Bouddha aux grands pieds

C’est au petit matin que nous quittons Kandy.
Nous attrapons au vol un bus puis un deuxième et nous fonçons à tombeaux ouverts* en direction de Nalanda, village situé à mi-chemin de notre prochaine étape.

Le chauffeur nous dépose au bord de la nationale d’où nous empruntons une petite route pour rejoindre, au bout d’une allée bordée d’arbres et de pierres, le site de Nalanda Gedige.

Ce temple bouddhique serait le plus vieil édifice du Sri Lanka, datant du VIIIème ou Xème siècle.
Seul le cœur du temple est encore intègre, des piliers qui devaient supporter un toit emporté par le temps, se dressent encore solidement.
Les bas-reliefs légèrement érodés ornent les murs et le toit pyramidal, et racontent des histoires hindoues et bouddhiques.


À ses côtés se tient un solide stupa arrondi.

Ce sanctuaire de pierre trône au milieu d’une enceinte de murets verdis par la mousse.
L’atmosphère est tout aussi calme que bucolique, entouré d’arbres aux branches et racines complexes.

Nous sommes quasiment seuls. C’est une simple halte que nous nous offrons.

De nouveau, nous attrapons un bus à la volée puis un deuxième qui nous dépose au village de Sigiriya.

La légende raconte que c’est sur le plateau posé sur cet immense rocher à 200m du sol, que le roi Kassyapa aurait bâtit un palais au Vème siècle. Il serait venu s’y réfugier après avoir tué son père et fait exiler son frère.
Rapidement abandonné par ce roi fou et mégalomane, les moines s’y installèrent avant de le quitter à leur tour. Tout le monde devait en avoir marre de grimper si haut…
Une fois le site tombé en désuétude, la végétation pris rapidement le dessus, et seuls les vestiges de l’ancienne construction subsistent sur le sommet de ce caillou.
C’est l’attraction number one du Sri Lanka, et tout le monde vient la visiter.

Mais plus encore que l’histoire du site, c’est sa géologie qui impressionne.
D’où proviennent ce rocher et son voisin le Pidurangala, qui se dressent au milieu d’une vaste plaine ?
Ce serait les restes érodés de cônes de lave d’un volcan depuis longtemps éteint.

À notre arrivée, nous sommes surpris de tomber sur un village perdu au milieu d’une luxuriante campagne et qui ne vit que de l’attrait touristique de Sigiriya et profitant des voyageurs qui ne séjournent ici que le temps d’une journée.
Une rue, des auberges, des restaurants et des tuk-tuk insistants. Basta.

Bien sûr, nous nous étions renseignés et savions à quoi nous attendre, mais nous ne sommes jamais trop préparés à ce genre d’endroit où les relations humaines sont totalement corrompues.
Enfin bon, nous avons fait le choix de passer par Sigiriya, donc nous nous en satisfaisons du mieux que l’on peut… mais à notre sauce.
Nous trouvons ainsi une charmante petite auberge à l’aimable proprio’ qui nous offre pastèque et petit prix pour notre chambre avant de profiter de l’après-midi pour nous balader dans la campagne environnante.

À deux pas de l’entrée du site classé à l’UNESCO, notre marche nous mène à longer les douves entourant l’imposant rocher sur un plan carré.


Nous passons devant la billetterie du site, et si le tarif très élevé** du billet d’entrée nous avait déjà refroidis, la longue queue pour accéder au rocher qui s’étire sur les flancs de l’imposant caillou nous convainc de privilégier l’ascension du Pidurangala, le second rocher.
Une montagne du même acabit que son voisin, éloignée d’un kilomètre et surmontée d’un immense plateau nu.

Au pied du Pidurangala se tient un monastère et il est désormais imposé aux étrangers une donation de 500 Roupies à qui veut grimper ce rocher sacré pour les Bouddhistes (toujours moins onéreux que les 5500 Roupies de Sigiriya).
À son sommet, il est dit que la vue sur Sigiriya et la région vaut le détour.
On se garde cette expédition pour le lendemain matin et poursuivons notre promenade.

Aux abords de la piste de gravier, large et parfaitement carrossée, quelques panneaux nous signalent la présence de crocodiles.
Certains tuk-tuk, envieux par le profit d’une course, nous mettent aussi en garde contre les éléphants sauvages. Que d’aventure !

Une fois la zone touristique laissée derrière nous, nous nous enfonçons dans ce vaste parc.
Très vite, on ne croise que peu de touristes – si ce ne sont ceux qui filent dans les tuk-tuk tonitruants – et quelques villageois à vélo.
Notre curiosité nous mène à des ruines de temples ou de stupa que nous sommes seuls à visiter et où nous profitons de la quiétude des lieux.


Le route que nous suivons nous éloigne encore un peu plus. Autour de nous la végétation est dense, et peu haute, de nombreux oiseaux chantent.

Nous bifurquons sur un sentier qui mène à une zone marécageuse.
Quant au détour d’un virage, le chemin encadré par une mare d’un côté, et un grand étang de l’autre dévoile une splendide vue dégagée sur les deux rochers qui semblent se répondre.


Nous y croisons deux paons qui pris de peur, s’envolent dans les arbres. Au loin, une végétation basse nous fait penser à de la savane.

