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2018

XinNianKuaiLe!!!

 

Bonne année 2018, qu’elle nous apporte plus de bonheur et bonnes nouvelles que 2017…

On promet aussi d’être plus prolifique!

Xiamen Amen Amoy

Ca faisait longtemps qu’on en parlait, mais le rythme dense de nos semaines de travail, la chaleur de ces derniers mois de mousson, les typhons fréquents dans la région, et simplement la fatigue nous on fait repousser et repousser et repousser notre premier petit voyage à deux en Chine depuis notre arrivée(!)
Mais ça y est, on va se faire une escapade à Xiamen. C’est à environ 600km de chez nous, ça sera parfait pour un court week-end “ailleurs”.

Xiamen, est une “petite ville” de 3,5 millions d’habitants située dans la province du Fujian, île urbaine posée le long du détroit de Taiwan. Oui, Taiwan n’est qu’à 130 km d’ici, juste en face et c’est d’ailleurs ici que les bateaux partent pour ce pays-à-part-entière-dont-personne-ne-reconnaît-le-statut-indépendant. (Sujet tabou parmi tant d’autres en Chine)

C’est ainsi que 2 semaines avant – oui, il faut prévoir en avance dans cette Chine où les places dans les trains sont toujours très vite pris d’assaut – nous partons acheter notre billet de train.
On regarde sur un site – en anglais -, on s’organise, on note le bon numéro de train et hop, on se dirige vers le minuscule bureau des tickets à Xinxu. (pour rappel – la gare ferroviaire la plus proche est à 45min de voiture).

Serait-ce notre sédentarité ou la vie ici qui nous fait perdre un peu la confiance qu’on avait acquise en voyageant, mais acheter ce billet, sans demander l’aide de nos collègues ou de quiconque d’autres ne nous paraît plus si simple.

Parce qu’on sait qu’on ne va pas nous comprendre, que le type ne va pas ralentir son rythme d’élocution pour nous aider, qu’il y a aura 15 personnes qui vont hurler autour de nous, passer leur tête entre la nôtre et la fenêtre du comptoir “ah pardon, je ne vous avais pas vu…”, faire une photo et se marrer de notre piteux accent chinois. Mais on tient à rester indépendant. On veut faire et savoir faire.
Alors confiance confiance!

On a de la chance, en arrivant au comptoir, dans une boutique sans porte et sans vitrine, nous sommes seuls. Le gars nous pose bien quelques questions, mais on gère. Et hop hop hop, nous voilà 10min plus tard munis de nos tickets pour Xiamen, aller-retour en train grande vitesse, AC et TV. Le luxe!

Bon, entre temps, on apprend que Brice doit partir en voyage pour le travail à Singapour et en Inde. Donc nous voila de retour au guichet quelques jours plus tard pour avancer notre retour du dimanche soir.

Mais ça aurait été trop simple ainsi.
Note pour plus tard : on ne peut que changer les billets dans une gare.
C’est tout de même dommage pour ce mec dans sa guitoune qu’on ne lui ai pas installé la touche “exchange” sur son clavier.
Nous sommes en mode extra détendu ce jour-ci et l’information passe bien.
Ok, on ira vendredi soir au comptoir avant notre train.

Ca y est. On fait notre sac. Simple, léger, compact.
On rationne le dentifrice, le savon, et les t-shirts – on ne part que deux jours, on portera tout sur notre dos.
On prend un peu de marge le soir pour commander un didi*, et comme c’est vendredi soir en Chine, il y a beaucoup beaucoup de monde, même dans une petite ville du confins et nous allons mettre 1h30 pour faire 20km – et comme notre chauffeur didi ne sait/veut pas lire son GPS, il n’a pas la brillante idée de prendre une route parallèle.

Après 3h de train et 1h de bus – parce que la gare de train est située à 25km de la ville, (on avait oublié ces lointaines gares construites en prévisions d’une extension phénoménale des villes) nous voilà déposés au centre ville de Xiamen.
Il est 23h, mais déjà, on ressent une atmosphère différente de chez nous : l’architecture, l’air, les gens…
600 km à l’échelle de la Chine, ça n’est finalement pas tant que cela, mais ce pays est varié et ces quelques centaines de km nous font déjà nous sentir ailleurs.
Nous sommes définitivement loin de notre campagne du GuangDong.

On marche dans les calmes ruelles de la ville à la recherche de notre hôtel longeant les arcades et observants les quelques petites échoppes encore ouvertes à cette heure tardive.Ces ambiances sont chouettes à découvrir. Ces moments ou le privé de la maisonnée prend le pas sur le public de la boutique.
Bien souvent dans ces quartiers populaires, les gens vivent dans leur magasin, au premier étage au dessus ou simplement dans l’arrière boutique au fond.
Aussi, à cette-heure, s’il y a encore de la lumière dans la minuscule boutique, on sent que les gens se préparent pour la nuit. Quelques tables sont installées en extérieur dans les calmes rues du vieux centre. Les joueurs de cartes ou de mahjong jouent leur dernière partie, et nous, nous sirotons notre jus de fruit frais fraîchement pressé. Relax.

Nous posons nos affaires dans une petite auberge basique. C’est l’esprit bourlingue qui persiste. Ca ira bien pour le week-end.

Samedi matin, à nous Xiamen!

On se sustente de quelques “bouchées-vapeurs à la viande” et d’un grand jus de fruit frais, il y a des étales à tous les coins de rue.
Les mangues sont énormes, les goyaves, papayes, fruits du dragon, oranges et citrons, pommes et melons, pastèques et kiwis. Que de couleurs et de saveurs. On se fait une cure.
Renforcant ainsi notre sentiment d’escapade. De vacances – même si nous n’y sommes que quelques heures.

La ville est touristique, réputée dans tout le pays pour sa qualité de vie.
Une ville agréable à vivre.


Si nous profiterons plus tard des rues calmes, l’évidente attraction touristique de Xiamen demeure le petit îlot Gulangyu.
Si les touristes – les personnes qui comme nous ne résident pas à Xiamen – ne peuvent plus dorénavant prendre le petit ferry traversant le court détroit et doivent par conséquent rejoindre un plus gros bateau plusieurs kilomètres au nord, il n’empêche que les quelques minutes de traversée des cinq cents mètres qui séparent GuLangYu de la ville, sont en réalité un voyage à travers les époques et les lieux.
En effet, à la fin du XIXe siècle, suite à la première guerre de l’opium, les Européens sont autorisés à installer un comptoir à Amoy (ancien nom de Xiamen) sur cette petite île.
L’île demeurée longtemps enclave étrangère a évolué en marge de l’histoire de Chine (ne souffrant que très peu des affres des dernières décennies).

Pas d’automobiles, l’île est terriblement calme.
Si de nombreux touristes s’y baladent ou se prennent en photo, il y a très peu d’artères intégralement dévolue au commerce touristique (comme c’était le cas à LiJiang ou FengHuang). Les gens continuent d’y habiter. On trouve encore des quartiers résidentiels aux étroites rues bordées de riches maisons coloniales, ou d’immeubles d’habitations plus récents, dédiés à héberger les Chinois qui vivaient alors sur l’île.

Si certaines vieilles bâtisses sont quelque peu décrépies, il n’en reste que leur présence dans leur jus est impensable dans ce pays.

Loin du tumulte urbain de la ville, on a sentiment de déambuler dans un autre siècle.

Sur des photos d’époque, on peut voir des familles de colons, entourés de leur personnel chinois, tous en costume d’époque (avant l’abdication de l’empereur: les hommes chinois portaient encore de longues nattes!). On imagine qu’alors il leur avait fallu traverser plusieurs mers et pendant de longs mois avant de rejoindre ce bout du monde!).

Il fait chaud, très chaud.
Néanmoins il souffle cette agréable brise si caractéristique des villes côtières. Légère et fraîche, donnant des envies de prendre le large!… et nous voilà déjà très loin.

Quand nous rejoignons le sommet d’une colline dominant la ville et le continent si moderne, on a l’impression d’être dans une bulle, loin de cette horizon de modernité, de verre et d’acier pourtant à quelques centaines de mètres de nous.Déjà le soleil se couche, nous retraversons le chenal qui nous ramène au présent.Comme souvent dans ces chaudes régions asiatiques, c’est une fois que la torpeur de la journée tombe que les étales et les tables investissements les devantures et les trottoirs.

Le timing parfait pour profiter d’un repas de délicieux fruits de mer pour l’anniversaire de Brice.

Le lendemain, nous privilégions une balade en “ville”, dans la partie historique de Xiamen.
On rejoint dans un premier temps un charmant temple bouddhiste.

Puis la température grimpant, nous allons nous réfugier dans les quartiers populaires.
Les gens semblent y vivre à autre rythme quiet.
On se sent dans “le Sud”, pas de traffic, pas de bruyante moto.

On fuit la chaleur et les brûlants rayons du soleil en cette fin d’été, pour s’engouffrer dans les étroites ruelles du vieux quartier, extraordinairement préservé (dans cette Chine qui a pour habitude de tout “renouveler”).
On comprend qu’à l’ombre de petits édifices bordant ces rues pas plus larges de deux mètres, il fait toujours frais, et nous nous plaisons à prendre la tangente et à nous perdre dans ces dédales de calmes venelles résidentielles.

