Catégorie : Asie du Sud-Est

Et si c’était un épilogue ?

Si c’était un épilogue ? si la bourlingue arrivait à son terme ? et si on disait qu’on a trouvé du travail ?
Qu’on va se ranger des voitures, qu’on va se reconstruire une petit chez nous confortable…

… ce n’est finalement pas tout à fait faux.
Oui, Brice a bien trouvé quelque chose qui correspond à ses envies, satisfaisant sa curiosité technique et son besoin de rencontre, et qui finalement nous convient bien à tous les deux.
On va aller s’installer, se sédentariser… et commencer une nouvelle aventure.
Après tout, qui a dit que voyager ne se faisait qu’aux grés des chemins ?

Et c’est dans l’industrieuse Chine, que nous allons finalement poser nos sacs.
Au cœur du Guangdong, à quelques heures de Canton, Shenzhen ou Hong Kong.
Plein de choses à voir tout autour. Des aéroports et des gares pas loin pousseront à l’escapade de fin de semaine, et les environs semblent propices à la rando’ à pied ou à vélo.
Le défi de bourlingue demeure dans le fait que la ville chinoise dans laquelle nous vivrons, si elle n’est qu’à 30 minutes du métro de Shenzhen, possède des allures de ville du bout du monde, de « farwest » chinois, aux rues poussiéreuses bruyantes, aux flaques de boues, sans aucune planification urbanistique, et entourée de zones industrielles.
Il y a bien un Mc Do’, un semblant de coffee-shop, un super marché… et puis pour se protéger un peu de la dureté de cette vie chinoise, notre logis sera à quelques encablures du centre-ville, dans un écrin de verdure et de silence parmi les paysans œuvrant dans leurs champs et vergers.
Autant le dire, c’est un nouveau challenge qui s’annonce.Stitched Panorama

Et puis, le plus important, c’est le projet.
Dans ce petit bled se trouve la branche d’une entreprise française de taille moyenne qui fabrique des murs d’escalade (et bien oui, il faut bien que quelqu’un les construise). Une cinquantaine de personnes, 5~6 étrangers… et une ambiance de start-up pour des projets qui pleuvent… on ne va pas chômer mais dans une ambiance chaleureuse, si tout passe bien.

Marion pourrait travailler par mission sur le design des murs – plein de choses à faire sur ce marché qui se cherche – et reprendra le difficile labeur de freelance, prospectant ses missions dans la région.
Mais elle a aussi plein d’idées créatives. Autour du blog, des croquis, des photos.
Et plein plein d’autres encore.

On va apprendre à ne plus tout faire ensemble. On va reprendre notre indépendance.
On va apprendre le chinois, s’acheter un wok et un rice-cooker.
On n’oubliera pas les assis-dur, mais on réapprendra le confort.

Et puis, pour qu’on s’y sente à l’aise, l’équipe là-bas nous a accueillis quelques jours mi-juillet, pour que nous fassions connaissance et choisissions en connaissance de cause. IMG_20160713_133847_1468392084979L’occasion de regoûter au baijiu et de se faire un petit feu d’artifice artisanal. Un séjour étendu pour voir ce que ShenZhen aurait à nous proposer (notamment professionnellement pour Marion), visiter nos amis Cantonnais Taka, Sharon et Carry, et célébrer l’anniversaire de notre chaleureux copain Francis.

Voilà. On ne sera pas trop mal entourés !
On va ici, à XinXu.
Notre visa est prêt.
Notre billet d’avion a été acheté.
Départ le 8 Août.

Dernière semaine un peu rude dans nos têtes.
Problèmes de visa, déménagement soudain et stress lié à cette dernière ligne droite avant notre nouveau départ… Mais on profite des copains autour de l’anniversaire de Mélissa, des pancakes, de la piscine et de la vue sur Bangkok depuis leur terrasse.Stitched Panorama

Et puis il fallait bien que ça arrive.
Pour la dernière fois, on recharge notre sac. Mais cette fois-ci, il nous faut tout ranger : les polaires achetées dans le froid glacial du Yunnan, les longji et sarong du Myanmar et du Laos, les tenues traditionnelles indiennes et indonésiennes, les quelques minuscules souvenirs, cailloux, billes et autres trouvailles de la route. Toutes ces choses que nous avions entassées chez nos amis les Chats.

Nous sommes recueillis en dernière semaine chez François et Mélissa. Une coloc’ super sympa, super simple pour quelques jours.
Merci pour ces moments et cet accueil imprévu.
Merci pour votre flexibilité.

Enfin, bien sûr, Vincent, Clémence, Louise et Joseph, les Chats : MERCI.

Des amis qui vous hébergent aussi longtemps, cela ne court pas les rues.
On libère enfin la chambre.

On s’est sentis bien avec vous. Bien chez vous.
Merci de nous avoir laissés la place, merci d’avoir accepté et supporté cette collocation.
Merci de nous avoir intégrés dans votre famille.

Merci du confort et de l’espace incroyable de la maison.
Merci de la vue depuis le balcon, de la piscine et des soirées au son du chant des grenouilles.
Merci des repas et des échanges, des partages, des films.
Merci des réveils matinaux et des temps calmes.
Merci de cette cohabitation.
Merci de nous avoir compris et acceptés.
Merci de nous avoir conseillés, suivis et accompagnés dans nos démarches.
Sans vous, on ne serait jamais arrivés où nous en sommes.

On vous sera toujours redevables.
On n’aura certainement pas de piscine et on mange beaucoup de riz, mais vous serez toujours les bienvenus !
(et puis, oui, on reviendra !)

Allez, direction l’aéroport.
China, nous voilà !

你好 !
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Cure de campagne et de riz collant

Ça y est. De petits frissons dans le bas du dos se font ressentir, les épaules commencent à s’échauffer. On s’étire, on se prépare.
En moins de temps qu’il n’en faut pour ranger la chambre, notre sac-à-dos est fait.
Nous partons pour quelques jours de vacances, profiter du Mékong et explorer le Nord-Est de l’Isan.

Un bol de nouilles sur une chaise en plastique à la Gare de Bangkok, nous attendons notre train de nuit sous un coucher de soleil enchanteur.IMG_20160726_182241 Stitched PanoramaPas d’assis-dur, ni de condition draconienne et rudimentaire pour nous cette fois, il n’y a qu’un train de nuit AC pour nous mener à Nong Khai.
Heureusement que nous avions prévu les chaussettes, les pulls et les foulards. Ça caille fort dans ces trains frigidaires.

Nous arrivons au petit matin, apostrophés par quelques chauffeurs de tuk-tuk souriants et peu insistants. Une navette sur laquelle est écrit « Laos » attend les voyageurs. Ce pays est juste en face, de l’autre côté du « pont de l’amitié ».

Nous rejoignons à pieds le centre-ville de Nong Khai qui se réveille à peine.
C’est paisible et le soleil du matin réchauffe nos corps encore engourdis.

En déambulant, on organise doucement notre journée, le planning de notre séjour n’est pas encore arrêté. Il y a en effet dans la région plus de sites que nous n’avons de temps pour les voir.
Et finalement, on se dirige vers la gare routière pour prendre un bus qui nous dépose quelques 180 km plus à l’Est, à Bueng Kan.
On a entendu parler d’un temple bouddhiste, juché sur un raide plateau qui se détache nettement du paysage.DSCF5293aIl a l’air difficile d’accès. Pas grave, on va louer une moto.
Mais c’était sans compter l’absence de loueur de motos, et le monopole des tuk-tuk qui en découle (à moins que ça ne soit le contraire ?).
Et pourtant, on a tout essayé : louer la moto de la mamie des nouilles pour l’après-midi, celle de la gérante du seul hôtel de la bourgade, celui des garagistes et du monsieur de l’auto-école.
Non, personne ne veut nous prêter sa moto. Même contre de l’argent.
Dommage… Nous devons nous rendre à l’évidence. C’est en tuk-tuk que nous allons devoir y aller, nous délestant ainsi d’un exorbitant montant.

On se dit que ça ira, c’est à 45km d’ici. Oui, mais en tuk-tuk, la vitesse max’ avoisine les 32km/h. Autant dire qu’on a bien eu le temps de voir le paysage.DSCF5280Mais quelle agréable surprise à l’arrivée dans ce site atypique.
Une fois les acouphènes passés, nous découvrons qu’il règne au temple un calme et un silence d’or. Le rocher monolithique est posé au milieu d’une large plaine du bassin du Mékong.
Suspendue à ses flancs, une frêle et étroite passerelle de bois en fait le tour sur plusieurs niveaux.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaOn comprend assez vite que plutôt qu’une attraction touristique, le site est un lieu de pèlerinage.
Nous nous élançons le long des escaliers qui mènent à la structure de bois et nous nous engageons sur ce chemin de ronde, où çà et là, sont installées des cabanes d’ermite.
Tout autour, le paysage est incroyable. La vue est infinie et le vertige est aussi bien vertical qu’horizontal.Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaÀ perte de vue, les denses forêts d’hévéas s’étendent jusqu’à l’horizon.
Le paysage vert foncé est parfois nuancé des couleurs claires des plantations de bananiers et d’étangs épars dédiés à la pisciculture.
C’est ainsi que nous tournons. Doucement, fébrilement et avec soulagement lorsque la passerelle vient retrouver le plat du rocher. La structure semble pourtant solide, mais entre les planches de bois nous surplombons de 150 m le plancher des vaches, et nos muscles sont raidis par la peur.Stitched Panorama DSCF5403 DSCF5417 Stitched Panorama DSCF5427 DSCF5433 DSCF5447 Stitched Panorama DSCF5488 DSCF5465 Stitched Panorama DSCF5473 Stitched Panorama IMG_20160727_151205Nous déambulons au-dessus du vide. Entre le Ciel et la Terre.
Cette expérience est éprouvante et fascinante. On se laisse malgré nous, happer par la ferveur inhérente du lieu.
On apprend à apprécier l’équilibre précaire de cette promenade, à surmonter nos peurs et avancer sur ces lattes grinçantes croisant de rares pèlerins étonnés de nous rencontrer.

Au bout de deux heures, il est temps de redescendre sur Terre, le corps tétanisé.
Ah… la Terre ferme !
Notre tuk-tuk nous a attendus, c’est reparti pour le long chemin de retour.
On s’enfonce sous un bas plafond nuageux noir d’orage.
Les deux derniers kilomètres se font sous des trombes d’eau, le moteur de notre engin toussetant tant l’air est humide.
Non, les tuk-tuk n’ont pas de fenêtres, et le vent de face nous le rappelle bien.
C’est ainsi que littéralement trempés de la tête aux pieds, nous embarquons dans le minivan frigorifié, que nous attrapons de justesse sur le bord de la route inondée par le déluge qui s’abat sur la région.
Assis sur la banquette arrière, on se change, espérant ainsi ne pas attraper une pneumonie… mais ravis d’être au sec, en route pour Nong Khai.

Nous y avions récupéré le contact d’un loueur de moto. Ainsi, au réveil, après avoir avalé notre petit dej’ isano-lao « sticky rice + barbecue de poulet » sur le coin de l’étal d’une mamie, nous récupérons l’engin qui nous conduira les 4 prochains jours le long de la vallée du Mékong.

La route remonte le fleuve vers l’Ouest, et on aperçoit, sur la berge opposée à quelques centaines de mètres, les plaines du Laos. Les habitants des villages installés sur les rives vivent au rythme tranquille de ce fleuve majestueux.
Son débit est important et rapide, mais d’une constance placide. Une quiétude languissante émane de ses eaux boueuses.

On se ballade parmi les champs de cannes à sucre, d’ananas, de tapioca, et bien sûr les immenses tapis verts fluo des rizières. Stitched Panorama DSCF5582 IMG_20160728_150834 Stitched Panorama DSCF5551Nous sommes en pleine saison du repiquage du riz, les paysans travaillent les pieds dans l’eau, à l’ombre de leurs larges chapeaux de paille et de leur cagoule. On se fait une cure de campagne à passer par les petites routes.DSCF5659 DSCF5662 DSCF5695 Stitched Panorama DSCF5724 DSCF5835 DSCF5836 Stitched PanoramaDSCF5838Il fait bon vivre.
On profite du paysage, du calme, de cette vie simple et isolée.

