Catégorie : Asie du Sud

On s’envole…

Ça y est. Nous sommes à l’aéroport. Oui, à l’aéroport. C’est aujourd’hui que nous quittons l’Inde.
On savait que, devant la difficulté pour y entrer et du fait de sa position géographique et politique, l’Inde était un cul de sac dans notre voyage. Ce qui est d’autant plus frustrant quand on décide de ne voyager que par voie terrestre ou maritime…
Mais voilà, pas la bonne période, pas la bonne direction.
On est tristes de devoir prendre cet avion, on aurait cru que cela aurait été possible de faire sans… mais on a donné plus de temps à d’autres choses qui ont aussi compté pour nous. Tristes comme si on tournait une page, comme si finalement voilà jusqu’où nous avons pu aller sans avion… et maintenant, on a le sentiment de tricher et perdre un peu en « crédibilité »…
On va persister dans cette volonté de traverser les pays et les frontières à un rythme permettant de découvrir, suivre et analyser ces continuités et discontinuités qu’il existe entre les pays, et notamment les régions frontalières. Nous qui avions pris cette habitude tranquille, on va avoir trois nouveaux tampons dans notre passeport en une semaine.

Aujourd’hui nous prenons un avion pour Séoul. Nous allons y rester 4 jours, en escale, avant de reprendre un avion pour Singapore, et poursuivre notre voyage sur la péninsule malaisienne. (c’était moins cher de faire comme ça… ainsi va le monde !)

Aujourd’hui, nous quittons l’Inde après plus de 4 mois passés ici.
Aujourd’hui, les moussons arrivent. Il a plu à Mumbai.

Ça ne peut pas être un bilan. Nous n’avons pas envie de clore ce chapitre indien.

Alors que nous franchissions la frontière avec la Birmanie, nous n’imaginions pas que l’Inde serait si multiple, si variée, si contrastée.
Nous pensions de manière bête et naïve que nous allions apprendre un peu à parler Hindi. Voir des moustachus, de la misère des rues, des couleurs, manger du curry – et les problèmes gastriques qui l’accompagnent.
Quelle erreur, quel raccourci indu et quelle fierté d’avoir voulu voir un peu plus loin, creuser plus profond.
Parce qu’en Inde, on a découvert qu’il existe plus de 5800 langues et dialectes parlés. Et bien plus encore d’ethnies et de tribus.
On a appris à dire merci. Pas de bol, c’est un assami qui nous l’a enseigné.
Et pourtant, l’anglais est inscrit sur tous les produits manufacturés, comme si elle était langue commune (statut qu’elle partage officiellement avec l’hindi), alors que la majorité du pays ne la parle pas et la lit encore moins.

L’inde est extrême. On l’apprécie autant qu’on la déteste.
L’inde est difficile.
Chaque jour est un petit combat… Contre le bruit incessant des klaxons. Contre le monde et la foule. Contre les habitudes locales qui ne sont pas les nôtres…
On a ouvert grand nos yeux, on a appris à lâcher prise pour mieux accepter, s’intéresser et s’intégrer.
On a appris la proximité, la promiscuité, parfois dérangeante. Mais on a appris l’échange.
Ici, les gens se parlent.
On s’est pris la tête, on s’est énervés, on s’est fâchés.

À la gare, lorsque pour monter dans un bus, lorsque les gens jettent leur sac par les fenêtres pour réserver la place, bataillent pour grimper et s’installer…
Car dans leur conception rustique, les gros bus indiens… n’ont pas de soute à bagages… personne n’y a pensé ? En tous cas on se retrouve à devoir charger les sacs-à-dos, les sacs de ciments, de farine et les cartons de mangues… dans le bus. Et puis, cette chaussure d’enfant, suspendue sous le parechoc avant… En aurait-on fauché un ? ou est-ce un simple grigri… ?

Avec les chauffeurs d’autorickshaw qui proposent stupidement et rébarbativement leur service comme si en 20 mètres nous changerions d’avis, comme si on ne remarquait pas la masse ovoïde jaune et noire de leur auto, et qui doublent ou triplent le prix pour les laowai.

Avec le bruit qui nous empêchent de nous entendre dans la rue.
Mais on s’est habitués à trouver le repos lors de trépidants trajets en train et bus.

On s’est habitués à cohabiter avec les vaches, les brebis, les poules et les cochons.
Mais on ne s’est pas habitués aux ordures… et aux odeurs pestilentielles de pourriture quasi incontournable, et sublimées par la chaleur de l’été.

On a décidé de visiter l’Inde en ouvrant notre cœur. Alors que nous nous promenions à Sivsagar, Rajib nous avait invités à boire un thé chez lui. Elément déclencheur, on a décidé qu’on ne vivrait pas dans la paranoïa. Et nous avons eu raison.
Nos rencontres ont été belles et amicales.

Avec Saurav, à Itanagar un matin, à la sortie d’un bus de nuit.
Avec Setu, à Shillong, à boire du Mozito.
Avec Mahindra, sur sa barque à Varanasi.
Avec Parambir et Amarbir, à Chandigarh.
Avec Mukesh à Jaisalmer.

Nous apprenons de ces rencontres. Nous apprenons sur nous-mêmes et notre société.
Le voyage ne nous change pas. Il nous pousse à devenir nous-mêmes et nous découvrir.
Qu’est-ce qu’on se pose comme questions, qu’est-ce qu’on observe, analyse, critique et admire !

Même la nourriture y est multiple.
Des montagnes de riz accompagnées de dhal dans l’extrême orient indien disparaissent au profit d’une myriade de chapati. Mais le dhal et les chutney de légumes saumurés perdurent.
On est arrivés en Inde sans cuillère, alors on a appris à manger avec les doigts pendant deux mois. Les 5 doigts, pour bien mélanger.
Et c’est comme si à chaque repas, on devait lutter contre la pression de l’éducation de nos parents, en se remémorant ON NE MANGE PAS AVEC LES DOIGTS !!
On part de l’inde, en ayant découvert qu’on y mange aussi à la cuillère, qu’il y a des McDo’, et des bars branchés.
Oui, mais nous on préfère manger avec les doigts maintenant !

Dans cette Inde si multiple, le chai a été notre fidèle compagnon. Omniprésent, prêt à nous accorder 10 min. de répit. Même assis sur une planche de bois, entourés de richshaw, de bétail, et noyés dans le brouhaha urbain chaotique, ce thé au lait épicé sera notre moment de ressourcement.
Accompagnés de fifty-fifty, de twenty-twenty, de magic mom’s, de happy-happy, de Good Days nature ou à la noix de cajou… nous avons passé 4 mois avec ces gâteaux à 5 ou 10 Rs que l’on trouve partout à travers le sous-continent.
Trempés dans le thé, on se croirait à la maison…
Cher chai, tu vas nous manquer !

Mais comment ne pas aussi se révolter face à cette société à la féodalité à peine voilée.
Les intouchables et parias qui se contentent de ce qu’ils ont, pendant que les nantis ne leur portent aucun respect.
Deux fois, on nous a demandé quelle était notre caste.
Ben nan, y’a pas de caste chez nous.
La maid à qui l’on parle comme à un chien, qui mange parfois par terre dans un coin pour pas être vue, le chauffeur à qui on ne laisse pas le temps de se réveiller, le gardien qui se satisfait de devoir être dérangé à toute heure sans sommation… et en règle générale, ce fossé social gigantesque et inconcevable en Europe.
Cela conduit à un manque de civilité entre les gens. Leur namaste est pourtant un symbole si courtois.

Et cette société pesamment masculine, aux yeux baladeurs, à la frustration puérile et aux pensées malsaines sous-jacentes.
Si les pays traversés précédemment nous avaient habitués à cette répartition déséquilibrée entre hommes et femmes dans la rue, en Inde, ce n’est pas tous les jours confortables d’être une femme étrangère.

Mais on a appris à vivre avec la curiosité des gens. Cette curiosité qui nous a parfois émus, souvent amusés, mais aussi beaucoup contrariés.

Dans la rue, nous avons eu le droit à 300 Hello par jour, lancés par la fenêtre, criés depuis un vélo par un gamin de 10 ans trop content de voir des laowai, ou simplement dit sur le pas de la porte de manière courtoise par une tripoté de mamies en pleine conversation. Ça nous fait le plus souvent plaisir, et nous sommes d’ailleurs les premiers à dodeliner du chef.
D’autres fois, c’est au tour de quelques ados un peu trop énervés par leurs testostérones ou par les vendeurs de tapis qui nous lancent de grand bonjur

Mais cette relation aux touristes est assez compliquée à accepter quotidiennement.
Et puis il y a les photos ! Dur dur de refuser une photo à une famille en vacances !
Ces groupes d’Indiens viennent pour la plupart d’endroits reculés où tout comme en Chine, on ne voit pas souvent de laowai, même à la télé’. Et quand ils viennent visiter les prestigieux sites touristiques et, quand qui plus est, ces monuments sont peu fréquentés par des étrangers, on peut être certains qu’on fera aussi partie de l’attraction.
Le phénomène n’était pas inexistant dans le Nord-Est… mais la région bien que peu touristique d’étrangers… l’était aussi d’Indiens du « mainland » !

Ohhhh ce n’est qu’une photo !
Mais cette photo ne reste pas unique dès lors qu’un autre groupe nous aperçoit.
D’autant plus que ce n’est pas qu’une photo, clic et on en parle plus.
C’est une autre, et encore une.
Juste avec Brice.
Ah non, juste avec Marion.
Que les filles.
Et puis que les garçons.
Et puis une qu’avec Marion et lui.
Et puis son pote.
Et puis son autre pote.
Et puis…

Alors, c’est sûr que le dernier mec de la journée qui demande une photo, il ne sait pas qu’on en a déjà fait 40 avant… et quand il nous dit he, picture ?… on avoue avoir moins eu la patience et le sourire pour lui répondre oui, pas de problème. Pas de bonjour, pas de au revoir, c’est pas grave… J
Car en effet, l’entrée en matière est rarement des plus courtoises, souvent rustre quand la photo n’est pas simplement maladroitement volée.
Puis les photographes, bienheureux et satisfaits, s’en vont sans gratitude… Ouch… choc des cultures ? Oui oui… mais ça fait un peu mal d’être parfois pris en photo comme un singe ou un bâtiment.

Mais c’est compliqué de dire non. Compliqué de dire qu’on n’a pas envie. Compliqué de nous refermer comme des huîtres. Compliqué d’être observés, scrutés, sondés, examinés.
Et compliqué de fuir doucement à la vue d’un groupe… et puis c’est fatigant aussi, de se sentir à la merci de tous… on en fini par ne plus prendre plaisir à visiter certains lieux. Si on s’arrête deux minutes pour prendre une photo, faire un croquis, ou juste prendre du temps pour nous… à tous les coups, la vindicte tombe.

Là de souligner cent fois cependant qu’au court de nos 4 mois en Inde, nous n’avons eu que de bonnes rencontres, jamais de problème, jamais de magouille.
Et il n’y a pas eu une journée lors de notre séjour ici sans que nous ayons loué la sympathie, la générosité, l’hospitalité, et tout cela réuni…

Et puis, l’histoire continue. On repense au Golden Temple et à sa cantine, aux papys coupeurs de têtes du Nagaland, aux femmes Apatani et au mariage de cochon, aux montagnes du Sikkim, aux nonnes bouddhistes qui nous offrent du thé au beurre, aux forts tous plus beaux  les uns que les autres, aux élégantes femmes en sari, aux sourires, aux heures poussiéreuses dans les sumo, et à celles chaudes dans les wagons de general class dans le désert, aux portes des chambres d’hôtels qui ferment avec des cadenas, à Holi et aux paons qui volent, aux buffles dans les champs, quand ce ne sont pas des dromadaires. On pense aussi aux vieux saadu édentés des berges du Gange. Dans ce pays, on peut faire réparer ses tongs, sa montre pour 10 Rs, on trouve aussi des coiffeurs, des barbiers… tous les services de proximité à chaque coin de rue, et tant pis si le vendeur de samosa n’a pas de thé, il va en chercher un chez son voisin.
L’Inde, c’est Agra, mais c’est aussi Chandigarh, Bikaner et Darjeeling.
C’est le froid glacial la nuit dans l’Arunachal (ou dans les trains climatisés), et la chaleur suffocante du Gujarat. Les femmes qui cassent les cailloux sur le bord des routes du Nagaland, les enfants qui collectent les bouteilles, les papys chétifs qui pédalent sur leur rickshaw et les grosses voitures dans les colony, les femmes sophistiquées des restau’ de Haus Khaz Village, la jeunesse dorée du SunBurn festival.
L’Inde c’est enfin le Nord-Est tribal et sauvage, le Nord si riche en patrimoine, les paysages de l’Himalaya…et les trois quarts restant du territoire que l’on n’a pas pu voir malgré le temps passé ici comme les régions Tamul, ou du Kerala, les montagnes du Cashmere, et qui ne sont qu’une nouvelle invitation au voyage… une assurance de revenir et de faire de nouvelles rencontres.
Aujourd’hui, on quitte l’Inde.
On tourne cette page de notre voyage, une page riche en enseignement sur les autres, et sur nous-mêmes. Aussi incroyable qu’éreintante.
Ce soir, on a un peu le cœur gros, une saudade de la bourlingue telle qu’on a réussi à la broder jusqu’ici sans discontinuer, aussi bien qu’une saudade de l’Inde qui nous a beaucoup ému et qu’on quitte avec un soulagement empreint de regret.

