Catégorie : Asie Orientale

Xiamen Amen Amoy

Ca faisait longtemps qu’on en parlait, mais le rythme dense de nos semaines de travail, la chaleur de ces derniers mois de mousson, les typhons fréquents dans la région, et simplement la fatigue nous on fait repousser et repousser et repousser notre premier petit voyage à deux en Chine depuis notre arrivée(!)
Mais ça y est, on va se faire une escapade à Xiamen. C’est à environ 600km de chez nous, ça sera parfait pour un court week-end “ailleurs”.

Xiamen, est une “petite ville” de 3,5 millions d’habitants située dans la province du Fujian, île urbaine posée le long du détroit de Taiwan. Oui, Taiwan n’est qu’à 130 km d’ici, juste en face et c’est d’ailleurs ici que les bateaux partent pour ce pays-à-part-entière-dont-personne-ne-reconnaît-le-statut-indépendant. (Sujet tabou parmi tant d’autres en Chine)

C’est ainsi que 2 semaines avant – oui, il faut prévoir en avance dans cette Chine où les places dans les trains sont toujours très vite pris d’assaut – nous partons acheter notre billet de train.
On regarde sur un site – en anglais -, on s’organise, on note le bon numéro de train et hop, on se dirige vers le minuscule bureau des tickets à Xinxu. (pour rappel – la gare ferroviaire la plus proche est à 45min de voiture).

Serait-ce notre sédentarité ou la vie ici qui nous fait perdre un peu la confiance qu’on avait acquise en voyageant, mais acheter ce billet, sans demander l’aide de nos collègues ou de quiconque d’autres ne nous paraît plus si simple.

Parce qu’on sait qu’on ne va pas nous comprendre, que le type ne va pas ralentir son rythme d’élocution pour nous aider, qu’il y a aura 15 personnes qui vont hurler autour de nous, passer leur tête entre la nôtre et la fenêtre du comptoir “ah pardon, je ne vous avais pas vu…”, faire une photo et se marrer de notre piteux accent chinois. Mais on tient à rester indépendant. On veut faire et savoir faire.
Alors confiance confiance!

On a de la chance, en arrivant au comptoir, dans une boutique sans porte et sans vitrine, nous sommes seuls. Le gars nous pose bien quelques questions, mais on gère. Et hop hop hop, nous voilà 10min plus tard munis de nos tickets pour Xiamen, aller-retour en train grande vitesse, AC et TV. Le luxe!

Bon, entre temps, on apprend que Brice doit partir en voyage pour le travail à Singapour et en Inde. Donc nous voila de retour au guichet quelques jours plus tard pour avancer notre retour du dimanche soir.

Mais ça aurait été trop simple ainsi.
Note pour plus tard : on ne peut que changer les billets dans une gare.
C’est tout de même dommage pour ce mec dans sa guitoune qu’on ne lui ai pas installé la touche “exchange” sur son clavier.
Nous sommes en mode extra détendu ce jour-ci et l’information passe bien.
Ok, on ira vendredi soir au comptoir avant notre train.

Ca y est. On fait notre sac. Simple, léger, compact.
On rationne le dentifrice, le savon, et les t-shirts – on ne part que deux jours, on portera tout sur notre dos.
On prend un peu de marge le soir pour commander un didi*, et comme c’est vendredi soir en Chine, il y a beaucoup beaucoup de monde, même dans une petite ville du confins et nous allons mettre 1h30 pour faire 20km – et comme notre chauffeur didi ne sait/veut pas lire son GPS, il n’a pas la brillante idée de prendre une route parallèle.

Après 3h de train et 1h de bus – parce que la gare de train est située à 25km de la ville, (on avait oublié ces lointaines gares construites en prévisions d’une extension phénoménale des villes) nous voilà déposés au centre ville de Xiamen.
Il est 23h, mais déjà, on ressent une atmosphère différente de chez nous : l’architecture, l’air, les gens…
600 km à l’échelle de la Chine, ça n’est finalement pas tant que cela, mais ce pays est varié et ces quelques centaines de km nous font déjà nous sentir ailleurs.
Nous sommes définitivement loin de notre campagne du GuangDong.

On marche dans les calmes ruelles de la ville à la recherche de notre hôtel longeant les arcades et observants les quelques petites échoppes encore ouvertes à cette heure tardive.Ces ambiances sont chouettes à découvrir. Ces moments ou le privé de la maisonnée prend le pas sur le public de la boutique.
Bien souvent dans ces quartiers populaires, les gens vivent dans leur magasin, au premier étage au dessus ou simplement dans l’arrière boutique au fond.
Aussi, à cette-heure, s’il y a encore de la lumière dans la minuscule boutique, on sent que les gens se préparent pour la nuit. Quelques tables sont installées en extérieur dans les calmes rues du vieux centre. Les joueurs de cartes ou de mahjong jouent leur dernière partie, et nous, nous sirotons notre jus de fruit frais fraîchement pressé. Relax.

Nous posons nos affaires dans une petite auberge basique. C’est l’esprit bourlingue qui persiste. Ca ira bien pour le week-end.

Samedi matin, à nous Xiamen!

On se sustente de quelques “bouchées-vapeurs à la viande” et d’un grand jus de fruit frais, il y a des étales à tous les coins de rue.
Les mangues sont énormes, les goyaves, papayes, fruits du dragon, oranges et citrons, pommes et melons, pastèques et kiwis. Que de couleurs et de saveurs. On se fait une cure.
Renforcant ainsi notre sentiment d’escapade. De vacances – même si nous n’y sommes que quelques heures.

La ville est touristique, réputée dans tout le pays pour sa qualité de vie.
Une ville agréable à vivre.


Si nous profiterons plus tard des rues calmes, l’évidente attraction touristique de Xiamen demeure le petit îlot Gulangyu.
Si les touristes – les personnes qui comme nous ne résident pas à Xiamen – ne peuvent plus dorénavant prendre le petit ferry traversant le court détroit et doivent par conséquent rejoindre un plus gros bateau plusieurs kilomètres au nord, il n’empêche que les quelques minutes de traversée des cinq cents mètres qui séparent GuLangYu de la ville, sont en réalité un voyage à travers les époques et les lieux.
En effet, à la fin du XIXe siècle, suite à la première guerre de l’opium, les Européens sont autorisés à installer un comptoir à Amoy (ancien nom de Xiamen) sur cette petite île.
L’île demeurée longtemps enclave étrangère a évolué en marge de l’histoire de Chine (ne souffrant que très peu des affres des dernières décennies).

Pas d’automobiles, l’île est terriblement calme.
Si de nombreux touristes s’y baladent ou se prennent en photo, il y a très peu d’artères intégralement dévolue au commerce touristique (comme c’était le cas à LiJiang ou FengHuang). Les gens continuent d’y habiter. On trouve encore des quartiers résidentiels aux étroites rues bordées de riches maisons coloniales, ou d’immeubles d’habitations plus récents, dédiés à héberger les Chinois qui vivaient alors sur l’île.

Si certaines vieilles bâtisses sont quelque peu décrépies, il n’en reste que leur présence dans leur jus est impensable dans ce pays.

Loin du tumulte urbain de la ville, on a sentiment de déambuler dans un autre siècle.

Sur des photos d’époque, on peut voir des familles de colons, entourés de leur personnel chinois, tous en costume d’époque (avant l’abdication de l’empereur: les hommes chinois portaient encore de longues nattes!). On imagine qu’alors il leur avait fallu traverser plusieurs mers et pendant de longs mois avant de rejoindre ce bout du monde!).

Il fait chaud, très chaud.
Néanmoins il souffle cette agréable brise si caractéristique des villes côtières. Légère et fraîche, donnant des envies de prendre le large!… et nous voilà déjà très loin.

Quand nous rejoignons le sommet d’une colline dominant la ville et le continent si moderne, on a l’impression d’être dans une bulle, loin de cette horizon de modernité, de verre et d’acier pourtant à quelques centaines de mètres de nous.Déjà le soleil se couche, nous retraversons le chenal qui nous ramène au présent.Comme souvent dans ces chaudes régions asiatiques, c’est une fois que la torpeur de la journée tombe que les étales et les tables investissements les devantures et les trottoirs.

Le timing parfait pour profiter d’un repas de délicieux fruits de mer pour l’anniversaire de Brice.

Le lendemain, nous privilégions une balade en “ville”, dans la partie historique de Xiamen.
On rejoint dans un premier temps un charmant temple bouddhiste.

Puis la température grimpant, nous allons nous réfugier dans les quartiers populaires.
Les gens semblent y vivre à autre rythme quiet.
On se sent dans “le Sud”, pas de traffic, pas de bruyante moto.

On fuit la chaleur et les brûlants rayons du soleil en cette fin d’été, pour s’engouffrer dans les étroites ruelles du vieux quartier, extraordinairement préservé (dans cette Chine qui a pour habitude de tout “renouveler”).
On comprend qu’à l’ombre de petits édifices bordant ces rues pas plus larges de deux mètres, il fait toujours frais, et nous nous plaisons à prendre la tangente et à nous perdre dans ces dédales de calmes venelles résidentielles.

On y croise une mamie qui fait sa sieste, un livreur poussant son chariot, un papy nettoyant des viscères de porc. Puis la rue tend à s’élargir et mène à un temple ou un marché.

Xiamen a été pour nous un véritable bol d’air frais.
La mer, le confort, la quiétude et les vieux quartiers. Au risque de nous répéter, on souligne que notre expérience à HuaGuo est bien différente de celle que nous aurions en habitant à ShenZhen, à Canton, à Xiamen ou n’importe quelle centre urbain “développé”.
Et en dehors de l’aspect pittoresque et culturel que cette ville nous offre et que nous avons absorbé avec besoin, c’est le confort d’une ville moderne et d’une civilité, qui fait défaut chez nous, qui nous a réconforté à Xiamen.
Ce bol d’air frais n’est finalement pas si loin de chez nous, on y retournera volontier.

 

* didi, c’est le Uber local.
Tu donnes ta position de départ, tu dis ou tu veux aller, et tu lances une demande générale.
Les voitures didi reçoivent ta requête et c’est au premier chauffeur qui l’accepte.
Toi tu ne peux pas choisir ton didi. Mais lui voit et sait ou tu veux aller (cette dernière phrase est importante pour la suite).

Il y a quelques semaines, ils ont eu la bonne idée de faire une version en anglais. Quelle révolution pour nous!

On peut pré-enregistrer des messages pour dire “oui oui, je suis la. Regarde la position gps.” ou “Je suis un loawai.”.
Mais le chauffeur va quand même t’appeler pour te dire ni zai nali? (t’es où?) Et toi de repondre wo zai zheli (je suis ici).
Et ensuite il reparle, et tu lui dis, buhaoyisi… wo bu hui shuo han yuwomen liangge loawai … (désolée, je ne sais pas parler chinois – nous sommes deux étrangers), et il te dit wo ting bu dong (je ne comprends pas).
Alors tu raccroches, tu cherches sa plaque d’immatriculation, il te rappelle, tu redis que tu parles toujours pas chinois, mais que tu es à l’endroit indiqué du GPS, il te dit qu’il te comprend pas et tu raccroches, et tu le trouves et il est content, et tu es content, et il te dit ahhh tu peux peux pas parler chinois….hahaha…

Tu es dans sa voiture, et tu te dis que tout va bien aller maintenant.
Mais… pas toujours
Parce que dans les faits, plusieurs cas se presentent:
Cas n.1 : tu dois aller à Shenzhen – et il faut une plaque d’immatriculation spéciale pour Shenzhen, pour réguler les bouchons lors des heures de pointe.
Donc on monte dans sa voiture, on traverse le village et il dit :
– ah mais tu veux aller à Shenzhen? Parce que moi, ma voiture elle ne peut pas y aller…
Mais pourquoi t’as pris la course alors? Tu croyais qu’on allait changer d’avis ?

Il faut donc descendre de la voiture, annuler la course – par lui et par nous – le compte didi est bloqué parce que à ce moment précis, le réseau beuge…

Cas n.2 : le chauffeur accepte la course, commence à rouler quelques minutes et se rend compte que chez nous c’est loin, qu’il faut payer un extra, que blablabla…
Mais, tu as choisi la course nan?

