Rakaposhi des flocons

Notre précieux visa de 3 mois supplémentaires en poche, nous sommes maintenant encore plus libres de prendre notre temps.
Malheureusement, l’Hiver semble vouloir semer ces premiers flocons plus tôt que prévu et les premières neiges commencent déjà à recouvrir le haut des sommets de la vallée de Hunza.

Le temps d’une éclaircie, nous décidons de retrouver LEX pour une journée.

C’est le retour de la moto et c’est avec joie que nous enfourchons notre destrier pour aller visiter la vallée de Naltar.
Nous empruntons la Karakorum Highway avec joie, et traversons une dernière fois les villages que nous avions vu lors de notre précèdent périple.

La route qui mène à Naltar passe par le minuscule village de Nomal, d’où s’enfonce une route trépidante défoncée et rocailleuse, que nous avons difficulté à apprécier : nous sommes deux sur la moto, et pour Brice qui conduit, comme pour Marion à l’arrière, les rebonds et la maniabilité précaire nous épuisent rapidement.


La route remonte la rivière et à mesure que nous grimpons, les conifères font leur apparition tout comme les températures diminuent.
Il faut dire que Naltar accueille la seule piste de ski du Pakistan – et donc le seul télésiège du pays – où l’équipe nationale s’entraine.

Plus tard, nous longeons le lit de la rivière, dont le courant charrie les cailloux. Au bout, le glacier de Naltar déverse ses eaux gelées, et les femmes, installées sur les rives, lavent de leurs mains rougies par le froid, le linge familial.


Dans les champs, les pommes de terre sont en train d’être ramassées et les terres préparées pour l’hiver.
Le ciel est bas aujourd’hui et nous galérons sur la moto, les cailloux et la poussière.

Nous ne recevons pas non plus l’accueil escompté.
Toutes ces conditions font que notre plaisir en pâtie un peu et nous décidons de rentrer à Gilgit.

En chemin, nous sommes bien sûr invités pour un chai et quelques kakis (il est difficile de refuser), et nous devons nous arrêter au garage pour réparer un pneu crevé (ici encore, on nous offre le thé dont le coût est à peine couvert par le prix de la réparation).
LEX décide ensuite de s’arrêter et ne pas redémarrer. À plusieurs reprises. Problème électronique récurant, néanmoins rageant, sur ces motos bricolées de partout.
Heureusement nous réussissons à rejoindre notre auberge en fin d’après-midi, contents de profiter d’un énième chai dans le jardin et d’une soupe réconfortante chez Ibrahim.

Ibrahim, c’est le mec qui tient, entre autres, une petite échoppe, faites de bric et de broc, qui jouxte notre hôtel.
Il s’y vend quelques biscuits, des assiettes de dumplings, des œufs durs et de la soupe.
Mais Muhammad Ibrahim gère également un des meilleurs – apparemment – restaurants biryani de Gilgit.


Nous sympathisons rapidement avec lui, et passons quelques moments à ses côtés.
En ces froides soirées de début d’hiver, la soupe qu’il prépare ou le vin (oui oui, du vin pétillant*) nous réchauffent les extrémités. Nous avons des conversations plus ou moins** intéressantes (notamment sur l’indépendance du Gilgit Baltistan qui serait secrètement souhaitée par de nombreux citoyens).

Nous nous baladons un peu. Gilgit n’est pas une ville de grand intérêt, mais nous trouverons de quoi nous satisfaire entre nos passages au marché pour s’acheter des châles en pashmina (préparant ainsi notre expédition future), pour goûter telle ou telle spécialité, du kebab aux confiseries de lait, en passant par les abats au vinaigre et les délicieux nan tandoor (le meilleur pain que l’on a dégusté à l’Est de l’Iran).

Et puis, notre planning prend enfin forme.
Cela fait plusieurs semaines qu’on nous en avait parlé, et avant de quitter définitivement Gilgit, nous décidons d’aller voir le mont Rakaposhi et le camp de base au-delà du glacier.
La randonnée part du village de Minapin, situé deux heures en amont sur la Karakorum Highway, et où nous passerons les deux prochaines nuits.

Le temps n’est pas clément, encore une fois, et les dernières chutes de neige ont recouvert le glacier. Il n’est donc plus possible de le traverser.
Tant pis.

Nous glanons des informations sur le temps de rando’. On apprend aussi que le camp de base est désormais fermé depuis quelques jours. Et si nous y trouverons refuge, il n’y a plus rien pour nous restaurer. Mais le trek reste praticable.
Il n’est plus question de dormir là-haut, nous ne sommes pas assez bien équipés.
Tant pis.

Ali Abbas, guide local à ses heures, que nous rencontrons au détour d’un chai, nous rassure, nous offre 2kg de pommes et 4kg de noix – pour notre stamina nous dit-il, et c’est ainsi que nous levons de bonne heure le lendemain matin pour rejoindre le camp de base de Rakaposhi, et faire l’aller-retour dans la journée.