DSCF9914

Farewell parties

Nous quittons Diu non sans difficulté, car jamais rien ne se passe comme prévu en Inde. C’est un constat que nous faisons*.
Nous avions précautionneusement réservé notre billet de bus pour 7h30 le lendemain matin. Un bus direct pour Vadodara.
Mais ce dernier ne passera jamais. Il est cassé ou annulé ou… Bref, les agents de gare n’ont pas l’air bien traumatisé par cette absence de bus… Nous ça nous embête un peu.

On doit donc rejoindre Una, à 15km d’ici pour essayer d’attraper l’autre bus. Mais il n’y a pas beaucoup de voitures et à part nous faire coucou par la fenêtre, aucun chauffeur ne s’arrête pour notre prendre en stop.
Voilà.
Donc on loupera aussi le second bus puisqu’on a mis 1h30 à faire 15km…

A la gare de bus, tout est bien sûr écrit en Gujarati, et personne ne parle anglais, et après avoir passé 20min à essayer de comprendre à quelle heure est le bus, on comprendra qu’il faut d’abord rejoindre la ville « X », puis de là-bas, un autre pour Vadodara…
Et que c’est plateforme 3. Oui, mais en Gujarati, ça ressemble à quoi un 3 ?

Mais ça y est. Nous sommes installés dans un premier bus pour 6h de trajet, on comprend finalement que « X », c’est Bhavnagar et une fois là-bas, nous sautons – non sans batailler – dans le second bus pour 5h.
C’est donc épuisés que nous arrivons à Vadodara, chez François, notre hôte CS. Il est expat’ et installé ici depuis 6 mois.
Très facile à vivre le type, en plus on fait le même genre de blague, forcément, ça resserre les liens !

Nous allons passer un week-end entre potes, entre expat’, en soirées et en musique.
Nous irons tout de même visiter le Laxmi Palace.
DSCF9836 DSCF9825 DSCF9845Stitched PanoramaDSCF9849 DSCF9855

DSCF9813Stitched PanoramaDSCF9862 DSCF9865 DSCF9869 DSCF9866Nous profiterons surtout d’un repas chez ses « parents indiens », en famille, de la soirée de départ d’une autre fille avec plein d’autres expat’ sympas qui nous ont très vite adoptés**, de beaucoup de bière (pour un dry state… c’était loin d’être dry), et d’une soirée concert Sunburn, gros évènement de musique électro !IMG_20150607_200945

Voilà.
On termine ce séjour indien en grosse grosse fête !
C’est un peu notre fête de départ en somme.
Des fêtes comme on en a jamais vécues depuis le début du voyage.
Ça aussi c’était l’Inde !
* Constat confirmé jusqu’à notre trajet à Mumbai. Pour la première fois, notre billet de train n’a pas été confirmé (François nous a filé sa guigne), on doit donc trouver une alternative, et chercher nous même une place dans un autre train. Même à l’arrivée, on découvre (avec joie) qu’un métro peut nous mener à bon port !…

** On n’a pas fait de photo parce qu’on s’amusait trop… et on se sentait loin loin du reste de notre séjour indien…

Nom de Diu

A nous les nouveaux paysages de palmiers, les embruns et les noix de coco.
Après 5 heures à longer la côte, on arrive à Diu.DSCF9060 DSCF9068 DSCF9082 DSCF9089 DSCF9106

C’est sur cette petite île que nous allons poser nos sacs pour quelques jours.
Il y a encore 60 ans, Diu (avec Daman et Goa) étaient des colonies portugaises. Mais c’est seulement depuis 1961 que l’île a été rendue – au pris d’une courte et ridicule guerre entre la grande Inde et le tout petit Portugal, et Diu fait aujourd’hui partie du territoire indien… avec un status quelque peu différent.

Le Gujarat est juste de l’autre côté du pont, à 400m, mais ici, on n’est pas au Gujarat.
…on se sent presque plus en Inde.

Sur l’île de Diu vivent environ 52 000 habitants.  Il n’y a pas de building, pas de grande route.
Pas de trafic, pas de klaxon.
Il y a des oiseaux, un phare et l’océan Indien.
Il y a des marées (qu’est-ce-qu’on rigole !), des bateaux, des poissons.
Il y a des églises. Toutes blanches, toutes portugaises.
DSCF9132 DSCF9151 DSCF9158 DSCF9160 DSCF9159 DSCF9163 DSCF9165 DSCF9166 DSCF9254Et si dans le Gujarat, la communication n’était pas aisée, ici, on retrouve l’anglais (et au moins l’alphabet latin).

On arrive à l’heure de la sieste (il fait donc bien chaud sous nos sacs-à-dos… et quand on a chaud, on dégouline, comme en sortant de la piscine !). Tous les commerces sont fermés, personne dans les rues… L’héritage ibérique demeure !
On s’installe dans une petite pension familiale, où Alina, la gérante, nous parle de but en blanc en portugais à notre arrivée. Tudo bem !

Nous avons un balcon, une vue sympa sur l’église São Tomas. Les arbres flamboyants, les palmiers, et le soir, la lumière du phare, qui tourne, qui tourne…Stitched PanoramaDSCF9783On a du mal à s’imaginer encore en Inde, on est un peu désorientés… si bien, qu’en sortant de la pension, au détour d’une église, la première femme en sari rencontrée nous fera l’effet d’un électro-choc.DSCF9114

Nous poursuivons notre régime à base de mangue en quantité et beaucoup beaucoup d’eau. La chaleur est difficile à supporter, et à peine sortis de la douche, nous sommes déjà et de nouveau en nage…
Donc nous passerons ces quelques jours ici mouillés.

Mais cette petite île est paisible. Et il fait bon s’y balader. Nous pouvons marcher sereinement dans les rues, au passé colonial défraîchi, croisant quelques vaches endormies et des paons. (On a vu des paons voler: ça vole un paon !)
2~3 scooters passent… les papys papotent, les mamies… on ne sait pas trop où elles sont, les plus jeunes vont boire des coups.
DSCF9170 DSCF9224 DSCF9229 DSCF9260 DSCF9340DSCF9756 DSCF9774 DSCF9767 DSCF9778Parce que Diu n’est pas un dry state, et les insulaires en profitent bien !
Et nous aussi !
Dans un petit bar de style « repère de pirates », nous sympathisons avec le gérant (il travaille sur les gros cargos qui traversent le monde, pendant 9 mois…) et les habitués nous accueillent avec le sourire (si bien qu’on se fait vite saluer dans la rues par quelques éclopés et poivrots de Diu), profitant d’une bière bien fraîche et de quelques cacahouètes !
Wouahou, des cacahouètes et une bière !

Le fort, si fièrement installé sur le bout de l’île, fait encore aujourd’hui office de prison.
Un peu en ruine toute fois, il reste quelques vieilles chapelles surmontées d’une croix, des remparts, et le phare. Ça sent le grand large. L’Océan Indien qui s’ouvre devant nous.
La mer est calme. Quelques vagues pour donner du mouvement, de l’air qui sent bon et nous ouvrons grand nos poumons…DSCF9354 DSCF9256 DSCF9374 DSCF9368

Nous faisons donc de nombreux aller-retour. Ici, pour revoir la mer. Et puis là aussi, c’est joli.
Puis on passe de nombreuses fois par le port, où les bateaux sont sortis de l’eau pour être décaper.DSCF9187 DSCF9205 DSCF9197 DSCF9207 DSCF9218 DSCF9194 DSCF9266

Stitched PanoramaDSCF9316DSCF9877 DSCF9279 DSCF9329 DSCF9330

Un matin, nous empruntons un bus pour nous rendre de l’autre côté de l’île (à 15km), au village de Vanakbara. C’est ici qu’à lieu la criée… et le marché aux poissons.
En rejoignant le port, coincé entre deux étraves, nous arrivons face à un attroupement de femmes qui dirigent les transactions. Et on peut le dire, ça crie.
Toutes installées autour des quelques poissons posés par terre, elles discutent prix.DSCF9404 DSCF9410Stitched PanoramaDSCF9438 DSCF9419 DSCF9477 DSCF9472 DSCF9505DSCF9489 DSCF9545 DSCF9616DSCF9605

Il y a des sortes de thons et espadons – enfin, des poissons dont on ne connaît pas le nom en français… alors en hindi, des petits requins d’une trentaine de centimètres, une ou deux raies et des poissons « quelconques », des crevettes, des étrilles et des mini poissons-fritures. Et des hérons, quelques chats et corbeaux, trop heureux de glaner quelques denrées laissées sans surveillance par ces rombières.DSCF9432 DSCF9413 DSCF9452DSCF9879 DSCF9448 DSCF9531DSCF9475 DSCF9467 DSCF9537 DSCF9433C’est parti pour la négociation. En 15min, tout est remballé.DSCF9656Dans la petite halle d’à-côté, le poisson fraîchement acheté est déjà en train d’être tronçonné, encore une fois à même le sol.DSCF9652 DSCF9643 DSCF9649On remarque tout de même que la pèche est plutôt maigre.
Comme à Diu, les bateaux sont sur calles. C’est l’heure de la maintenance des esquifs. Et pour cause, le gouvernement interdit la pèche de mai à août afin de laisser les œufs des poissons en paix.DSCF9680 DSCF9668 DSCF9695 DSCF9719 DSCF9701

Ce passage par le marché est riche en couleurs et en odeurs.
Ce passage par Diu nous fait oublier  où l’on est.
Et c’est pourtant l’Inde ici aussi …

Nous profitons vraiment du calme de cet endroit. Et ça fait du bien.
C’est notre avant-dernière étape en Inde.
On repense, on réfléchit à ces 4 mois passés dans ce pays…

Mangue à tous les étages

Bon, le Rajasthan, on commence à bien comprendre.
Des beaux forts, du patrimoine à couper le souffle – et des marchands qui l’ont bien compris, et puis beaucoup de touristes indiens (ceux que nous cherchons désormais à éviter).

On aurait pu rejoindre New Delhi en une ou deux étapes rajasthani, et retrouver le confort de la maison Duvernier – au moins le temps de lire quelques BD, on y a longtemps réfléchi, le choix n’a pas été évident.
Mais voilà, après le Rajasthan, on a envie de clore notre (premier) chapitre indien sur une image de ce pays qui nous a, à plus d’une reprise, surpris et agréablement émus.
Et puis, Jaipur, Pushkar… seront toujours là quand nous reviendrons dans 2, 3 ou 10 ans…
Allons plutôt explorer quelque chose qui nous convient à l’heure actuelle, peut-être un peu plus authentique.

On a donc décidé de passer par le Gujarat pour ensuite rejoindre Mumbai.
Dans le Gujarat, il y a le ciel, le soleil et la mer… il y a aussi des petites villes où personnes ne va…sauf nous, et l’espoir d’y trouver des cultures et des paysages neufs.

On quitte donc Udaipur et le Rajasthan pour Jamnagar tout à l’Ouest de la péninsule de Saurashtra.
On a 13 heures de bus de nuit, toujours en non-AC, mais en sleeper cette fois-ci.
Un bus qu’il faut aller chercher derrière un rond-point, pas loin d’une station essence dans les faubourgs, nan pas celle-ci, celle-là  – tout ça en langage des signes et hinglish.
On roule toujours fenêtre grande ouverte (sans vomi !), et si cela permet de profiter du courant d’air pas frais, cela a l’inconvénient de nous faire subir le klaxon du bus que le chauffeur – comme tout indien – n’hésite pas à utiliser incessamment.S0088776 S0118786 S0138794Il fait donc 45°C dans le bus, il fait chaud, d’autant plus que nous sommes dans une petite boîte rien que pour nous deux.
C’est rigolo, on a l’impression d’être dans une cabane !