Cas n.3 : le chauffeur ne connaît pas la route et refuse de suivre son gps et nos explications quand on lui dit mais siiii, on connaît, c’est par là-bas notre maison… on y habite… et lui il répète, je connais pas, je connais pas… et commence à nous expliquer on ne sait pas quoi avant de nous voir descendre de la voiture, un tantinet agacé.

Cas n.4 : le chauffeur trouve que la route est trop petite et s’enfonce trop dans la campagne et décide de ne pas aller plus loin (la nuit surtout, ils ont peur)
Bon ben, une fois, on a finit le dernier km à pied à 3h du matin.

Cas n. 5 : le chauffeur didi ne sait ni lire les panneaux ni son gps. Et là, c’est galère.

Il y a bien sur des cas faciles, sans trop de stress ou de mésaventures, mais d’après nos statistiques en interne, on doit être à 25% des cas.

 

 

 

Yangshuo-ssures d’escalade

Nouvel An arrive. Oui oui, on rattrape doucement notre retard.
On parle bien de la nouvelle année 2017…

En Chine, le passage à la nouvelle année du calendrier grégorien (adopté en Chine seulement sous Mao) n’a que peu d’importance et la Saint Sylvestre n’est guère célébrée.
Le vrai Nouvel An, celui qui compte ici, est avant tout celui du calendrier chinois.

Aparté culture #1
Le Nouvel An chinois marque le début de la Fête du Printemps qui se déroule sur quinze jours et s’achève avec la Fête des Lanternes.
Le calendrier chinois étant un calendrier luni-solaire, la date du Nouvel An chinois dans le calendrier grégorien varie d’une année sur l’autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 19 février, lors de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d’hiver, quand le soleil se trouve dans le signe du Verseau.
Vous avez suivi ?
Aparté culture #2
Aussi, et plutôt par tradition, les bébés, à la naissance, ont 1 an. L’âge de l’enfant sera ainsi incrémenté de 1 à chaque nouvelle année lunaire, et non à la date de naissance, comme dans nos cultures.
Mais cette tradition tend toutefois à disparaître.
Aparté culture #3
Il n’en demeure pas moins que lorsque nous demandons à nos collègues leur âge – ou celui de leur enfant, ils peinent à nous répondre, tentant de « traduire » le décompte lunaire en grégorien.

Voilà.
Il n’y a donc bien entendu pas eu de vacances pour ces fêtes de fin d’année.
Ce Nouvel An « grégorien » est tout de fois chômé, mais rien ne laisse transparaitre que 2016 touche à sa fin.
Tout comme la célébration de Noël dont nous réalisons l’échéance proche seulement une semaine avant, lors d’une escapade à Hong-Kong.
En effet, le climat est doux, et les références à cette fête occidentale font défaut.
Pas besoin de souligner là encore, que cette fête n’a aucune signification pour les autochtones.

Nous avons tout de même festoyé un tantinet. Autour d’un bon repas agrémenté de copieuses préparations chinoises, italiennes et françaises, d’un sapin en plastique, de flocons de neige collés aux carreaux et d’innombrables guirlandes électriques. Et c’est ainsi qu’il fut décidé de partir le week-end suivant, celui de Nouvel An, à Yangshuo, ville et région célèbres pour ces imposantes montagnes karstiques : ces pains de sucre qui se succèdent à l’infini dans des paysages dignes des plus belles estampes chinoises.


Nous partons à 8 (les mêmes copains/collègues) en mini-van avec chauffeur (le luxe!) pour un week-end d’escalade. Le voilà notre grand baptême.

Alessandro, qui est le plus expérimenté de tous, nous briefe.
On emprunte du matériel à l’usine, on charge nos sacs et hop, c’est parti pour 8h de route.

La pote d’une amie de la collègue du collègue du pote… nous loue des chambres dans une coloc’. Nous logerons donc dans cet appartement, coincés aux pieds des montagnes.
Nous arrivons dans la nuit (et le froid !) et c’est émerveillés que nous découvrons au réveil ces pics majestueux qui nous surplombent.

La ville de Yangshuo est située dans une étroite plaine qui sinue autour de ces pains rocheux.
C’est dorénavant un haut lieu du tourisme local et international. Les grimpeurs du monde entier s’y retrouvent. Mais la région est aussi riche de grottes à traverser, de rivières à descendre, de chemins de randonnée à arpenter. Bref de la nature, pour tout le monde.
En cette période de fin d’année, autant dire que nous ne sommes pas les seuls. Cependant notre fine équipe trouve ses marques.

Après un petit dej’ copieux pour nous donner tout un tas de bonnes forces, et équipés de nos harnais, chaussures et mousquetons, nous suivons Ale vers le spot d’escalade de la journée.HeMingGuo, notre chauffeur, nous dépose au pied du mur. Cachés derrière une forêt de bambou, au bord d’un étang partiellement asséché, c’est ici que nous entreprenons, avec plus ou moins de facilité et de grâce, de grimper les quelques routes qui s’offrent à nous. On s’élance, rapidement en premier lieu, puis très vite, il nous faut réfléchir. Car on ne fait pas les malins. C’est tout de même très vite très haut.
Ale s’improvise coach, il nous conseille, on s’entraide, et ensemble on cherche la meilleure route. On essaye, on tombe, on apprend, et on remonte.
Grimper à flanc de montagne, même harnaché et assuré, ça paraît simple sur le plancher des vaches, mais ça se corse vite dès qu’il faut trouver une prise assez large pour son pied, avec assez de relief pour y caler ses doigts. Vient alors le moment où, les muscles tremblants, on se retrouve bloqué cherchant à tâtons la prise à laquelle s’agripper du bout des phalanges.
La seule solution est de se contorsionner pour passer au creux des failles, la joue contre la surface minérale. Une fois le haut de la ligne atteint, et la cime des arbres dépassée, on profite de la vue sur ce paysage si particulier.
Une récompense méritée pour les apprentis grimpeurs du groupe, mais de courte durée tant nos muscles sont fébriles. On se laisse alors choir, offrant notre destin à notre belayer, resté au pied du mur tandis qu’assis dans notre harnais, les membres relâchés, nous pendons nonchalamment de droite à gauche, mais fiers d’avoir vaincu nos peurs.On peut enfin retirer nos chaussons d’escalade. Leur taille constamment trop petite nous a fait perdre une ou deux pointures.
On étire ses orteils en éventail, on observe ses mains cloquées… et on y retourne.

Après quelques heures, nos muscles n’en peuvent plus. Je ne savais pas que mon muscle de la phalange de l’index pouvait être courbatu…

Ce soir c’est le réveillon.Nous dinons dans un resto de la rue touristique, table tournante, canard suspendu et autres spécialités locales.On picole on rigole, et on termine la soirée dans un bar, après le traditionnel décompte précédent la nouvelle année.

Au matin, ce sont les yeux mi-clos que nous partons pour une longue journée de rando’ le long de la rivière. Après tout, l’environnement est merveilleux, on a fait 800km, il faut en profiter.
Nous avions étudié le plan et repéré le chemin qui va bien.
Cet itinéraire nous avait été conseillé, loin des sentiers battus, traversant petits villages authentiques et avec un peu de chance on pourrait même apercevoir des pêcheurs aux cormorans.

Bon ça, c’était avant.
Avant qu’un parking ne soit construit pour y garer les bus, que la rue principale du petit village ne soit bétonnée de part et d’autre, que les veilles maisons ne soient (en cours d’être) reconstruites à l’identique mais en « mieux », et qu’une immense porte annonce l’arrivée imminente d’une billetterie !
Bien évidemment les traditionnels radeaux en bambou des pêcheurs ont été remplacés par leurs homonymes touristiques en tubes PVC bleus.
Ben oui, ça aurait été dommage de les peindre pour faire semblant…
Le radeleur – celui qui conduit les radeaux – dirige désormais une embarcation au moteur pétaradant, qui fait fuir poissons et cormorans…Une fois n’est pas coutume, nous sommes attristes et déçus de ces brusques changements. Pour le paysage mais aussi pour les locaux. De petites mamies essayent vainement de vendre quelque artisanat.
Et la pêche ? et ces pêcheurs ? que deviennent –ils ?
Et puis, nous sommes également extrêmement agacés lorsque la gentille dame nous empêche d’emprunter le chemin public qui longe la rive sans prendre de tickets alors que nous, nous voulons pas de « tour en bateau ».
Pas le choix. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Tant pis, cette fois-ci, la Chine nous a vaincu.
On ne se laisse pas abattre pour autant.
Après quelques minutes d’amertume partagées, notre équipe bougonne rebrousse chemin, et HeMingGuo nous dépose quelques kilomètres plus loin pour rejoindre le chemin en aval.Le sentier longe la tranquille rivière entre bambou et végétation dense, pavés et potagers. Il serpente le long des berges et de leur grève caillouteuse. Les montagnes sont impressionnantes. Leurs formes coniques invitent à la rêverie. On se raconte la géologie et on s’oublie dans ce décor magique et majestueux.
Heureusement que les détonations des moteurs nous sortent de nos songes d’estampe.

Nous profitons tout de même de ce cadre superbe. C’est beau.
La fine pluie dépose une légère brume sur le décor. Les nuages s’accrochent, s’étirent et gomment les sommets. Les couleurs s’effacent pour créer un camaïeu profond de bleu, vert et marron.
Nous évoluons dans un tableau. Et on se réjouit en apprenant que nous sommes en basse saison.
Lors de la haute saison, le flot des tonitruants esquifs en PVC doit être continu ! On termine notre balade… sur les rotules. Pas facile ce début d’année.

Dernier jour de ce week-end prolongé, et nous rejoignons « Moon Hill » pour une matinée d’escalade.Ce sont les bras encore ankylosés de notre première journée, que nous nous essayons à ce fameux site de grimpe. L’arche béante magnifie la vue incroyable sur la vallée.Bien évidemment, si nous sommes épatés par l’aisance d’Ale à grimper ces faces dénuées de prises, nous n’arriverons pas à la moitié.

Trop pentu, trop long, trop dur, trop fatigués…
Il va falloir le muscler ce nouveau muscle de la phalange !

新年快乐 – Xin Nian Kuai Le – Bonne Année – 

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Et oui.
En cette fin d’année c’est le retour de la bourlingue.

Pas vraiment la bourlingue comme on l’entend. Pas vraiment celle des molek bringuebalants et des assis durs bruyants, des coraux bariolés et des mosquées aux tuiles bleutées.
C’est plutôt la bourlingue, au sens large. C’est nous, qui vivons en Chine depuis plus de 3 mois maintenant.
C’est Brice et Marion, les bourlingots comme d’aucun nous appelle, qui ne vadrouillent plus tellement, mais qui gardent, on l’espère, un regard curieux sur le monde qui nous entoure.

Alors, on a pris le temps de s’installer, de percer de quelques trous les murs de cette immense maison qui est désormais la nôtre pour y accrocher des étagères et y poser nos vêtements.

Parce qu’aussi ahurissant que cela puisse paraitre, notre garde-robe s’est considérablement étoffée puisque nous avons eu la chance et la joie de repasser en France fin Août.

Oui, c’était il y a 4mois…
Rembobinons.

Le 8 Août, nous quittions Bangkok pour Guangzhou. Nos sacs sont remplis à ras bords de nos deux années et demi de voyage.blog-back-1Ça y est. Nous allons le poser pour « de bon » ce sac.
Notre maison est immense. Quelques 120m2, juste pour nous deux. Même notre lourd paquetage semble minuscule. Mais la vue est plutôt sympa.blog-back-62Nous sommes installés au bout du bout du bout du bout de la route. Une fois notre maison passée, le chemin n’est plus que terre. Nous sommes dans la partie haute du village de HuaGuo, dans le hameau de JiGongTian (respectivement 花果 et 鸡公田, ce qui signifie « fleur-fruit » et « champ du coq »), une quinzaine de bâtisses sans charme sont édifiées.
Nous sommes au deuxième étage d’une des plus hautes maisons. En dessous, un collègue/copain/voisin.