Un stop dans la « capitale de la nouilles ». Ça, on ne peut pas le louper.
Ici, ce sont les rois de la pâte pour faire les nems qu’ils font sécher sur des plateaux en bambou.DSCF5502 DSCF5523 DSCF5507

En chemin, nous nous arrêtons pour voir quelques cascades et visiter un ou deux wat (mais on avoue, les temples bouddhistes, on sature un peu), avant de nous arrêter à SangKhon.DSCF5685 DSCF5764 DSCF5977 DSCF5973 DSCF5986 Nous y dénichons une petite cabane en bois et bambou toute simple, au bord du Mékong.

Le toit fleuri, quelques fleurs exotiques, des toke toke énormes pour nous tenir compagnie, nous posons notre sac dans ce havre de paix.Stitched PanoramaD’ici, nous pouvons observer les allers et venues des barques motorisées venant du Laos pour profiter du marché et des produits thaï.
Il n’y a pas de frontière, pas de contrôle.
Après tout, il n’y qu’une centaine de mètres qui nous séparent du Laos.

Il existe de rares lieux sur lesquels le temps n’a pas d’emprise. Ces trois-quatre bicoques décrépites les pieds dans l’eau, en font partie.
Les toits de feuilles tressées ont une relative étanchéité lorsque les orages vespéraux éclatent avec violence, la vigne vierge et les plantes rampantes envahissent le terrain.
Mais cet environnement unique n’a pas de prix.DSCF5594 Stitched PanoramaDSCF5824 DSCF5624 DSCF5628 IMG_20160728_180214aCe fleuve est charismatique, comme le sont le YangTse, le Nil ou l’Amazone, il en émane une présence, un magnétisme, une hypnose qui attire le voyageur.
Tout comme ces fleuves transcontinentaux, le Mékong offre de multiples visages.
Large et paisible plus en aval vers Pakse, embrassant la resplendissante Luang Prabang plus en amont, plus étroit et tumultueux alors que nous glissions sur son tortueux ruban entre Chine et Thaïlande, et, plus proche de sa source, creusant son chemin au fond de gorges encaissées dans l’aride paysage du Yunnan.

Sur les hauteurs, derrière le village, un wat surplombe la vallée. DSCF5773 DSCF5815La vue est incroyable. Le Mékong sculpte le paysage et sépare cette immense plaine en deux pays.

Notre chemin du retour nous mène au parc historique de Phu Phra Bat, où d’étranges formations géologiques cohabitent avec une dense forêt et quelques temples bouddhistes en ruines.DSCF5842 DSCF5843DSCF5871 DSCF5931 DSCF5873 DSCF5881 Stitched Panorama DSCF5901 DSCF5909 DSCF5914 Stitched PanoramaUne très bonne surprise qui nous permet de marcher dans la nature une bonne paire d’heure, tout en faisant le festin des moustiques.

Cette région est une belle découverte, et à califourchon sur notre destrier, c’est avec plaisir qu’on avale les kilomètres, nous nourrissant des sourires bienveillants des habitants de l’Isan et du sticky rice local que nous apprécions tant.DSCF5941 DSCF5943 DSCF5950 DSCF5959 DSCF5961 DSCF5962 DSCF5968 DSCF5995

Nous sommes bien évidemment seuls.
Ahhhh… on n’est pas bien là ?!

Le train pour Bangkok nous attend. En route!DSCF6001 DSCF6005 DSCF6015

 

Se reconnecter au réseau

Les premières semaines ne sont pas faciles.
Vincent et Clémence nous mettent pourtant à l’aise. On a trois mois de visa, interdit de partir avant Septembre !
Nous sommes alors mi-Mai.
Ils nous font rencontrer de nombreuses personnes parmi leur cercle d’amis, les familles qui habitent dans le soi, nous rencontrons plein de nouvelles têtes… Mais, cependant, on se sent comme deux poissons hors de l’eau.

On sait pourtant sociabiliser, rigoler, trouver des points d’accroche…
Mais les premières fois à Bangkok, on se sent un peu déboussolés, loin de nos repères de vagabondage.
Pourtant tout le monde parle français ici…. et c’est peut être ça le problème.

On se sent loin. Loin de notre mode de vie des derniers mois.
Loin de nos attentes.
Loin d’où nous revenons.
On rencontre des gens qui vivent à l’étranger comme s’ils étaient à Paris, qui ne voient pas la Thaïlande comme nous la voyons ou l’avons vécue, qui ne la mangent pas, qui ne la vivent pas… Certains même ne l’apprécient guère.
À quoi bon vivre à l’autre bout du monde?, nous demandons-nous souvent.

C’est une vision sûrement faussée et extrêmement subjective, mais notre ressenti nous rend mal à l’aise.

Et puis, passer les premières minutes, on ne sait pas de quoi parler. Nous n’intéressons pas tellement comme nous ne sommes pas vraiment intéressés par leurs soucis d’enfants, de maid, du meilleur endroit où trouver des tomates, ou des rillettes (dans un pays où il n’y en a pas), bref des problèmes de riches !
Et avant tout, il faut le dire, nous avons du mal à décrocher de la bourlingue, encore fraîche dans nos têtes.

Alors, oui, ces premières semaines sont compliquées pour nous. On cherche nos repères et une nouvelle façon d’interagir avec l’environnement qui nous entoure.

Ce n’est pas grave.
Nous prenons tranquillement de nouvelles habitudes.
Au début, on va régulièrement déjeuner avec Vincent, on connaît le chemin, le sorng-tao, le prix et le moment où il faut descendre.
On découvre de nouveaux bui-bui, afin d’apporter à nos corps notre dose quotidienne de riz – encore conséquente.
On connaît un peu mieux le quartier : où faire les courses, où s’acheter un thé glacé, les jours d’ouverture du marché et ce qu’on peut trouver à Tops market ou Makro.
Nos hôtes nous laissent les clefs de la maison, et celles de la cuisine, nous leur mitonnons de petits plats, mélanges de nos expériences, on passe du temps avec les enfants qui grandissent à toute vitesse. On fait du sport régulièrement, et tous les jours, on se trempe les fesses dans la piscine.IMG_20160513_165419IMG_20160606_172241_1465208697939

Mais la majeure partie de la journée, nous la passons devant notre ordinateur, à mettre à jour nos CV. Pas facile avec une seule machine aux performances apathiques. Marion aurait bien besoin de son ordi resté en France pour travailler son book, et effectuer ses recherches en parallèle.
Pour contourner l’onéreux envoi par la Poste, Clémence et Vincent font jouer leurs connaissances.
Et ça marche ! En quelques 24 heures, on apprend que le voisin du 7ème part justement en France pour le boulot, il ne serait qu’une soirée à Paris, dans une semaine. Ni une ni deux, l’ordinateur quitte Nancy in extremis.
20 jours plus tard, Marion réceptionne son précieux compagnon de travail… Après 28 mois, on redécouvre une mine d’informations dans ses mémoires.DSCF5035 Lorsqu’internet se lance de nouveau, les onglets fermés dans la hâte avant le voyage, se ré-ouvrent : « comment bien faire son sac-à-dos ».

Nous sommes ainsi, tous les deux, face à nos ordinateurs.
La partie la plus compliquée nous fait face.
On entame une réflexion sur ce que l’on veut faire.
Où aller ? N’importe où nous conviendrait. Nos recherches s’étalent donc de l’Iran aux Philippines… Mais nous ne sommes pas contre un emploi sympa en Amérique du Sud.
… donc pas facile d’organiser ces recherches.
Que faire ? Notre curiosité est alors un nouveau fardeau.
Et on réalise doucement, que la Thaïlande, ça n’est pas trop notre tasse de thé.
On n’arrive pas à trouver l’engouement, à nous y projeter.
Ça ne fonctionne pas pour nous.
Ce qui est bien dommage, puisqu’on comprend rapidement qu’en Asie, si tu veux trouver du boulot, il faut s’adresser à son réseau.
Ainsi, en rencontrant les potes de potes installés à Bangkok, les contacts pour la Thaïlande se multiplient… mais pas tellement pour le reste du monde.
Dommage !

Le temps passe ainsi. Nous participons brièvement à un « dimanche à la campagne » sur l’île verdoyante au centre de Bangkok. DSCF4058DSCF4057C’est un évènement très franco-français, mais on découvre un vendeur de fromage de chèvre frais, produit à Chiang Mai.
Pain, vin, fromage, saucisson, foie gras et huiles essentielles sont en vente.
On avoue, on ne se sent pas à notre place.
Même si…
Même si nous sommes ravis de croquer dans un sandwich.
Même si, les apéros au bord de la piscine nous paraissent tellement luxueux lorsqu’on sort avec nos maillots de bain élimés de Una-Una.
Même si, nous succombons à l’harmonieux accord de la tranche de pâté-en-croûte et du ballon de rouge.
Même si, il nous est de plus en plus difficile de résister aux chants des sirènes des magasins… (On vit toujours avec quatre T-shirts).
Même si, ces appart’ d’expat’ tellement bien décorés donnent envie de nous installer et d’avoir le nôtre.

Même si tout ça semble si simple… ça reste loin. On ne s’y retrouve pas.
Et, dans notre coin, on se questionne beaucoup.
De quoi avons-nous envie ?

Toutes ces réflexions s’organisent autour de la vie qui se déroule ici.
Les 3 ans de Joseph sont l’occasion d’une fête conséquente. Il est vrai qu’on n’avait pas prévu (ni Clémence et Vincent d’ailleurs) qu’en invitant les copains de classe de Joseph, les parents viendraient avec les frères et sœurs et les maid.
C’est ainsi qu’on s’est sentis légèrement dépassés…
Mais les Mignons, la pêche-à-ligne et la piñata faits maison ont fait sensation !DSCF4295 DSCF4207 DSCF4203A DSCF4180

On profite des week-ends pour se faire de longues rando’ urbaines. On rejoint la Chayo Praya par les klong, les ruelles et les quartiers populaires.DSCF4062DSCF4139DSCF5059 DSCF5054Stitched PanoramaStitched Panorama DSCF5044 DSCF5051On achète notre thé glacé dans des sacs plastiques qu’on boit à la paille, on traverse les marchés de fruits et de légumes, poisseux à souhait, on longe des habitations précaires et aux sourires des habitants sincères.
C’est notre façon de nous reconnecter. De ne pas oublier.

Finalement, le confort s’installe vite.
On avait trouvé une citation de Nicolas Bouvier, dans L’usage du Monde.
Après deux mois installés à Bangkok, elle est encore plus vraie.
« […] La légèreté est aussi volatile que précieuse, et exige d’être courtisée et reconquise chaque jour.
De retour à l’état sédentaire, il faut veiller à ne pas reprendre cette corpulence et cette opacité qu’on se flattait d’avoir perdues. »

Alors que les jours défilent doucement, la saison des pluies s’installe. On découvre les journées rythmées sur l’arrivée des orages de fin d’après-midi.
On découvre les inondations du Soi et les vraies gouttent d’eau qui mouillent.S0014357DSCF5098 IMG_20160621_234359Et la torpeur presque insupportable du mois de mai laisse place à un climat plus vivable – il fait néanmoins encore 30°C à 20h.

Et puis, on retrouve Anaïs et Sylvain.DSCF4092Un rappel salutaire de notre voyage en général et de notre passage à Vadodara en Inde, un an plus tôt, en particulier.
Nous les avions rencontrés lors de notre séjour chez François, alors que nous avions festoyé tout le week-end avec eux et étions restés en contact.
C’est très chouette de se revoir, on revisite un peu Bangkok, on papote bien. On les aime beaucoup.Stitched Panorama DSCF4130 DSCF4117IMG_20160524_104524 DSCF4115 DSCF4109 DSCF4076Avant de partir, Sylvain nous met en contact avec son cousin.
Ni une, ni deux, nous rencontrons Julien et Ilham, installés depuis 1an et demi dans la ville, à deux pas de chez Vincent et Clémence. Après 6 mois de voyage en Asie, ils ont décidé de se poser ici.
On rencontre leurs amis, et avec eux, on comprend avec soulagement qu’une autre manière de vivre Bangkok existe.
Et ça aussi, ça nous questionne.