Mais quand le bus s’arrête à Ahmedabad (la capitale économique du Gujarat), l’air – dehors, dedans, c’est le même – doit atteindre les 1000% d’humidité… il est pourtant 02:00 du matin.
En quittant le Rajasthan pour le Gujarat, on quitte le chaud sec pour le chaud humide.
On dégouline, on pègue, beurk ! il va falloir s’habituer… d’autant plus qu’on est (peut-être !) partis pour plusieurs mois comme ça.

Il est 6h30 quand on arrive à Jamnagar.
On tourne une petite heure dans la ville endormie pour trouver un hôtel pas trop cher.
Rien n’est écrit en hindi, encore moins en anglais. On découvre un nouvel alphabet. Le gujarati.On dépose enfin nos sacs, on est si heureux de pouvoir prendre une douche.
Quand on sort se balader, il fait encore plus chaud, mais les magasins sont finalement ouverts.

Le lac, les temples… bof bof… On comprend qu’il n’y a pas grand-chose à faire dans cette ville (notamment pour les anciens collègues de Brice qui venaient y passer plusieurs mois de mission – Jamnagar possédant la plus grande raffinerie du monde).DSCF8851Et puis on dégouline, on est fatigués tant par cette nouvelle chaleur que par la fatigue de notre trajet.

Néanmoins, nous sommes ravis de retrouver ici tout ce qui nous avait manqué dans le Rajasthan.
Ce sont toutes les petites ruelles fraîches et calmes, avec de la vraie vie dedans.
Toute cette activité endémique à l’Inde avec des gamins qui jouent, des chiens errants qui errent, des petites boutiques de rien du tout, de la vie de quartier, des petits stands qui vendent du thé à 3~4 papys assis sur un banc de guingois. Des dromadaires dans la rue, des gamins qui tirent la manche de leurs parents en nous voyant passer, des étals de fruits bariolés dans des marchés cacophoniques, les sourires bienveillants et curieux des locaux.
C’est un peu ce que nous étions finalement venus chercher, et tant pis si la ville n’est pas intéressante, et que l’on boive des litres et des litres d’eau (à défaut d’autre chose : le Gujarat est un dry state, un état sans alcool), ça nous redonne du baume au cœur, et l’envie d’en voir plus.DSCF8866 DSCF8872 DSCF8873 DSCF8887

DSCF8894 DSCF8896 DSCF8913DSCF8899

DSCF8920 DSCF8924 DSCF8926 DSCF8927

On part le lendemain matin pour Junagadh.
Le vent souffle sur les campagnes, on traverse de nouveaux panoramas de campagne, des terrains cultivés alternent avec des landes sèches, et des arbres tordus par les bourrasques. On voit aussi arriver les premiers palmiers.DSCF8938 DSCF8943 DSCF8945 DSCF8961 DSCF8965Les vaches se retrouvent avec d’énormes cornes (pour ne pas être décornées ?), et sont encore en tête des charrues et des herses dans les champs.

Les paysages changent, l’Inde est définitivement multiple.

L’arrivée à Junagadh n’est cependant pas de tout repos. Les hôtels sont tous pleins ou fermés, et après une heure de va-et-vient sous une chaleur de plomb en fusion, on se rabat sur un hôtel qui sera le plus cher de notre séjour en Inde (1000Rs sans AC… on aurait pu trouver du plus pourri… mais on commence à saturer aussi). Tant pis, tant mieux.

On sort déjeuner. De nouvelles saveurs, le Gujarat nous gâte.
Au marché, les 3 quarts des fruits et légumes vendus sont des mangues. Il y en a partout, à tous les coins de rue. En carton, au kilo, en pyramide. 60Rs le kg en moyenne (0,80€) on ne s’en prive pas pour en manger à la pelle, et parfois même comme une pomme que l’on épluche et dans laquelle on plante les crocs.
Au resto’, les goûts s’adoucissent, nouveau chutney (des légumes saumurés) à la papaye et à la mangue… ça change du carotte/poivron, et puis le dhal trouve de la cannelle, et on a le droit à une velouté de mangue en dessert – même le concept de dessert était presque étranger au nord de l’Inde.DSCF9014

La ville se situe au pied de la montagne Girnar, haute de plusieurs centaines de mètres – d’autant plus surprenante que toute la péninsule est d’une planéité infinie.
Il y a plus de 10000 marches pour accéder aux différents sites de pèlerinages qui parsème le tertre jusqu’à son sommet, et sur le papier ça nous tentait grâve… puis on a vu des images de ces merveilleux chemins pas du tout ombragés, et on a senti qu’après 8h du matin il faisait 60°C à l’ombre… on s’est dit que ça sentait un peu le roussi notre idée, et on s’est vite dégonflés…

On part se balader au fort, qui ne présente que peu d’intérêt. Oui, encore un. Bouuuuhh les blasés ! C’est la fin de journée et la vue depuis le toit d’une antique mosquée est agréable.DSCF8990 DSCF8993 DSCF8992 DSCF8998 On s’y balade tranquillement, on est toujours aussi bien accueillis.
Malheureusement, on vit de moins en moins bien la curiosité indiscrète et maladive de certains touristes et locaux, et les 150 photos demandées par jour (en développement pour un futur article).
Alors quand un groupe – notamment un groupe de mâââââles – approche, on se carapate.

Tant pis, il y a d’autres choses à voir dans la ville.
Des ruelles aux couleurs passées, des maisons coloniales décrépites à l’architecture extraordinaire, un mélange de gothique et de rococo anglais tout ça à la sauce curry et à moitié laissé à l’abandon, et…DSCF8975 DSCF8983

DSCF9031 DSCF9034 DSCF9038 DSCF9039 DSCF9044…un sublime complexe mosquée / mausolée hyper extravagant !Stitched Panorama DSCF9021 DSCF9029 DSCF9027

Note pour nous – à l’accueil de notre hôtel, il y a une balance pour les clients (?!?)
Ça fait longtemps qu’on ne s’était pas pesé… et surprise !
Brice est dorénavant à 76kg (départ de Paris avec quelques 90kg sur la balance…sans le sac !)
Quant à Marion, elle se maintient a – 8kg, soit 54kg.

Ça a du bon les mangues !

Un dernier (ef)fort

Nous quittons le bleu de Jodhpur pour la ville d’Udaipur.

Elle est réputée pour y être plus fraîche que ses consœurs, grâce au grand lac en contrebas du palais.
DSCF8564Pour la rejoindre, nous choisissons un bus « assis, non AC », on voyage dans les fauteuils en bas, tandis qu’au-dessus de nous, voyage une famille allongée en sleeper. Le trajet dure 7h, nous voyageons fenêtres grandes ouvertes. Dehors le paysage défile et change. Du vert, des arbres, de la végétation font leur grand retour le long de routes vallonnées.
DSCF8308 DSCF8311 DSCF8314 DSCF8320 DSCF8354Malheureusement pour Brice, le petit garçon installé au-dessus de nous est malade. Il vomi par la fenêtre tout son curry du midi… la vitesse faisant son effet : Brice est en ligne de mire et aspergé de ce mélange épicé… miam !
Le trajet sera donc odorant, et pas des plus agréables. Et nous arrivons un peu claqués et collants à Udaipur.

Tanish, notre hôte CS, nous attend sur le toit terrasse de la vieille bicoque qu’il réserve à ses invités, en plein centre, vue imprenable sur la ville et le lac, et verre de whisky-glaçon… Pffff ça fait du bien d’être arrivés !DSCF8447 DSCF8587

Udaipur n’en demeure pas moins la ville dans laquelle on s’est le moins bien sentis.
Celle qu’on a le moins aimé.
On le répète, le Rajasthan est la région la plus touristique d’Inde. Tourisme d’occidentaux, mais tourisme d’Indiens aussi.
Et son centre-ville ne vit que de ça. On se sent un peu à Saint Mich’Mich’.
Il n’y a plus de commerce de proximité dans la vieille ville, il n’y a plus de petit resto’ pour les locaux, pas de marché, et les prix y sont plus élevés.
Il est impossible de discuter avec les gens sans qu’ils essayent de nous vendre un truc à la fin. Même le mec qui préparait les boules de pomme de terre nous explique au bout de 3 min qu’il a un rickshaw, si on veut faire une balade… La voisine de Tanish (et sa jeune fille insistante) invite ses hôtes pour un thé… et une séance de henné facturée.

C’est un peu dommage, et ça nous gâche un peu le moment.
Mais nous sommes trop bien installés, dans cette mini maison coincée au bord du lac. Et lorsque les températures de l’après-midi sont au maximum, nous profitons d’une maison fraîche pour nous y reposer.

Nous passons 3 jours à Udaipur, à arpenter la ville, ses quais, ses ruelles (et venelles !) et leurs petites maisons colorées. Sur les façades, ce n’est pas Ganesh et sa souris que nous retrouvons peints, mais des éléphants, des Maharaja à cheval, des gardiens,…
DSCF8512Stitched Panorama

DSCF8486 DSCF8570 DSCF8513 DSCF8471 DSCF8557 DSCF8559 DSCF8636 DSCF8517

DSCF8478Stitched Panorama DSCF8521

Nous nous arrêtons pour prendre un thé ici, et puis un autre là, avant d’être invités par cette famille pour en prendre encore un.
(oui, il y a tout de même des rencontres sympas ! ouf le tableau n’est pas complètement noir)
DSCF8474Nous visitons le palais de la ville, qui nous émeut moins que les précédents.
Il est, architecturalement moins travaillés qu’à Jodhpur, par exemple, plus récent et donc moins patinés.
L’histoire transpire moins à travers les sculptures et les détails des fenêtres.
Néanmoins, l’intérieur nous réserve quelques jolies surprises avec une exposition de peintures miniatures – spécialité du coin.
DSCF8530 DSCF8566DSCF8543Le soir, nous retrouvons Ewen et Anne-Lise, un couple rencontré dans le bus, pour un apéro sur les berges, observant le cours de natation des petits, face au palais et aux haveli. Ce côté-là de la ville est plus calme, plus serein. On nous « embête» un peu moins. Et nous pouvons profiter pleinement de la vue…DSCF8532Stitched Panorama

DSCF8575 DSCF8578

Le dernier jour, nous partons visiter Chittorgarh. Nous montons dans un bus gouvernemental (moins cher pour les femmes que pour les hommes… !), et c’est parti pour 2h30 de bus.
À l’arrivée, nous avalons notre déj’, traversons la vieille ville et ses rues paisibles, et filons en direction du fort posé sur une grosse crête en plein soleil, il est 13h…
DSCF8591 DSCF8607 DSCF8654 DSCF8600Quelques maisons, plusieurs palais, des restes de temples hindous et jaïns, des bassins, des tours, des jardins, … l’ensemble de l’enceinte s’étend sur 6km.
Nous la parcourons à pied, longeant un peu les murs et cherchant les coins d’ombre. Nous sommes les seuls piétons. Tous les autres touristes (que des Indiens) sont en voitures et nous klaxonnent à tout bout de champ !
Mais nous profitons. L’endroit est assez calme et nous pouvons nous perdre sur les petits sentiers.
DSCF8610 DSCF8612 DSCF8613 DSCF8616 DSCF8619 DSCF8628 DSCF8629 DSCF8695DSCF8683Nous découvrons un palais du XVe siècle puis une tour du XVIIIe. Des ruines d’un temple du XIe siècle alors que celui d’à côté date du XIXe
L’endroit est assez éclectique et nous avons un peu de mal à comprendre le lieu, sa configuration, à s’imaginer à quoi il servait, comment les gens y vivaient.
Mais la vue sur la ville et cet ensemble architectural est paisible (malgré la chaleur accablante…), telle une cité hâtivement abandonnée, comme dans un scénario de fantasy.
Ne manquent plus que l’atmosphère embrumée et le vent qui siffle pour parfaire le décor.
Un vrai coup de cœur.
DSCF8715 DSCF8660 DSCF8666 DSCF8665 DSCF8687Stitched Panorama

DSCF8710 DSCF8720Nous y passerons 4h, avant de rejoindre notre bus et nos pénates d’Udaipur…

Ça Schtroumpf

Nous poursuivons notre grande épopée à travers le Rajasthan.
On ne le redira pas tout le temps, quoi que, il y fait vraiment chaud.