On a l’impression d’être en plein safari. Les étendues lacustres où pousse une végétation variée, où les aigrettes et hérons, sur leurs longues échasses, déambulent à la recherche de nourriture.
Çà et là, des arbres qui accueillent quantité d’oiseaux. Un boucan dans un arbre, des becs qui s’entrechoquent, et l’envolée d’un oiseau au long bec de toucan surmonté d’une corne. Nous sommes en face de calaos que l’on regarde évoluer à basse altitude et que l’on suit d’arbre en arbre.

Et toujours des varans, des vaches, et peut-être des crocodiles ?…

Nous rejoignons la route, traversons quelques hameaux,


avant de rejoindre le nôtre pour la fin de la journée et retrouver Ainhoa et Paola qui entament tout juste leur voyage.
Petit plat de kottu, un jus de fruit, et au lit. Car demain, on se réveille tôt.

Il fait encore bien nuit lorsque nous quittons notre auberge et rejoignons les filles.
Nous avons décidé de nous offrir un lever de soleil sur Sigiriya et partons en direction de Pidurangala.
Nous marchons d’un bon pas, sous la lumière de la pleine lune et de nos lampes de poche.
Nous prêtons attention à ne croiser ni crocodile, ni éléphant sauvage, mais les quelques tuk-tuk bruyants doivent sans aucun doute les faire fuir. Nous ne croiserons aucun piéton avant de rejoindre le donation office et d’entamer l’ascension du gros caillou.
Une vingtaine de minutes plus tard, après une succession de marches inégales et une courte escalade sur la fin, nous rejoignons le sommet.
Il fait encore noir, et il nous est impossible de deviner les dimensions du plateau.


Nous ne sommes bien évidemment pas les seuls, mais c’est loin d’être la cohue et l’ambiance est calme et sereine.

Chacun observe en silence ce vaste paysage qui s’éclaire doucement devant nous.
Le ciel est un peu couvert et les premiers rayons du soleil tardent à percer les nuages.


Mais au pied de la montagne, on entend déjà la plaine se réveiller dans un concert de sons d’oiseaux.
Autour de nous, les selfies fusent. Une russe, passée maître dans la discipline, entreprend de convertir Paola à la pose et aux hashtags. Cela nous fera surtout beaucoup rire.


Le soleil est dorénavant haut dans le ciel, et nous découvrons la grandeur de ce plateau avant de rebrousser chemin en direction de l’auberge, de notre petit-déjeuner et du bus qui nous emmène à Dambulla.

Dambulla est une ville lambda, carrefour routier posé au centre du pays, et dont le seul intérêt culturel est le complexe bouddhiste du Golden Temple.

Si le Bouddha géant, récente construction rutilante offerte par la Thaïlande, la Corée et le Japon, ressemble à un décor de fête foraine, il faut grimper au sommet de la colline pour découvrir les 5 grottes sacrées, réel intérêt du site.

Ce sanctuaire religieux abrite différents Bouddhas et fresques murales de toutes époques.
La plus ancienne image se trouve dans la première grotte et remonte au Ier siècle avant notre ère.
Ce Bouddha sculpté à même la roche se retrouve tout engoncé dans une salle trop petite pour lui.
Ses deux grands pieds décorés de fleurs de lotus, légèrement décalés, montrent qu’il est mort, et a donc atteint le Nirvana.

Dans les grottes suivantes, les deux pieds sont joints… Il pique juste un roupillon.

La seconde grotte est immense, et aligne une ribambelle de statues de Bouddha (dans différentes positions) sur ses trois faces.

La voûte est entièrement peinte, alternant milles Bouddhas et représentations de la vie du Gotama.
Ces peintures suivent le relief de la paroi, et les ombres projetées par les textures du plafond font penser à de grandes tapisseries.

En ressortant de ce site, nous nous posons un instant face au paysage vert et vallonné, profitant une dernière fois de la quiétude du site avant de redescendre dans la ville, puis rejoindre Kandy.

‘* Au Sri Lanka, le système de bus et transport public semble assez bien fait pour relier le plus petit bourg.
Il fonctionne comme un vrai service – à la personne – de transport.
Ainsi, il est facile de nous installer en bord de la route et de happer un bus au vol.
Le chauffeur du véhicule frêne alors – ou pile selon la vitesse initiale, et nous grimpons rapidement alors que le bus commence déjà à repartir pour s’arrêter quelques centaines de mètres plus loin et faire monter ou descendre un nouveau passager.

** C’est le grand retour des tickets chers pour les touristes.
Ainsi, le ticket de Sigiriya s’élève à 5500 Roupies (30$ !) pour les étrangers quand il n’est que de 50 Roupies pour les locaux. La différence a du mal à passer…
Tout comme le Temple de la Dent ou les grottes de Dambulla qui nous ont chacun coutés 1500 Roupies mais qui sont gratuits pour les locaux…
Et si je suis bouddhiste ?

9 thoughts on “Bouddha aux grands pieds

  1. Magnifique Selfie! hahaha Le principe de perspective a parfaitement été compris par la troupe! Génial! Les photos sont très belles! Peut-être car pour une fois je vous lis depuis un ordi. Bisous

  2. Coucou les potes !
    Je vous ai déjà dit que je vous kiffais et que je kiffais la Bourlingue.
    La Bourlingue c’est le Nirvana ouai !!! Et y’a pas besoin d’être Bouddhiste pour en profiter gratuit :))

  3. Yo, le chauffeur freine et pas frêne (sauf peut-être si le frein est en bois).
    Je rattrape mon retard petit à petit, un délice !
    Bises

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