Voilà, dans ce village isolé vivent une trentaine de personnes dont une grosse demi-douzaine de laowai. Nous, les laowai de l’entreprise Entre-Prises.
Un village au calme, comme on pourrait s’en angoisser autant que l’aimer.

Il faut un peu de temps pour s’installer et intégrer ce nouveau paysage et environnement. Il n’y a pas de bus, pas de gare, pas de transport en commun et encore moins de supermarché.
Mais de l’électricité, de l’eau de la montagne et du wifi.

En marge de la rivière, il y a bien une mare avec des grenouilles et des canards.
Autour de nous, des poulaillers, des chiens, des ruches et leurs lots d’abeilles. Et des vergers, des potagers, des cultures et des plantations.
Bananes, papayes, litchi,… La nature autour de nous est belle.

Brice commence le boulot sur les chapeaux de roue.
Il alterne des allers-retours administratifs « à la ville » de HuiZhou pour préparer son visa de travail, il apprend tout plein de choses sur la gestion de projet d’un milieu qu’il est loin de maitriser et s’habitue de nouveau à travailler derrière un ordinateur.
Marion prend ses repères, aussi bien dehors que dedans.

Mais notre premier séjour ici est de courte durée.
Notre visa-touriste n’est que de 15 jours.
Pour nous installer une fois pour toute, il nous faut un visa. Un vrai.
Et pour l’obtenir, la meilleure manière est de le faire à l’Ambassade de Chine… en France.
Et ça se goupille plutôt bien puisqu’ainsi, Brice suivra une formation de deux semaines au siège de la boîte, en France.
En France, genre en France, LA France !
Celle que nous n’avions pas revue depuis que nous sommes partis.
Ce pays qui a subi de plein fouet les affres récentes de notre société et qui nous parait avoir bien changé depuis notre départ.
Notre pays que nous ne lorgnions plus que par la petite fenêtre des informations sur nos téléphones ou par les bribes d’informations glanées ça et là, chez nos familles, nos amis… nous le rejoignons avec un mélange d’appréhension et d’excitation.

Qu’allons-nous (re)trouver ?
C’est ainsi que nous nous sommes bien installés dans un avion pour Paris et pour 3 semaines de « vacances ».blog-back-1 blog-back-2Est-il nécessaire de souligner que nous ne faisions pas les malins à l’aéroport.
Nous nous apprêtions à survoler les pays et les frontières qui nous avions traversés, les montagnes que nous avions pris le temps de contempler, et les plaines d’arpenter. Un raccourci spatial et temporel, qui nous a tenu au corps plusieurs jours après notre atterrissage à Charles-de-Gaulle.blog-back-3

Vendredi 19/08/2016. 05.00 GMT+1, Paris, France : C’est fou !
On sourit bêtement à tout le monde et on salue. Désormais, on peut lire et comprendre tout ce qui est écrit. Les annonces dans le train ne sont plus des krrktchingjatong, mais des phrases intelligibles dont nous comprenons chaque mot. Et les gens nous comprennent.

On retire des euros. Wouah ! Regarde, c’est un nouveau billet non ?
En tous cas, au début, cela nous apparait comme une nouvelle monnaie.

On s’achète un ticket de RER. 10€ !blog-back-4Et comme on ne change pas si vite, on se dit que 10€ c’est le prix d’une de nos journées en Indonésie.
Mais dans nos têtes, c’est un renouveau.
On regarde notre environnement comme on le faisait ailleurs, on observe la banlieue qui file, dans un assis-dur express régional décrépit. Les toits de tuiles rouges, les maisons en pierres et briques, le clocher de l’église, l’horloge de la mairie, les quais, et les gens. Ah les gens… on avait oublié que la France est si colorée. Des blancs, des noirs, des jaunes, des marrons, dans un dégradé de couleurs, de boubou ou de sari
Et nous nous sentons fiers en en prenant conscience.

Notre arrivée matinale dans Paris coïncide avec l’ouverture des boulangeries et la livraison de la petite fromagerie de quartier. Tout est cliché, tout semble mis en scène pour nous accueillir.blog-back-5 blog-back-2 On est contents.
On retrouve Jocelyne, un petit déjeuner de pain et confiture.blog-back-45Et c’est ainsi que va débuter notre marathon famille, potes, bouffe.

Mais avant cela, nous partons à la découverte de Paris, sac sur le dos et appareil photo autour du cou.
Les Parisiens et les Français nous apparaissent beaucoup plus sympas, plus accueillants que nous nous y attendions. Est-ce la belle saison et les rues désertes qui en font des hôtes souriants? Est-ce dû au fait que nous déambulons dans les rues comme deux touristes aux regards ébahis ? Ou peut-être nous plaisons-nous à aller au contact de l’autre ?
Mais cela nous apparait aujourd’hui : Paris est magnifique.blog-back-8 blog-back-6 blog-back-14 blog-back-13 blog-back-12 blog-back-11 blog-back-9 blog-back-17 blog-back-7 Stitched Panorama dscf6116-copier Stitched Panorama blog-back-52 blog-back-54blog-back-55Que c’est beau !

On redécouvre aussi Paris et ses scènes du quotidien : les salles bruyantes des brasseries, l’étroit métro il est petit !  non climatisé, mais il est tellement charmant. Il y a des stations toutes les minutes, des petits murs voûtés aux céramiques astiquées.
Les voyageurs ne sont pas les zombies collés à leur téléphone comme dans le métro de ShenZhen, mais des gens élégants aux styles hétéroclites.

On redécouvre le bonheur de faire du vélo dans Paris, et en plein mois d’août, cela a du bon, seul ou entre amis. Ça a du bon aussi.

à la première gorgée, on doute, mais si, on peut bien boire l’eau du robinet; même en ville elle a bon goût. Et d’ailleurs l’eau froide… est froide ! et ça nous étonne.
C’est intéressant de revoir cette ville que nous connaissions si bien, sous un regard neuf.
Et puis ce territoire.
Que la France est belle !
Tout nous émerveille. Les champs vallonnés champenois, les boulevards haussmanniens frénétiques, les forêts arborées vosgiennes, les fronts de mer ensoleillés de Méditerranée, les montagnes abruptes iséroises, les quais lyonnais, la douce chaleur de l’été, les couleurs de l’automne, les choix de tomates et de fruits, la finesse des saveurs, la variété des produits, les gens et leurs sourires, le savoir-vivre, les terrasses de café, sur des placettes propres donnant sur des rues pavés et sereines…blog-back-18 blog-back-19 blog-back-23 blog-back-21 blog-back-24blog-back-22 blog-back-30 blog-back-29 blog-back-27 blog-back-32 blog-back-31 blog-back-20blog-back-53Stitched Panorama blog-back-33 blog-back-35 blog-back-34Stitched Panorama Stitched Panorama

blog-back-50Stitched Panorama blog-back-58 blog-back-60

blog-back-5 blog-back-9blog-back-61blog-back-12Oui, nous avions oublié tout ça. On avait perdu l’habitude de la regarder.
La France est belle et on comprend pourquoi elle est tant convoitée, adulée, vantée par les touristes du monde entier.

La saison est parfaite. Le ciel est beau et bleu. L’automne s’invite doucement. Ah, les saisons !blog-back-8blog-back-14Les copains s’étonnent de nous voir et puis finalement, l’étonnement ne dure guère.
Les habitudes reviennent vite. Quand on est entre amis, on se connait, on se reconnait malgré le temps et ses changements.blog-back-47On découvre les blablacar, on prend des ouibus, les Téoz de 6 heures du mat’ et des preum’s. Le TGV, c’est pas bourlingue!
On part à Nancy pour une chouette fête de famille. Ah, ça fait du bien.blog-back-25blog-back-26Puis à Perpignan, Lyon et Grenoble.
Ah, ça fait du bien.blog-back-7 blog-back-4 blog-back-46 blog-back-48 Les potes s’enchainent, les retrouvailles et les au-revoir aussi.
On retrouve les uns et les autres changés. Et puis pas tellement non plus. Mais beaucoup aussi parfois.

Tout est intense. Tout va trop vite. On profite, on attrape ce qu’on peut, on s’imprègne de l’amour de nos proches, on s’accroche à ces moments simples. Ah, ça fait du bien.
On raconte, on questionne. On réalise qu’on est parti longtemps et loin…

Ce retour n’est pas si simple à gérer non plus. On se sent également déphasés. On n’habite plus ici. On se sent loin parfois, tout semble pourtant si simple et spontané.
Les allers-retours nous épuisent aussi.blog-back-57

Brice entame sa formation entre l’imposante Chartreuse et la calme Belledonne.blog-back-44 blog-back-42Marion continue de traverser la France (il est tout petit ce pays quand même!).
Mais sa mission visa s’avère bien plus compliquée que prévue.

Voilà que commence le périple administratif, les certificats médicaux qu’il faut faire et qui n’ont pas été faits, les courriers qu’il faut envoyer et qui se perdent, les recommandés, les jours fériés, etc.
Petit à petit, on comprend qu’il va falloir beaucoup plus de temps qu’escompté.

Brice se forme à l’ingénierie des murs d’escalade, et à l’escalade par la même occasion.blog-back-43On enchaine les bonnes bouffes, les apéros et les bonnes bouteilles.blog-back-13 blog-back-6 blog-back-38 blog-back-41blog-back-10 blog-back-3blog-back-28 blog-back-11 blog-back-17On s’engraisse de bonnes choses, nos palais s’en réjouissent, la balance moins.

On visite les uns, les autres. On pense à tout le monde, on n’oublie personne, mais on n’arrive pas à tout faire rentrer.

ça va vite, ça passe trop vite.
On ré-ouvre des cartons, soigneusement stockés dans la cave.
On s’étonne d’avoir autant gardé, nous qui croyions à l’époque avoir pas mal trié.
Alors, on donne, on élague comme on peut et on se refait un sac-à-dos, de quelques fringues et chaussures.
On prend des affaires « nécessaires » … mais après tout, de quoi avons-nous vraiment besoin de plus que ce qui se trouvait déjà dans nos sacs ?

C’est tout de même chargés à ras bords que nous rentrerons au village des fruits et des fleurs.

Brice repart le premier, après presque un mois passé en France. Son visa est prêt avec une bonne semaine de retard. Mais pas celui de Marion.

Il va donc falloir qu’on se sépare. L’avion de Brice l’attend, le travail et la Chine aussi.

C’est ainsi que s’entame une nouvelle aventure.
Marion en France.
Brice en Chine.

Pendant deux mois, Marion refait connaissance avec l’Automne, Paris (merci encore Julie!), le monde de la scénographie et des ticket resto’!
Du temps en rab’ pour profiter des amis et de la famille.
Du temps en rab’ pour essayer de prendre du temps, jusqu’en Belgique!blog-back-15 blog-back-56

Côté chinois, l’immersion dans le monde du travail est subite. Ce train qui va à deux cents à l’heure et auquel il faut s’agripper… pour qu’il continue de rouler.

Ouf ! Les weekends pour décompresser : du surf, des balades sur les îles du coin.

Et les nouvelles amitiés…. ouf ouf ! Avec Damien, avec Ale’, Adrien, Jérôme, Jean-Luc, Diego et Fifa, l’usine et la salle de bière…
La vie en communauté.

Et puis, Marion arrive enfin.blog-back-16blog-back-18On va enfin pourvoir construire un chez soi.
On va enfin pouvoir démarrer ce nouveau chapitre chinois.

 

Note – Tout ça mériterait qu’on s’y attarde.
On ne sait pas trop encore de quelle façon on va poursuivre ce blog.
On trouvait finalement dommage de l’arrêter.
On aimait bien raconter.

Alors, ça ne sera certainement plus de la même façon, mais on continuera peut-être à vous conter un peu de notre vie ici.

Et si c’était un épilogue ?

Si c’était un épilogue ? si la bourlingue arrivait à son terme ? et si on disait qu’on a trouvé du travail ?
Qu’on va se ranger des voitures, qu’on va se reconstruire une petit chez nous confortable…

… ce n’est finalement pas tout à fait faux.
Oui, Brice a bien trouvé quelque chose qui correspond à ses envies, satisfaisant sa curiosité technique et son besoin de rencontre, et qui finalement nous convient bien à tous les deux.
On va aller s’installer, se sédentariser… et commencer une nouvelle aventure.
Après tout, qui a dit que voyager ne se faisait qu’aux grés des chemins ?