Nous embarquons donc dans un train aux aurores.
En classe general , pour ne pas changer nos habitudes.
Il n’y a personne dans le wagon. Seulement de la poussière sur les sièges. Beaucoup de poussière, ce qui augure la suite de ce voyage.
Progressivement, et à chaque gare, le train va se charger de voyageurs. Les gens bataillent pour monter, nous remarquent, s’arrêtent, puis se bousculent, et s’assoient enfin. En haut, par terre, ici et là. Tout le monde époussette son siège, trouve sa place et puis tout redevient calme.
DSCF7816Dehors, c’est le désert. Il n’y a rien à observer si ce n’est 4 vaches, affalées sous l’ombre d’un minuscule arbre. Cela doit être pour cette raison que les gens nous dévisagent autant*.
C’est vrai que juste à regarder cet environnement, on le sent hostile. Parfois, des passagers descendent du train dans cette mini gare où le train s’arrête moins d’une minute. On regarde à droite, à gauche. Il n’y a pas de village. Juste un chemin qui s’enfonce on ne sait trop où…DSCF7825

Nous élaborons la même technique que lors de notre dernier chaud voyage. On débranche notre tête !
Il est 13h (après 7h de voyage) lorsque nous arrivons à Jodhpur, la ville bleue.

Vikram, notre hôte CS nous a donné des infos floues pour rejoindre sa maison, mais comme on est balaise, on s’en sort pas mal. C’est en fait Yash, son cousin, qui nous accueille. Bien bavard, peut-être même un peu trop. Mais on papote. Il est né riche Anglais, et revient « au pays » régulièrement.
L’après-midi passe tranquillement, on attend beaucoup. Vikram est un mec à la bourre.
Brice s’occupe d’aller faire réparer notre ordi’! Woué !

Allez allez, la chaleur ne nous fait pas peur ! On part se balader en ville. Bon, Vikram arrive à 10h30 pour nous emmener. Il fait carrément trop chaud. Déjà. Tant pis.
DSCF7834La vieille ville est installée au pied du fort. Les maisons sont toutes imbriquées les unes dans les autres. Les venelles se croisent et s’entremêlent. On ne sait pas trop où on va, mais on y va.

DSCF7898 DSCF8076 DSCF8119 DSCF8224DSCF7889Nous découvrons aussi la particularité de cette ville. Son bleu. Le même bleu brahmane précédemment observé à Jaisalmer. Mais ici, on le trouve partout.

La couleur n’est pas identique sur toutes les maisons et varie en une multitude de teintes.
On apprend que le bleu est plus ou moins dilué avec du blanc… Ainsi, les retouches ne sont jamais exactement de la même couleur, les variations se multiplient en un camaïeu d’azur.
Il fait chaud, alors on prend notre temps. On boit de l’eau, des litres d’eau.
On longe les murs, évitant les bouses de vaches, les restes de légumes et les chiens léthargiques.DSCF8233 DSCF8189 DSCF8095 DSCF8143 DSCF8099 DSCF8093DSCF8186 DSCF8086 DSCF8074 DSCF7869

Pris d’un élan démesuré, on s’attaque au plateau sur lequel repose le fort.
Ce fort est une vraie forteresse (contrairement à celui de Jaisalmer qui était une ville fortifiée) qui n’a jamais été prise.
Et on comprend pourquoi, Il y a plusieurs lourdes portes montés de pics contendants pour éviter les charges d’éléphants, des canons, des meurtrières, et pour parfaire le tout, le fort domine la ville de plus d’une centaine de mètres.DSCF7918 DSCF7919DSCF8060DSCF8043Tout ça pour protéger la demeure du Maharaja je-ne-sais-plus-qui.
Il est 13h. C’est tout juste LA mauvaise heure.
On part se reposer dans le parc du Mausolée de Jaswanth Thada. C’est calme, c’est très vert, il n’y a personne. C’est joli et on entend les oiseaux. Et l’ombre est parfaite pour une sieste.
DSCF7947 DSCF7953 DSCF7951 DSCF7956 DSCF7959 DSCF7969Nous enchaînons avec la visite du fort. Inclus dans le billet, nous avons le droit à un audio guide, quel luxe ! Vu le prix du billet foreigner, on en profite, on écoute tout !
À l’intérieur c’est beau ! Ils sont vraiment impressionnants de détails ces palais. On y retrouve cette dentelle de sculptures, des vitraux, des miroirs, des plafonds peints.
DSCF7977 DSCF7979 Stitched Panorama DSCF8003 DSCF7992 DSCF7988DSCF7931 DSCF7996 DSCF8006 DSCF8030Stitched Panorama DSCF8058Le lendemain, on se motive pour partir plus tôt (sans Vikram donc). Et nous réalisons une chose étonnante. Dans un pays où il fait si chaud, à 9h, tout est fermé. Tout le monde dort, il n’y a pas âme qui vive – mis à part les vaches qui continuent de fouiller dans les poubelles.DSCF8082 DSCF8201 DSCF8211DSCF7907 DSCF8100DSCF8091 DSCF8107 DSCF7881 DSCF7904Les boutiques n’ouvrent qu’à 10~11h, au plus fort de la chaleur, comme si personne n’avait jamais pensé : eh les copains ? et si on bossait aux moments les plus frais de la journée ? qu’est-ce que vous en dites ?

Donc à 9h, pas de thé dans la rue, pas de gâteau, pas de fruit, pas de boutique ouverte ni de marché.
Au moins, c’est calme.
Et doucement, toute la ville s’éveille…DSCF7882 DSCF7828 DSCF7912 DSCF8068 DSCF8166 DSCF8178 DSCF8133 DSCF8121 DSCF8113DSCF8237Le soir, nous récupérons notre ordi. Mais notre carte wifi a été échangée avec celle d’un autre client… on reste en Inde et les deux PC étant réparés au même endroit au même moment, on se dit que tous les composants ont dû être mélangés… peut être à même le sol ? (là, c’est de la mauvaise foi)

Du coup, on doit y retourner le lendemain. On reste donc un jour de plus. Tant pis.

Et pendant que Brice attendra Vikram 5 heures (vraiment en retard), Marion aidera Yash dans son projet.
L’immeuble qu’il possède et dans lequel nous sommes logés va devenir une guesthouse de backpackers de luxe d’ici quelques mois.
Il est en plein dans les travaux. Marion lui donne de multiples conseils couleurs/mobiliers/matériaux/design… Elle est contente de refaire fonctionner son cerveau, sa créativité… Elle passera une journée à améliorer son projet, lui faisant ainsi gagner un temps précieux avec tout plein de bonnes idées trop belles et intéressantes. Si tant est qu’il était prêt à tout pour nous (la) garder encore quelques mois.

La chaleur n’aide vraiment pas à ce que nous profitions pleinement de ces villes du Rajasthan, néanmoins on s’est senti bien à Jodhpur.
La veille ville est pleine de charme, il n’y a pas un touriste. Personne ne cherche à nous vendre quoique ce soit. Les gens sourient, nous saluent gracieusement, parfois de manière amusée mais toujours respectueusement, et ne se cantonnent pas à nous interpeller d’un which country depuis l’autre côté de la rue.

Et puis ce bleu… ça vibre, ça brille, c’est calme. C’est doux et tout en rondeur.
DSCF8053

 

  • la vraie raison, on la connait. Il n’y a pas de culture du loisir dans cette société des voyageurs de 2nd class. Quand on a du temps libre, on n’ouvre pas un bouquin, on ne lit pas un magazine… et de toute manière, on n’a pas de temps libre. Ce qui fait que le moindre stimulus sortant de l’ordinaire devient une attraction, un carnet de croquis, un « blanc », alors un « blanc » sortant un carnet de croquis, c’est le paroxysme !
    Bon, ce n’est pas très objectif, et surtout méchamment – et incorrectement – réducteur, et il faut bien avouer que les Indiens sont loin de vivre dans la même bulle que les usagers du train de nos contrée. Dès qu’ils sont installés à leur siège dans le train ou le bus, il ne se passe pas une minute avant qu’ils entament le dialogue. Ils sont loin d’avoir aussi peur de leur voisin de TGV.
    Et puis, c’est la même chose en Turquie, en Iran, en Chine…

 

Note 1 – On trouve parfois, au coin des rues, des Dieux représentés par des cailloux colorés et habillés. On place parfois de la nourriture dans la bouche de certain.
DSCF8089

Note 2 – En Inde, il faut faire attention où l’on gare sa moto.

(Et dire que Brice était faché quand un chien pissait sur la roue de la moto)

La traversée du désert

La journée de train est longue pour rejoindre le Rajasthan, d’autant qu’on a choisi le chemin des écoliers.

On a entendu de bonnes choses sur le Rajasthan, comme quoi à lui tout seul cet état serait plus riche en patrimoine que tout le reste de l’Inde, que les palais des Maharaja sont merveilleux, qu’on peut aller se perdre au fin fond du désert…
Mais aussi le pire : le tourisme à outrance (avec son cortège de rabatteurs), et la chaleur accablante à cette période.

Qu’à cela ne tienne, s’il fait trop chaud, on fera la sieste et il y aura moins de touristes, et puis, commençons par une petite ville, et faisons ça de manière progressive.

On bataille donc pour rejoindre Bikaner dans le Nord.
Une première heure en general pour arriver à une gare de correspondance… Et y attendre notre train, qui est dans 3h. Ah oui, mais il a aussi 2h30 de retard… DSCF7302 DSCF7310 DSCF7299 DSCF7312 DSCF7324Il n’y a qu’un train par jour qui traverse le Punjab sur une voie unique et non électrifiée. On voyage la tête à la fenêtre à scruter le paysage qui défile et se transforme perdant de la végétation au fur et à mesure que nous descendons dans le Sud. Les paysages changent, certains brûlent leurs champs, d’autres cultures sont déjà vertes, peut-être la culture du riz a déjà remplacé celle du blé par endroit. Il fait chaud. L’air est chaud, et les ventilo, qui tournent à fond, brassent… rien du tout.
Dehors, une tempête soulève de la poussière… et sans fenêtre, celle-ci s’engouffre inextricablement dans le train.DSCF7314Après 12h de voyage, on arrive au milieu de la nuit à Bikaner.
Pas marrantes les villes indiennes quand elles sont désertes, on avait pensé à réserver notre nuit d’hôtel (la première fois depuis … pfffff… la Turquie ?). Du coup, notre hôte nous attend à la gare !
Et hop !

Le lendemain, on sort affronter les rayons du soleil et la chaleur torride…
On est aux portes du désert ici.
Mais on est assez vite charmés par les petites rues de la ville, les haveli (ces bâtisses familiales vieilles de quelques siècles) et les gens sont souriants.DSCF7328 DSCF7338 DSCF7340 DSCF7349 DSCF7351 DSCF7374 DSCF7383DSCF7457 DSCF7388

Malgré nos réticences, on est plutôt bien accueillis ici
Personne ne nous attire dans sa boutique, pas d’arnaque.
Juste 200 hello et 50 what is your country par jour.
Les gens ne sont pourtant pas méchants pour un sou, et si ce ne sont quelques enfants – pas du tout insistants – réclamant des school pen – personne ne semble trop intéressé.
On nous aurait menti ?
Dommage qu’on se soit autant mis sur la défensive car on sent qu’on n’arrive pas à profiter un maximum de la gentillesse des gens… arggghhhh… c’est difficile l’Inde !

Alors que Marion faisait son croquis, un habitant nous propose de visiter sa maison. Puis, quelques instants plus tard, par la fenêtre d’une des plus belles haveli transformée en un luxueux hôtel, M. Ayub nous invite à entrer et à la rejoindre.DSCF7396 DSCF7402 DSCF7406 DSCF7409 DSCF7410 DSCF7416Sa famille est renommée dans le coin pour être peintre-décorateur de mobiliers, plafonds et murs, et miroirs…
Il nous montre son travail, nous offre l’un de ses croquis, nous fait la visite. Voilà, ça lui fait plaisir. C’est simple et spontané. Gratuit et sincère.

….pffff… et nous qui nous attendions à nous faire arnaquer à tous les coins de rue… personne – si ce ne sont quelques rickshaw – n’a essayé de nous vendre quoique ce soit…

On finit notre journée au Fort, qui ferme dans 20 min. DSCF7440 DSCF7438 DSCF7435 DSCF7432 DSCF7437La visite se fait un peu au pas de course, mais on est contents d’y être passés rapidement, parce que le lendemain, on prend le train pour relier Bikaner à Jaisalmer, et s’enfoncer bien plus loin au cœur du désert.

