Catégorie : Myanmar

maximum undefinitly

Le bus pour aller à Moreh est plébiscité.
Une demi-heure avant le départ, les soutes sont pleines à craquer, et tout l’arrière du bus est utilisé pour y entasser des paniers en osier remplis de fruits, des sacs, des cartons… et nos deux sacs-à-dos. Les Birmans ne voyagent pas léger !

On monte dans un bus dans lequel les haut-parleurs gueulent des incantations bouddhistes répétitives, lancinantes et abrutissantes à la limite du supportable pour nos tympans… et notre raison ! Heureusement au bout d’une petite heure, le niveau sonore baissera et le contenu audio phonique remplacé par le best of des clips birmans du moment. Malheureusement, et comme souvent, le bus climatisé devient rapidement un bus réfrigéré. Les birmans sont en doudoune et bonnet de laine… Ok, ça va cailler !S0046818

Une fois le moteur mis en route, le bus met 10 minutes pour manœuvrer et sortir de la gare… bon, c’est pas gagné.
La route empruntée est, au mieux assez large pour une voiture, au pire une piste accidentée. La moyenne de vitesse dans la nuit frisera peut-être les 25 km/h.
Et on arrive à Tamu avec 5 heures de retard et 3 checkpoints.
On a faim, nos derniers kyats sont conservés pour rejoindre la frontière. On ne sait jamais. On a prévu un peu trop « tout juste »…
On n’est pas trop pressés, c’est sûr, mais on aimerait bien rejoindre la ville d’Imphal (capitale du Manipur) dans la journée. Mais comme souvent maintenant, on arrête de planifier. Ça ne fonctionne jamais « comme on a prévu »…
On saute dans un autorickshaw (tiens tiens, ça sent l’Inde), pour rejoindre la frontière toute proche avec quelques autres Birmans.
… sauf qu’un autre checkpoint en chemin (qu’on essayait d’esquiver) nous indique que nan, nan, pour les foreigners, il faut revenir en arrière et prendre l’autre passage frontière 700m plus loin.
On descend du véhicule et on se met en marche, rejoignant tranquillement un gros pont en fer.

En face, dans une grosse baraque, personne ne semble nous attendre. On apprendra plus tard qu’en Janvier, seules 19 personnes ont passé cette frontière.
On tape aux portes, mingalaba, puis un officier peu loquace nous invite à nous assoir, inspecte nos documents, notre permis…. Et hop ! Un coup de tampon… ça y est, c’est fini la Birmanie. Devant le pont, alors que nous sommes prêts à passer de l’autre côté, un gradé sympa nous offre une dernière fois un grand sourire birman… On traverse la rivière avec un pincement au cœur de quitter ce pays, riches de sourires et de couleurs.

DSCF68191DSCF6986Enfin voilà, un pont de fer et un peu plus loin, des militaires lourdement armés… et rien… Bon, on demande où on doit s’enregistrer. De l’autre côté de la colline, on rejoint le bâtiment flambant neuf des douanes (ouvert il y a deux mois), on recule d’une heure nos montres (GMT +5h30), et comme il n’y a aucun passage à cette frontière, il n’y a personne avant 11h. On y croise Richard, un Français déjà rencontré à l’auberge à Yangon. On papote en attendant le douanier, qui arrive, hyper tranquiiiilllllleeeemmmmeeennntt….
(Rappel – on a toujours faim, et on n’a pas pu dépenser nos derniers kyat en thé/biscuits du matin !)

On remplit deux documents, un tampon et hop ! Welcome to India !
(Il s’est passé presque 2h depuis le passage du pont.)
On passe un test de température, anti-Ebola. 98°F, on est bon. Ouf…

… enfin pas trop trop Welcome quand même : ah ouais ?

Les gens ici sont vachement moins avenants et souriants qu’en Birmanie, ça nous file un peu un coup au moral… mais on ne s’angoisse pas. Les villes frontières, c’est jamais funky non plus…

Non, le gros coup de cafard c’est quand on apprend que la route est fermée, et qu’il y a une famille d’Australien en Land Rover et un Canadien en moto qui sont bloqués à Moreh depuis 3 jours déjà. Ils campent dans le camp des Manipuri Commando (les forces de police de l’état). Pas facile d’avoir des infos, mais en regroupant un peu tout, on comprend que :

  • Il n’y a qu’une route pour rejoindre Imphal et le reste du pays
  • Sur cette route il y a de nombreux checkpoints de l’armée indienne qui emmerdent les locaux. Comme il n’y a pas de centre de soin à Moreh ou dans les villages, les gens doivent se rendre à Imphal.
    Un barrage aurait duré un peu trop longtemps, une personne ayant besoin de soins de toute urgence serait morte avant son arrivée à l’hôpital, une autre version donne une femme enceinte qu’on aurait trop fait patienter. Les villageois accusent l’armée, et bloquent les routes.
  • Personne ne peut passer, même par les chemins de traverse.

…sauf que contrairement à l’armée, les forces de sécurité publique du Manipur sont appréciées par les villageois, et comme par hasard, le jour de notre arrivée, c’est le jour de la relève après 3 mois, perdus à Moreh ville de farwest de l’extrême orient indien.
Autrement dit : le trou du cul de l’Inde… !
Une artère, des baraques en bois, pas d’eau courante, des lumières blafardes…

Bon, on va prendre notre temps. Déjà, retirer des sous. Après un léger sursaut quant au look de la première banque sur laquelle on tombe, on trouve finalement un ATM. Ouf, ça fonctionne. DSCF6980Ensuite, manger. Riz, curry, ça va… la transition se fait doucement… Sauf qu’avec la frontière, on a perdu l’usage de la cuillère, au profit de la main.
Ici, il y a de nombreuses minorités. Et pas beaucoup d’Hindi.DSCF6872 DSCF6848On nous observe beaucoup. Ça fait drôle… On ne sent pas très à l’aise.
On retrouve nos compagnons d’infortune chez les Commando. On nous dit que peut-être on pourrait partir avec la relève, qui arrive vers 16h.DSCF6822 DSCF6831 DSCF6834Finalement, les Australiens et le Canadien, accompagnés du convoi des forces de sécurité, réussissent à quitter Moreh, mais nous, nous ne pouvons pas monter dans le camion. On doit donc rester ici pour une durée maximum undefinitly nous dit un local…

On pose nos affaires dans un hôtel miteux (re-bonjour les puces pour Marion !), et on part se trouver une bière, chose finalement pas si difficile dans une région normalement « sans alcool ».
Assis sur un banc, tous les 3, nous trinquons à notre arrivée en Inde ! Quelle journée !