Et c’est dans l’industrieuse Chine, que nous allons finalement poser nos sacs.
Au cœur du Guangdong, à quelques heures de Canton, Shenzhen ou Hong Kong.
Plein de choses à voir tout autour. Des aéroports et des gares pas loin pousseront à l’escapade de fin de semaine, et les environs semblent propices à la rando’ à pied ou à vélo.
Le défi de bourlingue demeure dans le fait que la ville chinoise dans laquelle nous vivrons, si elle n’est qu’à 30 minutes du métro de Shenzhen, possède des allures de ville du bout du monde, de « farwest » chinois, aux rues poussiéreuses bruyantes, aux flaques de boues, sans aucune planification urbanistique, et entourée de zones industrielles.
Il y a bien un Mc Do’, un semblant de coffee-shop, un super marché… et puis pour se protéger un peu de la dureté de cette vie chinoise, notre logis sera à quelques encablures du centre-ville, dans un écrin de verdure et de silence parmi les paysans œuvrant dans leurs champs et vergers.
Autant le dire, c’est un nouveau challenge qui s’annonce.Stitched Panorama

Et puis, le plus important, c’est le projet.
Dans ce petit bled se trouve la branche d’une entreprise française de taille moyenne qui fabrique des murs d’escalade (et bien oui, il faut bien que quelqu’un les construise). Une cinquantaine de personnes, 5~6 étrangers… et une ambiance de start-up pour des projets qui pleuvent… on ne va pas chômer mais dans une ambiance chaleureuse, si tout passe bien.

Marion pourrait travailler par mission sur le design des murs – plein de choses à faire sur ce marché qui se cherche – et reprendra le difficile labeur de freelance, prospectant ses missions dans la région.
Mais elle a aussi plein d’idées créatives. Autour du blog, des croquis, des photos.
Et plein plein d’autres encore.

On va apprendre à ne plus tout faire ensemble. On va reprendre notre indépendance.
On va apprendre le chinois, s’acheter un wok et un rice-cooker.
On n’oubliera pas les assis-dur, mais on réapprendra le confort.

Et puis, pour qu’on s’y sente à l’aise, l’équipe là-bas nous a accueillis quelques jours mi-juillet, pour que nous fassions connaissance et choisissions en connaissance de cause. IMG_20160713_133847_1468392084979L’occasion de regoûter au baijiu et de se faire un petit feu d’artifice artisanal. Un séjour étendu pour voir ce que ShenZhen aurait à nous proposer (notamment professionnellement pour Marion), visiter nos amis Cantonnais Taka, Sharon et Carry, et célébrer l’anniversaire de notre chaleureux copain Francis.

Voilà. On ne sera pas trop mal entourés !
On va ici, à XinXu.
Notre visa est prêt.
Notre billet d’avion a été acheté.
Départ le 8 Août.

Dernière semaine un peu rude dans nos têtes.
Problèmes de visa, déménagement soudain et stress lié à cette dernière ligne droite avant notre nouveau départ… Mais on profite des copains autour de l’anniversaire de Mélissa, des pancakes, de la piscine et de la vue sur Bangkok depuis leur terrasse.Stitched Panorama

Et puis il fallait bien que ça arrive.
Pour la dernière fois, on recharge notre sac. Mais cette fois-ci, il nous faut tout ranger : les polaires achetées dans le froid glacial du Yunnan, les longji et sarong du Myanmar et du Laos, les tenues traditionnelles indiennes et indonésiennes, les quelques minuscules souvenirs, cailloux, billes et autres trouvailles de la route. Toutes ces choses que nous avions entassées chez nos amis les Chats.

Nous sommes recueillis en dernière semaine chez François et Mélissa. Une coloc’ super sympa, super simple pour quelques jours.
Merci pour ces moments et cet accueil imprévu.
Merci pour votre flexibilité.

Enfin, bien sûr, Vincent, Clémence, Louise et Joseph, les Chats : MERCI.

Des amis qui vous hébergent aussi longtemps, cela ne court pas les rues.
On libère enfin la chambre.

On s’est sentis bien avec vous. Bien chez vous.
Merci de nous avoir laissés la place, merci d’avoir accepté et supporté cette collocation.
Merci de nous avoir intégrés dans votre famille.

Merci du confort et de l’espace incroyable de la maison.
Merci de la vue depuis le balcon, de la piscine et des soirées au son du chant des grenouilles.
Merci des repas et des échanges, des partages, des films.
Merci des réveils matinaux et des temps calmes.
Merci de cette cohabitation.
Merci de nous avoir compris et acceptés.
Merci de nous avoir conseillés, suivis et accompagnés dans nos démarches.
Sans vous, on ne serait jamais arrivés où nous en sommes.

On vous sera toujours redevables.
On n’aura certainement pas de piscine et on mange beaucoup de riz, mais vous serez toujours les bienvenus !
(et puis, oui, on reviendra !)

Allez, direction l’aéroport.
China, nous voilà !

你好 !
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Última estação : Macao

C’est un simple bateau (enfin, certains dirons un bateau-volant) qui nous dépose en moins de 2h au port de Macao (ces bateaux font la navette 24/24 entre les deux territoires si atypiques).
L’immigration pour quitter Hong-Kong est tout aussi rapide et facile que pour entrer à Macao, sa petite sœur.
Et un simple papier imprimé fait office de tampon d’entrée.
Officiellement, nous sommes en Région Administrative Spéciale de Macao de la République Populaire de Chine, mais ici, ça n’est pas la Chine, comme à Hong-Kong… mais en différent.

La grosse différence, c’est que Macao était administré par les Portugais pendant près de 400 ans (le territoire a été rétrocédé à la PRC en 1999).
Et ça, ça change beaucoup de chose. Encore une fois, Macao possède sa propre politique d’immigration*, sa police, frappe sa monnaie, possède un système administratif et judiciaire calqué sur ceux du lointain Portugal… et puis Lisbonne n’a pas eu une influence aussi marquante sur sa colonie que la couronne britannique sur Hong-Kong, et s’est beaucoup moins investie – bien que contrairement à son voisin, Macao était, contractuellement, censé demeurer Portugais « pour toujours ».
Ce qui nous laisse justement croire que ce n’est pas « un pays, deux systèmes », mais « un pays, trois systèmes ».

Macao, nous voilà.
Nous sommes accueillis par José, notre hôte CS.DSCF3946Il est né en Chine, de parents Birmans, et ils ont immigré à Macao alors qu’il était enfant.
Aujourd’hui, il est prof’ de théâtre et bien critique sur son pays (enfin… son île), la Chine, et les casinos – cela va sans dire qu’ici aussi, il y a encore une totale liberté d’expression. Ça promet d’être bien intéressant.

Macao, de par son histoire, est un joyeux mélange de Chine traditionnelle, de Portugal, et de Chine moderne. On trouve des rues pavées, les azulejos, de petits immeubles de 2 ou 3 étages avec des barreaux aux fenêtres, des églises catholiques à la pelle, et quelques resto’ ou l’on peut aussi bien manger des bacalao et des pasteis de nata (les petites tartelettes aux œufs), que des nouilles au curry. On trouve d’ailleurs une quantité incroyable de boulangeries – pâtisseries, padaria en portugais dans le texte.Stitched Panorama DSCF3368 DSCF34341Stitched PanoramaCar ce qui nous surprend le plus, ce sont les panneaux des noms de rues, les affiches et autres signalétiques. Tout est écrit en portugais et en chinois (cantonais, le même qu’à Hong-Kong). DSCF3326 DSCF3389 DSCF34001Ce sont ici les deux langues officielles.DSCF3641Ainsi, en prenant le bus, la petite voix nous annonce dans un premier temps Próxima estação : Rotunda Flor de Lotus… alors que dans le bus, personne ne comprend, plus personne ne parle portugais et depuis longtemps. Il ne resterait que quelques papys – et notre excentrique José. Suivent ensuite le cantonnais, le chinois mandarin (celui de Chine, de Pékin), et enfin l’anglais.
Voilà, sympa le mic-mac, très pratique !
C’est surtout incroyable d’avoir encore une telle présence du portugais dans la société.

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Source: Wikipédia.fr – (c) Bourrichon – fr

Anciennement, Macao était composé de 3 terres : la péninsule de Macao (petit havre à la sortie du delta de la Rivière de Perle), et les îles de Tapai et Coloane, toutes proches.
À croire qu’au XXe siècle, les habitants ont dû se sentir à l’étroit – Macao est le territoire le plus peuplé au monde – puisqu’après avoir lancé différents ponts pour les relier les unes aux autres, les autorités ont décidé, en 2000, de remblayer la partie située entre les deux îles pour créer Cotai, une immense zone récupérée sur la mer et sur laquelle se construisent, depuis, les complexes de casino.Ces derniers sont nombreux et énormes… et forte heureusement isolés du reste du territoire, ce qui cantonne les touristes du jeu à cette lande plate et disgracieuse, ne polluant que peu les parties historiques.

Bien entendu, le petit port de Tapai n’existe plus, et il a fallu dire aux pêcheurs qu’ils auraient désormais vue sur les hautes tours des luxueux hôtels, et puis historiquement, et avant la poldérisation de Cotai, il y avait déjà les édifices du Wynn, du MGM, du Sands, ainsi que du moderne et pourtant déjà horrible Grand Lisboa jouxtant le plus kitch Lisboa à l’architecture vintage des années 70.DSCF3719 DSCF3752 DSCF3721DSCF3727 Cependant, tout cela reste localisé sur le front de mer faisant face au terminal maritimo, laissant aux habitants de Macao, une ville surprenamment attrayante.

Car Macao est une belle surprise à nos yeux. Nous nous attendions à n’y trouver que le plus gros bordel d’Asie, nous avons été ravis de déambuler dans ses rues pleines de vie et d’âme, au patrimoine préservé.

Comme à notre habitude, nous marchons longuement pour profiter pleinement de ce que la ville nous offre… malgré la torpeur tropicale.
Ainsi, sur la péninsule nous profitons de quelques quartiers historiques aux vieux arbres embrassant les larges avenues, les petits scooters pétaradent entre les maisons délavées alors qu’ils peinent à grimper les ruelles pentues, et aux églises aux façades jaunes pâles ou vertes claires… On retrouve aussi les chaussées aux pavés blancs et noirs comme à Lisbonne ou Rio de Janeiro**.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3385 Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3784 DSCF3869 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3337 Stitched Panorama DSCF3986 Stitched PanoramaLe décalage qui nous frappe à la vue des chapelles et des vieux bâtiments au style colonial n’est pas sans nous rappeler notre soulageant séjour à Diu.
La Place du Sénat est entourée d’immeubles à arcades encadrant une fontaine, avant de s’allonger et se diviser en méandres de ruelles piétonnes, bordées de boutiques.DSCF3813 Stitched Panorama DSCF3818Les volets sont colorés, les façades également, et nous remontons la rue jusqu’aux ruines de l’église Saint Paul, qui domine du haut d’une imposantes volée de marches.DSCF3829 Aujourd’hui, depuis son esplanade, on a une vue imprenable sur la ville, la colline de Guia, sa forteresse et… l’horrible tubercule du Grand Lisboa. Il y a cependant une vraie touche d’Europe dans cette ville que l’on n’a retrouvée nulle part ailleurs en Asie.Stitched Panorama

Dans la partie plus moderne de la ville, on trouve de grands et dégoulinants immeubles « à la chinoise », des bui-bui et des marchés comme on les aime, des rues animées et des vieux temples.Stitched Panorama DSCF3629 DSCF3620 DSCF3619Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF4040 DSCF4032DSCF3617DSCF36141DSCF3624 DSCF3735DSCF3990 DSCF3989 DSCF3985 Nous en visitons un, en compagnie de José, et il nous explique l’amusante cérémonie qui est se déroule alors.
Aujourd’hui, à même le sol de la cour du temple, on déplie des maisons en cartons, des voitures, des packs de téléphones et autres tablettes, des réfrigérateurs et rice-cooker, des radiateurs et des vêtements. Tout cela en carton souple plié.DSCF4004DSCF4002Un groupe de femmes rassemble ces offrandes dans de grandes boîtes du même matériau rajoutant quelques liasses de billets (tout aussi faux) çà et là.
Une personne est décédée. Pour accompagner le défunt dans « l’après », la tradition bouddhiste chinoise veut que l’on brûle des choses qu’il pourrait acquérir, afin de lui garantir une vie confortable « après ».DSCF3991 DSCF4008Avec deux pavillons en banlieue et une Porsche – avec chauffeur, on ne peut que lui souhaiter un bon départ…