La voie ferrée est quasi rectiligne. DSCF7458 DSCF7462On a beau partir à 7:00 du matin, l’air qui se déverse dans le wagon par les fenêtres est poussiéreux, chaud et sec. Assis confortablement en general, le paysage défile. Un peu de végétation, pas beaucoup d’arbres, quelques brebis assoiffées, des éoliennes et panneaux solaires et puis rien.DSCF7469 DSCF7478 DSCF7485 DSCF7490 DSCF7492 DSCF7496 DSCF7500Dans les mini gares intermédiaires (parfois posées au milieu de nulle part au bout d’une piste), il n’y a pas d’eau… et on arrive à Jaisalmer, sous une chaleur accablante à 13h, secs comme des pruneaux. On se rend compte qu’on arrive à débrancher notre cerveau dans les moments comme ça. On ne lit pas, on n’écoute pas de musique, on regarde dehors ou on ne fait rien. Et ça peut durer 3 ou 4h comme ça (surtout Marion). Comme pour oublier qu’on n’a pas d’eau (enfin, un fond d’eau à 45°C chaude comme du thé !), pour oublier qu’on a chaud, pour oublier qu’on est recouvert d’une fine couche de sable, pour oublier…

Jaisalmer, c’est un château de sable, vieux de plusieurs siècles, posé au milieu du désert.DSCF7590Nous retrouvons Stella – rencontrée à Amritsar –  qui nous avait conseillé un hôte CS chez qui elle avait passé un mois.
Et on comprend, nous sommes chaleureusement accueilli par Meera, son pote Pepsi et Mukesh son « oncle » qui nous hébergera dans son super-hôtel-chambre-deluxe-jolie-propre-et-colorée.DSCF7580 DSCF7577Super sympa ce Mukesh, très ouvert, très intéressant et très intéressé par plein de choses…

On essaye de se motiver pour se balader tôt, mais alors qu’il n’est que 8h30 (et donc bien trop tard !), il fait déjà trop chaud. Tant pis, on aura chaud.
Nous partons en direction du fort. Celui de Jaisalmer est en réalité une ville fortifiée.DSCF7594 DSCF7597 IMG_8723 DSCF7792 DSCF7809À l’intérieur des remparts, les ruelles sont colorées, calmes et pleines de charme. Les maisons sont ocres et peintes du bleu brahmane (la caste supérieure). DSCF7557 DSCF7556 DSCF7592 DSCF7611 DSCF7612

DSCF7616 DSCF7620 DSCF7623Les façades des haveli en grès sont sculptées. De la dentelle, du détail, de la finesse. C’est plein de petites surprises qu’on prend plaisir à observer. Les portes des maisons sont basses, les marches font offices de bancs, les toits sont terrasses. Et ainsi, tout le monde trouve son coin d’ombre pour papoter « entre voisins ».DSCF7626 DSCF7628 DSCF7641 DSCF7636 DSCF7703 DSCF7712

DSCF7718 DSCF7719

Il n’y a personne (serait-ce ça alors la basse saison), les vendeurs des boutiques ont trop chauds…et pendant que Marion fait ses croquis, Brice papote avec l’un deux.
L’ambiance est plutôt sereine ici. Même si clairement, on sent que le tourisme doit bien être présent.

On remarque qu’ici, tout le monde est plus couvert. Il faut dire qu’on est dans le désert…
Ainsi, les femmes portent de longues jupes. Un voile est attaché à la taille et remonte pour leur cacher le visage. Ce n’est pas que pour se protéger du soleil, mais également pour se cacher des hommes. Elles sont très bijoutées, des orteils au bout du nez.
Les hommes, quant à eux, portent de longues tuniques et des pantalons amples. Un turban posé sur la tête, ça doit leur faire de l’ombre.DSCF7648DSCF7805 DSCF7693Nous découvrons également une autre particularité du Rajasthan. Il s’agit de la moustache ! Toutes plus grandes et enroulées les unes que les autres, les papys tournicotent régulièrement la leur, leur donnant un air fier de Maharaja ! (il y a d’ailleurs, une fois par l’an, l’élection de Mister Desert, et de la plus belle moustache !)

DSCF7506

Nous passons 3 jours à nous balader dans ces ruelles, figées dans le temps.
Le grès est omniprésent, donnant un aspect monochrome, lisse et doux au paysage.DSCF7662 DSCF7653 DSCF7679 DSCF7733 DSCF7775 DSCF7692 DSCF7738 DSCF7784 DSCF7756Nous profitons d’un chai avec Meer et Pepsi, de pastèques et melons à outrance, de discussions avec Mukesh, croisant quelques vaches aux coins des rues… Tranquillement…

Après ce mois dans le Punjab, rempli de rencontres, d’émotions et de réflexions, l’entrée au Rajasthan nous replace dans un circuit touristique.
Certes, c’est hyper beau, c’est riche et étonnant. On est contents de passer 3 fois de suite devant la haveli Pawaki, de contempler le fort si imposant et de s’y balader à plusieurs reprises.
Mais les échanges que l’on peut avoir avec les locaux commencent à se sentir moins sincères et « tout le monde » baragouine trois mots de français.
Et ça ne va pas aller en s’arrangeant…

 

Note 1 – On peut voir sur la plupart des façades des représentations de Ganesh (toujours accompagné d’une petite souris) ainsi qu’une date.
Elles indiquent à toute la ville un mariage récent dans la maisonnée.DSCF7698 DSCF7677

Utopia

Nous avons quitté la haveli, nos copains, les biquettes et les bons lassi, paneer, butter nan et chicken tikka. Et nous reprenons la route.

On ne va pas bien loin, on s’arrête à Amritsar, la ville sacrée du Sikhisme pour aller visiter le Golden Temple.
C’est ici que se trouve les reliques du guru number 5, un des dix guru fondateurs du Sikhisme.
C’est ici que, quotidiennement, des milliers de pèlerins viennent se recueillir et les visiteurs déambuler dans l’immense enceinte du temple.DSCF6857On ne s’embête pas à chercher un hôtel dans la ville bruyante et chaotique : on préfère aller directement loger au temple, dans les dortoirs proposés aux pèlerins et voyageurs de passage, indiens ou étrangers.

Ces derniers ont toutefois droit à un dortoir isolé des « masses » alors que les Indiens ont leur propres quartiers ou dorment à même le sol dans la cour.
DSCF7261Comme souvent, on reçoit un accueil plein de respect, de chaleur, et de générosité désintéressée de la part des Sikhs qui tiennent le dortoir et nous font la visite de nos sommaires appartements.
C’est l’occasion pour nous de rencontrer Francis, un vieux crapahuteur pas con du tout, qui en est à sa énième visite du temple (et de l’Inde) et partagera volontiers ses connaissances et expériences avec nous.

Nos ballots posés, on file en direction du Temple.
Pas besoin de se chausser, tout le monde marche pieds nus, dans le Temple, dans le réfectoire, dans les toilettes (nous n’en avons jamais vu de si propres depuis…), dans les cuisines… et parfois on ne sait plus très bien si on est dans la rue ou pas.
C’est donc pieds nus que nous passerons nos deux journées ici.
DSCF7197Comme on l’avait expliqué lors de notre passage à Chandigarh, les Sikhs se couvrent les cheveux.
Par conséquent, Marion se voile et Brice s’enturbanne.
Un passage par le pédiluve… heureusement que l’eau n’est pas stagnante, vu le nombre de pieds qui y passent !

Et nous y voilà.
Face à nous, le Temple d’Or nous apparait, bouton d’or flottant au milieu du bassin de Nectar (qui a donné son nom à la ville d’Amritsar) et encerclé de bâtiments d’un blanc laiteux.
DSCF7282Il n’est pas très gros ni très imposant, mais nous sommes émus de le découvrir enfin en « vrai ».
Car, c’est celui que l’on voyait à la télé, chez les parents de Parambir et Amarbir !

Il est doré et blanc de marbre à sa base. Il y a 4 ouvertures, sur les 4 côtés.
Le reste du site est parfaitement blanc et isolé du chaos bruyant de la ville*.

Nous déambulons sur le pourtour du bassin décoré d’une superbe marqueterie de marbre et de pierre.
Nous ne sommes pas les seuls : des milliers de visiteurs évoluent autour du temple, comme autant de tâches de couleur dans ce monde immaculé.
Les femmes habillées en sari, des hommes aux turbans si proprement enroulés.
Les voiles volent au vent, le drapeau orange y flotte, et les murs blancs sont une toile opaline à ce flot de couleur.
DSCF6810 DSCF6984 DSCF7157 DSCF6854 DSCF7147 DSCF7165DSCF7137Les Sikhs orthodoxes ressemblent à des chevaliers d’un autre temps.
Les hommes sont habillés de bleu, dague à la ceinture. Les femmes enturbannent aussi leurs cheveux dans une coiffure leur faisant une tête conique qui n’en demeure pas moins élégante.DSCF7160 DSCF6838 DSCF7204Au son d’une musique lancinante, omniprésente mais apaisante, le site nous baigne dans une atmosphère de quiétude.
Certains se réfugient sous les arcades pour se protéger du soleil cuisant, d’autres y dorment.

DSCF7284Stitched PanoramaEnfin, quelques fidèles se baignent dans le bassin de Nectar dont les eaux sont, selon la légende, curatives.
Et comme dans le Gange, les gens y font leurs ablutions et boivent quelques gorgés de cette eau sacrée… mais ici, tout est plus propre (il faut souligner que les Sikhs ont globalement plus la classe que les Hindous).

DSCF6892 DSCF6982 DSCF7169 DSCF6881 DSCF6878

Un gros orage nous surprendra dans l’après-midi, le complexe se vide, le sol devient glissant.
Mais une fois le retour du beau temps, tout le monde aide à drainer les allées, replacer les tapis.
De même, les travaux de rénovation (que cela soit pour réparer des lourdes stigmates des tirs de l’armée indienne en 84*, ou pour l’entretien de routine) sont en grande partie réalisés par des bénévoles, et financés exclusivement par la communauté sikh*.DSCF6997 DSCF7016

La journée avance, le temps s’écoule et la lumière de fin de journée enflamme le temple de mille éclats.
DSCF7155 IMG_8712DSCF7168 DSCF7140DSCF7185 DSCF7152On passe notre soirée installée sur les marches bordant le bassin.
C’est serein ici.DSCF7206 DSCF7220 DSCF7238 DSCF7230

La journée au temple prend fin avec, vers 22h30, le « coucher » du livre sacré.
Le livre qu’on voyait à la télé, et dont les textes sont récités tout au long de la journée dans une litanie laconique, se trouve au premier étage du temple.
Un groupe d’hommes, tous de blanc vêtus portent un palanquin, décoré d’or et parfumé de fleurs.
DSCF7266 DSCF7268Ils traversent la passerelle pour aller chercher le gros Livre des Sikhs et le rapporter sur la terre ferme, dans un lit (!) au premier étage du parlement sikh au pied du pont, avant de définitivement fermer les portes accédant au temple pour la nuit.
…et nous, nous allons retrouver notre sommaire dortoir.

Plus que dans d’autres religions, un des piliers de la communauté sikh est l’égalité entre les gens, sans distinction de religion, sexe, couleur, caste, âge, …
Et enfin, on ne sait pas comment appeler ça, mais ici, tout est gratuit. L’argent, la rémunération… cela n’existe plus. Et puis tout est étudié pour aller dans le sens du groupe. Free litterature, free shuttle, free kitchen, free dormitory…
On loge des milliers de personnes, on sert environ 100 000 repas par jour.
Toutes les tâches sont effectuées par des bénévoles, des gens qui donnent entre quelques dizaines de minutes et plusieurs heures de leur journée à cette communauté. Pas seulement des Sikhs, mais aussi toute personne touchée par cette religion ou, moins ésotériquement et de manière plus élémentaire, par cette société orienté vers le partage.
Les riches, les pauvres, les hommes, les femmes, les vieux, les jeunes, les roux, les gens sains ou handicapés… tout le monde est traité sur un pied d’égalité (sur le papier du moins).

Aux heures de repas, on découvre ainsi la partie « cantine » du Temple.
Une immmmmmense cuisine est installée ici. Et tout y est démesuré. Des stands pour peler les oignons et piments, aux marmites de 500 l. pour faire cuire le dhal. Du feu qu’il faut attiser pour faire bouillir les litres de thé à la machine à roti en débitant plusieurs centaines de milliers par jours. Des stocks de pommes de terre au stand « vaisselle ».
C’est astronomique.Stitched Panorama DSCF7111 Stitched Panorama DSCF7104 Stitched Panorama DSCF7084 DSCF7089 DSCF7093DSCF6975Nous sommes ici pour deux jours, et nous baladerons dans l’antre des cuisines.