Le lendemain, on se fait un petit dej’ local, massala (crêpe fourrée à la pomme de terre épicée), et thé au lait sucré et aux épices.
Et on part chercher un peu des infos. Entre temps, on trouve une auberge beaucoup plus sympa, propre et moins chère (3€) que celle de la veille. Le gérant, RK, est très sympa. Ça fait du bien.
La journée passe tranquillement, entre informations diverses et variées concernant l’ouverture de la route demain, à celle d’une route secrète, d’un mini-van qui part à 3h du mat’ en repassant par le maximum undefinitly…
On se balade, il fait beau, on essaye de positiver et trouver nos repères. Il faut dire qu’il n’y a qu’une rue à Moreh, pas de marché vraiment florissant parce que tout le monde part en Birmanie pour faire ses courses, 15 hôtels tous fermés, et 4 resto’ (bui bui où il ne vaut mieux pas boire l’eau) et pas de St Moret, la looose quoi !. DSCF6836DSCF6837DSCF6855 DSCF6866DSCF6852DSCF6884DSCF6905 DSCF6979DSCF6840Ah si, point positif, on trouve des petits pains type « baguette ». On a dévalisé le stock !

Il y a, pour nous sauver, l’Internet Café et le wifi qui ouvre à 17h. Ok, on reviendra. Les gens commencent à s’habituer à nous, et on arrive à engager quelques conversations, toutes tournent bien évidemment autour du conflit et de la route bloquée.
On prend donc notre « mal » en patience. Juste qu’ici c’est nul. Bah oui, fallait prendre un avion pour Delhi ! C’est ça aussi la bourlingue. Et puis comme ça, on rattrape le retard du blog !
On relativise : on est fâchés d’être bloqués ici, mais en attendant, les habitants du coin n’ont pas accès aux soins de santé nécessaires, il existe beaucoup de discriminations avec les différentes minorités, …
On va en apprendre un peu plus, puisqu’on va finalement passer 5 jours à Moreh, à discuter avec la police du Manipur (se boire un jus de pomme au soleil avec le commandant) afin de mieux comprendre la situation des Seven Sisters (7 provinces), cette partie Nord-Est de l’Inde, qui souhaite son indépendance a-t-on compris…

Après de nombreux rebondissements sur l’ouverture ou non de la route (Les négociations avec le représentant des villageois et l’armée indienne ont abouties. Super. On fait donc nos sacs et au réveil… on nous dit que non, finalement, c’est encore bloqué. Raison invoquée : c’est le représentant des villageois et les villageois qui se sont mal compris…), l’arrivée de Rob, un américain qui nous tiendra compagnie pendant 2 jours, le bon petit resto trouvé pour le petit dej’, puis un autre pour manger des nouilles, et le magasin qui vend des gâteaux, les bons repas cuisinés par RK (après la visite du marché, bien bien crado’… Ok Ok, ça va être cuit… pas de problème…mais ça reste pire que ce qu’on n’a encore jamais vu – retour au Moyen Âge, l’atelier peinture à la guesthouse pour aider RK… Tout cela fait qu’on s’installe tranquillement à Moreh-city…DSCF7039 DSCF7036

 

Mais, alors que nous sirotions une bière sur la terrasse de l’auberge, lors du 5ème jour, la bonne nouvelle tombe.
Ça y est. La route ré-ouvre enfin !
On prend rendez-vous avec un minivan, départ à 6h demain matin ! woué !!! Nous sommes libres !

Chez Hansel et Gretel

Départ pour Monywa depuis la gare de Mandalay… enfin la gare… incroyable ces gares ici, on est tout de même dans la seconde plus grosse ville du pays, et y’a rien d’organisé, de structuré. Mais bon, ce n’est pas cher, et ENFIN, on retrouve des bus avec des locaux dedans, des femmes portant des plateaux de denrées sur leur tête et qu’elles vendent aux passagers par la fenêtre.
DSCF6558On débarque à Monywa, dans une ville qui ne voit quasiment jamais de touristes. D’ailleurs il semble n’y avoir que deux hôtels pour nous accueillir… dans cette ville de 150 000 habitants.

Monywa serait aussi connue pour être un carrefour sur la route marchande qui vient de l’Inde (… enfin… la route… on en reparlera plus tard !), et on trouve pas mal de boutiques d’étoffes, et c’est ici que nous achèterons nos longyi. Woué !! un souvenir ! et ça fera bien rigoler les locaux quand on leur demandera comment faire nos nœuds.
Et puis, comme on est dans une petite bourgade, tout le monde nous reconnait vite dans les deux trois rues aux alentours, et rapidement on va trouver notre petit marchand de pâtisseries (des genres de flan et gâteau de riz, certainement du pays Kachin), notre petit salon de thé, et comme on a partitionné notre Lonely de l’Inde et qu’on voulait le faire relier, on trouve un imprimeur trop sympa, qui nous montre toute sa fabrique, ses créations, ses machines. Trop cool les machines offset antédiluviennes, ou les gros masicots made in Japan de troisième main!
Il nous aide aussi à trouver une petite moto pour aller se balader dans la région qu’on louera à la marchande de bétel du coin de la rue.

On n’a pas été déçus par les deux sites que nous avons visités – on s’est fait tout de même 120km dans la journée, sur une petite mob’ qui fait mal aux fesses, et qui cale tout le temps. On a traversé des paysages quasi désertiques, ou de palmeraies, on se sentait limite au Maroc, enjambant des fleuves quasi à sec (à cette saison) et sous un soleil arasant.
Mais ça valait le détour, on ne savait pas du tout à quoi s’attendre, on savait juste que c’était les « trucs » à voir du coin.
Tout d’abord un ensemble de pagodes/temples/stupas de la période « Birmane moderne ».
Bref, en arrivant, on se croirait à la croisée des chemins entre un tableau de Dali, la maison de Hansel et Gretel, et Disneyland.
DSCF6585 DSCF6612 Stitched Panorama Stitched PanoramaC’est rose, ça brille, ça rebique de partout, c’est surmonté de crème fouettée, on dirait une grosse pièce montée. Dans le temple, des dizaines de milliers de petits Bouddha dans des niches et comme toujours de gros Bouddha dorés entourés de clignotantes LED de toutes les couleurs.
Le summum du kitsch. Dans le petit temple d’à côté, un escalier en colimaçon bigarré mène au sommet d’une tour en meringue et permet de contempler le petit site. À l’entrée, deux énormes éléphants blancs gardent la maison de Guignol. Et autre part, des bas-reliefs retracent la vie de Bouddha.
IMG_7744 DSCF6599 DSCF6624 DSCF6626 DSCF6629 DSCF6633 IMG_7789 DSCF6661 C’est extravagant, pas forcément du meilleur goût, mais ça nous change, et nous qui pensions en avoir marre des sites bouddhiques, celui-ci nous a bluffé.