On y croise une mamie qui fait sa sieste, un livreur poussant son chariot, un papy nettoyant des viscères de porc. Puis la rue tend à s’élargir et mène à un temple ou un marché.

Xiamen a été pour nous un véritable bol d’air frais.
La mer, le confort, la quiétude et les vieux quartiers. Au risque de nous répéter, on souligne que notre expérience à HuaGuo est bien différente de celle que nous aurions en habitant à ShenZhen, à Canton, à Xiamen ou n’importe quelle centre urbain “développé”.
Et en dehors de l’aspect pittoresque et culturel que cette ville nous offre et que nous avons absorbé avec besoin, c’est le confort d’une ville moderne et d’une civilité, qui fait défaut chez nous, qui nous a réconforté à Xiamen.
Ce bol d’air frais n’est finalement pas si loin de chez nous, on y retournera volontier.

 

* didi, c’est le Uber local.
Tu donnes ta position de départ, tu dis ou tu veux aller, et tu lances une demande générale.
Les voitures didi reçoivent ta requête et c’est au premier chauffeur qui l’accepte.
Toi tu ne peux pas choisir ton didi. Mais lui voit et sait ou tu veux aller (cette dernière phrase est importante pour la suite).

Il y a quelques semaines, ils ont eu la bonne idée de faire une version en anglais. Quelle révolution pour nous!

On peut pré-enregistrer des messages pour dire “oui oui, je suis la. Regarde la position gps.” ou “Je suis un loawai.”.
Mais le chauffeur va quand même t’appeler pour te dire ni zai nali? (t’es où?) Et toi de repondre wo zai zheli (je suis ici).
Et ensuite il reparle, et tu lui dis, buhaoyisi… wo bu hui shuo han yuwomen liangge loawai … (désolée, je ne sais pas parler chinois – nous sommes deux étrangers), et il te dit wo ting bu dong (je ne comprends pas).
Alors tu raccroches, tu cherches sa plaque d’immatriculation, il te rappelle, tu redis que tu parles toujours pas chinois, mais que tu es à l’endroit indiqué du GPS, il te dit qu’il te comprend pas et tu raccroches, et tu le trouves et il est content, et tu es content, et il te dit ahhh tu peux peux pas parler chinois….hahaha…

Tu es dans sa voiture, et tu te dis que tout va bien aller maintenant.
Mais… pas toujours
Parce que dans les faits, plusieurs cas se presentent:
Cas n.1 : tu dois aller à Shenzhen – et il faut une plaque d’immatriculation spéciale pour Shenzhen, pour réguler les bouchons lors des heures de pointe.
Donc on monte dans sa voiture, on traverse le village et il dit :
– ah mais tu veux aller à Shenzhen? Parce que moi, ma voiture elle ne peut pas y aller…
Mais pourquoi t’as pris la course alors? Tu croyais qu’on allait changer d’avis ?

Il faut donc descendre de la voiture, annuler la course – par lui et par nous – le compte didi est bloqué parce que à ce moment précis, le réseau beuge…

Cas n.2 : le chauffeur accepte la course, commence à rouler quelques minutes et se rend compte que chez nous c’est loin, qu’il faut payer un extra, que blablabla…
Mais, tu as choisi la course nan?

Cas n.3 : le chauffeur ne connaît pas la route et refuse de suivre son gps et nos explications quand on lui dit mais siiii, on connaît, c’est par là-bas notre maison… on y habite… et lui il répète, je connais pas, je connais pas… et commence à nous expliquer on ne sait pas quoi avant de nous voir descendre de la voiture, un tantinet agacé.

Cas n.4 : le chauffeur trouve que la route est trop petite et s’enfonce trop dans la campagne et décide de ne pas aller plus loin (la nuit surtout, ils ont peur)
Bon ben, une fois, on a finit le dernier km à pied à 3h du matin.

Cas n. 5 : le chauffeur didi ne sait ni lire les panneaux ni son gps. Et là, c’est galère.

Il y a bien sur des cas faciles, sans trop de stress ou de mésaventures, mais d’après nos statistiques en interne, on doit être à 25% des cas.

 

 

 

2017

2017

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Et oui.
En cette fin d’année c’est le retour de la bourlingue.

Pas vraiment la bourlingue comme on l’entend. Pas vraiment celle des molek bringuebalants et des assis durs bruyants, des coraux bariolés et des mosquées aux tuiles bleutées.
C’est plutôt la bourlingue, au sens large. C’est nous, qui vivons en Chine depuis plus de 3 mois maintenant.
C’est Brice et Marion, les bourlingots comme d’aucun nous appelle, qui ne vadrouillent plus tellement, mais qui gardent, on l’espère, un regard curieux sur le monde qui nous entoure.

Alors, on a pris le temps de s’installer, de percer de quelques trous les murs de cette immense maison qui est désormais la nôtre pour y accrocher des étagères et y poser nos vêtements.

Parce qu’aussi ahurissant que cela puisse paraitre, notre garde-robe s’est considérablement étoffée puisque nous avons eu la chance et la joie de repasser en France fin Août.

Oui, c’était il y a 4mois…
Rembobinons.

Le 8 Août, nous quittions Bangkok pour Guangzhou. Nos sacs sont remplis à ras bords de nos deux années et demi de voyage.blog-back-1Ça y est. Nous allons le poser pour « de bon » ce sac.
Notre maison est immense. Quelques 120m2, juste pour nous deux. Même notre lourd paquetage semble minuscule. Mais la vue est plutôt sympa.blog-back-62Nous sommes installés au bout du bout du bout du bout de la route. Une fois notre maison passée, le chemin n’est plus que terre. Nous sommes dans la partie haute du village de HuaGuo, dans le hameau de JiGongTian (respectivement 花果 et 鸡公田, ce qui signifie « fleur-fruit » et « champ du coq »), une quinzaine de bâtisses sans charme sont édifiées.
Nous sommes au deuxième étage d’une des plus hautes maisons. En dessous, un collègue/copain/voisin.

Voilà, dans ce village isolé vivent une trentaine de personnes dont une grosse demi-douzaine de laowai. Nous, les laowai de l’entreprise Entre-Prises.
Un village au calme, comme on pourrait s’en angoisser autant que l’aimer.

Il faut un peu de temps pour s’installer et intégrer ce nouveau paysage et environnement. Il n’y a pas de bus, pas de gare, pas de transport en commun et encore moins de supermarché.
Mais de l’électricité, de l’eau de la montagne et du wifi.

En marge de la rivière, il y a bien une mare avec des grenouilles et des canards.
Autour de nous, des poulaillers, des chiens, des ruches et leurs lots d’abeilles. Et des vergers, des potagers, des cultures et des plantations.
Bananes, papayes, litchi,… La nature autour de nous est belle.

Brice commence le boulot sur les chapeaux de roue.
Il alterne des allers-retours administratifs « à la ville » de HuiZhou pour préparer son visa de travail, il apprend tout plein de choses sur la gestion de projet d’un milieu qu’il est loin de maitriser et s’habitue de nouveau à travailler derrière un ordinateur.
Marion prend ses repères, aussi bien dehors que dedans.

Mais notre premier séjour ici est de courte durée.
Notre visa-touriste n’est que de 15 jours.
Pour nous installer une fois pour toute, il nous faut un visa. Un vrai.
Et pour l’obtenir, la meilleure manière est de le faire à l’Ambassade de Chine… en France.
Et ça se goupille plutôt bien puisqu’ainsi, Brice suivra une formation de deux semaines au siège de la boîte, en France.
En France, genre en France, LA France !
Celle que nous n’avions pas revue depuis que nous sommes partis.
Ce pays qui a subi de plein fouet les affres récentes de notre société et qui nous parait avoir bien changé depuis notre départ.
Notre pays que nous ne lorgnions plus que par la petite fenêtre des informations sur nos téléphones ou par les bribes d’informations glanées ça et là, chez nos familles, nos amis… nous le rejoignons avec un mélange d’appréhension et d’excitation.

Qu’allons-nous (re)trouver ?
C’est ainsi que nous nous sommes bien installés dans un avion pour Paris et pour 3 semaines de « vacances ».blog-back-1 blog-back-2Est-il nécessaire de souligner que nous ne faisions pas les malins à l’aéroport.
Nous nous apprêtions à survoler les pays et les frontières qui nous avions traversés, les montagnes que nous avions pris le temps de contempler, et les plaines d’arpenter. Un raccourci spatial et temporel, qui nous a tenu au corps plusieurs jours après notre atterrissage à Charles-de-Gaulle.blog-back-3

Vendredi 19/08/2016. 05.00 GMT+1, Paris, France : C’est fou !
On sourit bêtement à tout le monde et on salue. Désormais, on peut lire et comprendre tout ce qui est écrit. Les annonces dans le train ne sont plus des krrktchingjatong, mais des phrases intelligibles dont nous comprenons chaque mot. Et les gens nous comprennent.