Et pour aller manger, ça marche si simplement.
On nous distribue un plateau, une cuillère et une bolinette. Puis nous montons quelques marches.
Stitched Panorama Les portes s’ouvrent. Au sol, de longues bandes de tapis sont posées. Et tout le monde s’assoit, aligné en tailleur. Par terre, nous déposons notre assiette.
Puis rapidement, la danse des serveurs s’amorce. Le dhal, le kir (riz au lait à la coco), les sabji sont servis à la louche depuis le seau, et déposés dans l’assiette.
Nous tendons les deux mains pour récupérer les roti.
Un chariot verse l’eau dans les bolinettes.
Les serveurs effectuent plusieurs aller-retour, pour être sûrs que tout le monde est rassasié.
Et au bout d’une quinzaine de minutes le repas est fini (en Inde le repas est loin d’être un moment convivial), chacun se lève, récupère son assiette, sa cuillère, sa bolinette, et sort de la salle.
Une prochaine « tournée » d’affamés attend. Et les grandes raclettes commencent un nettoyage rapide et efficace du sol.DSCF6897 Stitched Panorama DSCF6918Stitched PanoramaAlors que nous sommes à peine sortis, la pièce se re-remplit. Les gens s’assoient en tailleur, et le service reprend.

Et ça, toute la journée, tous les jours. De 8h à minuit.

On donne nos couverts sales, les cuillères d’un côté, les assiettes de l’autre. Puis tout part en vaisselle, dans d’immenses bacs, alignés. Chacun peut venir aider. Et après 6 lavages/rinçages, ils sont prêts à être distribués.DSCF6967On finit notre repas par un traditionnel chai. Une nouvelle bolinette que l’on remplit dans d’énorme bac de thé au lait et on se rassoit par terre, en tailleur.
Les gens nous regardent un peu. Il n’y a pas beaucoup de laowai¸ et l’ambiance est plutôt agréable, chaleureuse et bienveillante.

Dernier point intéressant : comme ici tout est gratuit, l’argent n’est nullement nécessaire au sein du complexe (si ce n’est pour quelques petites offrandes) ; ainsi, pour prévenir tout vol, une banque se situe à l’entrée des dortoirs.
Chacun donne l’argent qu’il a en sa possession, son nom et la somme sont écrits dans un grand registre.
Il lui suffira de venir réclamer son argent et sa bourse à son départ.
On vit clairement dans un autre monde.

Après ces quelques jours à la haveli et ce passage par le Golden Temple, notre tête est remplie de questions… Nous avons passé tellement de temps à observer ces vies, des moments de partage, de bonté.

C’est déroutant cette générosité, cette confiance, cette simplicité des relations aux autres quand on évince le sens de la propriété.
On est perplexes et émus. Oui, encore…
Cette cantine pour tout le monde, c’est tellement fou !
On s’est sentis déconnectés du monde, et de ses soucis. À se demander quelles sont les limites d’un tel système ? Jusqu’à quelle échelle cela peut-il encore fonctionner, une ville ? un pays ?

Toutes ces questions résonnent encore dans nos têtes alors que nous redescendons tranquillement sur terre… dans le bus du temple envahi du chant des fidèles qui nous emmène gratuitement à la gare.

DSCF7134

  • Massacre du Temple d’Or :
    En résumé.
    En 1984, une poignée d’insurgés se réfugie dans le temple d’or.
    Le gouvernement les accuse de cacher des armes dans le complexe.
    L’armée est envoyée, tous les immeubles autour du temple sont rasés pour laisser le champ libre aux snipers et au char.
    Des sommations auraient été lancées par l’armée pour demander aux fidèles de quitter les lieux. Or, l’isolation du bruit de la ville est tel que les personnes à l’intérieur n’auraient pas entendus les injonctions des soldats, dont les tanks sont entrés jusqu’au bord du lac sacré. Nombreux bâtiments portent encore les séquelles de ce coup de force, et sont encore en réparation.
    Et pour cause, l’Etat central a bien proposé de payer pour les travaux, mais la communauté sikh aurait préféré se débrouiller seule.
    En parallèle, plusieurs centaines de personnes sont mortes dans l’assaut, et s’en sont suivis de tristes et sanglants massacres de Sikhs à travers le pays… menant à l’assassinat d’Indira Gandhi.

J’en ai de plus grosses que Toi

Après autorisation accordée naturellement pas notre hôte, nous sommes libérés de nos tâches quotidiennes pour l’après-midi.

Le mardi, c’est un jour un peu mort, on en profite pour aller voir ce qu’il se passe à la frontière indo-pakistanaise à Attari-Wagah.
On entendait des choses assez spéciales concernant cette frontière, mais on était loin de se douter de la réalité.

Le contexte : l’Inde et le Pakistan ne s’aiment pas trop, et ceux depuis que les British sont partis en découpant n’importe comment les frontières. Les relations sont toujours aussi tendues, les deux pays sont encore en guerre, et la haine se ressent – en tout cas du côté indien. Une vraie haine avec des vrais messages haineux et intolérants ou y’a pas de tolérance… et pourtant…
…et pourtant, de part et d’autre de cette frontière, les gens sont Punjabi.
À une échelle un peu plus large, les langues parlées sont assez similaires, ils ont une histoire relativement commune… enfin… ils sont loin d’être aussi différents qu’un Anglais et un Français ou un Allemand.

Sauf que quand s’invite le discours politique, rien ne va plus.
Bref, à cette frontière, il y a tous les soirs, à la tombée de la nuit,  une petite cérémonie de « fermeture de la frontière » et « descente des drapeaux »…
On s’attendait bien à ce que ça soit plein de messages nationalistes et tout et tout, mais en se renseignant, ça a l’air tout de même intéressant à voir.
Et ça l’est.

On est donc déposé à 1 km de la frontière.DSCF6400Au parking, des buvettes, des stands de bouffes, tout est fait pour satisfaire la masse de visiteurs – car on y vient en masse profiter du spectacle (jusqu’à 20000 visiteurs les jours de week-end).

La foule s’agglutine sur les derniers 200m de la route avant la lourde porte peinte en orange, blanche et verte. On commande du pop-corn, on boit du Coca, on se prête ses fanions, sa casquette, son t-shirt, on se fait peindre le bras, le visage aux couleurs du pays… Les gradins sont combles.
Des milliers de personnes sont là… du côté indien.
Du côté pakistanais, il ne doit pas y avoir plus de 200 personnes, séparées entre hommes et femmes… sont-ils moins chauvins ? Moins adeptes de spectacles peut être ? En tout cas, le stade est plus petit.DSCF6410 DSCF6411Mais de part et d’autre, les haut-parleurs crachent de la musique et des slogans.
On invite les femmes à venir danser sur la route.
Serait-ce un pied de nez aux femmes pakistanaises « moins libres » de l’autre côté de la barrière ?DSCF6429DSCF6442En tous cas, c’est bien la première fois que l’on voit des femmes danser en Inde – toujours des groupes d’hommes sinon – et ces derniers sont gardés à distance. Il ne faut pas montrer à l’ennemi que le fier défenseur indien perd ses moyens dès qu’il est devant une femme.
Les femmes sont aussi invitées à courir un drapeau à la main jusqu’à la porte.
DSCF6421 DSCF6423Ça amuse tout le monde, et tant pis si on comprend plus trop le message, de toute manière, en face ils ne nous aiment déjà pas, alors si ça les froisse un peu plus…

Devant un tel spectacle, il est très facile d’oublier où nous sommes et le contexte dans lequel on est.
DSCF6431Quelques jeunes étrangers sont venus « légèrement » voir la cérémonie. Ceux-la même qui doivent se dire pacifistes, et que « la guerre c’est mal ». Ils rient, ils se disent que c’est bien, que c’est beau, que c’est sympa de danser. Ils répètent les slogans et applaudissent les clameurs de la foules, tant pis si ils ne comprennent pas le message, on est en Inde : soyons Indiens quelques instants, on rapportera ce beau souvenir.
(d’un côté on crie Hindustan Zindabat quand en même temps, on entend Pakistan Zindabat 100m plus à l’ouest).

Difficile donc de ne pas perdre le sens des réalités face à cette débauche de show.
Car la réalité, c’est qu’on est bien à une frontière stratégique. Des posters étalent la bravoure des soldats de la frontière, les martyrs… Les téléphones sont brouillés, on passe à travers 4 ou 5 contrôles militaires où nous sommes précautionneusement fouillés (quelques semaines plus tôt, 60 personnes auraient été tués sur les gradins par un fou), des snipers quadrillent la zone, pointant leurs canons chez le voisin.DSCF6404 DSCF6406 DSCF6409DSCF6416

Mais la foule est en liesse, les esprits sont chauffés à blanc, la cérémonie peut enfin démarrer.
DSCF6446On voit alors des groupes de soldats se diriger d’un pas vif vers la porte.
Des hommes des femmes, aux pas synchronisés et rapides, le pied haut, le talon qui claque pour montrer qu’on y va, qu’on n’a pas peur. Tout ça accompagné d’une musique martiale, sous les hourras des fiers patriotes. Tout le monde devient va-t-en-guerre de chaque côté de la barrière.
DSCF6447On est loin du peace and love.
Et une fois arrivé devant la grille, on monte haut le pied, à s’en claquer le genou, on bombe le torse on montre ses muscles. C’est à celui qui a les plus grosses.DSCF6452

Donc autant le dire, nous n’avons pas aimé.
On n’est pas mécontents d’être venus non plus : c’est ultra intéressant, si étrange à vivre… et tellement éducatif.
La communauté européenne, Shengen, Erasmus… tout ça n’aurait jamais pu se faire si nous étions restés à propager des messages de provocation, ou de haine envers nos voisins (parce que là, on a dépassé le niveau des blagues belges), si on n’avait pas réussi à pardonner, ou simplement à mûrir un peu. On est tristes, on se dit qu’ils n’ont rien compris, que ça s’arrangera pas, que les politiques ne font aucun effort pour que ça aille mieux…
On a passé la cérémonie les larmes aux yeux, dégoutés de l’Homme. Ce spectacle, c’est un peu la mise en scène de tout ce pourquoi les gens se disputent dans le monde, les frontières, les différences, les religions…

À moins que nous n’ayons perçu ce spectacle qu’au premier degré… et qu’on n’ait pas réussi à y lire un autre message plus léger, ça nous a laissé un goût amer dans la bouche…

Vis ma vie de Népalais

Prologue :
Après plus d’un mois sans batterie dans l’ordinateur, Windows se réveille au prix de nombreux déboires.
Le chargeur était foutu, il a fallu ressouder la prise sur la carte mère, le type qui a fait tout ça à remplacer notre carte wifi par celle pourri d’un autre client chez qui il a fallu refaire l’échange…bref…
Le 23 Mai à 13h42 IST : l’ordinateur se rallume enfin !


Ça sera une première.
On décide de tenter un volontariat. Oui, on est un peu fatigués, il commence à faire chaud, et on se dit que ça sera toujours une expérience sympa.

Mais ce n’est jamais bien facile de choisir une mission de volontariat. Ethiquement, on a un peu mauvaise conscience de voler le travail des locaux, et puis la plupart des jobs, sont souvent de récurer les toilettes dans des auberges de jeunesse en devenir.
Et comme nous, les méga-coloc’-d’étrangers-trop-cools ça ne nous branche pas trop (à moins que ce ne soient les cuvettes de WC ?), notre choix se restreint comme peau de chagrin.
On trouve finalement une petite perle aux abords d’Amritsar, haut lieu du Sikhisme.
Les quelques retour d’expérience sont ultra positifs, et ça tombe bien, c’est tout pile sur notre chemin dis donc !
L’endroit est une sorte de resort / ferme / hôtel / piscines.DSCF6690

Il y a tous les soirs un spectacle de danse punjabi, les gens viennent manger et profiter d’une balade à cheval, faire une photo avec la biquette et ses petits, s’installer dans le jardin, et observer les danseurs (pas toujours très synchro !), le tout dans une atmosphère agréable d’une haveli à la campagne.DSCF6688 DSCF6497

Voilà.
Nous passerons les 12 prochains jours dans ce cadre. À une dizaine de kilomètres d’Amritsar, entourés de champs de blé, de buffles, de petits villages un peu délabrés, au bout d’une route.DSCF6807 DSCF6560 DSCF6556 DSCF6544 DSCF6526 DSCF6540 DSCF6533 DSCF6350Un endroit calme et serein pour encaisser un peu plus aisément les températures qui ne cessent d’augmenter à cette période.