Puis on remonte sur notre bécane, et à une heure de route de Monywa, on arrive aux grottes de Pho Pwint Kha. Et là, nous sommes ébahis.
Ce serait (après les sites de la Routes de la Soie) les plus belles grottes bouddhiques du monde.

Les cavités n’ont pas le volume intérieur, ni la richesse de celles de Dunhuang. Mais contrairement à là-bas, le site est ici beaucoup plus « naturel ». À Dunhuang, l’UNESCO y a mis son nez, la conservation est impeccable, pas de lumière, un nombre de visiteurs limités… mais de grosses passerelles en béton dénaturent et aseptisent le lieu.
Ici, rien à voir.
Nous sommes libres de passer notre tête où cela nous chante, de prendre des photos… on trouve des centaines et des centaines de grottes.
DSCF6696 DSCF6694 IMG_7800 DSCF6693 Stitched Panorama DSCF6708 DSCF6716 DSCF6717 DSCF6724 Stitched Panorama DSCF6781 Stitched Panorama DSCF6762 DSCF6753 DSCF6669 DSCF6680 Stitched PanoramaOn n’aura, à regret, pas le temps de tout explorer. Alors c’est un peu laissé à l’abandon, les couleurs se sont affadies, la laque se décolle des statues, certaines pièces ont été pillées, et bien sûr on souhaiterait que quelque chose soit fait pour que le site soit protégé, nettoyé et mieux préservé; mais pour nous, cela a été une superbe surprise.

Ce passage à Monywa termine en beauté notre séjour au Myanmar, des gens super sympas, heureux de nous voir, et on s’y sent affranchis du tourisme de masse.

On est le 1er février, notre visa expire demain, notre permis ne nous autorise à passer la zone restreinte de la frontière que le 2 février…
DSCF6796Dernier repas birman, dernier festin et on choppe un bus de nuit pour Tamu, à la frontière avec l’Inde… Suspens !

Bonzérebon

Pour rejoindre Pyin U Lwin, on avait bien envie de prendre la voie ferrée, déjà parce que plein de gens nous ont dit « le train en Birmanie, c’est un voyage dans le passé », bon, ok, mais venir en Birmanie, c’est déjà se plonger dans l’intemporalité et l’archaïsme. « nan, mais c’est dingue, ça saute de partout, ça fait du bruit » ouais, mais en Thaïlande aussi le train il circule à deux à l’heure en sautant de partout.DSCF6050 S0016059Et comme une vidéo vaut mieux que de longues explications, …

Donc oui, ça bouge beaucoup, beaucoup, beaucoup. Nos fesses ont perdus un peu de leurs gras depuis notre départ de France, dommage. Les lattes en bois des assis-dur, au bout de 6h de train sautillant, ça fait mal aux fesses. DSCF6091 DSCF6094 DSCF6130 Stitched PanoramaPas de carreaux aux fenêtres, c’est directement en contact avec la nature. Et puis, si il y a bien quelques touristes en ordinary class, on voyage aussi avec quelques locaux, qui déballent leur victuailles dans le train, nous observe autant que nous le faisons, et essaient parfois de papoter avec nous.Stitched Panorama DSCF6353 DSCF6361 DSCF6087

On s’arrête dans plein de petites gares intermédiaires, toutes plus petites les unes que les autres celle de départ n’étant pas bien grande. On fera même une pause déjeuner d’une bonne demi-heure (comme en bus quoi !) à manger un curry à côté des contrôleurs et du conducteur.DSCF6184 DSCF6192 DSCF6202 DSCF6281

A l’arrivée du train en gare, les vendeurs ambulants – comme cela se fait aussi pour les bus – proposent leurs en-cas qui sont échangés par la fenêtre.

Pour de nombreux touristes (voyageant en upper class – avec des ventilo’ et des repose pieds), le point d’orgues du trajet est le passage d’un vieux viaduc d’acier datant de la fin du XIXème siècle. Comme la maintenance préventive n’est pas l’activité favorite des Birmans, le train y roule au pas.

D’ailleurs le train bouge beaucoup, ce qui devait arriver, arriva. Le train a déraillé. Enfin pas tout le train, mais juste un essieu à l’arrière du train. Le convoi roule tellement lentement qu’il n’y a bien entendu pas eu de soucis (heureusement quand même qu’il n’a pas déraillé sur le pont !)
Donc, les mecs du train commencent à vouloir réparer le truc. Nous on se dit qu’on ira plus vite à pieds, on est à 10km de la ville, on va rejoindre la route, et faire du stop.
Ni une, ni deux, en moins de 30 secondes, on est assis dans la benne d’un camion transportant des sacs de ciment… (pas cool pour nos fringues…) mais au bout de 3min, on s’arrête pour refroidir les roues du camion.
On change alors de véhicule et nous arrivons à Pyin U Lwin.

Cette ville n’a pas grand intérêt, et après réflexion, plutôt rapide, on part le lendemain matin pour Mandalay, en pick-up, cheveux aux vents et lattes en bois. Aïe, nos fesses…

On n’avait décidé de ne pas visiter Mandalay au départ, mais notre planning nous laisse cette possibilité-là.
Alors pourquoi pas.
On arrive en fin de matinée, et on se loue des vélos pour rejoindre le pont U-Bein, le plus grand pont en teck du monde.
Passage éclair par le marché de jade – qui nous dégoutera un peu, d’autant plus quand on connaît les conditions dans lesquelles se fait l’extraction des pierres précieuses en Birmanie (les mineurs des minorités des villes du nord – interdites aux étrangers – seraient payés en fix d’héroïne…ce qui arrangerait bien la junte dans la gouvernance de ces ethnies parfois dissidentes).

En chemin, on s’arrête pour observer les sculpteurs de Bouddha, tout blanc de poussière. Sur le trottoir, sans masque, sans lunette de protection. Juste une scie-ponceuse à la main…DSCF6419 IMG_7662 DSCF6414La route passe par les faubourgs de la ville un peu crados, délabrés et hyper bruyants.