On retire des euros. Wouah ! Regarde, c’est un nouveau billet non ?
En tous cas, au début, cela nous apparait comme une nouvelle monnaie.

On s’achète un ticket de RER. 10€ !blog-back-4Et comme on ne change pas si vite, on se dit que 10€ c’est le prix d’une de nos journées en Indonésie.
Mais dans nos têtes, c’est un renouveau.
On regarde notre environnement comme on le faisait ailleurs, on observe la banlieue qui file, dans un assis-dur express régional décrépit. Les toits de tuiles rouges, les maisons en pierres et briques, le clocher de l’église, l’horloge de la mairie, les quais, et les gens. Ah les gens… on avait oublié que la France est si colorée. Des blancs, des noirs, des jaunes, des marrons, dans un dégradé de couleurs, de boubou ou de sari
Et nous nous sentons fiers en en prenant conscience.

Notre arrivée matinale dans Paris coïncide avec l’ouverture des boulangeries et la livraison de la petite fromagerie de quartier. Tout est cliché, tout semble mis en scène pour nous accueillir.blog-back-5 blog-back-2 On est contents.
On retrouve Jocelyne, un petit déjeuner de pain et confiture.blog-back-45Et c’est ainsi que va débuter notre marathon famille, potes, bouffe.

Mais avant cela, nous partons à la découverte de Paris, sac sur le dos et appareil photo autour du cou.
Les Parisiens et les Français nous apparaissent beaucoup plus sympas, plus accueillants que nous nous y attendions. Est-ce la belle saison et les rues désertes qui en font des hôtes souriants? Est-ce dû au fait que nous déambulons dans les rues comme deux touristes aux regards ébahis ? Ou peut-être nous plaisons-nous à aller au contact de l’autre ?
Mais cela nous apparait aujourd’hui : Paris est magnifique.blog-back-8 blog-back-6 blog-back-14 blog-back-13 blog-back-12 blog-back-11 blog-back-9 blog-back-17 blog-back-7 Stitched Panorama dscf6116-copier Stitched Panorama blog-back-52 blog-back-54blog-back-55Que c’est beau !

On redécouvre aussi Paris et ses scènes du quotidien : les salles bruyantes des brasseries, l’étroit métro il est petit !  non climatisé, mais il est tellement charmant. Il y a des stations toutes les minutes, des petits murs voûtés aux céramiques astiquées.
Les voyageurs ne sont pas les zombies collés à leur téléphone comme dans le métro de ShenZhen, mais des gens élégants aux styles hétéroclites.

On redécouvre le bonheur de faire du vélo dans Paris, et en plein mois d’août, cela a du bon, seul ou entre amis. Ça a du bon aussi.

à la première gorgée, on doute, mais si, on peut bien boire l’eau du robinet; même en ville elle a bon goût. Et d’ailleurs l’eau froide… est froide ! et ça nous étonne.
C’est intéressant de revoir cette ville que nous connaissions si bien, sous un regard neuf.
Et puis ce territoire.
Que la France est belle !
Tout nous émerveille. Les champs vallonnés champenois, les boulevards haussmanniens frénétiques, les forêts arborées vosgiennes, les fronts de mer ensoleillés de Méditerranée, les montagnes abruptes iséroises, les quais lyonnais, la douce chaleur de l’été, les couleurs de l’automne, les choix de tomates et de fruits, la finesse des saveurs, la variété des produits, les gens et leurs sourires, le savoir-vivre, les terrasses de café, sur des placettes propres donnant sur des rues pavés et sereines…blog-back-18 blog-back-19 blog-back-23 blog-back-21 blog-back-24blog-back-22 blog-back-30 blog-back-29 blog-back-27 blog-back-32 blog-back-31 blog-back-20blog-back-53Stitched Panorama blog-back-33 blog-back-35 blog-back-34Stitched Panorama Stitched Panorama

blog-back-50Stitched Panorama blog-back-58 blog-back-60

blog-back-5 blog-back-9blog-back-61blog-back-12Oui, nous avions oublié tout ça. On avait perdu l’habitude de la regarder.
La France est belle et on comprend pourquoi elle est tant convoitée, adulée, vantée par les touristes du monde entier.

La saison est parfaite. Le ciel est beau et bleu. L’automne s’invite doucement. Ah, les saisons !blog-back-8blog-back-14Les copains s’étonnent de nous voir et puis finalement, l’étonnement ne dure guère.
Les habitudes reviennent vite. Quand on est entre amis, on se connait, on se reconnait malgré le temps et ses changements.blog-back-47On découvre les blablacar, on prend des ouibus, les Téoz de 6 heures du mat’ et des preum’s. Le TGV, c’est pas bourlingue!
On part à Nancy pour une chouette fête de famille. Ah, ça fait du bien.blog-back-25blog-back-26Puis à Perpignan, Lyon et Grenoble.
Ah, ça fait du bien.blog-back-7 blog-back-4 blog-back-46 blog-back-48 Les potes s’enchainent, les retrouvailles et les au-revoir aussi.
On retrouve les uns et les autres changés. Et puis pas tellement non plus. Mais beaucoup aussi parfois.

Tout est intense. Tout va trop vite. On profite, on attrape ce qu’on peut, on s’imprègne de l’amour de nos proches, on s’accroche à ces moments simples. Ah, ça fait du bien.
On raconte, on questionne. On réalise qu’on est parti longtemps et loin…

Ce retour n’est pas si simple à gérer non plus. On se sent également déphasés. On n’habite plus ici. On se sent loin parfois, tout semble pourtant si simple et spontané.
Les allers-retours nous épuisent aussi.blog-back-57

Brice entame sa formation entre l’imposante Chartreuse et la calme Belledonne.blog-back-44 blog-back-42Marion continue de traverser la France (il est tout petit ce pays quand même!).
Mais sa mission visa s’avère bien plus compliquée que prévue.

Voilà que commence le périple administratif, les certificats médicaux qu’il faut faire et qui n’ont pas été faits, les courriers qu’il faut envoyer et qui se perdent, les recommandés, les jours fériés, etc.
Petit à petit, on comprend qu’il va falloir beaucoup plus de temps qu’escompté.

Brice se forme à l’ingénierie des murs d’escalade, et à l’escalade par la même occasion.blog-back-43On enchaine les bonnes bouffes, les apéros et les bonnes bouteilles.blog-back-13 blog-back-6 blog-back-38 blog-back-41blog-back-10 blog-back-3blog-back-28 blog-back-11 blog-back-17On s’engraisse de bonnes choses, nos palais s’en réjouissent, la balance moins.

On visite les uns, les autres. On pense à tout le monde, on n’oublie personne, mais on n’arrive pas à tout faire rentrer.

ça va vite, ça passe trop vite.
On ré-ouvre des cartons, soigneusement stockés dans la cave.
On s’étonne d’avoir autant gardé, nous qui croyions à l’époque avoir pas mal trié.
Alors, on donne, on élague comme on peut et on se refait un sac-à-dos, de quelques fringues et chaussures.
On prend des affaires « nécessaires » … mais après tout, de quoi avons-nous vraiment besoin de plus que ce qui se trouvait déjà dans nos sacs ?

C’est tout de même chargés à ras bords que nous rentrerons au village des fruits et des fleurs.

Brice repart le premier, après presque un mois passé en France. Son visa est prêt avec une bonne semaine de retard. Mais pas celui de Marion.

Il va donc falloir qu’on se sépare. L’avion de Brice l’attend, le travail et la Chine aussi.

C’est ainsi que s’entame une nouvelle aventure.
Marion en France.
Brice en Chine.

Pendant deux mois, Marion refait connaissance avec l’Automne, Paris (merci encore Julie!), le monde de la scénographie et des ticket resto’!
Du temps en rab’ pour profiter des amis et de la famille.
Du temps en rab’ pour essayer de prendre du temps, jusqu’en Belgique!blog-back-15 blog-back-56

Côté chinois, l’immersion dans le monde du travail est subite. Ce train qui va à deux cents à l’heure et auquel il faut s’agripper… pour qu’il continue de rouler.

Ouf ! Les weekends pour décompresser : du surf, des balades sur les îles du coin.

Et les nouvelles amitiés…. ouf ouf ! Avec Damien, avec Ale’, Adrien, Jérôme, Jean-Luc, Diego et Fifa, l’usine et la salle de bière…
La vie en communauté.

Et puis, Marion arrive enfin.blog-back-16blog-back-18On va enfin pourvoir construire un chez soi.
On va enfin pouvoir démarrer ce nouveau chapitre chinois.

 

Note – Tout ça mériterait qu’on s’y attarde.
On ne sait pas trop encore de quelle façon on va poursuivre ce blog.
On trouvait finalement dommage de l’arrêter.
On aimait bien raconter.

Alors, ça ne sera certainement plus de la même façon, mais on continuera peut-être à vous conter un peu de notre vie ici.

Et si c’était un épilogue ?