Pendant ce temps, les conseils fusent, les contacts se multiplient. Brice renoue avec le réseau Arts et Métiers, passe quelques entretiens skype, décroche entre autres une proposition au Cambodge. Ah génial… euh … et puis non, pas si intéressant.
On contacte des gens en Iran, aux Philippines, en Indonésie.
On fouille tous azimuts.

On se parfume à l’anti-moustique. On fait attention aux lames du robot mixeur et aux coins des portes de placard. Notre assurance-voyage a définitivement expiré.

Après un mois dans le Royaume, nous devons sortir du pays. Notre visa expire. Nous décidons de nous évader quelques jours en Malaisie, à Penang.
On se remet en mode bourlingue, sac-à-dos et train non-AC.IMG_20160607_152756_1465353894746DSCF4394 DSCF4426 DSCF4457 DSCF4498 DSCF4500 DSCF4505 DSCF4514 DSCF4532 DSCF4565Sur notre route vers le sud, nous faisons étape dans la petite ville de Songkh-La, presqu’île dont les côtes sont parsemées de villages de pécheurs.

Stitched PanoramaDSCF4574 Stitched Panorama DSCF4585 DSCF4602 DSCF4617 DSCF4639 DSCF4641 DSCF4656 DSCF4667 Stitched Panorama Stitched Panorama

Le passage de frontière se fait sans embûche et à pieds, comme souvent.
Ici, Ramadan de l’année 1437 vient tout juste de commencer. De l’autre côté, en Thaïlande, nous étions en 2599.

Comme nous l’avions quitté il y a un an – quand la maman de Brice était venue nous visiter – nous retrouvons la tranquille île de Penang, ses rues aux maisons anciennes, ses temples et mosquées, son marché de l’iftar. DSCF4706 DSCF4713 DSCF4723 DSCF4726 DSCF4740 DSCF4741 DSCF4755 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4768 DSCF4769 DSCF4770 IMG_20160611_171754IMG_20160611_193451 IMG_20160610_160358 IMG_20160612_091718Sans oublier ses collines verdoyantes aux innombrables chemins de randonnée… d’où nous sortons trempés. Stitched Panorama DSCF4893 DSCF4892 DSCF4870 DSCF4868 DSCF4866 DSCF4829 DSCF4817 DSCF4815 IMG_20160612_130324 DSCF4862On retrouve des lieux d’exposition et de création. DSCF4806 DSCF4808C’est propre et ordonné, et nous nous imaginons vivre dans ces longues maisons traditionnelles. Vivre à Penang, ça serait top.

Nous profitons d’une autre culture et d’un autre pays pendant une semaine, avant de retourner à Bangkok, par le chemin des écoliers : à pieds, en ferry, en TER, en bus lent, en Sorng-tao, en train express lent de 18h et enfin, en métro.DSCF4931 DSCF4943 DSCF4960 DSCF4977On s’installe de nouveau, on prend du poids, on va faire du sport, on en reperd.
On fait des apéros, parfois sur un roof top, on va manger des nouilles, et même un Mc Do, on profite des soldes chez Décat’, Brice s’achète une chemise pour un entretien (ah… mais il faut utiliser un fer à repasser !), on fête l’anniversaire de Clémence autour d’un barbecue de compet’, on découvre les projections cinématographiques de l’Alliance Française, on va faire du cygne-pédalo dans le parc et on sillonne les allées du marché de Chakuchak avec les enfants…DSCF5116 IMG_20160527_115007 IMG_20160513_172005

On retrouve aussi François (celui de Vadodara) et Melissa, qui viennent s’installer à Bangkok.IMG_20160626_210645L’Inde, le voyage, ses odeurs et ses images s’invitent de nouveaux dans les conversations.
Mais comme beaucoup de nos amis, ils ventent la qualité de vie et le confort de vivre dans la cité des anges…. Pourquoi ne ressentons-nous pas la même attraction ?
On a l’impression d’être à contre-courant.
On prend des habitudes à Bangkok… et nos racines s’y enfoncent tous les jours un peu plus.
Jusqu’à ce que…

Última estação : Macao

C’est un simple bateau (enfin, certains dirons un bateau-volant) qui nous dépose en moins de 2h au port de Macao (ces bateaux font la navette 24/24 entre les deux territoires si atypiques).
L’immigration pour quitter Hong-Kong est tout aussi rapide et facile que pour entrer à Macao, sa petite sœur.
Et un simple papier imprimé fait office de tampon d’entrée.
Officiellement, nous sommes en Région Administrative Spéciale de Macao de la République Populaire de Chine, mais ici, ça n’est pas la Chine, comme à Hong-Kong… mais en différent.

La grosse différence, c’est que Macao était administré par les Portugais pendant près de 400 ans (le territoire a été rétrocédé à la PRC en 1999).
Et ça, ça change beaucoup de chose. Encore une fois, Macao possède sa propre politique d’immigration*, sa police, frappe sa monnaie, possède un système administratif et judiciaire calqué sur ceux du lointain Portugal… et puis Lisbonne n’a pas eu une influence aussi marquante sur sa colonie que la couronne britannique sur Hong-Kong, et s’est beaucoup moins investie – bien que contrairement à son voisin, Macao était, contractuellement, censé demeurer Portugais « pour toujours ».
Ce qui nous laisse justement croire que ce n’est pas « un pays, deux systèmes », mais « un pays, trois systèmes ».

Macao, nous voilà.
Nous sommes accueillis par José, notre hôte CS.DSCF3946Il est né en Chine, de parents Birmans, et ils ont immigré à Macao alors qu’il était enfant.
Aujourd’hui, il est prof’ de théâtre et bien critique sur son pays (enfin… son île), la Chine, et les casinos – cela va sans dire qu’ici aussi, il y a encore une totale liberté d’expression. Ça promet d’être bien intéressant.

Macao, de par son histoire, est un joyeux mélange de Chine traditionnelle, de Portugal, et de Chine moderne. On trouve des rues pavées, les azulejos, de petits immeubles de 2 ou 3 étages avec des barreaux aux fenêtres, des églises catholiques à la pelle, et quelques resto’ ou l’on peut aussi bien manger des bacalao et des pasteis de nata (les petites tartelettes aux œufs), que des nouilles au curry. On trouve d’ailleurs une quantité incroyable de boulangeries – pâtisseries, padaria en portugais dans le texte.Stitched Panorama DSCF3368 DSCF34341Stitched PanoramaCar ce qui nous surprend le plus, ce sont les panneaux des noms de rues, les affiches et autres signalétiques. Tout est écrit en portugais et en chinois (cantonais, le même qu’à Hong-Kong). DSCF3326 DSCF3389 DSCF34001Ce sont ici les deux langues officielles.DSCF3641Ainsi, en prenant le bus, la petite voix nous annonce dans un premier temps Próxima estação : Rotunda Flor de Lotus… alors que dans le bus, personne ne comprend, plus personne ne parle portugais et depuis longtemps. Il ne resterait que quelques papys – et notre excentrique José. Suivent ensuite le cantonnais, le chinois mandarin (celui de Chine, de Pékin), et enfin l’anglais.
Voilà, sympa le mic-mac, très pratique !
C’est surtout incroyable d’avoir encore une telle présence du portugais dans la société.

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Source: Wikipédia.fr – (c) Bourrichon – fr

Anciennement, Macao était composé de 3 terres : la péninsule de Macao (petit havre à la sortie du delta de la Rivière de Perle), et les îles de Tapai et Coloane, toutes proches.
À croire qu’au XXe siècle, les habitants ont dû se sentir à l’étroit – Macao est le territoire le plus peuplé au monde – puisqu’après avoir lancé différents ponts pour les relier les unes aux autres, les autorités ont décidé, en 2000, de remblayer la partie située entre les deux îles pour créer Cotai, une immense zone récupérée sur la mer et sur laquelle se construisent, depuis, les complexes de casino.Ces derniers sont nombreux et énormes… et forte heureusement isolés du reste du territoire, ce qui cantonne les touristes du jeu à cette lande plate et disgracieuse, ne polluant que peu les parties historiques.

Bien entendu, le petit port de Tapai n’existe plus, et il a fallu dire aux pêcheurs qu’ils auraient désormais vue sur les hautes tours des luxueux hôtels, et puis historiquement, et avant la poldérisation de Cotai, il y avait déjà les édifices du Wynn, du MGM, du Sands, ainsi que du moderne et pourtant déjà horrible Grand Lisboa jouxtant le plus kitch Lisboa à l’architecture vintage des années 70.DSCF3719 DSCF3752 DSCF3721DSCF3727 Cependant, tout cela reste localisé sur le front de mer faisant face au terminal maritimo, laissant aux habitants de Macao, une ville surprenamment attrayante.

Car Macao est une belle surprise à nos yeux. Nous nous attendions à n’y trouver que le plus gros bordel d’Asie, nous avons été ravis de déambuler dans ses rues pleines de vie et d’âme, au patrimoine préservé.

Comme à notre habitude, nous marchons longuement pour profiter pleinement de ce que la ville nous offre… malgré la torpeur tropicale.
Ainsi, sur la péninsule nous profitons de quelques quartiers historiques aux vieux arbres embrassant les larges avenues, les petits scooters pétaradent entre les maisons délavées alors qu’ils peinent à grimper les ruelles pentues, et aux églises aux façades jaunes pâles ou vertes claires… On retrouve aussi les chaussées aux pavés blancs et noirs comme à Lisbonne ou Rio de Janeiro**.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3385 Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3784 DSCF3869 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3337 Stitched Panorama DSCF3986 Stitched PanoramaLe décalage qui nous frappe à la vue des chapelles et des vieux bâtiments au style colonial n’est pas sans nous rappeler notre soulageant séjour à Diu.
La Place du Sénat est entourée d’immeubles à arcades encadrant une fontaine, avant de s’allonger et se diviser en méandres de ruelles piétonnes, bordées de boutiques.DSCF3813 Stitched Panorama DSCF3818Les volets sont colorés, les façades également, et nous remontons la rue jusqu’aux ruines de l’église Saint Paul, qui domine du haut d’une imposantes volée de marches.DSCF3829 Aujourd’hui, depuis son esplanade, on a une vue imprenable sur la ville, la colline de Guia, sa forteresse et… l’horrible tubercule du Grand Lisboa. Il y a cependant une vraie touche d’Europe dans cette ville que l’on n’a retrouvée nulle part ailleurs en Asie.Stitched Panorama

Dans la partie plus moderne de la ville, on trouve de grands et dégoulinants immeubles « à la chinoise », des bui-bui et des marchés comme on les aime, des rues animées et des vieux temples.Stitched Panorama DSCF3629 DSCF3620 DSCF3619Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF4040 DSCF4032DSCF3617DSCF36141DSCF3624 DSCF3735DSCF3990 DSCF3989 DSCF3985 Nous en visitons un, en compagnie de José, et il nous explique l’amusante cérémonie qui est se déroule alors.
Aujourd’hui, à même le sol de la cour du temple, on déplie des maisons en cartons, des voitures, des packs de téléphones et autres tablettes, des réfrigérateurs et rice-cooker, des radiateurs et des vêtements. Tout cela en carton souple plié.DSCF4004DSCF4002Un groupe de femmes rassemble ces offrandes dans de grandes boîtes du même matériau rajoutant quelques liasses de billets (tout aussi faux) çà et là.
Une personne est décédée. Pour accompagner le défunt dans « l’après », la tradition bouddhiste chinoise veut que l’on brûle des choses qu’il pourrait acquérir, afin de lui garantir une vie confortable « après ».DSCF3991 DSCF4008Avec deux pavillons en banlieue et une Porsche – avec chauffeur, on ne peut que lui souhaiter un bon départ…