Et le meilleur dans tout ça, c’est d’avoir vécu 12 jours avec le staff du site.
Car le patron (notre hôte) on ne le voit pas souvent, si ce n’est jamais.DSCF6337Eux, ils sont tous Népalais.
Ils ont quittés leur famille pour venir travailler ici, et leurs offrir une vie meilleure.DSCF7062

Il y a Bhawan « Kash-Kash », il a 13 ans. Lui il s’occupe de la vaisselle.DSCF7033Juste à côté, se trouvent Krishna et Himal « Bandre », 18 et 21 ans, les chefs tandoor (ce four vertical en terre cuite et dont le fond est constamment tapissé de braises).DSCF6742 DSCF6472C’est avec ces trois-là que l’on passera le plus clair de notre temps.

En cuisine, Santos, Motiram, Ramlal et le « Chef » Lachman.
DSCF6753 DSCF6752 DSCF6737 DSCF6779Et au service, c’est avec Gri « lal » et Madhav que nous papotons également.DSCF6650 DSCF6644Et puis Prakash « Captain », le manager.DSCF7072

Ils parlent plus ou moins anglais. Plutôt moins d’ailleurs. Les lire, c’est vraiment pas facile (ce qu’on fait sur Facebook depuis qu’on les a quittés).
Mais on s’adapte. Ok, god, sem sem… = ok, good, same same !
Et quand on demande « et ça, ça se dit comment ? », on a une réponse en népali, ce qui ne nous aide pas beaucoup pour progresser en hindi, mais bon… !

Parfois, Richma, nous traduit en hindi… Ah non, c’est en punjabi en fait.DSCF6376Et quand tout le monde est installé derrière la cuisine, à l’extérieur pour le thé du matin, il y a aussi Bhiro et cette jeune fille, qui ne parle ni népali, ni hindi, ni english. Juste punjabi.
Et parce qu’elle n’est jamais allée plus loin que son village, elle découvre avec nous qu’il y a des gens qui ne peuvent la comprendre ; et nous découvrons qu’il existe des personnes qui n’ont aucune notion de comment communiquer avec un étranger : la langue des signes, les dessins… elle n’est pas du tout réceptive (10000 fois pire qu’en Chine).
DSCF6767DSCF6770 DSCF6482DSCF6657En même temps, à quoi bon, elle n’a jamais eu à se confronter à cette situation, et restera certainement toute sa vie dans son village. Et on n’est pourtant pas au fin fond du Nagaland, mais à 10 km d’Amristar.
Je pense qu’elle ne comprend pas qu’on ne la comprend pas…
Finalement, on découvre qu’ici, chacun à sa langue. Et chacun essaye de traduire avec ses 3 mots de punjabi ou hindi ou bihari (bah oui, les peintres ne sont pas du coin… !)…

Bref, ça donne un assez chouette mélange. On y ajoute une petite dose de français, et la magie de la communication fait effet !

On se rend compte aussi que l’école obligatoire, ça a vraiment du bon.
Nos Népalais nous demandent « et c’est quoi ton pays ? » on leur dit qu’on habite en France. « Ah… et c’est quoi ton village ? », on leur qu’on est à Paris. « Ah… et c’est grand comme village ? »
Ben oui, ils ne savent pas où c’est, si c’est gros ou pas… *
Et l’un des peintres ressemble comme deux gouttes d’eau à Einstein, Brice tentera de leur expliquer… mais peine perdu, aucun d’eux ne connait (et « normal » : à leur yeux « pour quoi faire ? »)
Krishna demande l’heure à Brice, qui lui tend son poignet « oh nan nan ! je sais pas lire ça ! »
Ok, alors regarde comment ça marche, y’a la grande aiguille, et la petite… et quand ils doivent rendre leur compte le jour de paie, leurs échanges ont l’air tout sauf efficaces, on se dit que ça ne doit pas aller bien loin au niveau des notions mathématiques.
Ça nous ouvre encore plus les yeux. Et ces moments partagés et vécus, si simple et si « primaire », sont pourtant si riches d’enseignement (pour nous !).
D’ailleurs, jour de paie, ils sont fiers comme Artaban : ils tiennent à montrer qu’ils ont gagné des sous**, et ça nous ramène à la réalité, celle qui pousse tous les migrants du monde entier à quitter parents, femmes et enfants pour s’expatrier.DSCF6616 DSCF6630 DSCF6621Ils ont beau être ignorants, ils ont tous le courage (la pression aussi bien sûr !) de traverser les frontières et les montagnes dans l’espoir d’un avenir meilleur.
Car pour eux, no money = no life, et tous les deux, on se sentait drôlement cons avec « l’argent ne fait pas le bonheur ».
Kash Kash, le plus jeune, n’a que 13 ans, il est là depuis près de 6 mois. Madhav est marié depuis 20 ans, mais en Inde depuis 25. Et au Népal, des enfants grandissent sans papa à la maison. Pareil pour Gri, qui reste humblement fier de son fils qui est ingénieur en Malaisie.
La vie ici n’en demeure tout de même pas tendre avec eux, et ils partagent leur intimité avec Kash Kash, Bandre, Krishna et Motiram dans une chambre de 15 m² avec les paillasses installées côte à côte et au bout du lit, leurs quelques effets.
Et nous avons un peu honte d’être dans une pièce de 25 m² avec de l’eau chaude et de la clim’.
Mais c’est comme ça.

Nos journées sont plutôt bien remplies avec de longues périodes d’inaction, notamment entre 14h et 17h où l’on bouquine et on sieste.DSCF6513DSCF6575 DSCF6587Le contrat de « workaway » est théoriquement de ne travailler que 20 heures par semaine avec deux jours off. Mais nous ne sommes pas trop du genre à compter, et si nous sommes là, c’est aussi pour vivre un peu la vie de nos Népalais.
Néanmoins, la journée ne commence pas bien tôt, et à 9h~10h, au réveil, nous avons droit à un traditionnel chai, avec le lait de la vache, frais du matin.DSCF6786 DSCF6781 DSCF6784Et puis tout le monde se met doucement en route. Avec Bhawan, on s’installe pour essuyer les 3000 verres, 200 assiettes, 5000 couverts et plats de la veille…DSCF6456 DSCF6502

Parce qu’en arrivant le matin, les deux femmes qui s’occupent de la vaisselle découvrent la plupart du temps, un immense tas… et c’est parti pour 2 ou 3h de plonge, assise par terre, entourés de restes de légumes, de mouches mortes et d’eau dégeu…
Ouais, c’est pas marrant pour tout le monde.

Il faut dire qu’il fait tellement chaud, qu’un évènement surnaturel se passe ici : les mouches deviennent folles et subitement meurent.
Par centaines, par milliers. Par terre, sur les tables, les chaises.
Même les grenouilles, le soir, n’ont plus besoin de sauter pour se nourrir… !
Nous on récupère la vaisselle propre, mais à sécher, et on s’occupe également de retirer les quelques mouches mortes !
Bon, c’est pas hyper marrant non plus comme boulot, mais on passe du bon temps avec Bhawan, on « papote », pendant que Himal et Krishna démarre le tandoor pour les kulcha du petit dej’ (sorte de roti (pain plat) fourrée aux herbes, pomme de terre, ail, oignons, …) You hungry ? nous demande Kash Kash, s’en suit une grosse ration de dhal paneer ou de curd suivant notre humeur pour bien se remplir la panse.
Quelques petites souris partagent le débarras à vaisselle avec nous, et nous les nourrissons avec de petits morceaux de pomme de terre ou de roti.
On découvre aussi que même dans les cuisines d’un resto’ un peu classe, on trouve aussi des cafards, certains longs comme un petit doigt.
Et alors qu’on essuie la vaisselle, on nous dit de nous arrêter. C’est l’heure du chai. Oui, encore !

Cela n’empêche qu’on profite de la bonne nourriture du chef, qui prend un certain plaisir à tout nous faire goûter à chacune de nos traversées en cuisine.
Lorsque les clients ont finis leurs petits dej’, on récupère les restes. Lassi, fruits, yaourt (curd).
Même le soir, quand on débarrasse, les restes sont mis de côté.
Et si c’est un buffet qui est prévu pour un groupe, nous savons tous qu’en fin de service, nous aurons droit à un festin, et tout le monde s’en lèche les babines.
(le summum est atteint quand il y a des restes de Coca, de Fanta ou de ThumsUp, tout le monde se jette dessus comme des enfants)
Donc on grignote toute la journée !

Notre boulot, c’est aussi de rendre les choses pratiques. De faire de l’organisation, du lean management! On essaye de rendre les choses plus rapides et parfois plus réfléchies, pour aussi en faire moins.
Brice essaie d’optimiser les mouvements… sachant que tous les soirs, on doit mettre tables, chaises, surchaises, nappes et surnappes***. Que tout ça prend du temps. Alors autant rendre les choses logiques ! Ça fonctionne un peu. Pas dit que ça reste très longtemps. Mais on y croit !

Il y a aussi 2 grosses piscines, dans lesquelles viennent s’amuser des groupes de jeunes mâles lors des après-midi de forte chaleur.DSCF6566Que des mecs, toujours ! Ils sont insistants, photo photo photo, une fille et ils n’en peuvent plus.****
Cette ambiance exclusivement masculine est un peu pesante… Et surtout dérangeante ! Et on retire Marion du service…
Pourquoi les femmes ne viennent pas s’amuser aussi à la piscine ! il fait 40°… !

Mais lorsqu’il n’y a personne dans l’eau (souvent le soir), on part s’amuser dans la piscine avec nos copains népalais.
Certains ont peur de l’eau, alors que d’autres « savent » nager. Enfin,…ils savent « ne pas couler », et on se lance alors dans des cours de brasse, respiration et apnée en bain de minuit tout habillé pour Marion bien sûr… !DSCF6563 DSCF6565

On aide aussi tous les soirs plus ou moins au service. DSCF6780DSCF6514 DSCF6660DSCF7047 DSCF6802 DSCF6362Et quand c’est « moins », on aide au tandoor Brice à faire les brochettes de paneer ou chicken tikka et Marion à préparer les roti.DSCF8561Sinon, on nettoie la piscine, on remplit les bouteilles d’eau*****, on range les placards…DSCF6522DSCF6803 DSCF6491

Bon, et puis après 12 jours, on décide de reprendre la route.
Pour notre avant-dernière soirée, Madhav avait acheté un poulet qu’il a fait préparer par le chef.
On s’est installé tous les 3 dans le débarras, avec un verre de whisky et quelques glaçons.
Pas de fioriture, pas de présentation ni de blabla.
C’est le simple plaisir de partager. Il est content de nous faire ce cadeau, et nous sommes émus de cette attention.
On sait combien lui coûte ce poulet…

Et pour finir sur la même lancée (et après un faux départ d’un jour), on nous offre de nouveau un poulet le dernier soir !
Sans Veg Cripsy, mais avec Whisky et Fanta, c’est la fête!
DSCF7025 DSCF7045 DSCF7061 DSCF7064

Le départ est difficile.
Ça fait 6 mois ou 25 ans qu’ils sont en Inde, ils sont papa, vieux, jeunes, grands-parents, ado, amoureux ou futurs papa…DSCF6611 DSCF6384Notre cœur s’est encore une fois grand ouvert.
C’était une chouette expérience. Une petite leçon de vie, d’échanges et de partage.
On quitte des gens qui nous ont beaucoup offert et appris, alors qu’ils n’ont pas grand-chose et ne savent pas grand chose…
* Ils viennent des mêmes villages, minuscules hameaux accrochés aux montagnes himalayennes et ils sont fiers de nous montrer les quelques photos qu’ils ont.

DSCF6758On sera rassurés de savoir que tout va bien : familles, maisons, amis. Le tremblement de terre n’a pas eu d’impact chez eux.
Nous étions là lors du second séisme, les voyant tous recharger leur téléphone pour appeler le Népal…
Difficile pour eux d’être loin. Et heureusement encore, quelques fissures dans l’une des maisons, mais rien de grave sinon…

** Ici, nos amis ne gagnent pas beaucoup plus en Inde qu’au Népal (une quinzaine de % en plus si on comprend bien) ; mais ici, ils sont nourris et logés.
Ainsi, Bhawan, à la vaisselle – et en petite main – gagne 3000 Rs / mois
Nos deux copains Krishna et Himal au tandoor sont à 5000 Rs / mois
Gri et Madhav au service sont à 8000~9000 Rs / mois
Prakash en manager pointe à 12000 Rs / mois
Alors qu’en cuisine le Chef est à 15000 Rs / mois (et pourtant, il en glandait pas une, et il finissait souvent ses soirées bourré… C’est peut-être le privilège d’être chef !)