Si c’était un épilogue ? si la bourlingue arrivait à son terme ? et si on disait qu’on a trouvé du travail ?
Qu’on va se ranger des voitures, qu’on va se reconstruire une petit chez nous confortable…

… ce n’est finalement pas tout à fait faux.
Oui, Brice a bien trouvé quelque chose qui correspond à ses envies, satisfaisant sa curiosité technique et son besoin de rencontre, et qui finalement nous convient bien à tous les deux.
On va aller s’installer, se sédentariser… et commencer une nouvelle aventure.
Après tout, qui a dit que voyager ne se faisait qu’aux grés des chemins ?

Et c’est dans l’industrieuse Chine, que nous allons finalement poser nos sacs.
Au cœur du Guangdong, à quelques heures de Canton, Shenzhen ou Hong Kong.
Plein de choses à voir tout autour. Des aéroports et des gares pas loin pousseront à l’escapade de fin de semaine, et les environs semblent propices à la rando’ à pied ou à vélo.
Le défi de bourlingue demeure dans le fait que la ville chinoise dans laquelle nous vivrons, si elle n’est qu’à 30 minutes du métro de Shenzhen, possède des allures de ville du bout du monde, de « farwest » chinois, aux rues poussiéreuses bruyantes, aux flaques de boues, sans aucune planification urbanistique, et entourée de zones industrielles.
Il y a bien un Mc Do’, un semblant de coffee-shop, un super marché… et puis pour se protéger un peu de la dureté de cette vie chinoise, notre logis sera à quelques encablures du centre-ville, dans un écrin de verdure et de silence parmi les paysans œuvrant dans leurs champs et vergers.
Autant le dire, c’est un nouveau challenge qui s’annonce.Stitched Panorama

Et puis, le plus important, c’est le projet.
Dans ce petit bled se trouve la branche d’une entreprise française de taille moyenne qui fabrique des murs d’escalade (et bien oui, il faut bien que quelqu’un les construise). Une cinquantaine de personnes, 5~6 étrangers… et une ambiance de start-up pour des projets qui pleuvent… on ne va pas chômer mais dans une ambiance chaleureuse, si tout passe bien.

Marion pourrait travailler par mission sur le design des murs – plein de choses à faire sur ce marché qui se cherche – et reprendra le difficile labeur de freelance, prospectant ses missions dans la région.
Mais elle a aussi plein d’idées créatives. Autour du blog, des croquis, des photos.
Et plein plein d’autres encore.

On va apprendre à ne plus tout faire ensemble. On va reprendre notre indépendance.
On va apprendre le chinois, s’acheter un wok et un rice-cooker.
On n’oubliera pas les assis-dur, mais on réapprendra le confort.

Et puis, pour qu’on s’y sente à l’aise, l’équipe là-bas nous a accueillis quelques jours mi-juillet, pour que nous fassions connaissance et choisissions en connaissance de cause. IMG_20160713_133847_1468392084979L’occasion de regoûter au baijiu et de se faire un petit feu d’artifice artisanal. Un séjour étendu pour voir ce que ShenZhen aurait à nous proposer (notamment professionnellement pour Marion), visiter nos amis Cantonnais Taka, Sharon et Carry, et célébrer l’anniversaire de notre chaleureux copain Francis.

Voilà. On ne sera pas trop mal entourés !
On va ici, à XinXu.
Notre visa est prêt.
Notre billet d’avion a été acheté.
Départ le 8 Août.

Dernière semaine un peu rude dans nos têtes.
Problèmes de visa, déménagement soudain et stress lié à cette dernière ligne droite avant notre nouveau départ… Mais on profite des copains autour de l’anniversaire de Mélissa, des pancakes, de la piscine et de la vue sur Bangkok depuis leur terrasse.Stitched Panorama

Et puis il fallait bien que ça arrive.
Pour la dernière fois, on recharge notre sac. Mais cette fois-ci, il nous faut tout ranger : les polaires achetées dans le froid glacial du Yunnan, les longji et sarong du Myanmar et du Laos, les tenues traditionnelles indiennes et indonésiennes, les quelques minuscules souvenirs, cailloux, billes et autres trouvailles de la route. Toutes ces choses que nous avions entassées chez nos amis les Chats.

Nous sommes recueillis en dernière semaine chez François et Mélissa. Une coloc’ super sympa, super simple pour quelques jours.
Merci pour ces moments et cet accueil imprévu.
Merci pour votre flexibilité.

Enfin, bien sûr, Vincent, Clémence, Louise et Joseph, les Chats : MERCI.

Des amis qui vous hébergent aussi longtemps, cela ne court pas les rues.
On libère enfin la chambre.

On s’est sentis bien avec vous. Bien chez vous.
Merci de nous avoir laissés la place, merci d’avoir accepté et supporté cette collocation.
Merci de nous avoir intégrés dans votre famille.

Merci du confort et de l’espace incroyable de la maison.
Merci de la vue depuis le balcon, de la piscine et des soirées au son du chant des grenouilles.
Merci des repas et des échanges, des partages, des films.
Merci des réveils matinaux et des temps calmes.
Merci de cette cohabitation.
Merci de nous avoir compris et acceptés.
Merci de nous avoir conseillés, suivis et accompagnés dans nos démarches.
Sans vous, on ne serait jamais arrivés où nous en sommes.

On vous sera toujours redevables.
On n’aura certainement pas de piscine et on mange beaucoup de riz, mais vous serez toujours les bienvenus !
(et puis, oui, on reviendra !)

Allez, direction l’aéroport.
China, nous voilà !

你好 !
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Pausons nous

« Un voyage se passe de motif, il ne tarde pas à trouver qu’il se suffit à lui-même. »*

Qu’il est difficile de commencer cet article.
À moins qu’il ne soit difficile de terminer par cet article.
On ne sait par quel bout prendre les choses.

Pas envie de clore cette étape de notre vie, pas envie de tourner la page, ni de faire un bilan.
Cependant, il va falloir se rendre à l’évidence.

On se dit que ça serait trop long de tout re-raconter, de reprendre depuis le début.
Il faut dire qu’on s’est accrochés à ce journal comme à un fil d’Ariane.
Pour nos amis, nos familles, pour leur exposer ce que l’on voit, expliquer ce que l’on vit, décrire les mets que l’on savoure et l’air que l’on respire.
Mais surtout et avant tout, si on a écrit ce carnet de voyage, c’est pour nous.

Il faut dire que nous sommes partis, ne sachant trop comment faire, ni quoi dire. C’est étrange de tout raconter.
Puis au fur et à mesure de nos découvertes, nous avons pris plaisir à rédiger ce carnet intime, contant nos impressions, exposant sur le vif nos visions subjectives et humbles des endroits que nous traversions, des cultures que nous croisions, des personnes que nous rencontrions.

Nous avons travaillé dur pour le tenir à jour, passant de longs moments, quotidiennement, à trier ces photos, sélectionner les plus belles et illustratives, rédiger les articles avec minutie et puis les relire.
Revenant sur notre ouvrage pour corriger et effacer, étendre notre champ lexical, chercher les synonymes et les mots précis, des « falaises karstiques » aux « venelles» en passant par un « phalanstère ».
Tout ça pour trouver le mot juste, rapportant fidèlement nos sentiments et émotions. On voulait qu’en relisant notre texte, on puisse se replonger dans ses moments et se souvenir de chaque détail.

Ce blog est un véritable « 4 mains », chacun de nous rédigeant dans son propre style, l’un et l’autre se complétant pour donner vie à ces articles qui, au fur et à mesure des mois, se sont allongés, ont gagné en précision, en maturité… et en intérêt.
À mesure que notre voyage avançait, nous nous éloignions de nos références, de notre quotidien, de nos habitudes.
Nous obligeant à poser sur le papier ce nombre grandissant de surprises, de nouveautés et d’expériences.
Afin de ne rien oublier.
Mais qu’est-ce qu’on a été bavards.

Au départ, l’Italie ne nous étonnait pas vraiment.
Confortablement installés dans notre TGV pour Torino, on ne pensait pas encore à se réjouir de voyager en « assis-mou » et d’avoir des carreaux aux fenêtres. Comment aurions-nous pu nous attendre à vivre ce que l’on a vécu par la suite.