A l’arrivée, il y a beaucoup de touristes, venus assister au coucher du soleil. C’est vrai qu’avec cette lumière de fin de journée, les pêcheurs debout dans l’eau, les buffles qui pataugent, et le pont, si fragile d’apparence et graphique, le moment est bien choisi.DSCF6454 Stitched Panorama IMG_7732DSCF6526 Stitched Panorama DSCF6540

On se balade un peu dessus, puis dessous, profitant du calme de la rive, avant de remonter sur nos biclous, pour 50min de pédalage (Aïe nos fesses !), à travers les marchés, les chiens errants qui traversent n’importe comment les rues (dont un finira sous nos yeux sous les roues d’une mob’), les carrefours sans signalisation, ou tout le monde y va… et on verra si ça passe, … et la nuit qui tombe.
On se dit que les rives du canal, loin des grandes rues en quadrillage de la ville, semblent bien animées et aurait mérité qu’on si attarde…

C’est un aperçu un peu rapide de Mandalay, mais nous devons commencer à rejoindre la frontière avec l’Inde.
Direction donc Monywa, ville située à 3h de bus, au nord-ouest.

Un Hsipaw, deux Hsipaw, trois Hsipaw doudou

Comme on l’a dit, le mec qui a mis en place les horaires des bus en Birmanie, n’a pas été à l’école longtemps…
Donc, en partant à 15h30 de Nyaung Shwe (dans le seul bus proposé), on ne pouvait pas être autrement qu’à 4h du mat’ à Hsipaw. Et franchement, c’est vraiment naze d’arriver à cette heure-là… On fait comme tout le monde (les 4 autres loawai avec nous), on va voir les auberges. Certaines proposent des tarifs réduits pour la moitié de nuit, d’autres proposent d’attendre le matin, pour faire le check-in, mais il faut alors se poser en boule là, comme ça, dans le hall, …

L’auberge qu’on a choisi est pleine, on doit donc attendre 8h du mat’… Fâchés, on part errer en ville, avant de trouver un super petit salon de thé/boulangerie, avec thé au lait+sucre et beignets tout chauds.
On passe là une bonne heure et demi, fatigués et un peu déroutés de cette drôle de situation.DSCF5218 DSCF5246Mais le gérant est super sympa, moitié Chinois, moitié Birman, ils sont en plein milieu d’une fournée d’alléchants beignets.

Vers 5h30, on part se balader au marché du matin, éclairé à la bougie et au néon. Alors que la ville est déserte, ici, c’est l’effervescence. Et on découvre que les motos ou tuk tuk chargés de provisions sont en fait des marchands ambulants qui vont ensuite vendre leur produits dans les villages alentour  la journée.DSCF5272 DSCF5281 DSCF5287 DSCF5292 DSCF5317 DSCF5322Le jour se lève enfin, et le brouillard aussi.

DSCF5330-1 DSCF5334On part récupérer nos sacs au petit café (petit thé au lait au passage), et on se dirige vers une auberge, différente de celle de cette nuit*.
Devant la porte, un hollandais et un français discutent. Cette auberge semble trop bruyante etc…
Est-ce qu’on veut aller se faire un tour en barque, départ dans 30min… Euh, c’est qu’on n’a pas dormi… Euh… Sinon, Jean-Philippe, le français, nous propose rapidement une rando’ de 6h pour aller passer la soirée dans un monastère. Il part pour 5 jours à travers villages perdus et montagnes éloignées. Euh, c’est qu’on est un peu claqués… on est arrivés cette nuit…
Et là, on ne sait pas ce qu’il s’est passé.
En 5min, nos sacs sont déposés à l’auberge, et hop, on retrouve Jean-Philippe dans le bus, prêts à partir pour Kyaukme, afin de le suivre dans sa rando’…
On se présente un peu. Lui, il bosse comme bénévole dans les camps de réfugiés karens en Thaïlande (ceux qui fuient le régime birman ou l’armée karen). Trop intéressant, cette journée s’annonce bien.

Notre rando’ commence à Kyaukme, petite bourgade à 1h en bus de Hsipaw. De là, il faut se diriger en gros vers le nord. Jean-Philippe est déjà venu l’année passée. On a le nom des villages, une photocopie de carte topographique de 1965, et ses souvenirs plus ou moins flous du gros arbre en bord de la route, de la forêt sur la colline, qu’il faut passer à droite… ah non, à gauche…DSCF5339 Stitched Panorama DSCF5352 S0255388Mais on marche d’un bon rythme, coupant à travers champs, croisant des habitants un peu étonnés de nous voir sur ce chemin et un gros serpent orange.

Le soleil cogne, et avec notre très courte nuit, on fatigue vite. Mais on papote bien, des différentes ethnies de la Birmanie, des problèmes qui en découlent, du camp de réfugiés, de leurs réinsertions, de la sienne, … bref, on ne s’ennuie pas.
On s’arrête au pied d’un arbre pour faire une pause, et avaler un gâteau (oui, on est parti rapidement… heureusement qu’on a prévu de l’eau…), lorsqu’on se rend compte qu’il n’y a plus qu’une veste sur les deux d’accrochées au sac-à-dos. Oh non, pas la veste super-technique-hyper-imperméable-respirable-sans-transpiration-trop-en-super-solde-du-vieux-campeur-trop-chère…
Marion part faire un petit aller-retour, mais rien. On décide de faire marche arrière. On va la retrouver sur le bord du chemin, et on repartira dans l’autre sens pour rejoindre Jean-Philippe au prochain village.
Finalement, d’un bon pas, on rebrousse chemin. Mais rien. Pas de veste… Et il est trop tard pour refaire demi-tour pour se diriger vers le monastère.
Ahh… on est fâchés. Pfff, on n’aurait pas dû repartir en sens inverse… Pfff…