Nous traversons ainsi le village fraichement réveillé et rejoignons rapidement le chemin qui zigzag le long de l’abrupte falaise du plateau alpin.
Le ciel est bleu derrière de gros nuages blancs accrochés aux sommets des montagnes.
Nous croisons la route de quelques ânes, et prenons rapidement de la hauteur.



Les roches sont colorées, rouge et verte, et les couleurs d’automne font leur apparition, notamment sur la moraine nous faisant face.


Nous rejoignons un camp de bergers, pour continuer notre chemin, un temps guidé par un local, en route pour chasser les choucas.

Il nous laisse sur un joli petit plateau, camp de base intermédiaire.
Nous continuons notre chemin, pour retrouver un sentier qui grimpe à flanc de colline.

Le temps se couvre sur la crête vers laquelle nous nous dirigeons.
Les arbres disparaissent au profit de buissons, arbustes et herbes aux couleurs chatoyantes.

À mesure que nous grimpons, les abords du sentier se couvrent des premières neiges.


Elles sont quasiment vierge de traces, si ce ne sont celles d’un « gros chien » (un loup ?).
Puis la neige recouvre le sentier. La couche s’épaissit. Le vent forcit.
Nous faisons nos marques, nos chaussures accrochent toujours.

Puis nous rejoignons enfin la crête, située à 3450m d’altitude, et sommes accueillis par un vent à décorner les bœufs.
Le camp de base n’est plus qu’à une petite centaine de mètres.
Nous nous abritons cependant dans un creux de la montagne et décidons de recharger les « batteries ». Nous sommes partis depuis 4 heures en nous enquillant 1440m de dénivelée.


Rakaposhi et le glacier de Minapin devraient théoriquement nous faire face, mais ne forment qu’une masse indicible blanche qui se noie dans les nuages bas qui nous ont maintenant rejoints.
Le paysage, et les éléments qui nous entourent, n’en restent pas moins impressionnant.

Marion croit deviner des flocons qui tombent.
Nous terminons nos biscuits et alors que nous prenions quelques photos, nous sommes rattrapés par un gros nuage de neige.
Nous nous empressons de rejoindre la crête et redescendre la montagne.

On y découvre un vent puissant qui pousse les flocons de neiges.
Les rafales nous entrainent dans le flanc pentu qui bordent la moraine.


Nos traces de pas sont peu à peu effacées, nous glissons sur nos appuis et nous avons les doigts saisis par l’air glacé qui brosse la montagne. Nous sommes pris dans un tourbillon de neige.
On ne fait pas trop les malins.
Heureusement, il ne nous faut descendre que quelques centaines de mètres pour retrouver des températures moins fatales et l’usage de nos doigts.
La crête, sur laquelle nous étions, est couverte d’un nuage gris.
Rakaposhi, ça sera pour la prochaine fois.
Tant pis.

Nous reprenons notre descente pour retrouver Minapin et un temps plus doux.

Nous retournons vers Gilgit sous une météo mausade.
Après un réconfortant chapchoro,

Axix nous prend gentiment en stop, et nous « convie » à boire le thé chez lui.
Nous sommes ainsi invités à nous assoir dans un salon de réception.


Sa mère embrasse chaleureusement Marion et son père nous montre sa collection de trophées de polo.
En sus du chai, nous avons aussi droit à un gros bout de gâteau chacun, des biscuits… et 4 kg de pommes, 1kg d’abricots secs, 2kg de noix et des amandes et une grenade… à rajouter à notre réserve de provisions!

…Il est incroyable ce don d’hospitalité.
Tout cela sans rien attendre en retour.

Les températures chutent et si ce n’est pas de la neige qui tombe, nous retrouvons l’auberge du généreux Monsieur Yacoob sous une pluie froide.
Quelques jours nous sont nécessaires pour voir la tempête passer et nous préparer à affronter le froid. Nous quittons enfin Gilgit pour l’Ouest et la vallée de Ghizer.

 

‘* : La fabrication et consommation d’alcool sont globalement prohibées en République Islamique du Pakistan.
Néanmoins, il existe une brasserie-distillerie tenue par des Zoroastrien (Muree), qui est seule autorisée à en fabriquer. En parallèle, les citoyens de confession non musulmane peuvent consommer les produits Muree. Dans les faits, les Pakistanais qui veulent boire un coup trouvent toujours un moyen.
Et dans les régions du Nord, à forte proportion d’Ismaeli et globalement plus tolérantes, nos amis font leur propre vin, en pressant leur raisin, ou parfois se fournissent en eau de vie de mûres.

 ‘** : « moins intéressante », c’est quand il nous dit que « Hitler était un grand homme ».

5 thoughts on “Rakaposhi des flocons

  1. Toujours des aventures à suspens, et heureusement elles se terminent bien !
    On n’a pas l’habitude de rencontrer des gens aussi généreux et souriants, ils ont l’air sympathique ces paskistanais
    On voit peu de femmes, mais malgré la tolérance, elles portent toujours le voile …

    1. les gros blocs roses dans le magasin,c’est du sel?c est dommage pour la vue le mauvais temps que vous avez eu ,mais à 3500 ça doit souffler vent et poumons….parceque 1400 de dénivelé chapeau

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