Puis une de nos promenades nous mène au sommet d’une colline de la péninsule, entre maisons art déco’, temples aux encens qui fument et nous offre un point de vue intéressant sur le devenir des maisons des vieux quartiers grignotés par les tours et l’urbanisation grandissante… ainsi que la récupération progressive des terres sur la mer. Stitched Panorama DSCF3748

Nous poursuivons notre visite de Macao à l’autre bout du territoire, 11km plus au Sud (ce pays est minuscule : 29km2 de superficie – près du quart de Paris).
Nous découvrons l’ancien village de Coloane, au bord de la Mer de Chine. Les plages sont désertes, et les sauveteurs s’y ennuient.Stitched Panorama DSCF3658DSCF3648 Stitched PanoramaDans les parcs de l’île, il n’y a personne. Les sentiers sont pourtant abrités sous les pins, mais le relief rend la balade essouflante. Les papillons bleus électrique ou moirés sont nombreux, les oiseaux chantent, c’est paisible.
En face, à 2km, de l’autre côté du chenal, ce sont les horribles complexes touristiques de Chine.DSCF3665On se perd dans les rues calmes et colorées du village, on casse la croûte sur le port (si les papys n’avaient pas les yeux bridés, on se croirait sur le littoral d’Europe méridional) avant de passer voir les pandas du Parc.DSCF3673 DSCF3686 DSCF36841 DSCF3683 DSCF36781 DSCF3681 DSCF3664 DSCF36661 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3594

José, notre charmant hôte, nous fera découvrir la ville de nuit.DSCF3975DSCF3922Et notamment une autre incongruité locale. Faute de place sur le territoire, Macao loue un terrain en Chine et a construit son université.
Étant de l’autre côté de la rivière, il a donc fallu construire un tunnel pour le relier à la Zone spéciale de Macao. Attends, mais Macao, c’est pas la Chine alors ?
Au moment où le GPS nous localisait de retour en Chine, sans visa, nous avons eu une petite frayeur.

Notre séjour ne s’arrête pas là.
Un matin, la pluie se met à tomber, un déluge comme Noé n’en a jamais vu et qui nous fait ajourner notre balade accompagnée de José dans les ruelles du quartier historique, pour s’abriter dans un chaleureux bui-bui, plein de vapeur aux carreaux et qui vendent des bols chauds de soupe de nouilles agrémentées de viande, de boulettes de poisson, de porc, d’abats…DSCF34271Et puis après ?… que fait-on à Macao quand il pleut ? Et bien on va au Casino. Wouéééééé !

Cela tombe bien, puisque nous sommes à deux pas des Portas do Cerco, le passage frontière historique, qui séparait par quelques mètres seulement – le no man’s land est inexistant – les empires chinois et portugais… depuis, les empires ne sont plus, le Portugal est parti. Mais la porte est toujours là, et le poste frontière a été modernisé et surtout agrandi pour permettre à l’incroyable flot de touristes Chinois* de déferler tous les jours, toute la journée à Macao.DSCF34251Et si ils viennent aussi nombreux, ce n’est pas pour visiter São Lazaro.
Les Chinois ont la fièvre du jeu. Partout, au mainland, on peut les voir taper le carton, jouer au mahjong, aux échecs… et tout est matière à parier… sauf que c’est officiellement interdit.
Qu’à cela ne tienne, Macao est là. Et Macao, c’est le Las Vegas asiatique. Macao tire même 7 fois plus d’argent du jeu que sa lointaine cousine du Nevada.

Aussi, pour permettre à tous ces portefeuilles-sur-pattes d’aller mettre leur argent où il faut, des autocars sont gratuitement affrétés par les grandes compagnies du jeu pour les mener depuis la frontière directement au perron du complexe – il ne faudrait pas qu’ils soient arrêtés en route par les splendeurs historiques de la ville.DSCF4044Ni une ni deux, nous sautons dans un confortable bus climatisé pour prendre la direction de la péninsule de Cotai.


Ouverture de la parenthèse : il pleut à Venise.
Climatisé et gratuit, le bus avec « chauffeur, ouvreur de portes, pouffe à prospectus et wifi, nous dépose directement sous le porche d’entrée du casino, après avoir roulé 25min à travers Macao.
Sur les conseils de José, on décide d’aller voir le Venetian. Il parait que c’est le même que celui de Vegas, (les casinos de Macao appartiennent quasiment tous aux mêmes géants du jeu américains).
Ce serait le plus grand, le plus gros… le casino de tous les extrêmes. Et comme aujourd’hui, il pleut des cordes, c’est le jour idéal pour aller jouer !
Surtout qu’à l’intérieur, à notre plus grande surprise, dans l’immense hall d’entrée aux plafonds démesurés, une fois le parapluie rangé, on oublie totalement où nous étions.DSCF3561 (2) DSCF3486Désormais, il fait beau, nous sommes baignés d’une douce lumière de Dolce Vita.
Nous montons d’un étage et… bienvenue dans un nouveau monde.Stitched Panorama DSCF3482 DSCF3444 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaUn beau ciel bleu, marqué d’épars nuages blancs, surplombe la petite Venise, ses palais et ses canaux. Des gondoles glissent sur les eaux limpides de la rivière qui longe la galerie commerciale, le gondolier entonne – en playback – une douce cantate italienne et nous enjambons le petit pont afin de profiter de la vue. Les façades en carton-pâte sont du plus bel effet… tout comme les fresques, dorures et lustres des artères commerçantes.Stitched Panorama DSCF3502 DSCF3507Nous n’avions pas pu voir le Carnaval de Venise quelques jours après notre départ en Hiver 2014. Ici il fait 25°C toute l’année.
Et il fait toujours jour aussi, il ne faudrait pas que les joueurs se sentent l’envie d’aller se coucher. On ne trouve ainsi aucune horloge.
Que ce soit autour des tables de jeux ou dans les galeries marchandes où on retrouve toutes les grandes enseignes du prêt-à-porter, de la mode, de la maroquinerie… Tout le monde peut entrer librement chez Chanel ou Cartier, même le plus pauvre… surtout s’il a gagné. Tout est fait pour que l’argent, même celui crédité sur le compte du client malgré les impossibles probabilités, ne sorte du casino.

Après avoir flâné le long des canaux ensoleillés de la Cité des Doges, nous prenons la direction du casino. Nous descendons les Sept Cercles, et débouchons sur la plus grande salle de jeu au monde.
La moquette y est si épaisse que nos pieds s’enfoncent dans un univers doux et molletonné.
Bien sûr les photos sont interdites, mais c’est immense au point d’en être déboussolé et de s’y perdre. Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3505 Et le plafond, qui domine à plusieurs mètres au-dessus de nos têtes, est planté d’une forêt de lustres… pas suffisamment dense pour nous éclipser la ribambelle de caméras (il y en a au moins tous les 50cm) qui doivent être aux aguets, surveillants aussi bien les joueurs que les employés.
On trouve différentes zones de jeu, selon la quantité d’argent et la vitesse avec laquelle on est prêt à la perdre.
Certaines tables n’ouvrent qu’avec une mise de départ de 1000$HK (env. 110€). Autour de nous, les gens sont attablés, certains complètement nerveux tandis que d’autres appuient fébrilement et de manière hébétée sur le bouton de la machine pour vainement tenter d’aligner les 3 pastèques sur leurs compteurs.
D’autres n’ont aucun scrupule à jouer plusieurs centaines d’euros, parfois plus, et à tout perdre.
Et c’est aux tables de Baccara ou à celles de roulettes que l’étude anthropologique met à jour tout le pathétisme de l’addiction au jeu.
Car si nous sommes pleins de dédain (peut-être une légère jalousie profondément enfouie ?) en suivant les exploits et les échecs d’un jeune chinois à peine vingtenaire, portant une doudoune-sans-manche Gucci et des baskets montantes bleues électriques Louis Vuitton – il est certainement venu en Bentley tout droit de GuangZhou), nous serons touchés en voyant ces hommes aux visages burinés, aux mains calleuses et aux ongles noircis par la terre qu’il retourne, ces anonymes venus de leur campagne, jouer les jetons sans compter, pour tout perdre – le plus souvent. Ceux-ci sont tristes à voir, et donne mal au cœur.

Enchainant les verres de thé au lait gratuit (il est 11h du matin), nous déambulons un bon moment, observant les techniques de jeux, les règles et les techniques des croupiers, avant d’aller jouer, à notre tour, 100$HK. Wouhou… on est même un peu stressés dis dons… et nous les perdons au premier tour de roulette. Une chance sur trois, ce n’était pas suffisant pour nous !
Voilà. C’est fait.
On repart un peu penauds, mais pas trop. On ne pourra donc pas s’acheter la Rolex de nos rêves, celle dans la vitrine qui trône en plein milieu de la salle de jeu, ni s’acheter de nouveaux escarpins chez Prada, ou un nouveau sac de voyage en cuir chez Burberry dans les ruelles de Venise…
Zut…

Mais le challenge ne s’arrête pas là, parce qu’une fois prise la décision de partir, il reste encore à trouver la sortie, et c’est une autre paire de manches.
Elle est en effet, indiquée nulle part.
Il n’y a pas de fenêtre pour se repérer, les plans ne sont pas explicites, les noms des salles ambiguës. Ainsi, après avoir tourné en rond un long moment, nous poussons une porte coupe-feu pour débarquer sur le strip désert, avec une vue panoramique sur la démesure de cette industrie malsaine.Stitched PanoramaStitched Panorama

Mais comme la curiosité l’emporte sur la raison – ou serait-ce le mal du pays ? – nous faisons un détour par la Tour Eiffel du futur casino Parisian en construction.
Non, mais après le Duomo San Marco, ils ont refait la Tour Eiffel !
Ces types sont tarés tout de même.Stitched Panorama

On va faire un dernier tour dans un second casino, Studio City, mais juste pour le plaisir des yeux.
On dirait un décor de Tim Burton. Les architectes ont dû se fendre la poire.
Allez, pour rigoler, j’te fais une grande roue en forme de 8 (chiffre porte-bonheur en Chine), et puis je te le fais même au 15ème étage tiens !DSCF3538DSCF3544 Stitched Panorama DSCF3560 DSCF3558 DSCF3577Comme prévu (ou plutôt pas prévu), nous passons la plus grande partie de la journée enfermés, sans trop se rendre compte du temps qui passe. Nous reprenons, en milieu d’après-midi, un bus gratuit pour rejoindre la péninsule et la vraie Vie.
Une débauche de clinquant, de paraître, de miroirs aux oiseaux… énormément d’énergie dépensée… Mais cela reste néanmoins sidérant. Quel drôle de monde…

Fin de la parenthèse.


Macao est multiple, Macao à plusieurs visages.
C’est une très belle surprise. Jamais nous n’aurions pensé être à court de temps pour l’explorer.

Mais finalement, ça arrive, ce fameux jour arrive.
Celui de la fin.
Nous rejoignons l’aéroport, « flottant » lui aussi sur un terrain rattrapé sur la mer, pour y prendre notre avion. Oui oui, un avion !DSCF4049Direction la Thaïlande, où un pied-à-terre nous est chaleureusement et amicalement préparé.

Le comble… oui le comble, c’est que notre manie de faire des économies – mais qui nous a permis d’aller si loin – nous fait voler vers Pattaya, pleine de Russes, de gros riches bien blancs, et de petites asiatiques toutes justes pubères.
Macao-Pattaya, les deux capitales du vice.

Pas de proxénètes dans la cabine finalement mais juste un groupe de Chinois ravis d’aller en vacances au Royaume de Siam.
Après avoir récupéré nos bagages (que l’on voyait tourner sur le tapis 10 mètres derrière le poste d’immigration tant l’aéroport international est ridiculement petit), on sort à pied de l’aéroport.

Les minivan demandent un prix exorbitant – bien qu’officiel, cela n’en demeure pas moins de l’extorsion – pour rejoindre Pattaya situé à 40km puis Bangkok 150km plus loin.
Nous mettrons finalement 5 heures à rejoindre la Cité des Anges… à coup d’auto-stop chaleureux et transport en commun…
Un retour comme en-bourlingue.
À suivre !