Alors qu’on se rapproche de la ville, une camionnette suivie d’un convoi de mobylettes nous croisent. On s’arrête, et on observe.
Il s’agit d’une cérémonie d’incinération, dans la tradition népalaise. On demande si on peut rester, et avec sourires, on nous accepte, on nous invite même, en nous offrant – comme à chacun – une brique de jus de fruit et un petit paquet de lessive.
Sorti de la camionnette, le corps est déposé sur un bûcher, monté au préalable. Et Marion mise à part, personne ne pleure. Le père et le frère sont là, mais non, on nous explique qu’ils étaient tristes avant, il y a 20min, chez eux. Maintenant, c’est fini. Sa femme n’est pas présente, son avion a du retard, elle n’arrivera que dans la soirée. Donc on ne l’attend pas ?
C’est vrai qu’en croyant à la réincarnation, le corps n’est finalement qu’un « support ». Cet être « perdu » est déjà « ailleurs »…
On assiste donc au cérémoniel. Les gens présents, papotent comme au bistrot. Pas d’émotions visibles, on va dire.
Le chef de cérémonie officie, le linceul est en parti retiré, laissant apparaître quelques parties du corps. Il vaporise un liquide, trois fleurs sont déposées, du riz et hop, deux hommes font le tour du bûcher avec des torches, afin d’y mettre feu. Tout ça s’embrasse très rapidement, limite dans l’indifférence générale.
On est en plein milieu d’après-midi, dans un champ, sur une colline.
Les flammes, rouges, oranges, vertes et bleues dansent… Et soudainement, tout le monde remonte sur sa moto.
Personne n’attend que le feu ne cesse. C’est donc fini.
On nous explique qu’une personne est en charge de récupérer les cendres pour les répandre dans la rivière.

On remercie notre ami népali de nous avoir expliqué ce moment. Marion s’excuse de ses larmes.
Il ne faut pas pleurer, lui dit-il, on est tous pareils.

On fait demi-tour. Un peu bouleversés par ce moment, questionnés et émus.

On arrive enfin à Kyaukme, après 25 km de marche. Le bus nous attend (la moitié arrière est rempli jusqu’au plafond de sac d’on-ne-sait-quoi), on arrive une heure plus tard à Hsipaw.
Au pied de l’auberge, on croise Dunker le Hollandais et sa femme, rencontrés le matin, et on part se boire une bière ensemble.
Ce sera finalement plusieurs bières et une bonne soirée papote. Il était venu en Birmanie il y a 15ans… et il en connait un rayon sur le monde entier, une longue journée riche riche riche en apprentissage…Et tant pis si on est rentré à Hsipaw, c’est le destin on va dire.

Le lendemain, on ne fait RIEN. Grasse mat’, petit dej’ chez notre salon de thé/boulanger de la veille, retour à l’auberge et sieste… déjeuner et micro balade pour trouver un guide afin de faire un trek de trois jours dans les environs*.

En chemin, on croise Sarah et Julien (les Albasquier, on a bien pensé à vous !), un couple de Belges très sympa avec qui on a bien accrochés. Il faut dire qu’on va passer 5h à organiser notre trek, avec un guide local (qui n’a pas dû faire beaucoup de trek… !), qui ne parle pas bien anglais. Mais c’est pas trop cher, ça fait fonctionner l’économie local plutôt que la mafia touristique de Hsipaw*.
Et pour palier ses lacunes en Anglais, on propose qu’il se fasse accompagner par un « étudiant ».
Ma Boat Boat, l’affable gérante du café, est très chouette (elle a même pris en stop une équipe de Pekin Express, c’est une star !). DSCF5412Elle s’occupe de tout ça, enfourche sa moto, va chercher notre « étudiant », s’occupe des billets de bus pour nos Belges, de leur sacs… et tranquillement, notre équipe va se former. Marché conclu, on part le lendemain, tous les 4, plus Nini notre guide et Phyio Way, notre english speaker. Une bonne petite équipe. (Comme Nini connait pas non plus trooop bien une partie de l’itinéraire, un troisième Birman se joindra ainsi à notre périple le deuxième jour, pas du tout anglophone pour le coup).

Les trois jours qui suivront seront une sorte de parenthèse entre potes. DSCF5417 DSCF5422 Stitched Panorama DSCF5438On sillonne les collines, les montagnes, les champs qu’on traverse ensemble. On tombe sur une fête traditionnelle dans un village, …
Ça grimpe, ça descend, et ça regrimpe. On traverse de petits villages de l’ethnie des Palang, puis d’autres villages Shan.
De nouveaux « bonjour », de nouveaux « merci », mais toujours le même accueil chaleureux.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF5493 DSCF5518 DSCF5502 Stitched Panorama DSCF5543 DSCF5550 DSCF5558 DSCF5560On dort chez l’habitant. La première nuit se fait dans une maison qui ressemble plutôt une auberge, alors que la seconde maison, dans le village de Kunkaw, baigne dans son jus. Il y fait sombre (pas beaucoup d’électricité ici**), ça sent le feu de bois partout, les toilettes tout au bout du jardin, la télé en fond sonore, et des nattes pour dormir à même le sol sous de lourdes couvertures (ouaiii comme au Kirghizstan !), au son des cloches des chevaux de l’écurie du dessous.Stitched Panorama DSCF5597 DSCF5621
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Le village de Kunkaw est une jolie découverte. On reçoit tellement de mingalaba et de sourires… en arrivant.
Alors que certains enfants jouent avec des « bouts de bois », d’autres s’occupent des plus petits, portés sur leurs dos, les animaux se baladent dans les rue poussiéreuses, les adultes papotent, …DSCF5772 DSCF5779 DSCF5785 DSCF5788 DSCF5791 DSCF5800 DSCF5805 DSCF5806-1 DSCF5807 Stitched Panorama DSCF5875 DSCF5871 DSCF5876 Stitched Panorama DSCF5925 DSCF59261 Stitched PanoramaOn rencontres deux jeunes institutrices de 20 ans, « immigrées » des plaines centrales, affectées en pays Shan où elles doivent enseigner en Birman au sein d’une population qui comprend à peine cette langue. Pas facile, elles se sentent bien seules, et notre passage leur procure une – ridiculement courte – parenthèse dans leur isolement.
Là encore, on se sent loin, surtout après notre longue journée de marche.
Loin mais si bien accueillis. On radote, on se répète, mais on ne veut pas oublier, la Birmanie, ce sont des sourires et de la gentillesse à en friser l’overdose, les enfants comme les adultes. On a l’impression d’être bienvenus partout. C’est beau, ça réchauffe le cœur, c’est finalement des villages comme Kunkaw qui nous crée nos plus beaux souvenirs, nos plus belles émotions. Bagan c’est un patrimoine merveilleux, le Lac Inle est purement magnifique… mais la plus grosse valeur de la Birmanie, ce sont les gens qu’on y rencontre, au détour d’une rue, sur leur moto, à la terrasse d’un salon de thé, au kiosque à bétel… tout le monde nous invite de son sourire.