On pourrait raconter l’histoire des trains, des trajets et attentes interminables…

…des bus, des machrutka, des pete pete, des tuk tuk, des rickshaw, des minivan, des sumo, des angkot, des vendeurs ambulants et des « assis-durs » et « assis-mous », des sleeper poussiéreux ou couchettes climatisées glacées.
L’histoire de ces longues heures passées au son répétitif des essieux qui claquent à chaque jonction de rail, des sonos bruyantes des bus, sous les regards éberlués et souvent insistants des passagers, lors de rencontres fortuites et de frugales repas achetés en hâte par la fenêtre à un vendeur sur le quai.
Mais dans ce train à grande vitesse qui nous conduisait à Turin dans un confort bourgeois, on ne savait pas que 6h de trajet nous paraitrait être « la porte à côté » alors qu’on traversera plus tard les zones désertiques dans la torpeur du Rajasthan en train Express si lent, ou qu’on naviguera deux jours durant à bord du KM Tidar faisant cap sur Sulawesi.
Une question nous hante depuis qu’on a quitté Sumatra : est-ce que le Molek est un train ?
Les longues attentes dans les gares, les ports, ou le long des rues ne sont plus sujettes à la lecture, ou l’occupation, mais à l’observation. Plus d’horaire précis, le bus partira quand il sera plein.
« Le temps d’Asie coule plus large que le nôtre. »*

On se doit désormais d’être attentifs à la moindre information, il nous faut lire notre environnement, demander et redemander à cinq, dix personnes, interpréter les réponses…
Une attente contemplative, rébarbative, mais souvent instructive.
« Ici, prendre son temps est le meilleur moyen de n’en perdre. »*

En quittant Paris ce 19 février 2014, nous n’avions certainement pas prévu tout ça.
Puis nous avons compris que dans un monde où les codes, les mentalités, les rythmes de vie, les interactions humaines sont si éloignés des nôtres, rien ne se passe jamais plus « comme prévu ».
« On sait bien où on veut aller, mais on ignore quand, comment, par quel chemin on y parviendra. Inutile de trop s’en soucier d’avance, on verra bien. »
Théodore Monod

Nous partions en se disant que si ce voyage durerait 3 mois, ça serait déjà génial.
Mais voilà, nous avions envie de voyager sans avion (ou disons le moins d’avion possible).
Et ce qui pouvait paraître, apriori, comme une complexité – avec les difficultés que peuvent être les passages de frontière, les visas, les photocopies et les photographies multiples, les incertitudes des transports pour rejoindre les confins des pays d’Asie Centrale… – s’est avéré être une facilité pour nous, un passage obligatoire et désiré à travers un nouveau pays.
Le passage de la Turquie à l’Iran, puis plus tard celui entre le Myanmar et l’Inde, ou la frontière entre le Kirghizistan et la Chine pour ne citer que ces trois-là sont des galères magiques gravées dans nos têtes.
Une porte qui s’ouvre alors que l’autre se referme.

On part à l’Est. Toujours plus à l’Est. En quittant la Bulgarie, nous quittions le continent Europe pour celui de l’Asie.
Doucement, nous nous sommes éloignés.
Doucement, nous avons perdu nos repères.

…et soudain, tout a commencé.

C’est en arrivant au bout de l’Anatolie, puis en Iran que nous prenons finalement conscience que « nous sommes loin ».
Nous avons rattrapé la Route de la Soie. Celle des marchands, des caravaniers et de leur caravansérails, des décors infinis de roches ocres, et de ces cités intemporelles aux mosquées coiffées de dômes bleus azurs. Celle des bazaar aux multiples senteurs d’épices et aux myriades de couleurs.
Ça y est : nous faisions route vers l’Orient.
Tout s’est allongé, étendu, distendu.
Les heures, les distances et même nos vêtements.
Les déserts sont apparus, si grands et si vastes.
Devant, derrière, sur les côtés, partout où le regard se porte, l’infini du désert.
Des paysages immensément vides, et pourtant si riches en texture.
Il n’y a rien d’autre qu’une route se frayant un chemin vers cet horizon lointain de massifs montagneux.
Désormais, les trajets se calculent en heures et non plus en kilomètres.
Le confort se perd, le climat se durcit, l’air est sec. On vit rustre dans ces pays d’Asie Centrale, on vit simple et on se rappelle du « bon sens », mais les voix chantent à nos oreilles, et les idiomes se multiplient.
Les alphabets aussi. Pas une frontière sans que nous nous sentions analphabètes.

Désormais le seul moyen de sortir de cette région isolée, enclavée, éloignée de toute mer, c’est de poursuivre notre chemin plus profondément encore vers l’Est, de contourner l’Himalaya et de rejoindre la Chine, puis progressivement l’Asie Sud-Orientale aux climats plus doux.
Mais après tout, nous ne sommes pas si pressés.
Et cette période en Asie Centrale hante encore nos mémoires, et à peine avions nous quitté ces régions reculées que nous vivons encore aujourd’hui avec ce désir, à moitié dissimulé, d’y retourner et de continuer à explorer ces sentiers que si peu de voyageurs foulent, riches en rencontres et découvertes. L’ Asie Centrale est une invitation à l’exploration, à l’aventure du bout du monde.
Alors, nous avons arrêté de regarder nos montres.
À quoi bon connaître l’heure qu’il est dans un pays où il n’y a pas d’horaire ?
Nous avons appris à se caler sur le rythme local, celui de la rue et de la vie.
La nuit qui tombe, l’appel à la prière, la température qui chute, et qui fait rentrer Hommes et bêtes au bercail.
Plus tard, plus proche de l’équateur, ce sera l’arrivée des moustiques ou la ponctuelle averse tropicale qui nous imposeront leur tempo.

On pourrait raconter l’histoire du temps.

Du temps qui passe, des heures qui défilent, sans qu’on ne s’en rende compte.
On a appris à débrancher notre intellect, pour oublier ces longues heures d’attentes, dans les gares, sur un trottoir ou un banc, à attendre les 3 passagers qui nous permettront, enfin, de prendre la route.
On a appris à patienter. Une date pour passer une frontière, une tempête de neige ajournant le passage d’un col, un bus plein ou en panne qui nous empêche de partir ou parfois simplement une information qu’on n’a pas comprise.
On n’a même pas tellement lu.
Il faut dire que nous avions le visage collé à la fenêtre pour ne rien louper de ce qui nous entoure.
Et puis, une fois doublées les grandes civilisations de Perse ou de Chine aux cités grandioses, les mornes et linéaires villes d’Asie ne font que pâle figure face à la magnificence des paysages qui les séparent.
Le parcours devient toute la richesse de l’itinérance.

Et puis le temps des saisons.
Ahhhh, la grande histoire des saisons.
Combien de visages éberlués – de petits comme de grands – lorsque nous contions la douceur du climat et la succession sempiternelle des saisons dans notre pays.
Lorsque que nous expliquions leur succession cyclique à l’aide du croquis d’un arbre qui perd ses feuilles, qui change de couleurs, qui a des fruits.
Non, ça ne pousse pas en France un ananas.
Non on n’a pas de noix de coco, ni de
mangues.
Mais on a des abricots ! Dit-on fièrement.
Des quoi ?
Avoir des saisons marquées, au cours desquelles les paysages et la nature sont bouleversés, tombent en léthargie, pour revivre au retour du printemps, et faire une fête de la vie.
C’est une magie dont nous ne savions plus nous contenter et peut-être l’un de nos plus gros manques.
Et quand nous en venions à expliquer tant bien que mal, en « petit nègre » accompagné de schémas gribouillés, que la durée d’ensoleillement change du simple au double entre deux solstices, notre audience, si elle n’y comprenait rien, n’en demeurait pas moins exaltée.

Chez eux, nous avons eu chaud, très chaud.
On a ressenti la puissance du rayonnement solaire tannant nos fragiles peaux blanches de bule.
La brûlure d’un vent si chaud qui assèche les yeux.
On a transpiré et sué.
À longueur de journée.
Et on a appris à s’en moquer.
On a désiré la pluie, attendu les orages et apprécié ces réveils matinaux où l’air frais glissait sur notre peau.

Nous avons eu froid aussi, moins souvent, mais intensément. Un froid qui tétanise les muscles et empêche de dormir, et qui fait réfléchir à deux fois avant de sortir de son mille-feuilles de couvertures pour rejoindre les toilettes.
Des matinées où l’on cherche le soleil pour réveiller nos corps ankylosés de ses rayons régénérateurs.

Alors oui, on pourrait raconter les différences.

Il faudrait alors parler de tout. Des arbres qui poussent, des fruits qui y grandissent, de la façon de les manger et des récoltes qui se passent.
En Indonésie, l’avocat se boit avec du café (avocado kopi), alors que le jaune d’œuf se mélange au thé (te telur).
Au Kirghizistan, on boit du choro (du blé broyé puis bouilli) ou on offre aux invités d’honneur que nous étions du lait de jument fermenté (kimiz) tandis qu’au Tibet on se sustente d’un pâton cru de farine d’orge (tsampa), ou de thé salé au beurre de yak.
En Birmanie, on mange les feuilles de thé en salade, alors que nous avons découvert que le « monde entier » s’abreuve quasi exclusivement de l’infusion de ses feuilles.
Les champs de blé et de maïs ont disparu au profit des autres cultures : pommes de terre, canne à sucre, riz
On sait reconnaître un arbre à papayes ou à clou de girofle, un arbre tapioca et un manguier, un caféier…
On a perdu l’usage du couteau, pour ne se contenter que d’une cuillère et d’une fourchette.
Puis cette dernière a disparu, et ce fut au tour de la cuillère, ne nous laissant que le plus simple outil pour nous restaurer : nos doigts, qui ont, progressivement, su gagner en habileté et ne nous font pas forcément regretter l’usage de nos couverts.
Dans cette société séparée du reste du monde qu’est la Chine, les baguettes sont apparues, et avec elles, tout un univers de différences indénombrables.
On a croisé des cheptels de yaks.
Et voir un troupeau de chameaux traversant la route ne nous était plus incongru.
On a serré la main des orangs outangs, on a vu des éléphants et des pandas.
On a nagé avec des tortues, des bancs de barracudas, des raies et des poissons clown dans des paysages sous-marins bariolés aux couleurs saturées.
On a côtoyé les nuages du Sichuan à plus de 4750 m d’altitude, là où l’air est plus difficile à respirer. On a flotté comme des bouchons à -420m d’altitude, en Mer Morte dans cette étendue d’eau si salée qu’aucun être ne peut y vivre.
On a plongé, à plus de 40 mètres de profondeur, surplombant des fonds abyssaux au bleu incroyable au cœur de la Mer des Moluques.

