Catégorie : Myanmar

maximum undefinitly

Le bus pour aller à Moreh est plébiscité.
Une demi-heure avant le départ, les soutes sont pleines à craquer, et tout l’arrière du bus est utilisé pour y entasser des paniers en osier remplis de fruits, des sacs, des cartons… et nos deux sacs-à-dos. Les Birmans ne voyagent pas léger !

On monte dans un bus dans lequel les haut-parleurs gueulent des incantations bouddhistes répétitives, lancinantes et abrutissantes à la limite du supportable pour nos tympans… et notre raison ! Heureusement au bout d’une petite heure, le niveau sonore baissera et le contenu audio phonique remplacé par le best of des clips birmans du moment. Malheureusement, et comme souvent, le bus climatisé devient rapidement un bus réfrigéré. Les birmans sont en doudoune et bonnet de laine… Ok, ça va cailler !S0046818

Une fois le moteur mis en route, le bus met 10 minutes pour manœuvrer et sortir de la gare… bon, c’est pas gagné.
La route empruntée est, au mieux assez large pour une voiture, au pire une piste accidentée. La moyenne de vitesse dans la nuit frisera peut-être les 25 km/h.
Et on arrive à Tamu avec 5 heures de retard et 3 checkpoints.
On a faim, nos derniers kyats sont conservés pour rejoindre la frontière. On ne sait jamais. On a prévu un peu trop « tout juste »…
On n’est pas trop pressés, c’est sûr, mais on aimerait bien rejoindre la ville d’Imphal (capitale du Manipur) dans la journée. Mais comme souvent maintenant, on arrête de planifier. Ça ne fonctionne jamais « comme on a prévu »…
On saute dans un autorickshaw (tiens tiens, ça sent l’Inde), pour rejoindre la frontière toute proche avec quelques autres Birmans.
… sauf qu’un autre checkpoint en chemin (qu’on essayait d’esquiver) nous indique que nan, nan, pour les foreigners, il faut revenir en arrière et prendre l’autre passage frontière 700m plus loin.
On descend du véhicule et on se met en marche, rejoignant tranquillement un gros pont en fer.

En face, dans une grosse baraque, personne ne semble nous attendre. On apprendra plus tard qu’en Janvier, seules 19 personnes ont passé cette frontière.
On tape aux portes, mingalaba, puis un officier peu loquace nous invite à nous assoir, inspecte nos documents, notre permis…. Et hop ! Un coup de tampon… ça y est, c’est fini la Birmanie. Devant le pont, alors que nous sommes prêts à passer de l’autre côté, un gradé sympa nous offre une dernière fois un grand sourire birman… On traverse la rivière avec un pincement au cœur de quitter ce pays, riches de sourires et de couleurs.

DSCF68191DSCF6986Enfin voilà, un pont de fer et un peu plus loin, des militaires lourdement armés… et rien… Bon, on demande où on doit s’enregistrer. De l’autre côté de la colline, on rejoint le bâtiment flambant neuf des douanes (ouvert il y a deux mois), on recule d’une heure nos montres (GMT +5h30), et comme il n’y a aucun passage à cette frontière, il n’y a personne avant 11h. On y croise Richard, un Français déjà rencontré à l’auberge à Yangon. On papote en attendant le douanier, qui arrive, hyper tranquiiiilllllleeeemmmmeeennntt….
(Rappel – on a toujours faim, et on n’a pas pu dépenser nos derniers kyat en thé/biscuits du matin !)

On remplit deux documents, un tampon et hop ! Welcome to India !
(Il s’est passé presque 2h depuis le passage du pont.)
On passe un test de température, anti-Ebola. 98°F, on est bon. Ouf…

… enfin pas trop trop Welcome quand même : ah ouais ?

Les gens ici sont vachement moins avenants et souriants qu’en Birmanie, ça nous file un peu un coup au moral… mais on ne s’angoisse pas. Les villes frontières, c’est jamais funky non plus…

Non, le gros coup de cafard c’est quand on apprend que la route est fermée, et qu’il y a une famille d’Australien en Land Rover et un Canadien en moto qui sont bloqués à Moreh depuis 3 jours déjà. Ils campent dans le camp des Manipuri Commando (les forces de police de l’état). Pas facile d’avoir des infos, mais en regroupant un peu tout, on comprend que :

  • Il n’y a qu’une route pour rejoindre Imphal et le reste du pays
  • Sur cette route il y a de nombreux checkpoints de l’armée indienne qui emmerdent les locaux. Comme il n’y a pas de centre de soin à Moreh ou dans les villages, les gens doivent se rendre à Imphal.
    Un barrage aurait duré un peu trop longtemps, une personne ayant besoin de soins de toute urgence serait morte avant son arrivée à l’hôpital, une autre version donne une femme enceinte qu’on aurait trop fait patienter. Les villageois accusent l’armée, et bloquent les routes.
  • Personne ne peut passer, même par les chemins de traverse.