 

‘* Encore une fois, la politique d’immigration est étrange.
Ainsi, les habitants de Macao, munis de leur « carte de retour à la maison », peuvent traverser à volonté la frontière avec la Chine continentale pour se rendre au centre-ville de ZhuHai – profitant ainsi des denrées moins chères de l’autre côté.
Alors que les mainlander se doivent de présenter leur passeport et un laisser-passer pour entrer sur ce petit territoire.

‘** José nous expliquera cependant un peu plus tard que cette omniprésence de la culture portugaise est bien plus récente qu’on ne le pense.
Cela ne fait en réalité que depuis quelques années que le gouvernement de Macao joue dessus afin de se refaire une identité plus potable, plus louable.

Tour-ticoli

Notre visa chinois expire jeudi 4 Mai.
Il nous faut passer la frontière avant cette date pour sortir du pays.
Techniquement parlant, pour quitter la Chine on peut aller à Hong-Kong.
Mais Hong-Kong c’est pas la Chine ?
Et bien non, Hong-Kong ce n’est pas la Chine.
Et notre court séjour sur ce territoire nous le fera bien comprendre.
Rien n’y est pareil… en y réfléchissant ? non, rien du tout.

Ce simple passage de frontière annonce toute la complexité administrative et culturelle qu’il existe entre la Région Administrative Spéciale de Hong-Kong de la République Populaire de Chine et le mainland China.
À une petite centaine de mètres de la gare de ShenZhen, de l’autre côté d’un étroit cours d’eau, se trouve le terminus du métro de Hong-Kong qui mène directement au centre du territoire.
Mais avant ça, bien sûr, nous passons par deux guichets d’immigration, à la signalitique datant de l’époque anglaise. Un tampon de sortie pour la Chine et un petit papier volant comme « visa » d’entrée à Hong-Kong, nous pouvons y rester 90 jours.

On ne développe pas trop la partie historique de cette aberration, mais pour résumer :
– Suite à la Guerre de l’Opium, Hong-Kong devient anglais après la signature du traité de Nankin en 1842.
– En 1997, 155 ans plus tard, le territoire est rétrocédé à la Chine.
– Se met donc en place le motto « 1 pays, 2 systèmes », avec toutes les difficultés que cela comporte pour deux peuples ayant vécus dans deux mondes différents aussi longtemps : ils ne parlent pas la même langue, ils n’ont pas évolué de la même façon, ils n’ont pas la même culture, et surtout, ils ne s’aiment pas.
Hong-Kong a conservé la loi anglaise, sa monnaie*, son système politique, et gère elle-même son immigration.
– à partir de 2047, Hong-Kong devrait faire partie intégrante de la Chine. C’est ce qui est convenu dans la déclaration sino-britannique de rétrocession.

Donc, finalement, Hong-Kong est en Chine, mais Hong-Kong ne ressemble en rien à la Chine.
Voilà qui annonce un séjour intéressant.

Nous arrivons en fin d’après-midi chez Kim – une ancienne collègue de Brice – et son mari Jonathan.
Ils sont installés à Hong-Kong depuis belles lurettes et comme souvent, nous sommes accueillis avec plaisir de retrouvailles et grand confort.
Ils habitent un petit appart au 10ème étage seulement, d’un vieil immeuble qui n’en compte pas plus.
Le roof-top est la cerise sur le gâteau.Stitched Panorama Stitched PanoramaC’est un quartier parfait, plein de vie. Et on s’y installe pour 5 jours.
Nous sommes au cœur de l’île principale de Hong-Kong, à une encablure du Victoria Park, entre autoroutes aériennes, voies dédiées aux ding-ding (ces fameux tram’ à impériale), métro et bus, resto’ en tous genres et petites boutiques… et surtout entourés de buildings qui s’élancent vers le ciel.DSCF3370 DSCF2138 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2186 DSCF2191

Car l’architecture ici est impressionnante.
Les parcelles sont petites, les terrains constructibles peu nombreux du fait de la topographie accidentée du territoire. Malgré la rétrocession il y a déjà près de 20 ans, et l’afflux d’argent du mainland suite à la crise des années 2000, le gouvernement Hongkongais n’a pas encore cédé à la pression des lobbies de la construction comme c’est le cas chez leurs voisins. Et on trouve encore de beaux espaces verts. Le territoire compte plus de 250 îles.
Les régions les plus denses sont l’île de Hong-Kong (la première colonisée par les Anglais), et la péninsule de Kowloon qui lui fait face (6357 hab./km2 de moyenne, et on estime que dans le quartier de Mong Kok, la densité atteindrait 130 000 hab./km!).

Ainsi, pour pallier au manque de surface, on construit en hauteur. Les immeubles ressemblent à d’étroites tours, qui s’étirent tout en long vers les cieux. Cela donne une impression de fragilité, d’un château de carte qui pourrait s’écrouler avec le vent. Une sorte d’empilement précaire qui tient le coup. Stitched PanoramaStitched PanoramaStitched Panorama Car ici, les immeubles sont des belles factures, maintenus, régulièrement repeints. Rien à voir avec la RPC. Et ne nous trompons pas. Si les échafaudages sont en bambou, les immeubles sont faits pour durer, les matériaux bien choisis, bien assemblés, dans des conditions de sécurité et des qualités de fabrication occidentales.
On comprend pourquoi les apparts’ sont ridiculement petits… et incroyablement onéreux.

Nous sommes assez impressionnés par cette ville, et on ne sait pas trop par quel côté commencer.
En se baladant, nos yeux sont en permanence tournés vers le ciel.
Les enseignes rouillées par l’humidité débordent largement des façades au-dessus du trafic**, les clim’ coulent,… et ça nous donne vertiges et torticolis.DSCF2256 DSCF2293 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2430 DSCF2436 DSCF2438 DSCF3411 DSCF2472 DSCF2473 DSCF2510Assis au deuxième étage de notre ding-ding, la vue panoramique est impressionnante. Il y a des néons partout, des affiches, des immeubles, des boutiques, des pancartes, et du monde.
Il y a beaucoup de monde à Hong-Kong, et ça se ressent… mais jamais pourtant nous nous sentons bousculer, il n’y a pas de cohue. Les Hongkongais sont organisés. Devant les arrêts de bus, de longues files s’allongent, mais il y aura toujours un passage réservé aux piétons ou personne ne double. Et on pensait encore être en Chine…

Kim et Jonathan se plient en 4 pour nous faire découvrir cette île-pays.
Samedi, après un petit dej’ dans un bui-bui local d’une bonne soupe de nouilles aux herbes médicinales, nous partons nous balader au vert.
70% du territoire est recouvert de forêts, et les possibilités de rando’ sont nombreuses, dans un cadre préservé (et gratuit, en comparaison de… si vous voyez ce que je veux dire).
En 5min. de taxi, nous sommes déposés au pied d’un sentier qui s’enfonce très rapidement dans une dense forêt d’arbustes, à l’abri du bruit de la ville. Incroyable de s’imaginer si proches et pourtant si protégés de l’activité incessante de la dynamique Hong-Kong.Stitched Panorama DSCF2952 Stitched Panorama DSCF3488 DSCF3489 Stitched Panorama Alors que nous grimpons, un coup d’œil en arrière nous laisse voir la forêt de flèches de béton digne d’un film d’anticipation.Stitched PanoramaRandoEn face de nous, la forêt émeraude s’étend à perte de vue, avant de plonger dans la Mer de Chine Méridionale. C’est beau, c’est pas mal, silencieux, peu fréquenté… et à seulement quelques minutes de la maison.

Au loin, des grappes d’îles apparaissent (d’après nos hôtes, il y a aussi de très belles plages quasi désertes, de vrais joyaux à découvrir, et accessible d’un coup de bateau).Stitched PanoramaDSCF2932Notre sentier continue à grimper, descendre et re-grimper.
Il fait hyper chaud, le soleil brille sur un fond uniformément bleu et le taux d’humidité est très élevé sous les tropiques. Autant dire qu’on transpire.
Mais que c’est joli.

Cette balade nous fait du bien.Stitched PanoramaOn arrive au village de Stanley, dont le bord de mer, bo-bo à souhait, tranche avec notre look sportif-dégoulinant.
Nous profitons du coucher de soleil sur la baie. La lumière est belle et on a du mal à se dire qu’on est dans cette même mégalopole, à 40 minutes en bus de la maison.Stitched PanoramaStitched Panorama

Et puis les jours se suivent, mais nous ne nous lassons pas de déambuler dans la ville.
Nous explorons les différents quartiers, en marchant, marchant et marchant.DSCF2238 Stitched Panorama DSCF3403De l’autre côté du bras du mer, nous découvrons les vieux quartiers, plus animés, très colorés et bruyants de la péninsule de Kowloon. Moins cosmopolites que Hong-Kong Island la financière, Kowloon est plus Chinoise.
Ici, ça clignote de partout. Pancartes, enseignes lumineuses, publicités et calligraphies en tout genre, on ne sait plus quoi regarder. C’est tellement graphique et coloré. Géométrique et anarchique. Bordélique et organisé.
C’est beau !Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2579 DSCF2602 DSCF2605 Stitched Panorama DSCF2658 DSCF2661 DSCF2671 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF2893 DSCF2747 DSCF2750 DSCF2755 Stitched Panorama DSCF2767 DSCF2797DSCF3480 DSCF2819 Stitched PanoramaOn s’arrête pour quelques croquis, des photos, un thé et pour regarder la vie qui se déroule : les camions qui chargent et déchargent, les taxis rouges au look si rétro, les queues qui se créent pour attendre le minibus ou pour traverser la rue au son du bipbip pour non-voyant, …
C’est un spectacle incessant, et on ne peut s’empêcher de se dire que nous sommes ici à des milliers de kilomètre de la Chine que nous connaissions.

Parce qu’à Hong-Kong les gens parlent anglais, et bien mieux que nous.
La seconde langue officielle est le cantonais. Mais qu’ils écrivent en chinois traditionnel, version plus alambiquée des sinogrammes simplifiés sous l’ère Mao***.
Autant dire qu’avec un peu de fierté, les Hongkongais n’aiment pas cette dernière version qu’utilisent les Chinois du mainland, nous expliquant qu’ils ont su garder leurs origines et leur histoire, eux.

Cette histoire de langue se rajoute à la liste des fiertés soulignant « qu’ils ne sont pas les mêmes ».
Et à travers toutes les comparaisons que nous ne nous empêchons de faire, on découvre cette cité-état, aux multiples facettes.
Il y a énormément d’étrangers à Hong-Kong, des Occidentaux venus profiter d’une vie d’expat’, dans un pays où on trouve tout : des cafés branchés au camembert au lait cru, des piscines publiques aux concessions de voitures de luxe.
La politique d’immigration n’est pas vraiment équitable.

Les Hongkongais peuvent aller au mainland comme bon leur semblent grâce à la carte/visa – officiellement qualifiée par la propagande centrale – de « retour à la maison ».
Alors que dans l’autre sens, les Chinois du mainland ne sont autorisés qu’à un court séjour de 7 jours (pour rappel nous autres laowai, pouvons y demeurer 90 jours renouvelables). Et pour obtenir le précieux sésame, il faut retourner dans sa préfecture de naissance****. Mouai…
Bon, ils sont tout de même 1 milliard et demi de l’autre côté de la rivière, Hong-Kong ne peut pas tous les accueillir.
D’autant que ça ne plairait pas non plus à Beijing.
Ici, l’accès à l’information et aux médias est illimité, et cela pourrait donner des idées aux Chinois mainlanders de passage.

Toutes ces différences du quotidien inquiètent les Hongkongais qui redoutent (d’après ce qu’on a compris et ceux à qui nous avons discutés) cette absorption chinoise future.