Et puis ces différences sont devenues notre commun.
Notre quotidien.
Tout comme le voyage est devenu notre zone de confort.

On pourrait aussi raconter l’histoire des langues.

Quand on sait qu’il y a plus de 5800 idiomes parlés en Inde.
À notre humble échelle de nomade, nous avons appris à dire « bonjour » en turc, bulgare et kirghiz.
Nous savons dire merci en hindi (ou punjabi et assami peut-être ?), en birman et en lao.
On sait compter jusqu’à 10 en chinois, en indonésien et en farsi.
On a souvent été analphabètes et incompris. On ne s’est souvent pas fait comprendre. On a rarement eu exactement ce qu’on avait commandé à manger.
Alors on a appris à ne plus avoir d’attente et se dire « on verra, inch’allah ».

Mais pour pallier ces difficultés à communiquer, nous avons développé notre langage corporel, dont l’immense pouvoir surmonte la plupart des obstacles.
Un regard, un geste de la main ou un hochement de tête, un croquis, un mime, un bruit. On a dû aussi comprendre et apprendre que gestes ou croquis sont loin d’être universels.
Il n’y a cependant pas de limite. Et si on a le temps et la volonté, on parvient toujours globalement à se comprendre.
Emplis de frustrations, nous nous sommes fâchés parfois, avons interprété souvent, mais toujours nous sommes parvenus à nos fins.

Il a fallu apprendre à se laisser porter, à laisser l’autre décider pour nous, à laisser faire.
La plupart du temps, c’était une bonne idée.
Oui… la plupart du temps.

On pourrait raconter l’histoire des déconvenues…

… mais on a de la chance, cette histoire ne serait pas très longue.
Étonnamment nous n’avons que très peu été malades.
Alors oui, on a perdu des sous, des téléphones et des fringues. On s’est parfois agacés et énervés, tous les deux, ou envers les autres.

Et puis après tout, le proverbe ne dit-il pas « celui qui ne se plante jamais ne peut pas pousser » ?
Alors on a poussé.
On s’est renforcés, psychologiquement également.
Plein de choses nous sont passées par la tête.
On a appris, grandit et murit.
On a changé.

On a perdu des membres de nos familles, quand d’autres sont venus l’agrandir.
On a des amis dans le monde entier, issues de ces rencontres improbables.

On pourrait aussi raconter également l’histoire de ces rencontres.

Ces visages si similaires et si différents.
Chaque nez, bouches ou paires d’yeux croisés, chaque sourire et minutes partagés.
Ces amis avec lesquels on se sent si proches malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent.
Ces familles qui nous ont accueillis comme leurs propres enfants.portraits-1 portraits-2 portraits-3

Ces rencontres de deux minutes, ou quelques secondes qui nous réchauffent le cœur et nous font oublier notre statut de laowai. On nous sourit pour un rien.
Et on apprend de cette bonté, cette bienveillance qui ne coute rien à prodiguer mais qui a tant de valeur pour celui qui la reçoit.

Et bien sûr, ces milliers de photos prises pour ne pas oublier, pour rapporter et pour partager.
« La dialectique de la vie nomade est faite de deux temps : s’attacher et s’arracher. […] On a peine à quitter les amis qu’on s’est fait, mais en même temps, on se réjouit de la chance qu’on a de pouvoir se promener sur cette planète. On se dit si cette amitié soit durer, elle durera, Inch Allah. »*

Nous avons reçu tellement qu’on aimerait désormais pouvoir être à la hauteur et rendre la pareille. Des accueils si généreux et si spontanés, des conversations parfois si profondes, aux moments intimes et familiaux auxquels nous avons été conviés, nous avons absorbés ces instants.
Nous nous sommes nourris des Hommes.

Et puis, on pourrait raconter le chemin parcouru…

La trace minuscule que nous que nous avons laissé derrière nous.
Ces 107 623 km parcourus sur un si petit bout de planète, en bus, en bateau, en avion, en train, en molek, en moto ou à pied.
Nous avons traversé 25 pays, et tellement plus encore de régions aux identités si variées et multiples.
La Chine, l’Inde ou même l’Indonésie, petits continents à elles seules et aux facettes si diverses, ne peuvent compter pour une nation unique.
Nous en avons vu des choses.
Il nous reste encore tant à voir.

Qu’il est difficile d’écrire ce texte.
Ces 815 jours de voyage se mélangent. C’est enivrant et vertigineux.
Nous ne sommes pas remis de cette aventure.
« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »*
Oui, nous sommes défaits.
On a perdu nos repères, nos idées conçues et nos habitudes.
On a appris à mettre tout à plat, à questionner et à rebondir.
On a appris des autres et de la différence.
Qu’est-ce qu’elle est belle et enrichissante cette différence !

Combien de fois nous a-t-on demandé notre religion, avant de souligner dans la seconde qui suit « nous, on aime tout le monde de toute façon ».
Combien de fois avons-nous été surpris par la facilité des échanges, des sourires, avec des personnes si éloignées.
Combien de fois avons-nous dû expliquer qu’on ne se déplace plus en cheval en France, qu’on ne mange pas avec les doigts et pas tant de riz que ça, qu’on ne vit plus chez nos parents – mais que ça ne veut pas dire qu’on ne les aime plus – , que Brice sait aussi faire la cuisine et la vaisselle.
Combien de fois des étrangers ont affectueusement pointé notre nez, remarquant comme il est fin, pointu et long, tirant sur les poils de Brice, soulignant le minois de Marion.
Finalement, tout ça, c’est same same.

On a aussi appris à voyager plus léger, à s’affranchir de nombreuses choses.
« Le but de l’état nomade n’est pas de fournir au voyageur trophées ou emplettes, mais de le débarrasser par érosion du superflu. C’est dire, de presque tout.
Il rançonne, étrille, plume, essore et détrousse comme un bandit de grand chemin, mais ce qu’il nous laisse, personne ne nous le prendra plus.
On se retrouve réduit et allégé. Pour un temps seulement.
La légèreté est aussi volatile que précieuse, et exige d’être courtisée et reconquise chaque jour.
De retour à l’état sédentaire, il faut veiller à ne pas reprendre cette corpulence et cette opacité qu’on se flattait d’avoir perdues. »*

Et puis, ça devait arriver.
Progressivement, la fatigue s’est installée.
Celle du voyage.
L’émerveillement et la magie ont eu progressivement plus de mal à transparaître, à faire naître cette émotion si douce de la découverte.
Nous sommes un peu essoufflés, et ça n’est pas qu’une histoire d’altitude.
Notre porte-monnaie fait grise mine.
Il est temps.
Notre tête est remplie et aujourd’hui, elle a du mal à voir les choses de la même manière, à regarder de l’avant.
Ça peut prendre un peu de temps. On sait qu’on y reviendra, qu’on repartira.
Il ne pourrait pas en être autrement.
C’est un fait.
Un besoin.
Une addiction.
Une simple histoire de temps, un répit.
À nous d’être patient, de ne pas précipiter les choses, attendant que le manque refasse surface.
Alors, le voyage viendra nous tirer par l’épaule, nous enivrant de ses promesses d’évasion, et nous remettra sur la route.
Peut-être autrement, peut-être à plusieurs, on a plein d’idées dans le carafon.
« Ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait rien », et on n’a rien vu de ce monde.
On pourrait refaire le même trajet de Bourlingue que ce serait encore un autre voyage, une autre interprétation et d’autres rencontres. Un nouvel enrichissement.
Ce sera alors une infinité de choix qui s’inviteront à nous.

Aujourd’hui, il est temps de nous poser un temps.
Temps de contempler ce voyage, aussi incroyable qu’il peut nous apparaître.
Le digérer.
Prendre du recul, pour s’apercevoir de son caractère unique.
L’oublier un peu, pour le redécouvrir avec des yeux émerveillés et ébahis.

On ne pourra jamais résumer cette aventure magique.
Elle a rempli nos esprits, mais les mots peinent à venir.
Après-tout, on ne nous le demande pas.
On va continuer de vivre avec ce paquet, cette richesse qu’on s’est fabriquée et qu’on a emmagasinée.
Nous n’en avons pas terminé de ressasser ces souvenirs, ces amours, de nous raconter ce voyage où chaque foulée était un enrichissement continuel.
« La vérité d’un voyage, c’est de purger la vie, avant de la garnir. »*
Ils seront la base des multiples projets qui fourmillent fiévreusement dans nos têtes.

On vit de ces rencontres si belles, de ces souvenirs du bout du monde.
On respire de ces sourires et ces conversations.
Ces repas partagés et ces morceaux de toits prêtés.

Nous sommes partis lourds – dans tous les sens du terme.
Nous posons notre sac, légers et sereins.