Puis une de nos promenades nous mène au sommet d’une colline de la péninsule, entre maisons art déco’, temples aux encens qui fument et nous offre un point de vue intéressant sur le devenir des maisons des vieux quartiers grignotés par les tours et l’urbanisation grandissante… ainsi que la récupération progressive des terres sur la mer. Stitched Panorama DSCF3748

Nous poursuivons notre visite de Macao à l’autre bout du territoire, 11km plus au Sud (ce pays est minuscule : 29km2 de superficie – près du quart de Paris).
Nous découvrons l’ancien village de Coloane, au bord de la Mer de Chine. Les plages sont désertes, et les sauveteurs s’y ennuient.Stitched Panorama DSCF3658DSCF3648 Stitched PanoramaDans les parcs de l’île, il n’y a personne. Les sentiers sont pourtant abrités sous les pins, mais le relief rend la balade essouflante. Les papillons bleus électrique ou moirés sont nombreux, les oiseaux chantent, c’est paisible.
En face, à 2km, de l’autre côté du chenal, ce sont les horribles complexes touristiques de Chine.DSCF3665On se perd dans les rues calmes et colorées du village, on casse la croûte sur le port (si les papys n’avaient pas les yeux bridés, on se croirait sur le littoral d’Europe méridional) avant de passer voir les pandas du Parc.DSCF3673 DSCF3686 DSCF36841 DSCF3683 DSCF36781 DSCF3681 DSCF3664 DSCF36661 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3594

José, notre charmant hôte, nous fera découvrir la ville de nuit.DSCF3975DSCF3922Et notamment une autre incongruité locale. Faute de place sur le territoire, Macao loue un terrain en Chine et a construit son université.
Étant de l’autre côté de la rivière, il a donc fallu construire un tunnel pour le relier à la Zone spéciale de Macao. Attends, mais Macao, c’est pas la Chine alors ?
Au moment où le GPS nous localisait de retour en Chine, sans visa, nous avons eu une petite frayeur.

Notre séjour ne s’arrête pas là.
Un matin, la pluie se met à tomber, un déluge comme Noé n’en a jamais vu et qui nous fait ajourner notre balade accompagnée de José dans les ruelles du quartier historique, pour s’abriter dans un chaleureux bui-bui, plein de vapeur aux carreaux et qui vendent des bols chauds de soupe de nouilles agrémentées de viande, de boulettes de poisson, de porc, d’abats…DSCF34271Et puis après ?… que fait-on à Macao quand il pleut ? Et bien on va au Casino. Wouéééééé !

Cela tombe bien, puisque nous sommes à deux pas des Portas do Cerco, le passage frontière historique, qui séparait par quelques mètres seulement – le no man’s land est inexistant – les empires chinois et portugais… depuis, les empires ne sont plus, le Portugal est parti. Mais la porte est toujours là, et le poste frontière a été modernisé et surtout agrandi pour permettre à l’incroyable flot de touristes Chinois* de déferler tous les jours, toute la journée à Macao.DSCF34251Et si ils viennent aussi nombreux, ce n’est pas pour visiter São Lazaro.
Les Chinois ont la fièvre du jeu. Partout, au mainland, on peut les voir taper le carton, jouer au mahjong, aux échecs… et tout est matière à parier… sauf que c’est officiellement interdit.
Qu’à cela ne tienne, Macao est là. Et Macao, c’est le Las Vegas asiatique. Macao tire même 7 fois plus d’argent du jeu que sa lointaine cousine du Nevada.

Aussi, pour permettre à tous ces portefeuilles-sur-pattes d’aller mettre leur argent où il faut, des autocars sont gratuitement affrétés par les grandes compagnies du jeu pour les mener depuis la frontière directement au perron du complexe – il ne faudrait pas qu’ils soient arrêtés en route par les splendeurs historiques de la ville.DSCF4044Ni une ni deux, nous sautons dans un confortable bus climatisé pour prendre la direction de la péninsule de Cotai.


Ouverture de la parenthèse : il pleut à Venise.
Climatisé et gratuit, le bus avec « chauffeur, ouvreur de portes, pouffe à prospectus et wifi, nous dépose directement sous le porche d’entrée du casino, après avoir roulé 25min à travers Macao.
Sur les conseils de José, on décide d’aller voir le Venetian. Il parait que c’est le même que celui de Vegas, (les casinos de Macao appartiennent quasiment tous aux mêmes géants du jeu américains).
Ce serait le plus grand, le plus gros… le casino de tous les extrêmes. Et comme aujourd’hui, il pleut des cordes, c’est le jour idéal pour aller jouer !
Surtout qu’à l’intérieur, à notre plus grande surprise, dans l’immense hall d’entrée aux plafonds démesurés, une fois le parapluie rangé, on oublie totalement où nous étions.DSCF3561 (2) DSCF3486Désormais, il fait beau, nous sommes baignés d’une douce lumière de Dolce Vita.
Nous montons d’un étage et… bienvenue dans un nouveau monde.Stitched Panorama DSCF3482 DSCF3444 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaUn beau ciel bleu, marqué d’épars nuages blancs, surplombe la petite Venise, ses palais et ses canaux. Des gondoles glissent sur les eaux limpides de la rivière qui longe la galerie commerciale, le gondolier entonne – en playback – une douce cantate italienne et nous enjambons le petit pont afin de profiter de la vue. Les façades en carton-pâte sont du plus bel effet… tout comme les fresques, dorures et lustres des artères commerçantes.Stitched Panorama DSCF3502 DSCF3507Nous n’avions pas pu voir le Carnaval de Venise quelques jours après notre départ en Hiver 2014. Ici il fait 25°C toute l’année.
Et il fait toujours jour aussi, il ne faudrait pas que les joueurs se sentent l’envie d’aller se coucher. On ne trouve ainsi aucune horloge.
Que ce soit autour des tables de jeux ou dans les galeries marchandes où on retrouve toutes les grandes enseignes du prêt-à-porter, de la mode, de la maroquinerie… Tout le monde peut entrer librement chez Chanel ou Cartier, même le plus pauvre… surtout s’il a gagné. Tout est fait pour que l’argent, même celui crédité sur le compte du client malgré les impossibles probabilités, ne sorte du casino.

Après avoir flâné le long des canaux ensoleillés de la Cité des Doges, nous prenons la direction du casino. Nous descendons les Sept Cercles, et débouchons sur la plus grande salle de jeu au monde.
La moquette y est si épaisse que nos pieds s’enfoncent dans un univers doux et molletonné.
Bien sûr les photos sont interdites, mais c’est immense au point d’en être déboussolé et de s’y perdre. Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3505 Et le plafond, qui domine à plusieurs mètres au-dessus de nos têtes, est planté d’une forêt de lustres… pas suffisamment dense pour nous éclipser la ribambelle de caméras (il y en a au moins tous les 50cm) qui doivent être aux aguets, surveillants aussi bien les joueurs que les employés.
On trouve différentes zones de jeu, selon la quantité d’argent et la vitesse avec laquelle on est prêt à la perdre.
Certaines tables n’ouvrent qu’avec une mise de départ de 1000$HK (env. 110€). Autour de nous, les gens sont attablés, certains complètement nerveux tandis que d’autres appuient fébrilement et de manière hébétée sur le bouton de la machine pour vainement tenter d’aligner les 3 pastèques sur leurs compteurs.
D’autres n’ont aucun scrupule à jouer plusieurs centaines d’euros, parfois plus, et à tout perdre.
Et c’est aux tables de Baccara ou à celles de roulettes que l’étude anthropologique met à jour tout le pathétisme de l’addiction au jeu.
Car si nous sommes pleins de dédain (peut-être une légère jalousie profondément enfouie ?) en suivant les exploits et les échecs d’un jeune chinois à peine vingtenaire, portant une doudoune-sans-manche Gucci et des baskets montantes bleues électriques Louis Vuitton – il est certainement venu en Bentley tout droit de GuangZhou), nous serons touchés en voyant ces hommes aux visages burinés, aux mains calleuses et aux ongles noircis par la terre qu’il retourne, ces anonymes venus de leur campagne, jouer les jetons sans compter, pour tout perdre – le plus souvent. Ceux-ci sont tristes à voir, et donne mal au cœur.

Enchainant les verres de thé au lait gratuit (il est 11h du matin), nous déambulons un bon moment, observant les techniques de jeux, les règles et les techniques des croupiers, avant d’aller jouer, à notre tour, 100$HK. Wouhou… on est même un peu stressés dis dons… et nous les perdons au premier tour de roulette. Une chance sur trois, ce n’était pas suffisant pour nous !
Voilà. C’est fait.
On repart un peu penauds, mais pas trop. On ne pourra donc pas s’acheter la Rolex de nos rêves, celle dans la vitrine qui trône en plein milieu de la salle de jeu, ni s’acheter de nouveaux escarpins chez Prada, ou un nouveau sac de voyage en cuir chez Burberry dans les ruelles de Venise…
Zut…

Mais le challenge ne s’arrête pas là, parce qu’une fois prise la décision de partir, il reste encore à trouver la sortie, et c’est une autre paire de manches.
Elle est en effet, indiquée nulle part.
Il n’y a pas de fenêtre pour se repérer, les plans ne sont pas explicites, les noms des salles ambiguës. Ainsi, après avoir tourné en rond un long moment, nous poussons une porte coupe-feu pour débarquer sur le strip désert, avec une vue panoramique sur la démesure de cette industrie malsaine.Stitched PanoramaStitched Panorama

Mais comme la curiosité l’emporte sur la raison – ou serait-ce le mal du pays ? – nous faisons un détour par la Tour Eiffel du futur casino Parisian en construction.
Non, mais après le Duomo San Marco, ils ont refait la Tour Eiffel !
Ces types sont tarés tout de même.Stitched Panorama

On va faire un dernier tour dans un second casino, Studio City, mais juste pour le plaisir des yeux.
On dirait un décor de Tim Burton. Les architectes ont dû se fendre la poire.
Allez, pour rigoler, j’te fais une grande roue en forme de 8 (chiffre porte-bonheur en Chine), et puis je te le fais même au 15ème étage tiens !DSCF3538DSCF3544 Stitched Panorama DSCF3560 DSCF3558 DSCF3577Comme prévu (ou plutôt pas prévu), nous passons la plus grande partie de la journée enfermés, sans trop se rendre compte du temps qui passe. Nous reprenons, en milieu d’après-midi, un bus gratuit pour rejoindre la péninsule et la vraie Vie.
Une débauche de clinquant, de paraître, de miroirs aux oiseaux… énormément d’énergie dépensée… Mais cela reste néanmoins sidérant. Quel drôle de monde…

Fin de la parenthèse.


Macao est multiple, Macao à plusieurs visages.
C’est une très belle surprise. Jamais nous n’aurions pensé être à court de temps pour l’explorer.

Mais finalement, ça arrive, ce fameux jour arrive.
Celui de la fin.
Nous rejoignons l’aéroport, « flottant » lui aussi sur un terrain rattrapé sur la mer, pour y prendre notre avion. Oui oui, un avion !DSCF4049Direction la Thaïlande, où un pied-à-terre nous est chaleureusement et amicalement préparé.

Le comble… oui le comble, c’est que notre manie de faire des économies – mais qui nous a permis d’aller si loin – nous fait voler vers Pattaya, pleine de Russes, de gros riches bien blancs, et de petites asiatiques toutes justes pubères.
Macao-Pattaya, les deux capitales du vice.