La rando’ en elle-même ne casse pas trois pattes à un canard (même si on était bien cassés au bout du troisième jour). Loin d’être aussi grandiose que les paysages du lac de Karakol, les paysages que nous traversons sont beaux le premier jour. C’est une jolie campagne que nous découvrons.DSCF5703 DSCF5730 DSCF5736 DSCF5744 DSCF5746 DSCF5756 DSCF5762 DSCF5768 DSCF5944Cependant, le deuxième jour, on aperçoit des flancs entiers de collines complètement déforestés. Partout, ça coupe, ça rase, ça taille, ça brûle.
À la place, les paysans plantent du maïs, destiné… à être exporté en Chine. On a l’impression d’observer le travers de l’économie mondiale…
Mais Nini nous explique que ça procure un bon revenu aux paysans… Ok…
De toute manière, ils comprennent pas trop le concept de « crise environnementale » : quand il n’y a plus d’eau dans la bouteille, ben on la jette par terre, voilà tout… alors leur expliquer que déforester et tout brûler, c’est pas top… ils ne comprendraient pas.
Le troisième jour enfin, on passe par des paysages complètement désolés, de véritables cimetières d’arbres. Plus d’ombre, des pistes assez larges pour faire passer des camions. Bon… Heureusement, il y a les Birmans.

En trois jours, on aura marché 18, puis 22 et 25 km. On est tous épuisés, lorsqu’on arrive à Kyaukme.
Petit resto à l’ombre tous les 7, et on part visiter la fabrique de papier de la ville (du papier à cérémonie funéraire…aussi exporté en Chine), en accompagnant à leur bus Sarah et Julien qui partent directement au Lac Inle, et avant de reprendre le nôtre pour Hsipaw.
La colo’, c’est terminé.DSCF5983 Stitched PanoramaLe lendemain, on se fait une dernière journée repos à Hsipaw, avant de reprendre la route pour Pyin U Lwin.Stitched Panorama DSCF6028 DSCF6034 DSCF6004 DSCF5404-1
* Si on a bien compris que le tourisme ne profite richement qu’à certains, on en a eu une bonne démonstration à Hsipaw.
La ville n’est pas foncièrement trop touristique, mais depuis que le Lonely y vente les rando’ à faire aux alentours (pas pour bien longtemps si les forêts continuent à être ainsi rasées), les touristes commencent à venir.
Historiquement Mr Charles et Lili avaient ouvert chacun une auberge, ils ont désormais deux gros bâtiments flambant neufs, construction prétentieuse à la Chinoise (néons de couleur, ascenseur vitré) pour l’une, pseudo chalet du Colorado pour l’autre, et dedans une horde de touristes qui viennent se presser pour trouver des guides pour les trek du coin. Car en effet, si dans d’autres villes, les guides ont pignon-sur-rue et viennent nous harceler dans la rue, ici, il n’en est rien. Où sont-ils ? On ne les trouve que chez Lili et Charles qui se servent ainsi une copieuse commission de plus de 50%… pour juste fournir un bureau aux guides du coin. On comprendra alors qu’il ne peut en être autrement, et qu’un guide qui souhaiterait être à son propre compte et démarcher les voyageurs risque gros. Ici, quand on a de l’argent, on a aussi du pouvoir, les officiels ne sont jamais contre un petit bifton, et Charles et Lili en ont beaucoup (et des rumeurs disent qu’ils en auraient usé pour faire définitivement taire certains). Ce n’est pas facile de trouver l’alternative, le plus simple aurait été d’aller chez les « Parrains » de Hsipaw. En passant par Ma Boat Boat, on essaie d’utiliser une filière parallèle. Nini n’est que son employé et connait un peu la montagne pour y travailler, il ne parle pas si bien anglais, mais avec Phyo Way, ils font la paire…
Bref, on espère que ça ne lui créera pas de problème, c’est en tout cas une équipe super…
Ah, au fait, Lili et Charles… ils sont en fait frère et sœur, et on apprendra au cours de notre séjour que la petite auberge familiale dans laquelle on dormait, appartiendrait en fait à Lili…. Rhaaaa

 

** Dans les villages reculés, l’électricité n’est pas apportée par le réseau national. Les autochtones se rassemblent pour installer une turbine au pied d’un barrage d’une demi dizaine de mètre de haut, et tirent les lignes eux-mêmes. Les câbles sont fins comme du fil à linge, et parfois torsadés les uns aux autres quand ils ont été sectionnés et les poteaux sont fait du bois des forêts du coin ou en bambou.
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À la flotte

Quelle bonne surprise en arrivant à NyaungShwe sur le lac Inle.
On s’attendait tellement à retomber dans un lieu ultra touristique où nous serions des proies faciles.
Erreur !
Grossière erreur !
Alors oui, c’est très touristique. On ne va pas se mentir. Et les gens ici, ont bien compris qu’il y avait un business à faire avec le lac. Mais ils sont loin d’être des « prédateurs ». Les agences de tourisme ouvrent, les petits resto’ pour touristes aussi, et le nombre d’hébergements sur le site est passé d’une quarantaine, à plus de quatre-vingt en un an… mais les prix n’augmentent pas trop (mais restent chers…), les pécheurs – qui à mi-temps baladent les touristes sur le lac – ne sont pas du tout insistants (et heureusement car ils sont des centaines à proposer leurs services) et les gens gardent leur sourires et leur généreux accueil.
En restant quelques jours dans cette petite ville lambda, on trouve même nos habitudes, les gens nous reconnaissent dans la rue, nous interpellent… c’est un vrai bol d’air de venir ici après Bagan, et ça nous remet en confiance pour la suite du voyage.
On aura une grande discussion avec le gérant de notre auberge, sur le tourisme en Birmanie, et s’il consent qu’il y a quelques points négatifs à cette rapide ouverture du pays, il arrivera cependant à nous faire nuancer notre point de vue. En effet, l’expansion du tourisme a eu de bons effets sur la société birmane, en accélérant la concurrence, en augmentant les entreprises privées (appartenant malheureusement souvent à d’anciens généraux ou relatifs), et par exemple en offrant de meilleures garanties bancaires, et donc une situation économique plus stable, et moins dépendante du dollar.