C’était beau.
On recommencera.
Ce n’est pas la fin.
Ce n’est pas une conclusion.

C’est un entracte.


P.S.
Et puis aussi, on vous dit MERCI.
Le plus beau et le plus grand des MERCIS.
Pour nous avoir soutenus, encouragés, faits douter, questionnés et interrogés.
Pour nous avoir lus, corrigés, commentés, répondus et suivis.
Pour cet échange, ces moments partagés.
Ce voyage, c’était le nôtre, notre vision personnelle de l’itinérance.
Mais partager sur ce carnet de voyage nous a offert le recul indispensable pour comprendre la profonde richesse de notre humble périple, saisir sa somptuosité et en tirer sa substantifique moelle.

MERCI d’avoir bourlingué à nos côtés.
Vous êtes dans nos poches, depuis le début.
À suivre !MeP - carte

« En somme, je m’aperçois que les voyages, ça sert surtout à embêter les autres une fois qu’on est revenu. »
Sacha Guitry.

Encore une fois, on a été bien bavard !

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‘* Nombres de citations proviennent de L’Usage du Monde, récit de voyage de Nicolas Bouvier qui a rallié sa Suisse natale à Ceylan passant par l’Afghanistan, les Indes Britanniques avant d’embarquer sur un navire courrier pour Yokohama au Japon… C’était en 1953.
Depuis la géopolitique, l’accès à l’information et la technologie ont été bouleversés. Mais les impressions de voyageurs et ses émotions sont intemporelles.

Et de deux

Si on avait su…
Rien que d’y penser, les « nous » du 19 février 2014 auraient le vertige.
Deux ans.
Deux années à parcourir les routes et mordre la poussière.
Deux années à multiplier les rencontres plus ou moins imprévues et humblement enrichir nos consciences de toutes ces expériences que le monde nous offre sans condition.

Continuons à l’arpenter !

Selamat Tahun Baru

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Et voilà!
Bonne année 2016 !

On s’envole…

Ça y est. Nous sommes à l’aéroport. Oui, à l’aéroport. C’est aujourd’hui que nous quittons l’Inde.
On savait que, devant la difficulté pour y entrer et du fait de sa position géographique et politique, l’Inde était un cul de sac dans notre voyage. Ce qui est d’autant plus frustrant quand on décide de ne voyager que par voie terrestre ou maritime…
Mais voilà, pas la bonne période, pas la bonne direction.
On est tristes de devoir prendre cet avion, on aurait cru que cela aurait été possible de faire sans… mais on a donné plus de temps à d’autres choses qui ont aussi compté pour nous. Tristes comme si on tournait une page, comme si finalement voilà jusqu’où nous avons pu aller sans avion… et maintenant, on a le sentiment de tricher et perdre un peu en « crédibilité »…
On va persister dans cette volonté de traverser les pays et les frontières à un rythme permettant de découvrir, suivre et analyser ces continuités et discontinuités qu’il existe entre les pays, et notamment les régions frontalières. Nous qui avions pris cette habitude tranquille, on va avoir trois nouveaux tampons dans notre passeport en une semaine.

Aujourd’hui nous prenons un avion pour Séoul. Nous allons y rester 4 jours, en escale, avant de reprendre un avion pour Singapore, et poursuivre notre voyage sur la péninsule malaisienne. (c’était moins cher de faire comme ça… ainsi va le monde !)

Aujourd’hui, nous quittons l’Inde après plus de 4 mois passés ici.
Aujourd’hui, les moussons arrivent. Il a plu à Mumbai.

Ça ne peut pas être un bilan. Nous n’avons pas envie de clore ce chapitre indien.

Alors que nous franchissions la frontière avec la Birmanie, nous n’imaginions pas que l’Inde serait si multiple, si variée, si contrastée.
Nous pensions de manière bête et naïve que nous allions apprendre un peu à parler Hindi. Voir des moustachus, de la misère des rues, des couleurs, manger du curry – et les problèmes gastriques qui l’accompagnent.
Quelle erreur, quel raccourci indu et quelle fierté d’avoir voulu voir un peu plus loin, creuser plus profond.
Parce qu’en Inde, on a découvert qu’il existe plus de 5800 langues et dialectes parlés. Et bien plus encore d’ethnies et de tribus.
On a appris à dire merci. Pas de bol, c’est un assami qui nous l’a enseigné.
Et pourtant, l’anglais est inscrit sur tous les produits manufacturés, comme si elle était langue commune (statut qu’elle partage officiellement avec l’hindi), alors que la majorité du pays ne la parle pas et la lit encore moins.

L’inde est extrême. On l’apprécie autant qu’on la déteste.
L’inde est difficile.
Chaque jour est un petit combat… Contre le bruit incessant des klaxons. Contre le monde et la foule. Contre les habitudes locales qui ne sont pas les nôtres…
On a ouvert grand nos yeux, on a appris à lâcher prise pour mieux accepter, s’intéresser et s’intégrer.
On a appris la proximité, la promiscuité, parfois dérangeante. Mais on a appris l’échange.
Ici, les gens se parlent.
On s’est pris la tête, on s’est énervés, on s’est fâchés.

À la gare, lorsque pour monter dans un bus, lorsque les gens jettent leur sac par les fenêtres pour réserver la place, bataillent pour grimper et s’installer…
Car dans leur conception rustique, les gros bus indiens… n’ont pas de soute à bagages… personne n’y a pensé ? En tous cas on se retrouve à devoir charger les sacs-à-dos, les sacs de ciments, de farine et les cartons de mangues… dans le bus. Et puis, cette chaussure d’enfant, suspendue sous le parechoc avant… En aurait-on fauché un ? ou est-ce un simple grigri… ?

Avec les chauffeurs d’autorickshaw qui proposent stupidement et rébarbativement leur service comme si en 20 mètres nous changerions d’avis, comme si on ne remarquait pas la masse ovoïde jaune et noire de leur auto, et qui doublent ou triplent le prix pour les laowai.

Avec le bruit qui nous empêchent de nous entendre dans la rue.
Mais on s’est habitués à trouver le repos lors de trépidants trajets en train et bus.

On s’est habitués à cohabiter avec les vaches, les brebis, les poules et les cochons.
Mais on ne s’est pas habitués aux ordures… et aux odeurs pestilentielles de pourriture quasi incontournable, et sublimées par la chaleur de l’été.

On a décidé de visiter l’Inde en ouvrant notre cœur. Alors que nous nous promenions à Sivsagar, Rajib nous avait invités à boire un thé chez lui. Elément déclencheur, on a décidé qu’on ne vivrait pas dans la paranoïa. Et nous avons eu raison.
Nos rencontres ont été belles et amicales.

Avec Saurav, à Itanagar un matin, à la sortie d’un bus de nuit.
Avec Setu, à Shillong, à boire du Mozito.
Avec Mahindra, sur sa barque à Varanasi.
Avec Parambir et Amarbir, à Chandigarh.
Avec Mukesh à Jaisalmer.

Nous apprenons de ces rencontres. Nous apprenons sur nous-mêmes et notre société.
Le voyage ne nous change pas. Il nous pousse à devenir nous-mêmes et nous découvrir.
Qu’est-ce qu’on se pose comme questions, qu’est-ce qu’on observe, analyse, critique et admire !

Même la nourriture y est multiple.
Des montagnes de riz accompagnées de dhal dans l’extrême orient indien disparaissent au profit d’une myriade de chapati. Mais le dhal et les chutney de légumes saumurés perdurent.
On est arrivés en Inde sans cuillère, alors on a appris à manger avec les doigts pendant deux mois. Les 5 doigts, pour bien mélanger.
Et c’est comme si à chaque repas, on devait lutter contre la pression de l’éducation de nos parents, en se remémorant ON NE MANGE PAS AVEC LES DOIGTS !!
On part de l’inde, en ayant découvert qu’on y mange aussi à la cuillère, qu’il y a des McDo’, et des bars branchés.
Oui, mais nous on préfère manger avec les doigts maintenant !

Dans cette Inde si multiple, le chai a été notre fidèle compagnon. Omniprésent, prêt à nous accorder 10 min. de répit. Même assis sur une planche de bois, entourés de richshaw, de bétail, et noyés dans le brouhaha urbain chaotique, ce thé au lait épicé sera notre moment de ressourcement.
Accompagnés de fifty-fifty, de twenty-twenty, de magic mom’s, de happy-happy, de Good Days nature ou à la noix de cajou… nous avons passé 4 mois avec ces gâteaux à 5 ou 10 Rs que l’on trouve partout à travers le sous-continent.
Trempés dans le thé, on se croirait à la maison…
Cher chai, tu vas nous manquer !

Mais comment ne pas aussi se révolter face à cette société à la féodalité à peine voilée.
Les intouchables et parias qui se contentent de ce qu’ils ont, pendant que les nantis ne leur portent aucun respect.
Deux fois, on nous a demandé quelle était notre caste.
Ben nan, y’a pas de caste chez nous.
La maid à qui l’on parle comme à un chien, qui mange parfois par terre dans un coin pour pas être vue, le chauffeur à qui on ne laisse pas le temps de se réveiller, le gardien qui se satisfait de devoir être dérangé à toute heure sans sommation… et en règle générale, ce fossé social gigantesque et inconcevable en Europe.
Cela conduit à un manque de civilité entre les gens. Leur namaste est pourtant un symbole si courtois.

