





Tranquille journée donc, au cours de laquelle nous rejoignons le lac Kachura sur les hauteurs de Skardu.


Sa quiétude et son environnement boisé nous font changer de décor.
L’étendue d’eau aux eaux limpides est entourée d’arbres aux multiples verts.


Skardu semble déjà loin. Dans le village, quelques canaux acheminent l’eau nécessaire aux cultures, les terres ont déjà été préparées pour l’hiver et les habitants collectent le bois de chauffage de leurs robustes maisons de pierre.




Journée tranquille, journée « plan-plan » que nous terminons autour d’un bon bol de soupe.
Les nuits sont bien fraiches.

Le lendemain, une nouvelle aventure nous attend.
Nous partons pour le désert froid de Sarfaranga. Un désert de sable et de dunes, situé à plus de 2200m d’altitude et s’entendant à perte de vue.


Longeant l’aéroport – bientôt international : on a des doutes – nous attrapons les premières routes, blanches d’une fine couche de poussière, qui mènent de l’autre côté du fleuve, dans une zone sauvage et déserte.


Elles ne semblent a priori mener à aucun village ou semblant d’habitations.

Quelques arbres épars ponctuent le paysage de touches vertes sombres, quelques rochers tombés on ne sait d’où jonchent ici et là les terrains nous environnant et notre piste qui serpente au grés des reliefs.



C’est ainsi le retour – si nous l’avions éventuellement quitté – du Paris-Dakar, dans sa version sable.



Pour tenter de faire contrepoids et éviter à la roue avant de plonger, nous sommes bien assis sur l’arrière de LEO et LEX.
Néanmoins, la roue arrière, un poil plus large que celle d’un vélo, n’en fait qu’à sa tête.
Les mains bien accrochées au guidon, nous progressons avec plus ou moins d’élégance pour conserver notre équilibre sur ce terrain meuble.
Brice trouve moto-à-son-pieds et prend un malin plaisir sur ces pistes techniques.

Deux ou trois fois, les plantations d’arbres se font plus dense, et des murets de pierre dessinent la route.
Un peu d’ombre. Toujours autant de sable et de poussière.

Nous traversons un village sous les cris et les signes enjoués des enfants, les tenues des femmes apportent des touches colorées dans ce décor monochrome.
Et cette même question nous traverse l’esprit : pourquoi ces gens se sont installés un jour, dans un désert, et en altitude. Il y neige l’hiver, le vent fait continuellement avancer les dunes et le sable sur les cultures, il faut canaliser l’eau ou l’apporter depuis la rivière… C’est déconcertant.



Notre désertique épopée nous rapproche finalement de la rivière Shigar, que nous commençons à longer à mesure que le désert se transforme en terrain rocailleux et montagneux.
Une pause sur la berge de sable et galets ronds, pour nous détendre les poignées et les épaules, avant de retraverser la rivière, et arriver au check-point* à l’entrée du village de Shigar où nous visitons le fort du même nom.





La route qui nous ramène à Skardu est tout aussi impressionnante.
Après avoir suivi la rivière en s’élevant rapidement de plusieurs centaines de mètres, offrant un point de vue à 180 degrés sur la vallée, la chaussée traverse des collines puis un plateau rocailleux, pour redescendre en de longs lacets. Les larges courbes des virages embrassent les flancs de montagnes dans un sens, et le vide dans l’autre.


Chaque virage est une découverte nouvelle pour finalement rejoindre un long ruban rectiligne d’asphalte barrant l’immensité désertique d’une mesa.
Celle-ci qui s’étend à perte de vue. Tout semble loin, et grand.
Et la quiétude du lieu – une fois les moteurs à l’arrêt – nous amplifie notre sentiment de fragilité et de petitesse.
Nous sommes en plein émerveillement.
On profite, on est bien.



… jusqu’à ce que le pneu arrière de Marion explose – en plein virage… Plus de peur que de mal. Mais nous sommes loin de tout et le retour à Skardu pour changer la roue va être galère. Hashaam récupère LEO, et la pompe sous le bras, il parcourt les derniers kilomètres en s’arrêtant toutes les 4 minutes pour regonfler vainement ce pneu bien à plat.