Hong-Kong c’est un peu Londres avec des yeux bridés, un climat nettement plus chaud et de la nourriture comestible.
Les gens sont cultivés, il y a des galeries d’art et des lieux urbains de culture, de design et de créations.
Dans les rues pentues du quartier huppé de l’île, c’est un ensemble de petites boutiques, toutes mieux décorées les unes que les autres, au look parfait et aux détails maitrisés.Stitched Panorama DSCF2896 DSCF3521 Stitched Panorama DSCF3020 DSCF3106 Stitched Panorama DSCF3134 DSCF3180Et puis au milieu de tout ça, nous découvrons la gastronomie Hongkongaise, melting pot du monde entier.
D’un bol de nouilles à la sauce cacahouètes, au petit Bô Bun au resto’ vietnamien, nous enchainons les variétés culinaires.
Dans la cohue de Kowloon, Jonathan et Kim nous introduisent dans un bui bui indien installé dans un appart’, au 8ème étage d’un vieil immeuble. Stitched PanoramaTables côte-à-côte, rideaux fermés et dans une ambiance bonne franquette, nous savourons nos curry et dhal aux saveurs si imprégnées dans nos mémoires, avant de terminer la soirée au 35e étage, dans le bar sympa et branché d’un hôtel chic qui domine la baie. Hong-Kong, une ville des extrêmes.

Mais rien ne vaudra le petit déj’ dans une des « maisons de thé » cantonaises dans lesquelles les familles ont l’habitude de bruncher.
C’est comme ça qu’on appelle ces cantines archi traditionnelles. De grandes tables rondes sont disposées et on remplit les trous.
Vous êtes 4 ? ok là, on va serrer les papys, ça va passer.Stitched PanoramaEt puis au milieu de tout ça, circulent de serveurs, poussant des chariots à roulettes remplis de DimSum, de vapeurs et autres bouchées.
Tout le monde se lève et se précipite pour être le premier servi quand le serveur approche avec ses denrées fraiches. Les moins affamés restent assis et lui font signe, mais chacun repart avec son assiette, et son papier de commande tamponné.DSCF3038 Stitched PanoramaEn quelques minutes, le chariot est vidé, avant qu’un nouveau plateau, remplis de nouvelles saveurs, fasse son entrée à son tour.

Enfin, pour peaufiner le tout, nos copains nous délecterons d’un barbecue sur le rooftop.
Avec du vrai charbon (avec SSdC en entrainement, Marion est la pro de l’allumage du barbecue !), des braises et du feu qui crépite.DSCF3223Des côtes de porc, du poulet mariné, et même des calamars séchés et un petit Pastis… c’est un régal pour nos papilles, nos estomacs et un bonheur de profiter de ce lieu si particulier, coincé entre les tours, isolé et si urbain, et pourtant ouvert à la ville. À Hong-Kong, on se sent en communion avec la cité.DSCF3206 DSCF3226Pour tout ça, merci encore Kim et Jonathan, merci de votre tolérance, votre écoute, votre patience, merci de nous avoir compris. Et un énorme merci pour votre accueil et la simplicité de nos relations.
Et même en étendant notre séjour – sous la pression de nos hôtes – nous ne pouvons que partir frustrés de n’avoir vu que la partie immergée de l’iceberg Hong-Kong.
Il nous faudrait y passer plus de temps pour explorer davantage et mieux comprendre ce territoire si spécial.

Le jour de notre départ, dernière petite escapade culinaire, nous retrouvons notre amie Hongkongaise Karen – rencontrée fugacement à Yubeng, essoufflée en haut de la montagne.DSCF3247Son anglais est parfait. Mais sa mère ne le parle pas. Elles communiquent entre elles en dialecte.
Pfff, on a encore des milliers de questions à lui poser.
Un bol de riz, de la viande cuite comme-ci ou comme ça, des nouilles sautées au poivre, un thé-au-café-au-lait-au-sucre-glacé, nous sommes reçus au resto’ familial, contents de ces nouvelles rencontres, avant d’aller chercher notre bateau.

Nous quittons Hong-Kong pour rejoindre Macau.DSCF3251 DSCF3266 DSCF3307Macau en Chine, mais pas vraiment en Chine non plus…
« 1 pays, 3 systèmes » ?

 

‘* Ici, on paie en Hong-Kong Dollar (cela n’aurait pu en être autrement dans cette place financière si importante), et la particularité est que chaque banque imprime ses propres billets, ainsi, on trouve des billets HSBC, Chartered Bank, ICBC, Bank of China… aux illustrations différents.DSCF2126

‘** La circulation se fait sans klaxon, dans le respect du code de la route – nous sommes les seuls à traverser en dehors de clous, et on conduit à gauche… enfin, tout le contraire de la PRC.

‘*** Séparés de leurs voisins pendant plus de 150 ans, taper à la machine ne se fait pas du tout par le même biais au mainland et à Hong-Kong. Si les communistes ont développé un système utilisant l’alphabet latin – le pinyin, les Hongkongais utilisent un clavier avec de nombreuses clefs de base permettant de construire le mot. Super compliqué !

‘**** Lors de notre passage à l’immigration de Kanding (dans le Sichuan), nous avions rencontré un couple de riches Pékinois qui souhaitaient se rendre à Hong-Kong.
Ils parcouraient ainsi plusieurs milliers de kilomètres pour éditer une autorisation pour lui, puis pour elle (2000km plus à l’est). Qui a dit que l’administration française était complexe ?

Les louanges de Louang Prabang

Nous voilà bien arrivés à Luang Prabang.
Tous les deux en séparés, mais bien arrivés.
Cette ville au passé colonial riche et aux temples innombrables est très charmante.
Les rives du Mékong et de son affluent semblent l’entourer comme pour protéger son patrimoine et le mettre encore plus en valeur tel un écrin.
Il faut rappeler aussi que les villes du Laos n’ont rien pour elles – si ce n’est la simple vie que les Laotiens leur procurent.DSCF2394DSCF2399Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF2533DSCF2401Nous nous y arrêtons pour 5 jours.
En effet, notre planning y est chargé. Et c’est après avoir trouvé un toit (à un prix presque décent, quoique très élevé… cette ville, en tant que phare touristique du pays, est très chère), que nous nous attelons à nos tâches.

La première d’entre elles, et non la plus facile, est de vendre K’rá Diêu.
Oui, il est temps de reprendre notre indépendance. Nos routes doivent se séparer.
K’rá Diêu va continuer sa vie, parcourant les routes laotiennes du Nord au Sud, en passant peut-être par le Cambodge et le Vietnam, pour y retrouver de la famille.
Nous avons mis des annonces sur des sites internet et nous avons imprimés des affiches que nous partons scotcher dans la rue.
Mais on se rend vite compte que nous ne sommes pas seuls à vendre la même moto… et que nous réclamons trop pour K’rá Diêu. Enfin, surtout que les gens préfèrent aussi acheter une moto à petit prix – et tant pis si ils dépenseront plus que la différence en réparation – plutôt qu’une machine en bon état pour plus cher.
Un rendez-vous manqué avec un couple potentiellement acheteur (Pas assez rapide, dommage. On l’avait pourtant croisé lors de notre arrivée), mais le « hasard » fera qu’on rencontrera Michael et Tina au coin d’une rue, et qu’on discutera un temps.
La distribution de prospectus nous fait rencontrer tout un tas de personnes.
Et au détour d’une ruelle, on tombe sur Jérémy et Fanny, assignés à résidence pour cause d’entorse au genou.
C’est ainsi que nous restons assis à leur côté à papoter pendant quelques heures, qu’on se retrouvent bien les uns les autres, puis nous profiterons ainsi les soirs suivants de moments « entres potes ».DSCF2413Et puis, il y a aussi Jean-Claude, un motard photographe voyageur, avec qui nous discuterons également longuement sur la terrasse de notre petite pension.
Et également Françoise et Paul, un couple de septuagénaire, en voyage depuis 7 mois à bords de leur Land-Rover aménagé/camping car. Ils sont passés au Tibet, en Iran et au Pakistan, … entre autres !… ça fait du bien de voir que le virus du voyage ne s’éteint pas avec l’âge.

Beaucoup de bule d’un coup donc.
Il faut dire que Luang Prabang est le pendant laotien de Chiang Mai (en Thaïlande). En tout cas, c’est un peu comme ça qu’on l’a perçu.
Une ville tranquille, à l’architecture et urbanisation qui sort de l’ordinaire laotien, au patrimoine riche et qui fleure bon le confort… ce qui fait donc que les touristes ont finalement envie d’y étendre leur séjour.DSCF2370Stitched PanoramaDSCF1031 DSCF2317 DSCF2321 DSCF2279DSCF2381Et donc beaucoup beaucoup d’auberges, hôtels et agences de voyage… et de moins en moins de places pour les locaux… Dommage.
Mais des bars et boutiques branchés… et un marché de nuit devant lequel nous feront le pied de grue toute la soirée… pour finalement rencontrer Jan, un grand gaillard qui se demandait si voyager à moto au Laos ne lui conviendrait pas mieux.
En fin de compte, le lendemain, c’est sur K’rá Diêu qu’il est reparti, direction les montagnes de l’Ouest.
Après une leçon de « comment se comporter avec K’rá Diêu », les réparations qu’on a déjà faites (on a gardé les notes des garagistes, longues comme un bras), les astuces et routes sympas (tout sauf la route 23 !).
C’est avec tristesse et soulagement que nous voyons notre fier destrier partir sous les fesses d’un Hollandais (qui continuera à nous envoyer régulièrement de « leurs » nouvelles). Nous sommes en effet soulagés car dernièrement nous n’avons pas voyagé sereinement tout au long de nos trajets, nous méfiant de chaque montée, ne pouvant réellement nous arrêter et aller où l’on voulait vraiment, se demandant ce qui allait clocher sur K’rá Diêu…
Voyager avec une moto fiable et plus puissante nous aurait bien plus comblé.
Car, voyager à moto a été une superbe expérience au Laos.
D’autant plus que le Laos… n’a que peu à offrir en dehors de ses paysages et son peuple.
Et être à moto nous aura permis d’être un peu plus libres sur de nombreux aspects.
À l’écoute des récit d’autres voyageurs rencontrés à Luang Prabang, on se rend d’autant plus compte de la chance que l’on avait. Puis cette ville est tout de même aux antipodes du Laos des derniers semaines.
Cependant, on a l’impression paradoxale d’avoir fait moins de rencontre et avons eu moins d’interactions avec les Laotiens que nous aurions pu en voyageant en transport en commun.

C’est en effet souvent dans les gares de bus, en cherchant notre chemin, ou dans les bennes de sorng-ta-ou que nous papotons. Mais bon, ça sera pour une prochaine fois.

On se dit que chaque voyage est différent. Chaque façon de le faire à ses points positifs et négatifs.
Mais en voyageant à moins de 40 à l’heure*, K’rá Diêu nous a permis de vivre le paysage et les villages laotiens différemment et peut-être plus en profondeur – à pied ça aurait été encore plus intense… et fatigant.

Et après près de 1700km*, quelques soucis mécaniques et beaucoup de plaisir sur les routes, nous poursuivons la nôtre, autrement.

La deuxième tâche – roulement de tambour… est de faire un visa chinois !
On a décidé de retourner en Chine, plutôt vers le sud cette fois-ci (enfin… on verra).
Le consulat de Chine est efficace et cette tâche s’avèrera beaucoup plus facile que pour notre première demande de visa, à Ankara.
Et voilà, 4 jours plus tard, notre passeport décoré d’un nouveau visa pour 30 jours au « pays du centre ».

La dernière tâche et finalement, la plus facile : profitez de Luang Prabang, ses temples, ses rives et ses jolies maisons.Stitched Panorama DSCF2381 Stitched Panorama DSCF2272 DSCF2316 DSCF2532DSCF2329 C’est ainsi qu’on se balade un peu par là et par ici. On évite la foule et les groupes de coréens en vacances en lézardant dans les ruelles cachées et parallèles et de l’autre côté du fleuve.DSCF1085 Stitched Panorama DSCF1051 Stitched Panorama DSCF2454 DSCF2455Stitched PanoramaStitched Panorama DSCF2487 Stitched PanoramaDSCF2266 DSCF2507

C’est beau. C’est paisible.
Là-bas, les temples sont décorés de riches peintures écaillées. Les têtes de Naga ornent les façades. Les moines aux robes oranges/safran habitent les lieux.
Ils sont nombreux et leurs présences rendent les temples vivants.