Et cette société pesamment masculine, aux yeux baladeurs, à la frustration puérile et aux pensées malsaines sous-jacentes.
Si les pays traversés précédemment nous avaient habitués à cette répartition déséquilibrée entre hommes et femmes dans la rue, en Inde, ce n’est pas tous les jours confortables d’être une femme étrangère.

Mais on a appris à vivre avec la curiosité des gens. Cette curiosité qui nous a parfois émus, souvent amusés, mais aussi beaucoup contrariés.

Dans la rue, nous avons eu le droit à 300 Hello par jour, lancés par la fenêtre, criés depuis un vélo par un gamin de 10 ans trop content de voir des laowai, ou simplement dit sur le pas de la porte de manière courtoise par une tripoté de mamies en pleine conversation. Ça nous fait le plus souvent plaisir, et nous sommes d’ailleurs les premiers à dodeliner du chef.
D’autres fois, c’est au tour de quelques ados un peu trop énervés par leurs testostérones ou par les vendeurs de tapis qui nous lancent de grand bonjur

Mais cette relation aux touristes est assez compliquée à accepter quotidiennement.
Et puis il y a les photos ! Dur dur de refuser une photo à une famille en vacances !
Ces groupes d’Indiens viennent pour la plupart d’endroits reculés où tout comme en Chine, on ne voit pas souvent de laowai, même à la télé’. Et quand ils viennent visiter les prestigieux sites touristiques et, quand qui plus est, ces monuments sont peu fréquentés par des étrangers, on peut être certains qu’on fera aussi partie de l’attraction.
Le phénomène n’était pas inexistant dans le Nord-Est… mais la région bien que peu touristique d’étrangers… l’était aussi d’Indiens du « mainland » !

Ohhhh ce n’est qu’une photo !
Mais cette photo ne reste pas unique dès lors qu’un autre groupe nous aperçoit.
D’autant plus que ce n’est pas qu’une photo, clic et on en parle plus.
C’est une autre, et encore une.
Juste avec Brice.
Ah non, juste avec Marion.
Que les filles.
Et puis que les garçons.
Et puis une qu’avec Marion et lui.
Et puis son pote.
Et puis son autre pote.
Et puis…

Alors, c’est sûr que le dernier mec de la journée qui demande une photo, il ne sait pas qu’on en a déjà fait 40 avant… et quand il nous dit he, picture ?… on avoue avoir moins eu la patience et le sourire pour lui répondre oui, pas de problème. Pas de bonjour, pas de au revoir, c’est pas grave… J
Car en effet, l’entrée en matière est rarement des plus courtoises, souvent rustre quand la photo n’est pas simplement maladroitement volée.
Puis les photographes, bienheureux et satisfaits, s’en vont sans gratitude… Ouch… choc des cultures ? Oui oui… mais ça fait un peu mal d’être parfois pris en photo comme un singe ou un bâtiment.

Mais c’est compliqué de dire non. Compliqué de dire qu’on n’a pas envie. Compliqué de nous refermer comme des huîtres. Compliqué d’être observés, scrutés, sondés, examinés.
Et compliqué de fuir doucement à la vue d’un groupe… et puis c’est fatigant aussi, de se sentir à la merci de tous… on en fini par ne plus prendre plaisir à visiter certains lieux. Si on s’arrête deux minutes pour prendre une photo, faire un croquis, ou juste prendre du temps pour nous… à tous les coups, la vindicte tombe.

Là de souligner cent fois cependant qu’au court de nos 4 mois en Inde, nous n’avons eu que de bonnes rencontres, jamais de problème, jamais de magouille.
Et il n’y a pas eu une journée lors de notre séjour ici sans que nous ayons loué la sympathie, la générosité, l’hospitalité, et tout cela réuni…

Et puis, l’histoire continue. On repense au Golden Temple et à sa cantine, aux papys coupeurs de têtes du Nagaland, aux femmes Apatani et au mariage de cochon, aux montagnes du Sikkim, aux nonnes bouddhistes qui nous offrent du thé au beurre, aux forts tous plus beaux  les uns que les autres, aux élégantes femmes en sari, aux sourires, aux heures poussiéreuses dans les sumo, et à celles chaudes dans les wagons de general class dans le désert, aux portes des chambres d’hôtels qui ferment avec des cadenas, à Holi et aux paons qui volent, aux buffles dans les champs, quand ce ne sont pas des dromadaires. On pense aussi aux vieux saadu édentés des berges du Gange. Dans ce pays, on peut faire réparer ses tongs, sa montre pour 10 Rs, on trouve aussi des coiffeurs, des barbiers… tous les services de proximité à chaque coin de rue, et tant pis si le vendeur de samosa n’a pas de thé, il va en chercher un chez son voisin.
L’Inde, c’est Agra, mais c’est aussi Chandigarh, Bikaner et Darjeeling.
C’est le froid glacial la nuit dans l’Arunachal (ou dans les trains climatisés), et la chaleur suffocante du Gujarat. Les femmes qui cassent les cailloux sur le bord des routes du Nagaland, les enfants qui collectent les bouteilles, les papys chétifs qui pédalent sur leur rickshaw et les grosses voitures dans les colony, les femmes sophistiquées des restau’ de Haus Khaz Village, la jeunesse dorée du SunBurn festival.
L’Inde c’est enfin le Nord-Est tribal et sauvage, le Nord si riche en patrimoine, les paysages de l’Himalaya…et les trois quarts restant du territoire que l’on n’a pas pu voir malgré le temps passé ici comme les régions Tamul, ou du Kerala, les montagnes du Cashmere, et qui ne sont qu’une nouvelle invitation au voyage… une assurance de revenir et de faire de nouvelles rencontres.
Aujourd’hui, on quitte l’Inde.
On tourne cette page de notre voyage, une page riche en enseignement sur les autres, et sur nous-mêmes. Aussi incroyable qu’éreintante.
Ce soir, on a un peu le cœur gros, une saudade de la bourlingue telle qu’on a réussi à la broder jusqu’ici sans discontinuer, aussi bien qu’une saudade de l’Inde qui nous a beaucoup ému et qu’on quitte avec un soulagement empreint de regret.

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En rade

Depuis deux semaines, nous n’avons plus de jus dans l’ordinateur, la prise ne fonctionne plus, et on est trop loin de tout pour réparer!

Mais on va bien : on voit des belles choses, vit et partage de bons moments…
…et on prépare les futurs articles avec entrain, papier et crayons à la main!

Pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques indices pour les trois prochains posts :
– Golden Temple, sikhisme et grosses marmites
– Népalais pas moches, lassi  et poulet-whisky
– Combats de coqs à la frontière indo-pakistanaise

Allez, on file au Rajasthan, profiter du beau temps!

Et une première bougie!

C’était il y a un an.
On embarquait à bord de notre premier train.
Il y a un an.
On ne s’attendait pas à aller si loin.
On ne s’attendait pas à voyager si longtemps.
On ne s’attendait pas à voir de si belles choses.
On ne s’attendait pas à rencontrer de si belles personnes.
On ne s’attendait pas à tant.

Essayons et on verra…!
à suivre …

2015

L’année passée,
Nous avons vu plein de belles choses,
fait de belles rencontres,
et de merveilleuses découvertes.

On a eu chaud,
On a eu froid,
On s’est fâchés parfois,
mais on a surtout bien rigolé…

Et ça donne bien envie de continuer…
Vivement 2015

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Bonne Année
Buon Anno
Sretna Nova Godina
Срећна Нова година
Честита Нова Година
Mutlu Yıllar
Ευτυχισμένο το Νέο Έτος
שנה טובה ומבורכת
سنة جديدة سعيدة
سال نو مبارک
Yangi Yil Muborak
жаңа жыл құтты болсын
新年快乐
สวัสดีปีใหม่

Aller simple

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Camion chargé (merci les potes, on a pu faire ça en moins d’une heure – surtout grâce aux filles!), on a claqué la porte de l’appart’ derrière nous… un gros pincement au coeur; 6 ans qu’on y habitait.

400km de  route sous des trombes d’eau de Paris à Nancy….

Le Camion Pingouin rendu, l’appart’ on y pense plus, EDF, c’est fait…. bon, la pression retombe; on a plus envie de porter quoique ce soit, d’entendre parler de carton, ou de déménagement.

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On se retrouve donc à passer quelques jours à Nancy, profiter de la famille+Brice; ce dimanche grosse fête; je suis content de pouvoir utiliser une dernière fois des couteaux, des fourneaux pour préparer deux trois trucs…

Et puis on va pouvoir commencer à penser à notre voyage (Il faudrait qu’on s’y mette quand même!)

Pour rappel, retour à Paris express le 18 février, on dort chez Aneliz et Sylvain (on est trop chouchoutés!) et départ pour Turin avec le train numéro 9245 Mercredi 19!

C’est parti!

On n’est pas encore parti !