Bref… globalement ce séjour au lac Inle recolorera l’image que nous avions de ce pays après notre passage à Bagan.
Et principale raison aussi : il fait très beau, et c’est magnifique.
DSCF5112DSCF4334On décide de se faire une journée off. Il fait beau, et on a la flemme de se bouger.
En plus, on est jour de lune nouvelle, et tout le monde sait bien que jour de lune nouvelle, il n’y a pas de marché !
Alors on part se balader dans la ville, on mange du curry, on goûte un gâteau à la noix, on dit bonjour, on fait des croquis, on fait des photos, on fait rien.
Sur le ponton, alors que Marion est penchée sur son carnet, Brice papote avec un pécheur, il ne veut pas forcément vendre ses prestations, mais finalement on prend rendez-vous avec lui pour le lendemain.
On essaie en effet d’avoir la démarche la plus socialement équitable possible dans ce pays, pour que la manne du tourisme ne profite pas toujours qu’aux mêmes. On recherche les bui bui, et en l’occurrence, on se dit que c’est mieux de filer des sous à notre famille de pécheurs qu’à l’agence de voyage des auberges qui brassent déjà beaucoup d’argent…. Même si ça nous fait gamberger : va-t-il retourner pêcher ?
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On loue des vélos vers 15h.
Bon, on n’ira pas bien loin, Marion, à l’arrêt (et dû à sa maladresse…) se tord/se raille l’orteil-pouce-des-DEUX-pieds. Mais ça nous permettra de faire une tour dans la campagne, dans des villages derrière, pas besoin de faire des kilomètres pour déjà se sentir loin loin loin. Des enfants qui rentrent de l’école parmi les champs inondés, des petites maisons de bric et de broc, des agriculteurs qui travaillent encore quasiment sans machine…
DSCF4363 DSCF4381 Stitched Panorama DSCF4395 DSCF4439Le lendemain, rendez-vous est pris à 7h30 avec notre ami pêcheur. Rosa et Jérôme, un couple franco-espagnol rencontré la veille également, nous rejoignent pour la journée.
Le lac Sankar est situé à 3h de barque motorisée de NyaungShwe. C’est plus loin et plus cher que le circuit traditionnel, mais on nous a dit que c’était très joli là-bas.
Alors, quitte à être au Lac Inle, autant en profiter à fond.
On traverse donc le lac Inle, observant les pêcheurs, en équilibre sur leur barque. Tels des danseurs, ils zigzagent et avancent, maniant la rame avec dextérité du bout du pied. Au loin, les montagnes encadrent le lac.
Elles semblent protéger cet environnement.
IMG_7358 DSCF5094 DSCF5096IMG_7366 DSCF5101Les maisons sont construites sur pilotis, plantés au milieu du lac. Alors certes, le lac parfois n’atteint qu’un petit mètre de profondeur (max. 6m), mais tout le monde se déplace en bateau.
Chaque maison est unique. Construite en bouts de bois, tôle, clous et ficelle.
Bambou par ici et par là, suspendu pour faire sécher le linge, fermement assemblé pour fabriquer un escalier, planté pour amarrer la barque…
C’est élégant, coloré malgré la précarité.
DSCF4460IMG_7483 IMG_7446 DSCF4625 DSCF4555 DSCF4576DSCF4619 DSCF4560 DSCF4609Certaines maisons ont été abandonnées, penchant de côté.
Sur d’autres, on aperçoit les extensions, les passerelles pour aller s’accrocher à la maison du voisin, ou pour simplement rejoindre le « cabanon-toilette » avec « tout à l’égout ». L’électricité arrive aussi. Les pylônes, en tronc d’arbres, supportent les câbles électriques. Si légers, si graphiques.
Sur les rives, les buffles tractent des charrues pour retourner la terre…
DSCF4622 DSCF4625 DSCF4648 DSCF4649 DSCF4664 DSCF4676 DSCF4681 DSCF4781On navigue, au bruit tonitruant du moteur à explosion, saluant les paysans installés sur les berges. La barque passe dans les mangroves. On ne voit pas l’eau. Une fois, nous aurons moins de chance et on s’embourbera dans un chemin trop peu profond. Mais la plupart du temps, on traverse pour ressortir quelques mètres plus tard, au milieu d’une étendue d’eau, dans laquelle, de l’eau jusqu’à la taille, des paysans récupèrent des je-ne-sais-quoi. Plus loin, debouts à l’extrémité de leur esquif, d’autres semblent marcher sur l’eau.
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Au village de Sankar, c’est jour de marché. On y arrive un peu tardivement, mais l’accueil est toujours aussi agréable et souriant.
Au bord de l’eau, dans un mélange boueux, des buffles tirent des charriots remplient des biens glanés au marché pour les transborder dans des pirogues enlisés sur le rivage. Celles-ci rejoindront les villages ou les hameaux lacustres encore plus reculés.
On n’est ni sur l’eau, ni à terre, on est ailleurs, loin de notre monde. Ce village semble tellement isolé et hors du temps.
DSCF4741 DSCF4750 DSCF4721 DSCF4769On s’y balade, mingalaba partout et tout le temps, bols de nouilles, papote et thé, et on remonte sur notre canot.

Les barques ici, sont construites en teck. Celle sur laquelle nous sommes installés mesure une dizaine de mètres de long. 4 sièges en bois pour nous accueillir, couverture pour le vent du matin et du soir, et parapluie contre les projections d’eau et les embruns. À la poupe, un moteur poussif à l’échappement pétaradant*, (nos oreilles s’en souviendront encore le lendemain) entraîne une petite hélice 3 mètres en retrait.
Les embarcations des pêcheurs sont un peu plus petites (peut-être 4 ou 5 mètres), symétriques, plus plates et frêles, avec ou sans moteur. On est un peu mal à l’aise de les doubler si facilement, leur barque remplie à ras-bord, ramant doucement sur l’eau…
La plupart sont à genoux, sur le bout du bateau, ramant à droite puis à gauche. Certains, debout, manœuvre du pied. Alors que d’autres, aidés de leur moteur, sillonnent les rivages.
DSCF4819 DSCF4822 DSCF4828 DSCF4845 DSCF4830 DSCF4895 DSCF4847 DSCF4898 DSCF4913 DSCF4900En cours de route, alors que soleil et ombre jouent avec les couleurs, notre embarcation vient percuter la barque d’un pécheur. PAF, par l’arrière, notre pilote un peu distrait n’a rien vu. Et le pécheur non plus.
On a juste le temps de voir passer un type les 4 fers en l’air, et PLOUF, dans l’eau.