Toute l’équipe aura finalement besoin de se restaurer et le mouton qurma du repas de pacha aura raison de la moitié du groupe.

Marion est claquée, elle finit l’après-midi à l’auberge en compagnie de Tahir et Ashfaq, tous trois attablés dans le jardin autour du reste des pâtisseries colorées.
Tandis que Brice – accompagné de Wilayat, Hugo et Haasham – attaque la montée abrupte d’une des collines dominant la ville de Skardu et au sommet de laquelle repose les restes du fort de la ville. Le chemin de pierre n’est pas bien large et il faut se concentrer pour ne pas être pris de vertige quand le regard se porte sur les paysages plusieurs centaines de mètres en contrebas.
Au sommet de la falaise, une ouverture de la taille d’une fenêtre dans l’épaisse muraille, nous permet enfin d’accéder au plateau, jadis certainement imprenable.





Le fort est en fait posé sur toute la largeur d’un pinacle.
Il surplombe d’un côté la ville verte et plus loin au Sud, l’Himalaya et la route qui mène à Deosai.
De l’autre côté, on a une vision sans obstacle et à perte de vue sur la vallée aride et grise de tout son long.

En marchant le long des redoutes, ses murs semblent plonger le long des falaises.
S’étend devant nous une morne vallée ponctuée de frais et chimériques bassins bleus, contrastant avec les flots gris tumultueux des eaux glaciaires.
La vue sur l’étendue de sable gris, dans un écrin de sommets tout aussi secs, parait irréelle.






L’illusion est amplifiée par les bourrasques qui soulèvent des nuages de poussières obscurcissant les rayons du soleil, et qui font présager l’arrivée imminente d’une tempête de sable.

En contrebas, le long de la falaise, nous apercevons un chemin et entreprenons de rejoindre cette partie déserte de la ville.
Nous arrivons alors au milieu de cette étendue, berge d’une rivière aux sables mouvants.




Comme sorti de nulle part, nous croisons le chemin d’un villageois qui entreprend de rejoindre l’autre rive sur son esquif de fortune.
Déjà, le sable fin est poussé par les vents.
Nous peinons à distinguer les contours des montagnes en aval et sommes contraints de revenir sur nos pas, avant que les vents de poussière ne nous prennent dans ce qui apparait comme un songe.

Retour à la réalité, retour au bercail, à la douche et à la soupe chaude.
Demain sera une autre route, une route qui nous mènera au bout du monde.

 

‘* La route est parsemée de checkpoint policier ou militaire (souvent les deux) plus ou moins actifs.
Ils contrôlent les ponts, les limites de districts ou simplement les entrées de ville.
La région étaient encore instable il y a une demi décennie, non pas à cause du terrorisme taliban, mais d’une part des volontés indépendantistes du Gilgit-Baltistan, et parfois pour les conflits entre confessions religieuses.
Il est alors très courant que notre équipe s’arrête afin de montrer patte blanche aux officiers en service et d’enregistrer nos passeports.

8 thoughts on “Desserts & Déserts

  1. Je suis vraiment sous le charme des photos au début du post (Skardu) avec les locaux dans leur vie quotidienne. Sur la fin, la différence de contraste entre le bleu de la rivière et le gris du sable et la roche est aussi belle

  2. Un mirage dans la réalité : rivière couleur émeraude perdue dans un large méandre de sable gris , les montagnes qui se devinent au milieu d’épais nuages de sable aussi gris, il y a quelque chose de lunaire, d’élégant et de majestueux …
    et quelles belles photos, notamment celle de la vallée observée au travers d’une porte !

  3. Salam les jeunes !
    J’ai adoré les photos prises depuis le fort, ses alentours, l’atmosphère mi-lunaire, mi kungfu panda 3. 🙂

    J’ai pas tres bien compris comment vous avez fait pour finir le chemin avec la roue de mation en vrac, mais sans kit de réparation : bel eff’s !!

    Bisous

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