Pas de proxénètes dans la cabine finalement mais juste un groupe de Chinois ravis d’aller en vacances au Royaume de Siam.
Après avoir récupéré nos bagages (que l’on voyait tourner sur le tapis 10 mètres derrière le poste d’immigration tant l’aéroport international est ridiculement petit), on sort à pied de l’aéroport.

Les minivan demandent un prix exorbitant – bien qu’officiel, cela n’en demeure pas moins de l’extorsion – pour rejoindre Pattaya situé à 40km puis Bangkok 150km plus loin.
Nous mettrons finalement 5 heures à rejoindre la Cité des Anges… à coup d’auto-stop chaleureux et transport en commun…
Un retour comme en-bourlingue.
À suivre !

 

‘* Encore une fois, la politique d’immigration est étrange.
Ainsi, les habitants de Macao, munis de leur « carte de retour à la maison », peuvent traverser à volonté la frontière avec la Chine continentale pour se rendre au centre-ville de ZhuHai – profitant ainsi des denrées moins chères de l’autre côté.
Alors que les mainlander se doivent de présenter leur passeport et un laisser-passer pour entrer sur ce petit territoire.

‘** José nous expliquera cependant un peu plus tard que cette omniprésence de la culture portugaise est bien plus récente qu’on ne le pense.
Cela ne fait en réalité que depuis quelques années que le gouvernement de Macao joue dessus afin de se refaire une identité plus potable, plus louable.

Tour-ticoli

Notre visa chinois expire jeudi 4 Mai.
Il nous faut passer la frontière avant cette date pour sortir du pays.
Techniquement parlant, pour quitter la Chine on peut aller à Hong-Kong.
Mais Hong-Kong c’est pas la Chine ?
Et bien non, Hong-Kong ce n’est pas la Chine.
Et notre court séjour sur ce territoire nous le fera bien comprendre.
Rien n’y est pareil… en y réfléchissant ? non, rien du tout.

Ce simple passage de frontière annonce toute la complexité administrative et culturelle qu’il existe entre la Région Administrative Spéciale de Hong-Kong de la République Populaire de Chine et le mainland China.
À une petite centaine de mètres de la gare de ShenZhen, de l’autre côté d’un étroit cours d’eau, se trouve le terminus du métro de Hong-Kong qui mène directement au centre du territoire.
Mais avant ça, bien sûr, nous passons par deux guichets d’immigration, à la signalitique datant de l’époque anglaise. Un tampon de sortie pour la Chine et un petit papier volant comme « visa » d’entrée à Hong-Kong, nous pouvons y rester 90 jours.

On ne développe pas trop la partie historique de cette aberration, mais pour résumer :
– Suite à la Guerre de l’Opium, Hong-Kong devient anglais après la signature du traité de Nankin en 1842.
– En 1997, 155 ans plus tard, le territoire est rétrocédé à la Chine.
– Se met donc en place le motto « 1 pays, 2 systèmes », avec toutes les difficultés que cela comporte pour deux peuples ayant vécus dans deux mondes différents aussi longtemps : ils ne parlent pas la même langue, ils n’ont pas évolué de la même façon, ils n’ont pas la même culture, et surtout, ils ne s’aiment pas.
Hong-Kong a conservé la loi anglaise, sa monnaie*, son système politique, et gère elle-même son immigration.
– à partir de 2047, Hong-Kong devrait faire partie intégrante de la Chine. C’est ce qui est convenu dans la déclaration sino-britannique de rétrocession.

Donc, finalement, Hong-Kong est en Chine, mais Hong-Kong ne ressemble en rien à la Chine.
Voilà qui annonce un séjour intéressant.

Nous arrivons en fin d’après-midi chez Kim – une ancienne collègue de Brice – et son mari Jonathan.
Ils sont installés à Hong-Kong depuis belles lurettes et comme souvent, nous sommes accueillis avec plaisir de retrouvailles et grand confort.
Ils habitent un petit appart au 10ème étage seulement, d’un vieil immeuble qui n’en compte pas plus.
Le roof-top est la cerise sur le gâteau.Stitched Panorama Stitched PanoramaC’est un quartier parfait, plein de vie. Et on s’y installe pour 5 jours.
Nous sommes au cœur de l’île principale de Hong-Kong, à une encablure du Victoria Park, entre autoroutes aériennes, voies dédiées aux ding-ding (ces fameux tram’ à impériale), métro et bus, resto’ en tous genres et petites boutiques… et surtout entourés de buildings qui s’élancent vers le ciel.DSCF3370 DSCF2138 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2186 DSCF2191

Car l’architecture ici est impressionnante.
Les parcelles sont petites, les terrains constructibles peu nombreux du fait de la topographie accidentée du territoire. Malgré la rétrocession il y a déjà près de 20 ans, et l’afflux d’argent du mainland suite à la crise des années 2000, le gouvernement Hongkongais n’a pas encore cédé à la pression des lobbies de la construction comme c’est le cas chez leurs voisins. Et on trouve encore de beaux espaces verts. Le territoire compte plus de 250 îles.
Les régions les plus denses sont l’île de Hong-Kong (la première colonisée par les Anglais), et la péninsule de Kowloon qui lui fait face (6357 hab./km2 de moyenne, et on estime que dans le quartier de Mong Kok, la densité atteindrait 130 000 hab./km!).

Ainsi, pour pallier au manque de surface, on construit en hauteur. Les immeubles ressemblent à d’étroites tours, qui s’étirent tout en long vers les cieux. Cela donne une impression de fragilité, d’un château de carte qui pourrait s’écrouler avec le vent. Une sorte d’empilement précaire qui tient le coup. Stitched PanoramaStitched PanoramaStitched Panorama Car ici, les immeubles sont des belles factures, maintenus, régulièrement repeints. Rien à voir avec la RPC. Et ne nous trompons pas. Si les échafaudages sont en bambou, les immeubles sont faits pour durer, les matériaux bien choisis, bien assemblés, dans des conditions de sécurité et des qualités de fabrication occidentales.
On comprend pourquoi les apparts’ sont ridiculement petits… et incroyablement onéreux.

Nous sommes assez impressionnés par cette ville, et on ne sait pas trop par quel côté commencer.
En se baladant, nos yeux sont en permanence tournés vers le ciel.
Les enseignes rouillées par l’humidité débordent largement des façades au-dessus du trafic**, les clim’ coulent,… et ça nous donne vertiges et torticolis.DSCF2256 DSCF2293 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2430 DSCF2436 DSCF2438 DSCF3411 DSCF2472 DSCF2473 DSCF2510Assis au deuxième étage de notre ding-ding, la vue panoramique est impressionnante. Il y a des néons partout, des affiches, des immeubles, des boutiques, des pancartes, et du monde.
Il y a beaucoup de monde à Hong-Kong, et ça se ressent… mais jamais pourtant nous nous sentons bousculer, il n’y a pas de cohue. Les Hongkongais sont organisés. Devant les arrêts de bus, de longues files s’allongent, mais il y aura toujours un passage réservé aux piétons ou personne ne double. Et on pensait encore être en Chine…

Kim et Jonathan se plient en 4 pour nous faire découvrir cette île-pays.
Samedi, après un petit dej’ dans un bui-bui local d’une bonne soupe de nouilles aux herbes médicinales, nous partons nous balader au vert.
70% du territoire est recouvert de forêts, et les possibilités de rando’ sont nombreuses, dans un cadre préservé (et gratuit, en comparaison de… si vous voyez ce que je veux dire).
En 5min. de taxi, nous sommes déposés au pied d’un sentier qui s’enfonce très rapidement dans une dense forêt d’arbustes, à l’abri du bruit de la ville. Incroyable de s’imaginer si proches et pourtant si protégés de l’activité incessante de la dynamique Hong-Kong.Stitched Panorama DSCF2952 Stitched Panorama DSCF3488 DSCF3489 Stitched Panorama Alors que nous grimpons, un coup d’œil en arrière nous laisse voir la forêt de flèches de béton digne d’un film d’anticipation.Stitched PanoramaRandoEn face de nous, la forêt émeraude s’étend à perte de vue, avant de plonger dans la Mer de Chine Méridionale. C’est beau, c’est pas mal, silencieux, peu fréquenté… et à seulement quelques minutes de la maison.

Au loin, des grappes d’îles apparaissent (d’après nos hôtes, il y a aussi de très belles plages quasi désertes, de vrais joyaux à découvrir, et accessible d’un coup de bateau).Stitched PanoramaDSCF2932Notre sentier continue à grimper, descendre et re-grimper.
Il fait hyper chaud, le soleil brille sur un fond uniformément bleu et le taux d’humidité est très élevé sous les tropiques. Autant dire qu’on transpire.
Mais que c’est joli.

Cette balade nous fait du bien.Stitched PanoramaOn arrive au village de Stanley, dont le bord de mer, bo-bo à souhait, tranche avec notre look sportif-dégoulinant.
Nous profitons du coucher de soleil sur la baie. La lumière est belle et on a du mal à se dire qu’on est dans cette même mégalopole, à 40 minutes en bus de la maison.Stitched PanoramaStitched Panorama

Et puis les jours se suivent, mais nous ne nous lassons pas de déambuler dans la ville.
Nous explorons les différents quartiers, en marchant, marchant et marchant.DSCF2238 Stitched Panorama DSCF3403De l’autre côté du bras du mer, nous découvrons les vieux quartiers, plus animés, très colorés et bruyants de la péninsule de Kowloon. Moins cosmopolites que Hong-Kong Island la financière, Kowloon est plus Chinoise.
Ici, ça clignote de partout. Pancartes, enseignes lumineuses, publicités et calligraphies en tout genre, on ne sait plus quoi regarder. C’est tellement graphique et coloré. Géométrique et anarchique. Bordélique et organisé.
C’est beau !Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF2579 DSCF2602 DSCF2605 Stitched Panorama DSCF2658 DSCF2661 DSCF2671 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF2893 DSCF2747 DSCF2750 DSCF2755 Stitched Panorama DSCF2767 DSCF2797DSCF3480 DSCF2819 Stitched PanoramaOn s’arrête pour quelques croquis, des photos, un thé et pour regarder la vie qui se déroule : les camions qui chargent et déchargent, les taxis rouges au look si rétro, les queues qui se créent pour attendre le minibus ou pour traverser la rue au son du bipbip pour non-voyant, …
C’est un spectacle incessant, et on ne peut s’empêcher de se dire que nous sommes ici à des milliers de kilomètre de la Chine que nous connaissions.

Parce qu’à Hong-Kong les gens parlent anglais, et bien mieux que nous.
La seconde langue officielle est le cantonais. Mais qu’ils écrivent en chinois traditionnel, version plus alambiquée des sinogrammes simplifiés sous l’ère Mao***.
Autant dire qu’avec un peu de fierté, les Hongkongais n’aiment pas cette dernière version qu’utilisent les Chinois du mainland, nous expliquant qu’ils ont su garder leurs origines et leur histoire, eux.

Cette histoire de langue se rajoute à la liste des fiertés soulignant « qu’ils ne sont pas les mêmes ».
Et à travers toutes les comparaisons que nous ne nous empêchons de faire, on découvre cette cité-état, aux multiples facettes.
Il y a énormément d’étrangers à Hong-Kong, des Occidentaux venus profiter d’une vie d’expat’, dans un pays où on trouve tout : des cafés branchés au camembert au lait cru, des piscines publiques aux concessions de voitures de luxe.
La politique d’immigration n’est pas vraiment équitable.

Les Hongkongais peuvent aller au mainland comme bon leur semblent grâce à la carte/visa – officiellement qualifiée par la propagande centrale – de « retour à la maison ».
Alors que dans l’autre sens, les Chinois du mainland ne sont autorisés qu’à un court séjour de 7 jours (pour rappel nous autres laowai, pouvons y demeurer 90 jours renouvelables). Et pour obtenir le précieux sésame, il faut retourner dans sa préfecture de naissance****. Mouai…
Bon, ils sont tout de même 1 milliard et demi de l’autre côté de la rivière, Hong-Kong ne peut pas tous les accueillir.
D’autant que ça ne plairait pas non plus à Beijing.
Ici, l’accès à l’information et aux médias est illimité, et cela pourrait donner des idées aux Chinois mainlanders de passage.