*** Le soir, à la fin du service, les nappes dégueux sont repliées, et on s’en ressert tous les jours. Pas deux ou trois fois, tous les jours. Si vraiment il y a trop de ketchup ou de green sauce des deux côtés, alors seulement on l’envoie au nettoyage… on a vu ça deux fois pendant notre séjour. Sinon, les sous nappes humides sont rangées telles qu’elles en boule, pour le lendemain. Elles sont donc pleine de moisie… mais bon, c’est caché par la surnappe au ketchup, et puis… le soir il fait trop sombre pour voir la saleté…

**** On rencontre à la haveli Stella, une jeune vietnamienne, de passage pour 2 jours. Malheureusement pour elle, alors qu’elle était partie se promener (à midi, alors qu’il n’y a personne sur les routes et dans les villages…), deux mecs lui sont tombés dessus.
Elle a réussi à se débattre, à crier et à s’enfuir…

Nous étions tous, Népalais, Indiens et étrangers hyper choqués.
Cette Inde-là existe aussi, et il est très fréquent de voir des articles dans le journal du matin sur des agressions, des guets-apens et parfois des viols de femmes…

C’est difficile à écrire (parce qu’on édulcore…) mais ça s’est passé.
Et on continuera aussi notre voyage avec cet évènement en tête.

***** ça y est, on a atteint le top du top de l’acclimatation indienne : on boit l’eau du robinet de la haveli, pas vraiment celle du robinet, celle qui sort du gros tuyau qui remplit la piscine, elle vient du puits, et on nous dit qu’elle est bonne… et ouf ! pas de problème.

…et puis bon, ce n’était qu’ici.

… Mais Amritsar et la suite nous réserve encore de belles surprises !

 

En rade

Depuis deux semaines, nous n’avons plus de jus dans l’ordinateur, la prise ne fonctionne plus, et on est trop loin de tout pour réparer!

Mais on va bien : on voit des belles choses, vit et partage de bons moments…
…et on prépare les futurs articles avec entrain, papier et crayons à la main!

Pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques indices pour les trois prochains posts :
– Golden Temple, sikhisme et grosses marmites
– Népalais pas moches, lassi  et poulet-whisky
– Combats de coqs à la frontière indo-pakistanaise

Allez, on file au Rajasthan, profiter du beau temps!

Le Corbusier en pays Sikhs

Il est donc temps de quitter Delhi. Dinesh nous accompagne à la gare qui est trop loin et trop ridicule ! Une gare de campagne, avec 3 quais donnant sur un passage à niveau.
Un vieux compartiment sleeper, personne dans le wagon. C’est parti pour 5h de voyage.DSCF5910DSCF5912 DSCF5917 DSCF5928 DSCF5934 DSCF5936Sortir des faubourgs de Delhi prend du temps et nous ramène à la réalité de ce pays, avant de prendre de la vitesse à mesure qu’on traverse les plaines de l’Haryana et du Punjab.

À l’arrivée à Chandigarh, on est attendu non pas par Marie et Vincent (ni Dinesh d’ailleurs), mais par Amarbir et Parambir, nos deux hôtes CS. Ils sont Sikhs, et donc n’arrivent pas la tête nue.

On découvre alors tranquillement cette ville, projet un peu mégalo de Nehru et Le Corbusier.Stitched Panorama DSCF5971 DSCF5962La ville n’a rien d’une ville indienne comme on en a déjà traversé pas mal.
Ici, le plan urbain est quadrillé par secteur de 1200m par 800m, numéroté de 1 à 60 (sans le numéro 13).DSCF5957Ici, il y a des allées bordées d’arbres, des routes bordées d’arbres et des pistes cyclables bordées d’arbres.
Tout est rangé, organisé, calme.DSCF5998 DSCF6169 DSCF6171 DSCF6179 DSCF6167 DSCF6319Il n’y a pas de vaches au milieu de la route. On se dit que c’est parce qu’on est plutôt en territoire Sihks. Mais peut-être qu’ils se sont rendu compte ici, que ça encombrait la rue une vache…

Et nos deux amis Sikhs, qui nous hébergent chez papamaman, nous en apprennent beaucoup sur cette culture qu’on ne connait pas.

Ils ont la classe et le matin, c’est avec des yeux bien ouverts qu’on les observe s’enrouler la tête dans ce grand turban.
Parce qu’en dessous, ils ont plein de cheveux, des cheveux et une barbe qu’ils n’ont jamais coupés.
Et pour pas que ça fasse « dégueu’ », il est de tradition de cacher ses cheveux, et de coiffer, enrouler et clipser sa barbe.
Il n’est pas rare de croiser un Sikh avec un grand ruban autour de la mâchoire : nous, on croyait qu’il avait une rage de dent. Mais non, il modèle juste sa barbe et sa moustache quelques minutes avant d’arriver au bureau.

Bien qu’ils aient longtemps été persécutés, les Sikhs (religion née vers 1500 autour d’un Dieu unique et une dizaine de guru) n’en demeurent pas moins un peuple pacifiste… mais aussi un peuple guerrier, ils sont les garants des libertés et des religions.
Ils sont contre le système de castes, et on donc choisi de modifier leurs noms de familles pour faire disparaître cette distinction.
Des guerriers pour la paix et l’égalité quoi (!!) !
Ils ont la réputation d’être de fiers et vaillants combattants… et quand Amarbir retire son turban et que ces longs cheveux tombent le long de son dos, on se croirait face à Khal Drogo le seigneur de guerre Dothraki.
(Mais ils sont mignons nos deux guerriers parce qu’en vivant chez papamaman, ils se cachent encore pour aller picoler le soir !) Et qu’est-ce qu’ils sortent !

Mais l’hospitalité est un des fondements de leur religion. On se sent bien ici, on est très bien accueilli, on rencontre leurs amis, la famille, et on prolongera donc notre séjour à Chandigarh.
(oui, on a un peu du mal à bouger ces derniers temps !)

Dimanche matin (réveil à 5h… alors qu’on s’est couché à 2h…), le papa nous a tous inscrit pour une rando’ en forêt.
Nous partons donc, en famille et un peu claqués, pour une balade de 8km. À l’arrivée à la réserve naturelle, on réalise que c’est un petit évènement cette rando’. Nous devons être une cinquantaine…DSCF6119 DSCF6133 DSCF6138DSCF6135 DSCF6141 DSCF6163Bien sûr, on ne croisera aucun léopard…
Mais on finira en photo dans le journal local !20150427i_007121

C’est un dimanche tranquille qui se déroule et se termine par un repas de famille/potes le soir.
Petite soirée à regarder des photos, papoter et manger.DSCF6226On dit au revoir sur le pas de la porte. Demain, c’est lundi, il y a école !
Et même à 8000km de chez nous, le rituel est le même.

Donc lundi, nous on n’a pas école, mais on profite d’être dans une ville dans laquelle il est bon de marcher pour faire des km ! Il y a bien sur quelques bâtiments Corbu’ (ou Jeanneret, ou d’autres architectes qui ont travaillés avec lui), mais dans la ville il est parfois difficile de les distinguer des nouveaux. Parce qu’on construit encore aujourd’hui du « style Corbu’ ».DSCF5968 IMG_8523 DSCF5976DSCF5983(oui, il vient du passé lui…!)DSCF5974 IMG_8522 DSCF6006 DSCF6104 Stitched Panorama DSCF6194 DSCF6187 DSCF6199 DSCF6215 DSCF6201 DSCF6219

On s’inscrit pour pouvoir visiter la Cour de Justice, le Parlement et le Secrétariat.
Tous les trois ont plutôt mal vieillis. Il faut dire que le béton brut, ça n’aide pas beaucoup. Parfois, les peintures ont été refaites… et ils ont oubliés de mettre du scotch pour ne pas déborder.
Et puis, il faut le dire, Corbu’ n’avait pas pensé qu’on poserait des gros blocs clim’ en façade…Stitched Panorama DSCF6021 IMG_8537DSCF6018 IMG_8543 DSCF6031 DSCF6264 DSCF6249 DSCF6034 DSCF6268 DSCF6281 Stitched Panorama DSCF6294 IMG_8603 DSCF6302 DSCF6306 DSCF6307 Stitched Panorama DSCF6081 IMG_8563 DSCF6082 DSCF6087

Mais on s’imprègne de Le Corbusier.
Les rampes, les coffrages de béton, les ouvertures, la lumière, la couleur, le Modulor, les fresques, …
C’est graphique et réfléchi.

La visite est intéressante. Le Musée d’architecture aussi qui explique l’aménagement urbain. Le Musée Le Corbusier aussi.DSCF5989 DSCF5988 IMG_8587En gros, c’est une star ici !
Même à l’université, le mobilier était Corbu’, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il disparaissait à fur et à mesure !

Bref, on réalise que c’était un peu ville test ici. Il n’y avait rien que des champs auparavant. Les architectes ont du se faire plaisir à concevoir une ville nouvelle de A à Z.

Il y a un côté Sim City parfois, Truman Show. Ou comme dans Mon oncle de Tati.
Ça semble parfois trop parfait.
Et c’est déroutant de voir ça ici.
La ville a le taux d’alphabétisation le plus élevé d’Inde. L’IDH et PIB par habitant sont aussi excellents. L’air est bon et les arbres sont contents.
Cette ville semble parfaite. Il y fait bon vivre, et tout le monde nous le répète.
Mine de rien, ce projet est novateur sur de nombreux points, les zones résidentielles calmes et bordées de parcs, ça n’est pas que pour les riches, et il y a 50 ans, donner l’accès à l’eau courante, à l’électricité, au tout à l’égout, c’était incroyable même chez nous…
Alors dans ce pays c’était une révolution.
C’est incroyablement hors du temps, hors du lieu…
Chandigarh, c’est pas l’Inde.
Malgré cela, on voit des quartiers plus pauvres et quelques mini bidonvilles.
Et pour critiquer un peu, on a même du mal à trouver nos petits tea stall de la rue, qu’on aime tant !

On découvre avec Amarbir et Parambir des bars sympas (avec des meubles Corbu, normal !), et quand la soirée semble terminée, on monte en voiture pour aller se bâfrer de biryani et de club sandwichs dans un hôtel deluxe (potatos – pour le CJMM) !IMG_8618 Stitched Panorama IMG_8627
Cool de faire la fête entre amis, on profite aussi du Punjab pour découvrir sa gastronomie riche (poulet au citron et à la crème… trop bon !), on vit au rythme de nos hôtes.
On marche, on visite, on papote, on écoute.

Note 1 : Chandigarh est réellement une ville à part en Inde… On y trouve même deux Décathlon (à fond la forme/π) alors qu’à Delhi il y en a… zéro.

Lost in Translation

On prend donc un bus pour Agra, puis un train 2nd general pour Dehli.
Comme prévu, la 2nd est remplie à ras-bord.DSCF5727 DSCF5735 DSCF5732Impossible de monter dans un wagon. Nous irons donc nous installer dans le disabled coach. Assis par terre, avec 35 autres personnes, c’est parti pour 3h de train !

Mais à l’arrivée à Delhi, la récompense est de taille. Vincent vient nous chercher à la gare… en voiture climatisée avec chauffeur !
On s’apprête à passer une semaine repos et luxe chez Marie et Vincent.
Expat’ de l’ancien boulot de Brice, ils sont installés à Delhi depuis 6 mois.

Quel plaisir de revoir des têtes que l’on connait, l’accueil les bras ouverts. Quel bonheur de pouvoir se raccrocher à quelqu’un, comme à une branche dans ce tumulte de flots qu’est l’Inde.

Bon, on ne fera pas grand-chose à Delhi.
Petit 1, il fait chaud. Genre 41°, 42°… l’été est arrivé.
Petit 2, on n’a pas envie de faire grand-chose. On est bien installés chez eux, à la maison. Au calme, au propre et confortablement.
Alors l’idée d’aller affronter la jungle urbaine nous fatigue rien qu’à l’écrire.
Petit 3, on est à la bourre du blog, du programme de la suite de notre bourlingue, de billets d’avion qu’il faut acheter sous peine de perdre des milliers de miles accumulés par Brice, il y a 650 BD à lire chez les copains, une terrasse, un balcon, de la pastèque, du soleil.DSCF5889DSCF5893

Mais à deux reprises (wouah !), nous irons arpenter cette grosse mégalopole. Le Old Delhi, la mosquée, les ruelles, le musée d’Art Moderne (notre dernière expo était à Turin… !), le vieux quartier musulman, le mausolée de Humayun, et puis voilà !DSCF5818