Sa pirogue est retournée, des trucs flottent, et le mec, trempé mais indemne debout au milieu du lac (Oh… il a pied…), vocifère contre notre conducteur.
On l’aide à retourner son embarcation, le moteur est HS, il a perdu l’hélice… Un papy en barque s’approche pour aider à détacher le moteur pour vider la barque, …
DSCF4612Et nous, nous sommes coincés sur notre bateau, ne sachant ni que faire ni que dire…
Au bout de 20min, on reprend la route. Un peu perplexes de ce qui vient de se passer. Ça doit les emmerder ces pêcheurs toutes ces barques à touristes… Pfff…
Marion se sentira coupable au point de vouloir – un temps – aider financièrement à la réparation.

Mais notre journée continue, alternant passage par des jardins flottants et de grandes étendues d’eau, on visite un monastère perdu dans les marais.
DSCF4975 DSCF4997 DSCF5018 DSCF5030 DSCF5031 DSCF5037 Stitched Panorama DSCF5066Nous, assis dans notre confortable et bruyant bateau, on observe ce paysage qui défile.
On traverse le village de Nam Pan.
Des rues bordées de poteaux électriques, de maisons, des jardins, des garages et des commerces. Une vraie ville… mais sur l’eau. Mais pourquoi ont-ils décidés de venir s’installer ici… ?
La surface de l’eau des « rues » est si plane qu’on dirait un miroir, et la quiétude du lieu rajoute un peu plus à la magie du moment.
À la sortie de l’école, les enfants montent sur la barque, pour rentrer chez eux, si simplement… Ouais, en fait, c’est comme un bus de ramassage scolaire…
Tandis que les plus petits jouent sur les pontons et nous lancent des coucous… Mais ils savent nager ? La vie et les habitants se sont parfaitement adaptés à leur environnement aquatique.
DSCF4965 DSCF4926 DSCF4928 DSCF4931 DSCF4935 DSCF4939 DSCF4946 DSCF4948 DSCF4963C’est une jolie incursion en territoire flottant.
C’est beau, c’est beau, c’est beau.
On en prend plein les mirettes.

Notre journée sur l’eau prend fin. Retour à NyaungShwe.
Le lendemain, on a un peu de temps pour faire un tour de voisinage. Notre bus pour Thipaw ne part que dans l’après-midi – « excellent » timing puisqu’on arrive ainsi à destination en plein milieu de la nuit.

 

  • En Birmanie, il existe un gros moteur unique, un moteur Made in China. Tout le monde s’en sert pour les motoculteurs/les camions/les bateaux/les pompes agricoles… toujours en échappement libre, pour bien qu’on les entende…

 

 

Bagan, ça autruche

Il y a deux endroits qui nous ont incités à venir en Birmanie : avant même que l’on ne connaisse quoique ce soit du pays, de sa (ou ses) cultures, de son climat politique… les images que l’on avait eu de la vieille ville de Bagan et des pêcheurs glissants sur la surface totalement plane du lac Inle faisait naître des étoiles dans nos yeux. Il y a plus de onze mois déjà, on ne voulait aller en Birmanie que pour ça.

Depuis on pense avoir un peu grandi dans notre tête, et on a découvert la Birmanie sous d’autres aspects qui n’ont pas à rougir de ces deux prestigieux sites touristiques.

Et quand on dit « touristique »…
Comme déjà dit plus tôt, le tourisme est en plein boom dans ce pays (croissance du nombre de touristes à deux chiffres), mais l’offre – notamment d’hébergement et de transport – confère un certain monopole à ceux déjà installés.
Aussi, quand on arrive à Bagan, on va taper à la porte des premières auberges… qui sont soit complètes, soit trop onéreuses, soit les deux… bon bon bon… finalement au bout du bout de la route, après peut être 1h30 de prospection, on arrive à trouver une chambre bruyante pour 20$, faute de mieux… On est fâchés, mais on changera d’auberge le lendemain.
Il fait nuit, on a faim yala !

aparte :
* En Birmanie, le mec qui a fait le tableau des horaires de bus a certainement dû quitter tôt l’école.
Les bus de nuit ont toujours la bonne idée de partir en milieu fin d’après-midi, pour arriver à destination… en milieu de nuit !
Et comme nous demandons toujours les chambres les moins chères, on a souvent le privilège pour 15$-20$ d’avoir des chambres :
– petites
– avec des murs en contreplaqué
– aux fenêtres isolantes peu ou pas (parfois aveugle) (parfois, il en manque un morceau)
– à deux mètres de la réception
(le choix n’est pas limité)
…et donc vers 3-4 heures du matin, les voyageurs arrivent, demandent si y’a des chambres, râlent des prix trop élevés, mais prennent tout de même les chambres, puis prennent des douches…et s’endorment.
… puis vers 6-7 heures du matin, les premiers voyageurs se réveillent pour aller découvrir les splendeurs birmanes, ou faire le check out, ou prendre le petit déj’…
Enfin voilà, les nuits sont courtes, mais on l’a bien intégré.

 

On s’obstine, on tient tant à visiter Bagan !DSCF3922 DSCF4291 DSCF4241 DSCF4213 Stitched Panorama DSCF4170 DSCF4169 Le site est énorme, 42 km² entre 3-4 villages (dont les habitants ont gentiment été sommés de déguerpir pour laisser plus de place aux hôtels et aux touristes) et au milieu…. Une IN-FI-NI-TE de temples/stupas/pagodes plus ou moins en ruines, avec plus ou moins de gens autour.
Parfois des étrangers, et surtout des pèlerins (enfin, c’est ainsi qu’on nommera les touristes locaux qui s’entassent dans les bennes des camionnettes et qui nous saluent tous le sourire aux lèvres).
Et nous comme tout le monde, on est en bicyclette, et on a parcouru de long en large tous les petites pistes, on s’est ensablés, on a traversés des champs, mais le site est si grand que malgré la promiscuité dans les auberges, on arrive à passer des heures sans croiser personne (si ce ne sont quelques chèvres, leur berger ou un chariot à bœufs). Et si certains grands temples sont plébiscités, pour la plupart, on se retrouve seuls avec le gardien d’un temple toujours accueillant et qui nous ouvre la grille avant de retourner à ses tâches domestiques dans sa hutte en palme tressée.IMG_7349 Stitched Panorama Stitched Panorama IMG_7326 DSCF4147 DSCF4138 IMG_7286 DSCF3910 DSCF3907