Toutes ces différences du quotidien inquiètent les Hongkongais qui redoutent (d’après ce qu’on a compris et ceux à qui nous avons discutés) cette absorption chinoise future.

Hong-Kong c’est un peu Londres avec des yeux bridés, un climat nettement plus chaud et de la nourriture comestible.
Les gens sont cultivés, il y a des galeries d’art et des lieux urbains de culture, de design et de créations.
Dans les rues pentues du quartier huppé de l’île, c’est un ensemble de petites boutiques, toutes mieux décorées les unes que les autres, au look parfait et aux détails maitrisés.Stitched Panorama DSCF2896 DSCF3521 Stitched Panorama DSCF3020 DSCF3106 Stitched Panorama DSCF3134 DSCF3180Et puis au milieu de tout ça, nous découvrons la gastronomie Hongkongaise, melting pot du monde entier.
D’un bol de nouilles à la sauce cacahouètes, au petit Bô Bun au resto’ vietnamien, nous enchainons les variétés culinaires.
Dans la cohue de Kowloon, Jonathan et Kim nous introduisent dans un bui bui indien installé dans un appart’, au 8ème étage d’un vieil immeuble. Stitched PanoramaTables côte-à-côte, rideaux fermés et dans une ambiance bonne franquette, nous savourons nos curry et dhal aux saveurs si imprégnées dans nos mémoires, avant de terminer la soirée au 35e étage, dans le bar sympa et branché d’un hôtel chic qui domine la baie. Hong-Kong, une ville des extrêmes.

Mais rien ne vaudra le petit déj’ dans une des « maisons de thé » cantonaises dans lesquelles les familles ont l’habitude de bruncher.
C’est comme ça qu’on appelle ces cantines archi traditionnelles. De grandes tables rondes sont disposées et on remplit les trous.
Vous êtes 4 ? ok là, on va serrer les papys, ça va passer.Stitched PanoramaEt puis au milieu de tout ça, circulent de serveurs, poussant des chariots à roulettes remplis de DimSum, de vapeurs et autres bouchées.
Tout le monde se lève et se précipite pour être le premier servi quand le serveur approche avec ses denrées fraiches. Les moins affamés restent assis et lui font signe, mais chacun repart avec son assiette, et son papier de commande tamponné.DSCF3038 Stitched PanoramaEn quelques minutes, le chariot est vidé, avant qu’un nouveau plateau, remplis de nouvelles saveurs, fasse son entrée à son tour.

Enfin, pour peaufiner le tout, nos copains nous délecterons d’un barbecue sur le rooftop.
Avec du vrai charbon (avec SSdC en entrainement, Marion est la pro de l’allumage du barbecue !), des braises et du feu qui crépite.DSCF3223Des côtes de porc, du poulet mariné, et même des calamars séchés et un petit Pastis… c’est un régal pour nos papilles, nos estomacs et un bonheur de profiter de ce lieu si particulier, coincé entre les tours, isolé et si urbain, et pourtant ouvert à la ville. À Hong-Kong, on se sent en communion avec la cité.DSCF3206 DSCF3226Pour tout ça, merci encore Kim et Jonathan, merci de votre tolérance, votre écoute, votre patience, merci de nous avoir compris. Et un énorme merci pour votre accueil et la simplicité de nos relations.
Et même en étendant notre séjour – sous la pression de nos hôtes – nous ne pouvons que partir frustrés de n’avoir vu que la partie immergée de l’iceberg Hong-Kong.
Il nous faudrait y passer plus de temps pour explorer davantage et mieux comprendre ce territoire si spécial.

Le jour de notre départ, dernière petite escapade culinaire, nous retrouvons notre amie Hongkongaise Karen – rencontrée fugacement à Yubeng, essoufflée en haut de la montagne.DSCF3247Son anglais est parfait. Mais sa mère ne le parle pas. Elles communiquent entre elles en dialecte.
Pfff, on a encore des milliers de questions à lui poser.
Un bol de riz, de la viande cuite comme-ci ou comme ça, des nouilles sautées au poivre, un thé-au-café-au-lait-au-sucre-glacé, nous sommes reçus au resto’ familial, contents de ces nouvelles rencontres, avant d’aller chercher notre bateau.

Nous quittons Hong-Kong pour rejoindre Macau.DSCF3251 DSCF3266 DSCF3307Macau en Chine, mais pas vraiment en Chine non plus…
« 1 pays, 3 systèmes » ?

 

‘* Ici, on paie en Hong-Kong Dollar (cela n’aurait pu en être autrement dans cette place financière si importante), et la particularité est que chaque banque imprime ses propres billets, ainsi, on trouve des billets HSBC, Chartered Bank, ICBC, Bank of China… aux illustrations différents.DSCF2126

‘** La circulation se fait sans klaxon, dans le respect du code de la route – nous sommes les seuls à traverser en dehors de clous, et on conduit à gauche… enfin, tout le contraire de la PRC.

‘*** Séparés de leurs voisins pendant plus de 150 ans, taper à la machine ne se fait pas du tout par le même biais au mainland et à Hong-Kong. Si les communistes ont développé un système utilisant l’alphabet latin – le pinyin, les Hongkongais utilisent un clavier avec de nombreuses clefs de base permettant de construire le mot. Super compliqué !

‘**** Lors de notre passage à l’immigration de Kanding (dans le Sichuan), nous avions rencontré un couple de riches Pékinois qui souhaitaient se rendre à Hong-Kong.
Ils parcouraient ainsi plusieurs milliers de kilomètres pour éditer une autorisation pour lui, puis pour elle (2000km plus à l’est). Qui a dit que l’administration française était complexe ?

Stif’n’Stick

Le suspense est à son comble.
Va-t-il pouvoir se libérer pour ce long weekend?
Va-t-il louper son avion ou se tromper d’aéroport ?
Sera-t-il en Chine à ce moment-là ?
Celui qu’on attendait tous (enfin, surtout nous !)
Le seul à être venu nous voir à deux reprises au cours de notre voyage – la première fois c’était à Istanbul.
Stif débarque à Guangzhou pour le weekend!DSCF1496

Guangzhou, nous revoilà.
Nous avions réservé l’auberge pour tous les trois. Comme expliqué plus tôt, c’est la Canton Fair ici, la moitié de la ville est assaillie de personnes venues faire du business (jamais nous n’avions vu une population aussi cosmopolite depuis Bangkok : des Européens, des égyptiens, des Brésiliens, des Kenyans, … ça parle Français, Anglais, Portugais dans le métro et à l’auberge…) Et l’autre particularité de ce weekend du 1er Mai, c’est qu’il dure 3 jours dans ce pays communiste.
Il y a un jour férié, et la moitié de la Chine part en vacances.
Autant dire que tout est booké et bloqué.
Hôtel, train, bus.
Même Stif a dû soudoyer le pilote de l’avion pour s’assoir sur un strapontin.
Bref, tout ça pour dire qu’on a de la chance.

Et ce weekend commence déjà par une belle surprise.
Alors que nous rentrions d’un rendez-vous avec Carrie (rencontrée la semaine précédente avec Taka), nous apercevons Stif dans la même rame de métro que nous, un peu par hasard. Un grand blond avec un gros pull chaud, ça ne se loupe pas !
Néanmoins, la ville fait plusieurs millions d’habitants. Étonnant.
Embrassade et tout ça ! ahhhh, ça fait plaisir !
Un bol de nouilles dans le bui-bui d’en bas, nous voilà bien accompagnés pour les prochains jours.DSCF1489La météo est clémente. Et contrairement à notre séjour précédent, nous ne verrons quasiment pas une goutte de pluie des 3 jours. Merci à Stif, notre rayon de soleil, qui nous protègera des intempéries.
Nous déambulons longuement dans les rues de la ville. Stif, comme nous (enfin, c’est ce qu’on croit), aime à arpenter au hasard les petites rues, sans but précis. Juste pour découvrir la vie cantonaise.DSCF1517 DSCF1530 DSCF1523 DSCF1536 DSCF1546 DSCF1549 DSCF1614 DSCF1557 DSCF1661DSCF1654 DSCF1658 S0101758De nouveaux quartiers se découvrent. On passe à travers le quartier de vendeurs de fruits, et autres trucs séchés.
Des cartons énormes, remplis de champignons de toute forme et déshydratés sont installés sur les trottoirs. DSCF1544 DSCF1604 DSCF1606 DSCF1609On est chez les grossistes. Ça sent un peu fort, mais l’odeur est bien plus agréable que celles de crevettes et moules séchées vendues quelques mètres plus loin.

Les étals de nourriture et resto’ nous font de l’œil. Nous avons un peu l’impression de ne faire que manger. Et comme Stif n’est pas là pour longtemps, nos déambulations sont l’occasion d’expériences culinaires plus ou moins réussies.DSCF1669 DSCF1693 DSCF1827 DSCF1662Ananas fraichement coupé, raviolis gluants, velouté noir au sésame, boazi au porc, rouleaux comme-ci et comme-ça, friands, fruits et sans oublier le café du Mc Do !
Parce que grâce à Stif, oui oui : « grâce à », nous redécouvrons les joies d’un café, d’un frappé ou d’un capuccino.

Notre découverte de la ville se poursuit, nous passons par l’île de ShaMian, au sud de la vieille ville.
Les veilles bâtisses, les vieux arbres, les pavés, l’absence de véhicule et même la petite église (où les photos de mariés s’enchainent) offrent un charmant air colonial européen, hors du temps et déconnecté de l’atmosphère de cette ville imposante.DSCF0251 DSCF0256 Stitched Panorama DSCF0271

Un détour au hasard par le quartier de grossistes en vêtements nous fait réaliser que le « Sentier » parisien est ridicule à côté de celui de GuangZhou. Ici, ça grouille de partout. Les chariots, dont les cartons, dans un équilibre précaire et une bruyante chorégraphie, traversent les rues en tout sens.Stitched Panorama DSCF1572 DSCF1617Les boutiques sont pleines de négociants. Ici, tout se vend en gros. Les camions attendent les chargements, les commandes se passent, les gens se pressent, et nous, au milieu, observons ce ballet de paquets… dont certains se retrouverons sous peu dans les magasins de gros du XIème, près de l’ancienne agence où travaillait Marion.

Nous retrouvons quelques rues calmes, où les porteurs, assoupis dans leurs chariots, s’octroient une pause méritée.DSCF1819 DSCF1809 DSCF1817 Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF1466 DSCF1638 DSCF1641 Stitched Panorama DSCF1951 DSCF1954 DSCF1946 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF1985 DSCF1972 Stitched Panorama DSCF1970 DSCF1969On se perd une nouvelle fois dans le quartier de DongShanKou, qui nous surprend par ces grandes et belles demeures.
Ça se bo-boïse, et ça nous permet d’assouvir une nouvelle fois la dépendance de Stif au nectar caféïné dans des endroits très sympas. Ces troquets faits d’objets récupérés çà et là nous donnent des idées.DSCF1836 DSCF1852 DSCF1859 DSCF1846Une pause-café/photo. Stif nous initie au selfie/stick, sans stick.
Jamais dans l’histoire de la bourlingue, vous n’aurez vu autant de photos de nous.
Profitez ou zappez !
Tronc d’arbre, concombre, accoudoir de chaise, rampe d’escalier ou bambou, tout est stick. Il n’y a plus de limite, c’est de l’urban-selfie !DSCF1800 IMG_20160501_124214136 DSCF1597 DSCF1866 DSCF1868 DSCF1895 DSCF1878

En fin de journée, nous finissons dans le nouveau quartier de NewZeiJiang, celui où se trouve la grande Canton Tower, cette immense antenne-télé haute de 600m. Deux fois la tour Eiffel !
Nous nous baladons sur cette esplanade, entre gratte-ciel et malls sous-terrain. Les tours, toutes plus hautes les unes que les autres, côtoient les nuages.

Stitched PanoramaDSCF0414 DSCF1908 IMG_20160501_190850268 DSCF1912 Stitched PanoramaBon, il n’y a rien à faire. Un jus de citron/kumquat, un jus de kiwi, quelques selfie et puis s’en vont.