Les couleurs sont chaudes et variées. C’est un subtil mélange de brun, rouge, jaune et doré.
Ça faisait longtemps que les temples ne nous avaient pas émus.

Enfin, nos estomacs se régalent de sandwichs (oui oui, un sandwich avec de la baguette, merci l’empire colonial français), de tomate, fromage et poulet, mais aussi de bons mets laotiens servis à la « casserole » et riz collants dont nous devenons accrocs.DSCF2412DSCF2358 DSCF2356

Notre séjour à Luang Prabang se termine alors que nous filons au Consulat Chinois.
Et puis hop hop hop, on part en stop plein Nord. Et sans faire exprès, c’est à bord de la voiture d’un chinois que nous montons (d’abord dans la benne, pis finalement bien au chaud dans la cabine). Brice cherche ses mots, ça va revenir.DSCF1092 DSCF2556 DSCF2614
Après une longue route interminable (mais d’excellente facture made in China) serpentant entre les montagnes (on se rend pas du tout compte que ça monte), nous sommes déposés à OudomXai.
Le lendemain matin, on élimine nos derniers kip en s’offrant une mangue et un dernier sachet plein de khao niew (le riz collant) avant de repartir pour Boten dans une bus plein de Chinois, et la frontière Sino-Laotienne.

‘* : 1690km en 18 jours, avec une moyenne de 23.2km/h, 23000 mètres d’ascension (et tout autant de descente…mais on s’en souvient moins) pour un sommet à 1550m.
Moins de 43litres d’essence consommés (soit 2.5l/100km) pour la folle somme de 300 000 kip (~36€).
1 077 000 kip (~130€) de réparation… et après 10 jours, Jan n’a toujours pas de problème.

Laos dans la montagne

Notre prochaine et probablement dernière étape au Laos est la fameuse Luang Prabang.

Mais d’ici-là, il nous reste quelques montagnes à gravir, des pentes abruptes, de longues montées et de beaux virages… et encore une fois nous sommes partagés à l’idée de parcourir une si belle route, sur une brelle qui broute.

Nous avons pris une grande décision. Pour la première fois en 745 jours de bourlingue, nous n’allons pas faire la route ensemble.
K’rá Diêu en a trop bavé la fois précédente.
C’est décidé.

On dépose donc Marion à la gare de bus, on achète un billet – eh mais c’est cher ! finalement, K’rá Diêu n’est pas un si mauvais investissement !.
Brice sera en moto, seul avec son sac-à-dos, et nous devons nous retrouver dans 120km, à la ville de Phou-Khoun.
Brice part finalement en avance, laissant Marion attendre que le bus se remplisse et parte.
Assise sur un assis-mou confortable, le paysage défile tranquillement. Les montées ne posent aucun problème, même après avoir chargé en cours de route une moto sur le toit du minibus.DSCF0930 DSCF0931 DSCF2065 S0060958Brice pendant ce temps, voyage au rythme imposé par K’rá Diêu (les montées se font bien en 3ème), fait des arrêts photos/pipi, profitant d’une moto légère.
Le plaine à l’Ouest de Phonsavanh est magnifique, notamment quand elle est baignée de la lumière matinale.
Une succession de vaux et de collines sèches. Çà et là, des rizières attendent la saison des pluies.
Stitched Panorama DSCF2077 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2125Et doucement, la campagne sort de la léthargie, aussi bien sur la route que dans les villages traversés.DSCF0970 DSCF2220 DSCF0975DSCF2157Puis les déclivités se font de plus en plus raides.
Très vite – enfin, pas si vite non plus – le premier col arrive à 1415m, pour ensuite redescendre dans la vallée.DSCF2129 Stitched Panorama Stitched Panorama…et enchainer par une seconde montée, beaucoup plus sévère menant K’rá Diêu vers des sommets à 1450 puis 1550 m qui dominent les alentours.DSCF2143 Stitched Panorama DSCF2170 Stitched Panorama Jour 1Même si Brice est seul sur la moto, ce trajet n’en demeure pas moins fatigant, et il est content d’arriver à Phou Khoun quelques minutes avant l’autobus de Marion.
Finalement, la bourlingue se retrouve pour le déjeuner.
Il n’y a absolument rien à faire à PhouKhoun, c’est une ville-carrefour situé sur une crête, à la jonction de la route 13 et la route 7 provenant de Phonsavanh.DSCF2183DSCF2182 DSCF2179 DSCF2178Nous nous baladons au marché, 5min dans l’unique rue et puis le reste de l’après-midi sur notre toit terrasse, à siroter un café au soleil. Une fois la nuit tombée, plus de trafic dans la rue. Le carrefour prend des allures de décor de cinéma.Stitched Panorama

Le lendemain, on refait la même. Sauf qu’on pensait faire du stop, mais qu’il n’y a aucune voiture. Zéro. Rien. Nada.
Un camion de type « transport de fruits et légumes » fait également office de « bus » – les sorng-ta-ou qu’on retrouve aussi en Thaïlande.
Brice enfourche K’rá Diêu tandis que Marion s’installe sur l’assis-dur-très-dur de la camionnette.
Et c’est parti pour 4h de routes, de virages, de poussière, de nids de poule, de grandes vallées, de rizières, d’arbres, de crêtes, de vent.
Comme dans le Nagaland, cette route est étonnante, elle dessert des villages situés non pas dans la vallée ou sur les flancs de montagne, mais sur les crêtes.
Ce qui permet de profiter de panoramas ahurissants et vertigineux.Stitched Panorama Stitched PanoramaEt à ce titre, la route est vraiment impressionnante.
Une fois le dernier col passé à 1440m, un panneau annonce une pente prononcée…sur plus de 18km !
J’aurais pas aimé la monter sur K’rá Diêu celle-ci.
Oui parce que ce dernier segment de route désert qui nous mène à l’ancienne capitale, n’est qu’une succession de côtes et pentes où l’on croise parfois de poussifs camions aux freins fumants.
Jour 2C’est beau…
Mais avec le petit moteur anémique de K’rá Diêu entre les jambes, il est plus que recommander de multiplier les pauses… pas grave, ça permet de prendre des photos.
Pendant ce temps, Marion fait aussi étape pour décharger une partie de sa cargaison… et ses compagnons de voyage achètent un ou deux écureuils faisant ainsi un délicieux en-cas.DSCF1014

Tout ce chemin se réalise à petite vitesse, les descentes se font souvent plus lentement que les montées.
Surtout dans les virages, puisqu’ils sont plein de cailloux et de nids de poules, bordées par de profond précipices.
…Et pourtant s’il y a bien quelques motos sur les routes, seule une voiture doublera Brice sur les cent bornes de montagne. Et dire que c’est la route qui relie les deux plus grosses villes du pays.Stitched PanoramaDSCF2238 Stitched PanoramaStitched PanoramaStitched Panorama DSCF2226Ouf, on rejoint finalement la vallée, 100km sans croiser de pompes à essence (alors qu’on en trouve parfois 6 à la file), heureusement que K’rá Diêu a un appétit d’oiseau.

Le camion de Marion ayant roulé à tombeaux ouverts, elle doublera Brice et arrivera à destination une petite heure plus tôt, la bourlingue se retrouve pour le déjeuner.
Ça y est, enfin, nous sommes à Luang Prabang.

Ça boum !

Le problème d’avoir une moto et finalement d’être propriétaire, c’est que nous nous faisons beaucoup plus de soucis que si nous avions loué la machine.
C’est un peu comme la location de ski. Tu t’en fiches si on te marche sur les skis.
Pour la moto, c’est pareil.

Et K’rá Diêu est sensible.
Nous sentions qu’elle n’avait pas la forme en arrivant à Phonsavanh.
On soupçonnait son anémie d’avoir pour origine l’admission, ou l’allumage ?

En bref, on s’est refait une histoire de monsieur A, B et C .
Tiens tiens… j’ai comme l’impression que l’histoire se répète.
On passe chez un premier garagiste. Monsieur A.
On lui fait écouter notre moteur sans puissance, il l’essaye, et finalement, nous montre la culasse : il faut changer les soupapes.
Mais Monsieur A est tout seul dans son garage, et il y a déjà 4 motos qui attendent, il nous dit de repasser plus tard.
On part donc voir un autre garagiste, histoire de comparer les diagnostics.
Et rapidement Monsieur B nous explique que ça serait aussi les soupapes.
Mais on ne sent pas trop Monsieur B qui roule trop des mécaniques devant son équipe (pas mal celle-ci !), il ne nous met pas en confiance.
En retournant voir Monsieur A, nous tombons sur le garage de Monsieur C.
Et comme à Takhkek, Monsieur C décide d’ouvrir pour examiner. Il nous montre le carburateur. C’est vrai « qu’on » y avait pensé.
Mais après avoir soigneusement nettoyé le carburateur, la moto ne démarre plus.
… Autant dire qu’on est fâchés.
Il essaye un truc, un autre, il veut aller voir le moteur, … non non non, il est tout neuf le moteur !
Finalement, après 1h, on repart en poussant la moto, direction le garage de Monsieur A, la queue entre les jambes.
On arrive à 16h, il y a encore du monde. On s’assoit, on attend.
On passe bien entendu après les pneus crevés qui arrivent à l’improviste.
On regarde le mécano qui bosse, il redémonte le carburateur, le rerègle, rien n’y fait, remplace avec un nouveau… toujours rien.
Il remonte de nouvelles soupapes – ajustement du jeu à l’oreille, ces types sont des professionnels -mais toujours rien, un moteur qui broute…
On sent déjà qu’on va devoir laisser la moto à Phonsavanh.
Tant pis après tout… 300$ sur deux ans de voyage…
Et après plusieurs heures de stress, de tests, d’ouverture du moteur, la nuit est déjà tombée depuis bien longtemps… DSCF5180 DSCF5185Notre virtuose installe un nouvel arbre à cames, et là, ça marche !
Génial !
Notre mécano’ n’a même pas pris deux minutes pour pisser, ces types travaillent dur… pour 10€ !
Et nous sommes un peu plus soulagés.

Mais les prochains jours à Phonsavanh vont nous permettre de relativiser quant aux problèmes de la moto.

Il y a bien entendu la très proche plaine de jarres, un site archéologique multimillénaire qui nous dégourdira les jambes une matinée, et dont il n’y a pas grand-chose à dire… car il demeure encore mystérieux (ça aurait peut-être servi de tombeaux…)Stitched Panorama DSCF2026 Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF2046 Stitched Panorama DSCF2029L’immense intérêt que l’on a eu à venir dans cette région, est lié à une histoire beaucoup plus récente.
Nous sommes à l’Est du Laos. Le Vietnam n’est pas si loin, et comme nous l’avions emprunté quelques jours plus tôt, le Hô Chi Minh trail passe par là.

Durant la seconde guerre d’Indochine (= guerre du VietNam), les troupes VietMinh d’Hô-Chi-Minh ont fait le coup d’Hannibal en contournant la ligne de front par un réseau de chemins et routes longeant la frontière montagneuse côté Laos.
Or, suite aux accords de Genève mettant fin à la première guerre d’Indochine (celle d’indépendance vis-à-vis de l’empire colonial français) le Laos est officiellement neutre dans cette histoire.
Il n’est en guerre contre personne – même si la rébellion communiste naissante des Pathet Lao (armée de libération du peuple lao) aide volontiers leurs camarades VietMinh.

Aussi, les États-Unis d’Amérique se sont lancés dans une guerre secrète de près de 10 ans sans que le Sénat (et encore moins les citoyens américains) ne soient au courant, bombardant largement et massivement une grande frange du pays.

Il est tombé au Laos, entre 1964 et 1973, plus de bombes que dans le monde entier pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Toutes les 8 minutes, 24h sur 24, pendant 9 ans, les Laotiens subissaient des raids aériens ciblant la révolution Pathet Lao ou le stratégique Hô-Chi-Minh trail (sans parler des bombardiers qui lorsqu’ils été contraints d’avorter leur mission à l’Est, se débarrassaient de leur funeste chargement pour s’éviter de lourdes procédures de sécurité d’atterrissage les soutes pleines).

