Beurre salé

Le temps presse, le planning que nous nous étions donnés pour traverser le Sichuan puis le QingHai avant de prendre notre temps dans le XinJiang est compromis.

Il n’en demeure pas moins que le besoin de grands espaces des plateaux tibétains nous titille.
Nous décidons de faire un rapide crochet par XiNing, la Capitale du QingHai pour se faire une dose de tout ça.

La ville est un mélange de Han, de Tibétains, et beaucoup, beaucoup de Hui (donc musulmans). Encore plus de cht-chr-cht-chr dans le mandarin et ce n’est pas facile quand il faut négocier une chambre au crépuscule.

D’autant qu’en nous enfonçant dans l’Ouest nous découvrons que plus encore qu’il y a quatre années, il est compliqué de trouver des auberges qui accueillent les laowai. Les vérifications de sécurité sont de plus en plus contraignantes (pour les voyageurs comme pour l’hébergeur). Aussi nous trouvons enfin une chambre pour nous héberger les 3 prochaines nuits – chez la pote du mec qui n’avait pas de chambre dispo, dans une tour de 27 étages, à la peinture défraichie.

Bien que les jours se soient allongés, les températures sont fraiches. Cette fois-ci le mercure tombe sous la barre des 10°C la nuit (nous sommes encore en Été ?) et l’odeur du charbon fait son retour dans les bicoques de fortune et les bouis-bouis.
C’est amusant comme l’odeur du charbon minéral, pourtant loin d’être subtile, nous raccroche à des souvenirs d’Asie Centrale et nous conforte dans l’idée que nous allons dans la bonne direction.

Comme toute grande ville chinoise qui se respecte, XiNing est trop grande et démesurée.
Et sachant que nous voulons aller nous balader dans les environs et via la gare de train, nous restons dans ce quartier sans charme, aux escaliers et passages souterrains trop nombreux, trop longs, vides et mal éclairés.

Nous sommes à quelques 2400m d’altitude, et chaque volée d’escaliers nous essouffle.
Nous sommes partis depuis une petite semaine seulement de GuangZhou, et sommes loin d’être sevrés du riz… il nous a été très difficile de trouver un restaurant qui faisait autre chose que des nouilles.
C’est aussi le retour du pain. De gros pain tout rond !

Ça y est, nous sommes dans le Nord, nous nous éloignons petit à petit.

En marche pour la cure de « Tibet » : nous partons visiter un temple tibétain non loin de XiNing.
Après avoir fait quelques allers-retours entre la gare routière, la gare de train et celle des bus, nous arrivons à acheter notre ticket pour la ville de HuangZhong et le temple Ta’Er Si/Kumbum (et oui, selon qu’on le dit en chinois, ou en tibétain).
On s’était promis de ne plus rien visiter les jours de week-end et spécialement les dimanches. Il y a beaucoup trop de monde, de selfie-sticks, de manteaux fluos et de mégaphones…
Mais manque de bol, aujourd’hui c’est dimanche.
Et malgré la petite bruine qui s’abat sur nos fronts, nous ne sommes pas seuls.
Passée la contrariété – et de la météo (ça caille : il fait 11°C !), et du monde, et du ticket cher – nous arpentons tranquillement ce monastère vieux de plusieurs centaines d’années.
Aparté : Construit en 1577, il fait parti des 5 grands temples du bouddhisme tibétain et lieu de naissance de la secte des Gelupa / les chapeaux jaunes.




Contrairement à d’autres temples visités auparavant, les peintures sont d’origine – ou presque. Les murs sont craquelés, les couleurs patinées. L’usage a poli les rampes et les massives poignées en bois, les carreaux de terre cuite de fabrication artisanale sont d’un riche camaïeu de vert.


Certains temples ont été construits autour de patio, dont les arbres occupent aujourd’hui la cour intérieure. Les fumées des encens ajoutent au mysticisme, les drapeaux colorés contrastent avec les bois pourpres ternis par le temps, et les fidèles tournent et tournent dans une odeur de beurre de yak qui se consume perpétuellement.


Nous nous mettons dans un coin pour quitter le brouhaha et les éclats de voix des touristes venus en nombre, et nos observons cette curieuse ritournelle / liturgie.
Devant la porte grande ouverte, aux pieds de la Stupa géante plaquée d’or rutilant, face aux reliques du « je-ne-sais-plus-quel-Dalai-Lama », les disciples répètent inlassablement leur prières et prosternations, s’allongeant de tout leur corps sur de fin matelas, les mains reposant sur de petites serviettes qui polissent le bois du sol à mesure du va-et-vient inlassable des fidèles.
Même les vieux se lèvent et se couchent sans montrer signe de fatigue.

On passe par le temple qui abritent les sculptures en beurre de yak. Fabriquées pour un festival annuel, ces sculptures sont normalement brulées pour la célébration.
Les photos sont interdites, mais voilà à quoi ça ressemble. (le tout est bien sûr conservé dans de gigantesques frigidaires)

Et dire que tout ça, c’est du beurre. Damien, notre ancien collègue, nous soutiendrait certainement que cela prouve que les Tibétains auraient de gènes bretons ?