Voilà, voilà.
La vie se passe tranquillement avec Stif. On profite d’être tous les trois et du beau temps. C’est facile.
Et ça fait du bien. Ça nous rappelle qu’on a des copains qui nous attendent à l’autre bout du monde, et ça manque un peu aussi.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin.
Nous le déposons à l’entrée du métro.
Trois jours, ça passe trop vite. Stif, encore une fois, MERCI.
Le lendemain sera pluvieux et gris sans lui.

Nous partons rejoindre Francis (notre hôte CS pour les 2 prochains jours).
Un sacré type, un self-made-man comme seule l’Amérique sait en faire.
Un Québécois installé à GuangZhou depuis 8ans avec un cœur en or, et une cave à alcool bien remplie.
On passera deux superbes soirées dégustation de tequila, vin et gin, confortablement installés sur sa terrasse du 26ème étage.DSCF2060 DSCF2062 Il a un sacré curriculum, une petite entreprise qui tourne bien, et une tripotée d’idées.
Un superbe coach qui nous exalte l’adage « si tu veux, tu peux »*.
Son exemple en est la preuve. Il ne faut pas oublier des types comme lui. Ça peut nous aider pour la suite.

Notre séjour en Chine s’achève ainsi.
Un peu comme notre séjour en Inde qui s’était très bien terminé à Vadodara et nous avait donné une autre vision de ces pays, durs à appréhender et à vivre au rythme des « assis-dur » ou des « troisième classe »… mais qui deviennent accessibles et confortables si on est bien entourés.
Demain, nous partons pour Hong-Kong, en Chine, mais pas vraiment en Chine…

 

‘* Une autre phrase nous a bien fait rigolé, sortie tout droit du fin fond de la Belle Province : « les chevals sontaient tristes parce qu’ils joussaient dans la boîte ». Faut pas l’oublier celle-ci.

Comme à la MeiZhou

Et c’est parti pour notre dernier voyage en assis-dur !
6 heures durant.DSCF0758On se dit que si notre séant s’est habitué à ces conditions de voyage en train relativement peu confortables (« relatives » car bien meilleures qu’en Inde ou Birmanie pour le coup), on s’est aussi fait à ces interminables voyages, regardant le paysage, les passagers nous regardant, les aller-retour des contrôleurs et des vendeurs ambulants de chinoiseries.
Car les trains lents ont également l’intérêt de proposer une activité distrayante : la vente de kit de couture, de coupe-ongles ou de rasoirs électriques-étanches-qui-fait-lampe-torche.
Parce que oui, dans le train, pendant une vingtaine de minutes et à plusieurs reprises, les contrôleurs se transforment en vendeurs de Télé-Matin.
Blagues et longs discours, tout le monde est amusé et écoute les informations qualitatives de tel ou tel produit, avant de repartir avec son lot de 15 brosses à dents.

Nous arrivons ainsi tranquillement, en fin d’après-midi, dans la charmante ville de ChaoZhou (ville jumelée avec… le XIIIème arrondissement de Paris pour l’anecdote !).
Nous trouvons logis dans un hôtel bui-bui comme on les aime… juste pour une nuit (tongs impératives aux pieds sur la moquette antédiluvienne), avant d’avoir demandé 5 fois au préalable, si les loawai peuvent rester ici, ce que le patron nous confirme 5 fois. Parfait.

Les touristes viennent principalement y contempler les fortifications de la ville, le pont flottant antique, bien que « retouché »* et se délecter des boulettes de bœuf locales.Stitched Panorama DSCF0785 DSCF0794 DSCF0804 Stitched Panorama DSCF0809Mais nous déambulons aussi dans les ruelles du centre-ville, entre petites échoppes pleines de vie, un frais jus de canne à sucre aux lèvres, boazi toutes chaudes dissimulées sous un panache de vapeur, vieille pharmacie de médecine traditionnelle aux multiples pots et boutiques de vêtements bariolés.DSCF0812 DSCF0816 DSCF0821 DSCF0826 DSCF0830 DSCF0839 DSCF0844 DSCF0866 Stitched PanoramaLes maisons sont basses et en début de soirée, chacun profite d’un repas en famille, assis sur le devant du magasin. La télé est allumée, les badauds (nous) saluent au passage, les portes restent ouvertes.

Le lendemain, nous quittons cette paisible ville pour le village de SanRao, chez les Hakka (Kejia en langue Han), une ethnie Han fière de sa culture qui a essaimé en de nombreux points d’Asie.
C’est pour voir ces campagnes que nous sommes venus dans la région, nous échappant un temps de la tumultueuse GuangZhou.
Ces maisons, les tulou, sont des maisons collectives. Stitched PanoramaEt on découvre que cette mise en commun des forces et des outils, ainsi que le flou qui existe dans la limite familiale qu’entraine la vie en communauté en Chine, ne date pas seulement des soixante dernières années de communisme, mais est le résultat d’une longue pratique de vie en collectivité chinoise.
Pour simplifier la vie en fédérant les efforts, mais aussi pour se protéger des agressions de la nature ou des bandits. C’est pourquoi ces maisons fortes, si massives, présentent peu d’ouverture sur l’extérieur.
On en trouve dans les plaines du Sud-Est chinois, sur une bande s’allongeant du GuangDong oriental au FuJian septentrional.
Le tulou de SanRao est particulier. C’est le dernier de forme hexagonale. Cela lui donne un air d’arène dans laquelle la vie se déroule sous les yeux des voisins.  DSCF0948 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama Dans la cours centrale, on retrouve théoriquement le lieu de socialisation.
Un grand espace qui accueille le temple en son centre et un ou deux puits permettant aux habitants d’être autonome en eau en cas de siège.
Derrière les épais murs d’argile, les habitations en bois construites sur plusieurs étages sont en périphérie, chaque famille ayant un secteur avec sa cuisine, et une ou deux chambres.Stitched PanoramaDSCF1011

La porte, commune à deux maisons, s’ouvre sur un plus petit patio, de fait, triangulaire, qui se sépare en deux. Le toit est ajouré pour récupérer l’eau de pluie.DSCF1061DSCF0907À l’étage, les petites fenêtres donnent sur une longue coursive, qui relie chaque maison entre-elles.
Les planches de bois sont patinées, les portes encadrées de lourdes pierres, les affiches rouges contrastent de leur vive couleur avec le bois sombre, les tuiles anthracites et vertes de mousse donnent le rythme. Stitched PanoramaL’ensemble est harmonieux et quiet.

Aujourd’hui, sur les 600 personnes que peut normalement accueillir cette imposante bâtisse, seule une petite centaine persiste, profitant et souffrant (peut-être ?) de cette proximité imposée.
Chacun vaque à ses occupations parmi les poules qui s’y baladent, les enfants qui jouent et certaines mamies occupées à trier et équeuter les haricots ou étendre le linge.
Au sein de cet enclos, la vie semble ralentie.Stitched Panorama

Pour partir de SanRao, les possibilités sont multiples et un peu compliquées. Nous optons donc pour le stop.
Nous sommes chanceux. Nos conducteurs ont le temps et sont ravis de nous faire visiter la région. DSCF1082Ainsi, nous nous arrêtons régulièrement en cours de route pour aller visiter ces fabuleuses maisons collectives pas touristiques pour un sou. Personne ne s’arrête jamais ici pour passer la tête à travers la massive porte.Stitched Panorama Celles d’ici sont construites en U. On les appelle d’ailleurs les maisons en fer à cheval.
Le schéma est presque identique au précédent.
Ces hauts et épais murs d’enceinte encerclent véritablement ces phalanstères chinois.
À l’intérieur, la bâtisse est partitionnée en multiples espaces d’habitation.
On trouve ainsi des pièces de vie, comme le salon, la salle à manger ou même la salle d’eau, et de petites pièces privatives comme les chambres et les cuisines de chacun.
Quelle étonnante structure !Stitched PanoramaPetite pause photo, ah et tiens, on peut aller visiter ça aussi. Et là, tu veux prendre une photo ?

Enfin, nous arrivons à MeiZhou, notre destination, à bord d’une seconde voiture-stop dont le chauffeur, trop sympa, tient absolument à nous inviter à manger. Vous aimez la nourriture du SiChuan ? Et de voir nos têtes réjouies, nous finissons dans un super resto’, d’autant que les plats relevés nous manquent un peu.
Et nous n’avons pas été déçus, nous nous sommes régalés d’un poisson-bec de canard (鸭嘴鱼-yahuiyu) à la chair super tendre (on apprendra plus tard que cette espèce est en voie d’extinction… euh…).
Mais le top dans tout ça, c’est la préparation.DSCF1133Au fond d’un gros fait-tout en bois, de brûlants cailloux sont déposés.
Le poisson, fraichement coupé (il y a des aquariums dans l’arrière-boutique), est déposé sur les cailloux qui le saisissent instantanément. On y ajoute immédiatement le bouillon de légumes, de gingembre, et d’épices en tout genre**. Et en quelques secondes, le poisson est cuit, à point.
C’est hyper bon.
On ajoute bien sûr, les beignets et autres délicatesses que notre hôte veut nous faire goûter, et nous repartons repus, avant d’être déposés dans un hôtel pour les prochains jours.

MeiZhou est en plein pays Hakka. La ville nouvelle n’a que peu d’intérêt comme c’est souvent le cas en Chine où tout se modernise et s’uniformise très rapidement.DSCF1125 DSCF1407 DSCF1126Les vieilles rues se font donc de plus en plus rares. Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF1448On déniche pourtant de belles maisons dont celle de HuangZunXiang, inconnu pour nous, mais plébiscité par les locaux pour être le précurseur de la poésie chinoise moderne. En tous cas, il avait une bien jolie maison.DSCF1356 DSCF1340 DSCF3358 DSCF1360 DSCF1368 DSCF3360

Et puis en s’éloignant un peu, la campagne verte se dévoile à nouveau.
Et parmi les rizières, ces bâtisses atypiques.
Si quelques villages sont un peu touristiques, nous réalisons que ces habitations font parties intégrantes de la culture Hakka, et donc du paysage. Et nous demeurerons les seuls à arpenter les chemins traversant les champs.DSCF1220 DSCF1137DSCF1139 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched PanoramaIci, nous sommes en présence de weilongwu 围龙屋, les maisons en fer à cheval (ou des « dragons au pied de la colline »), en plus ou moins bons états.Stitched PanoramaLa plupart d’entre elles sont astucieusement disposées au pied de colinette, utilisant ainsi la déclivité pour permettre un écoulement naturel, et toutes ont, sur le devant, un bassin dédié, on l’imagine, à la pisciculture.Stitched PanoramaDSCF3352Nous poussons la porte de nombres d’entre elles, qui ont l’air abandonnées. La mousse a repris ses droits, les canards et poules du coin s’y sont installés. Les anciens locataires ont parfois construits une nouvelle maison, plus commode.
Mais encore une fois, on retrouve une multitude de petites pièces en périphérie, alors qu’au centre se tiennent le temple et les pièces à vivre. Le partage, c’est fini et nombre de ces habitations semblent menées à disparaître.DSCF1244 Stitched Panorama DSCF1296 Stitched Panorama DSCF1262 DSCF1265 DSCF1268 Stitched Panorama

Notre séjour au vert nous fait du bien, nous profitons d’un temps magnifique avant de retourner dans la jungle urbaine de la métropole cantonaise.Stitched Panorama

Retourner à Canton ?
Mais vous y étiez déjà la semaine passée ?

Surprise !

‘* Astucieux ce pont.
Constitué partiellement d’embarcations arrimées les unes aux autres en temps normal, le pont s’escamote et autorise le trafic aux bateaux.

‘** La cuisine asiatique et chinoise en particulier est pléthorique, et aux antipodes de celle que nous consommons dans nos pays.
L’une des particularités souvent retrouvée est l’usage de piment et d’épices pour relever les plats.
En Chine (notamment dans le SiChuan et ChongQing), il y a deux mots pour décrire la sensation épicée. On dit málà, 辣 est la sensation de feu (l’« épicé » que l’on connait), tandis que 麻 est une sensation assez spéciale de picotement puisqu’elle engourdi le palais et anesthésie la langue. Cet effet est donné par le poivre de SiChuan.