Avec – officiellement – plus de 2 millions de tonnes de bombes qui sont tombées, cela fait du Laos le pays le plus bombardé de l’Histoire… pour une guerre qui n’a jamais existé.
Ce chiffre fait d’autant plus peur que cela fait près de 900kg de bombes par habitant.
Un nouveau type de bombe, les bombes à fragmentation.
Chaque bombe de plusieurs centaines de kilogrammes, s’ouvre pour libérer plus de 600 « bombinettes », grosses comme le poing, diaboliquement efficaces pour tapisser la zone de bombardement (et laissant de larges cratères).

contaminationmap
Carte des zones UXO au Laos – (c) MAG International

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
On estime que 30% d’entre elles n’ont pas explosées laissant aujourd’hui le pays contaminé par plus de 80 millions de ces petites bombes (les UXO – UneXploded Ordnance).
Les terres arables en sont parsemées, et elles continuent d’exploser sous les coups de bêche des agriculteurs, à l’intérieur d’un tronc que coupent les bucherons, ou dans les mains des enfants qui jouent avec ou récoltent l’acier pour le revendre aux ferrailleurs…
Il y en a partout, dans les cours d’écoles, le long des routes, dans les champs… le pays en est infesté, et la saison des pluies n’a de cesse de retourner la terre et de déplacer les bombes, terrorisant les populations locales.

Dans un pays en grande partie paysan, cette situation ralentit incroyablement le développement d’une population parmi les plus pauvres du monde.
Le gouvernement laotien effectue un travail de fourmi – aidé par de nombreuses associations non-gouvernementales – pour déminer le pays.
Un travail titanesque qui demande beaucoup de temps (à ce rythme plusieurs centaines d’années ?), et de ressource qui ne peuvent être investies dans d’autres secteurs.
Mais cela reste la condition sine qua none pour assainir les terres et permettre le développement sain du pays.

Ironiquement, on fait appel à de la dynamite pour détruire ces encombrantes charges.
Et c’est incroyable de penser que d’un côté on dépense tant d’énergie à développer et fabriquer des bombes, alors que d’autres dépensent tout autant pour les éradiquer. Un « tir à la corde » insensé.
Notre monde est fou.

On a eu la chance de rendre visite à deux associations qui œuvrent à leur manière et à des échelles différentes pour alléger ce lourd poids.

La première est la NGO nobélisée MAG (Mine Advisory Group), qui apporte sa compétence technique en matière de déminage d’explosif dans le monde entier.DSCF2006

La seconde est l’association locale Quality of life for UXO survivors QLA dont le rôle, plus social, est d’aider les familles des victimes à retrouver dignité et autonomie en apportant une aide psychologique – toute relative dans ce pays, éducative, financière, et logistique, à Tchong qui a perdu la vue alors qu’il brûlait ses ordures quotidiennes derrière sa maison et dont la femme doit s’occuper seul du foyer et qui n’ose plus aller retourner la terre de son champ, ou à Yan qui a perdu ses deux avant-bras et voudrait une prothèse… au moins pour pouvoir attraper un verre de thé – dixit.

Voilà voilà !

Oui, ça n’a pas été fun, mais ça permet de honteusement bien bien relativiser sur nos petits soucis.
Et heureusement le climat qui se radoucit, les bonnes petites casseroles de la mamie du coin, et le sourire des Laotiens, nous réchauffent le cœur.DSCF0923

Ça grimpe !

On monte, on monte, on monte.
Mais tranquillement.

Pour continuer vers le Nord, en direction de Phonsavanh, nous avons quelques 450km à parcourir en empruntant la route 1D.
Sur la carte cette route est légendée « pire que tout »… mais on s’est renseignés – cette fois-ci – et on va avoir droit à une route flambante neuve.DSCF0426 DSCF0488On découvre que la puissance de K’rá Diêu a finalement des limites : les grosses montées à 12%.
Et ça, c’est nouveau.
Nous longions depuis le début du voyage le Mékong, profitant des grandes plaines et plateaux environnants. Les faux-plats passent correctement, mais cette première montée, c’est trop.

Nous quittons KongLor pour une petite journée de route. On a seulement 70km à parcourir, mais on a décidé de partitionner ainsi.
120/140km par jour, c’est le max’.
Pour nos fesses et pour K’rá Diêu.
On part tôt le matin, et s’il fait encore froid, on a de belles lumières et un après-midi entier pour se reposer.

Cette première journée est donc tranquille et facile.
Le paysage est vert et montagneux. C’est joli et paisible.
On avance bon train, mais sans précipitation.
On profite du paysage vallonné et des montagnes des alentours, des sabaidee (= bonjour) en bord de route, des enfants à vélo, des vaches ou des cochons qui traversent la route, des papys en moto,…
Mais tout le monde à froid, et tôt le matin, le bon sens dit qu’il fait meilleur au soleil, alors tout le monde dehors !DSCF0451 DSCF0479 Stitched Panorama DSCF0529DSCF0628 DSCF0452 DSCF0460 DSCF0531Notre première étape est dans la plaine. Vieng Thong est un bourg sans grand intérêt. Il n’est ni beau ni moche. Mais c’est souvent comme ça au Laos.
Nous nous régalons dans un resto plutôt vietnamien que laotien. On en ressort la peau du ventre bien tendue.DSCF0555Pour passer le temps, nous passons au Wat dont les ouvriers sont en train de sculpter les battants des volets et les poteaux (les types ont l’air bons, en tous cas ils viennent de Ventiane), on s’achète une pastèque d’apéro et nous enfermons dans la chambre dès le soleil couché.
Il fait froid, et les maisons sont vraiment mal isolées (quand elles ont la chance d’avoir des carreaux aux fenêtres).DSCF5105 DSCF5106 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF5090Le lendemain, sous un soleil à peine levé dont les rayons ont du mal à nous réchauffer, nous grimpons sur K’rá Diêu.

Après quelques km, la route commence à montrer ses premières courbes et déclivités.
Assis bien sur l’avant de la moto, nous commençons donc à grimper. La 4e est rapidement quittée. Idem pour la 3e.
La 2nde pousse, on est à fond. On passe en 1ère, à fond, ok pour la 2nde, mais en fait, non.
À fond de 1ère, c’est difficile.DSCF0576 DSCF0623 DSCF0600 DSCF0658Et puis on pose un pied à terre, et on attend que le moteur refroidisse un peu.
Marion commence à monter à pieds. Juste quelques mètres, au prochain virage, c’est bon.

Puis finalement, c’est au 5e virage.
Brice attend un peu plus haut, que l’huile reprenne consistance.
bon bon bon…

Là, ça va pas le faire.
On décide donc de se séparer.
Marion monte dans un camion, afin d’être déposée « après les virages qui grimpent ».

Puis la route redescend, serpente et zigzague. On est rassurés.
Mais un nouveau panneau 12% pointe son nez.
On a compris la leçon.Stitched PanoramaOn attaque le stop avant même d’entamer l’ascension.
Marion monte dans un minivan dont les passagers seront malades à vomir sur les routes aux virages serrés, Brice la suit en moto, à fond de 2nde. C’est lent, mais ça passe.

Doucement, nous rejoignons la ville de Thatom.
Comme pour la veille, cette petite ville n’est pas bien passionnante, mais nous passons au Wat, nous nous baladons le long de la rivière et finissons la soirée avec un bol de nouilles qui réchauffe, avant de nous enfermer dans nos sacs de couchage. Brrrr… trop froid !!! (et pas d’eau chaude pour la douche).DSCF5123 DSCF5119 DSCF0692

Le lendemain, c’est de nouveau de bonne heure que nous partons.
Nous avons étudié la route, on sait à peu près à quoi s’attendre : les virages et les montagnes pointent rapidement le bout de leur nez.
Stop again.DSCF0823 DSCF0816 Stitched PanoramaDSCF0872Marion grimpe dans un gros 4×4 conduit par une Laotienne qui ne sait pas à quoi servent les vitesses. On passe donc de la 2nde à la 5e directement, et parfois, on cale : normal.
Au moins, Brice est tranquille sur les routes sinueuses de montagne sur K’rá Diêu.Stitched Panorama DSCF5168Nous nous retrouvons dans la petite ville de Muang Khoun et on s’arrête au garage.
Ah… ça faisait longtemps (6 jours sans même serrer un boulon !).
K’rá Diêu a l’air d’avoir souffert des montées. Elle a du mal à pousser, plus de puissance. Elle tousse et semble fatiguée.
On change la bougie, mouais pas mieux…
C’est mauvais signe.

Les derniers km pour rejoindre Phonsavanh – et sa très belle plaine – se font en douceur… et en douleur.
K’rá Diêu semble à bout de souffle lorsque nous arrivons en centre-ville et trouvons un petit hôtel pour les prochains jours.DSCF0885 DSCF0917 Stitched PanoramaÇa sent mauvais cette histoire-là…

Epilogue – sous des apparences de galères motorisées, on profite vraiment du paysage et du cadre environnant. Nous sommes seuls sur la route (peu de bule s’aventurent par ces chemins, la route n’est même pas représentée dans le guide) et passons à travers des villages, parmi les champs. On a un aperçu du Laos profond. Celui des gens qui se lavent au puits quand les rayons solaires sont encore chauds (et des petites fesses toutes rondelettes de enfants qui sautillent sous le jet), des femmes courbées sur leur métier à tisser abritées sous les maisons sur pilotis, des écoliers en uniforme qui marchent le long des routes sinueuses pour rentrer de l’école…
DSCF0439DSCF0496DSCF0763 DSCF0651 DSCF0745 DSCF0714DSCF0840On est contents, on a de la chance, l’accueil sur la route est toujours souriant et plaisant.
On est juste tristes d’avoir loupé les brochettes d’écureuils (qu’on voyait sur le bord de la route et pensions retrouver pour un déjeuner plus loin).

De grotte en grotte

Une moto « quasiment neuve » entre les pattes, nous repartons de plus belle.

Depuis Thakhek, il y a une boucle touristique dont une partie remonte au Nord, ça tombe bien, c’est la direction que l’on prend.

Nous sortons donc de la ville et dès les premiers kilomètres, nous sommes ébahis par le paysage.
Enfin ! Depuis notre arrivée, nous nous étions très vite lassés de ces paysages de landes arides des plaines du Sud (nous suspectons cependant que la saison des pluies doit offrir une teinte beaucoup plus verte au pays).
Ici, le Laos dévoile un tout autre panorama.DSCF9768DSCF9752 DSCF9730Stitched Panorama Stitched PanoramaLa route slalome parmi les pitons karstiques mesurant plus de cents mètres, immenses montagnes noires dans une mer de verte végétation basse.
Comme d’habitude, la route est très peu fréquentée (quelques voitures et surtout des camions qui relient les bords du Mékong et la frontière vietnamienne non loin) et nous avons souvent l’occasion de nous arrêter pour prendre quelques clichés.DSCF4822 DSCF4820 DSCF9724 Stitched Panorama

La géologie a laissé de nombreuses grottes et rivières souterraines dans le coin.
Ainsi, notre trajet de la journée sera agrémenté de quelques pauses à l’ombre de ces colosses de pierre.
On gare la moto, que l’on calle judicieusement avec un bout de bois pour ne pas qu’elle tombe à cause de son lourd fardeau, et hop, on s’enfonce un peu dans la forêt, on grimpe les quelques marches, on escalade les rochers. Parfois, pour trouver des Bouddha dorés, sinon, pour simplement apprécier le paysage et ces merveilles de la nature.
C’est une bonne journée en plein air, il n’y a personne, la route est à nous, K’rá Diêu va bien. Tout va bien.DSCF9787 Stitched Panorama DSCF4827 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4790 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4806 Stitched PanoramaPuis la route commence à grimper et c’est pour nous l’occasion de tester les aptitudes d’endurance en montagne de la moto (en seconde, ça passe… ouf !).
On arrive au contrefort d’un immense réservoir artificiel.DSCF9859 DSCF9891 Stitched Panorama