Nous slalomons entre les groupes guidés par des drapeaux, et nous frayons un chemin plus au calme, pour nous imprégner du lieu.
La pluie s’est arrêtée, le ciel s’est éclairci, les couleurs se ravivent.
Les fidèles continuent de tourner, certains nous saluent à chaque passage, et on s’étonne de les voir toujours en mouvement lorsque nous repassons une demi-heure plus tard.

Ce passage à travers l’univers tibétain nous fait du bien. Les souvenirs sont nombreux, les idées de voyages futurs se créent, on se raconte tout ça.
Avant de rentrer en « ville », nous engloutissons un énorme plat de nouilles et un gros yaourt au lait de yak.

Car la contribution des Tibétains ne se limite pas qu’à des aspects religieux, le peuple aux joues rougeaudes a une culture des produits laitiers, et dans le vieux quartier de XiNing, nous tomberons parfois sur des étals de mottes de beurre de yak (quand on disait qu’il fait frais !). L’occasion de quelques photos et d’échanger avec les gens.

Notre balade urbaine nous entraine aussi dans un temple bouddhiste, zen cette fois-ci.
Il surplombe la ville, il n’y a plus autant de fidèles, mais une litanie de prières dans les haut-parleurs qui offre sérénité.







Enfin, la grande mosquée de XiNing (l’ancienne en pur style Chinois, la nouvelle sur une architecture de style turc)

et le quartier musulman et ses étroites rues animées de fin de journée.





Notre envie de steppe nous conduit à embarquer très tôt pour le lac de Chaka.
Le trajet est magnifique. L’assis-dur nous transporte à travers des landes désertes, de pâtures et d’herbes rases.
Le bétail y vit en semi-liberté. Tantôt des troupeaux de moutons, tantôt des yaks ou des chevaux. (y compris un de chameaux !)
Les rares tentes des nomades, ponctuent de blanc ce paysage d’un vert infini, que seul le lac du QingHai vient troubler et lier au ciel.









4 heures de trajet enchanteur sans traverser aucun centre urbain. Pas de doute, la Chine peut définitivement être belle à qui sait chercher.

Et puis… et puis nous arrivons au lac de Chaka. Un lac de sel devenu désormais un nouveau parc d’attraction comme le tourisme du pays à l’habitude de proposer.
Un ticket onéreux pour perdre l’accès à la nature, des statues de sel, un petit train touristique – dont les locomotives anachroniques jurent avec l’environnement, une musique de propagande abrutissante diffusée tout au long des 3km de voie ferrée qui traverse en partie le lac, et des touristes qui se prennent en photos dans le sel, les chinoises qui s’achètent une robe rouge (parce qu’« on » leur a dit que c’est mieux pour les photos).









Tout cela dénué de toute explication sur le lieu, pourquoi il y a du sel ici, les vies et techniques de saulniers…
En Chine, la plupart des touristes ne sont pas curieux*.
Et puis pourquoi pas aussi rajouter çà et là des grosses bouées rouges, jaunes et bleues dans le lac ? et des blocs prises pour recharger les portables…

Bref… un idée différente du concept de sérénité.
… mais une bonne étude sociétale.

Il faut dire que nous ne nous étions que peu renseigné sur le site, et la période la plus propice à la visite.
Aussi, le lac étant encore inondé, nous étions tous contraints de suivre la voie ferrée.

Mais peut-être en était-il mieux ainsi, le temps est clément, nous prenons bien le temps de bruler sous le soleil, et arrivons tant bien que mal à nous focaliser sur l’immensité du lac, et le paysage sans limite.
Nous sommes désormais à plus de 3000 mètres d’altitude et il est toujours étonnant de constater que dans ce pays, à cette altitude, nous ne sommes entourés que de vastes plaines, alors qu’en Europe, le relief serait déjà très accidenté.
Le ciel se découvre et les nuages et le bleu azur se reflètent dans les eaux calmes du lac.








Et puis le train nous permet de nous affranchir des hordes de bus qui rentrent à la ville.

Nous ne nous lassons pas de regarder le paysage sans fin défiler par la fenêtre.
C’est beau c’est beau c’est beau…








À refaire, plus longuement, autrement, en marge des sites connus avec plus de liberté… et moins de bruit.
On y réfléchit.

 

 

‘* Que ce soit à KaiPing, Xi’An, les temples ou autres lieux touristiques visités, il est très rare de pouvoir obtenir une information, en anglais tout d’abord, et de qualité – si ce n’est quand les sites sont classés mondialement (et encore, on s’amuse en imaginant la galère du représentant de l’UNESCO qui doit corriger tout ça).
Le laïus se concentre sur «  La tour fait 14,92 m de haut, elle a une surface au sol de 124,32m²… elle a été construite sous la dynastie Song (960-1279 AD)… on retrouve 45 grands disques de jade de 78,14 cm de diamètre, plus 4 petits de 52,73 cm et un draps brodé »… et ? une explication du pourquoi ? du comment ?

6 thoughts on “Beurre salé

  1. Brice, t’as toujours le sourire devant un plat de nouilles !
    Marion, pourras-tu nous montrer davantage tes croquis ?
    ps: bon anniv tête de titouille !!
    zz

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