…sauf que contrairement à l’armée, les forces de sécurité publique du Manipur sont appréciées par les villageois, et comme par hasard, le jour de notre arrivée, c’est le jour de la relève après 3 mois, perdus à Moreh ville de farwest de l’extrême orient indien.
Autrement dit : le trou du cul de l’Inde… !
Une artère, des baraques en bois, pas d’eau courante, des lumières blafardes…

Bon, on va prendre notre temps. Déjà, retirer des sous. Après un léger sursaut quant au look de la première banque sur laquelle on tombe, on trouve finalement un ATM. Ouf, ça fonctionne. DSCF6980Ensuite, manger. Riz, curry, ça va… la transition se fait doucement… Sauf qu’avec la frontière, on a perdu l’usage de la cuillère, au profit de la main.
Ici, il y a de nombreuses minorités. Et pas beaucoup d’Hindi.DSCF6872 DSCF6848On nous observe beaucoup. Ça fait drôle… On ne sent pas très à l’aise.
On retrouve nos compagnons d’infortune chez les Commando. On nous dit que peut-être on pourrait partir avec la relève, qui arrive vers 16h.DSCF6822 DSCF6831 DSCF6834Finalement, les Australiens et le Canadien, accompagnés du convoi des forces de sécurité, réussissent à quitter Moreh, mais nous, nous ne pouvons pas monter dans le camion. On doit donc rester ici pour une durée maximum undefinitly nous dit un local…

On pose nos affaires dans un hôtel miteux (re-bonjour les puces pour Marion !), et on part se trouver une bière, chose finalement pas si difficile dans une région normalement « sans alcool ».
Assis sur un banc, tous les 3, nous trinquons à notre arrivée en Inde ! Quelle journée !

Le lendemain, on se fait un petit dej’ local, massala (crêpe fourrée à la pomme de terre épicée), et thé au lait sucré et aux épices.
Et on part chercher un peu des infos. Entre temps, on trouve une auberge beaucoup plus sympa, propre et moins chère (3€) que celle de la veille. Le gérant, RK, est très sympa. Ça fait du bien.
La journée passe tranquillement, entre informations diverses et variées concernant l’ouverture de la route demain, à celle d’une route secrète, d’un mini-van qui part à 3h du mat’ en repassant par le maximum undefinitly…
On se balade, il fait beau, on essaye de positiver et trouver nos repères. Il faut dire qu’il n’y a qu’une rue à Moreh, pas de marché vraiment florissant parce que tout le monde part en Birmanie pour faire ses courses, 15 hôtels tous fermés, et 4 resto’ (bui bui où il ne vaut mieux pas boire l’eau) et pas de St Moret, la looose quoi !. DSCF6836DSCF6837DSCF6855 DSCF6866DSCF6852DSCF6884DSCF6905 DSCF6979DSCF6840Ah si, point positif, on trouve des petits pains type « baguette ». On a dévalisé le stock !

Il y a, pour nous sauver, l’Internet Café et le wifi qui ouvre à 17h. Ok, on reviendra. Les gens commencent à s’habituer à nous, et on arrive à engager quelques conversations, toutes tournent bien évidemment autour du conflit et de la route bloquée.
On prend donc notre « mal » en patience. Juste qu’ici c’est nul. Bah oui, fallait prendre un avion pour Delhi ! C’est ça aussi la bourlingue. Et puis comme ça, on rattrape le retard du blog !
On relativise : on est fâchés d’être bloqués ici, mais en attendant, les habitants du coin n’ont pas accès aux soins de santé nécessaires, il existe beaucoup de discriminations avec les différentes minorités, …
On va en apprendre un peu plus, puisqu’on va finalement passer 5 jours à Moreh, à discuter avec la police du Manipur (se boire un jus de pomme au soleil avec le commandant) afin de mieux comprendre la situation des Seven Sisters (7 provinces), cette partie Nord-Est de l’Inde, qui souhaite son indépendance a-t-on compris…

Après de nombreux rebondissements sur l’ouverture ou non de la route (Les négociations avec le représentant des villageois et l’armée indienne ont abouties. Super. On fait donc nos sacs et au réveil… on nous dit que non, finalement, c’est encore bloqué. Raison invoquée : c’est le représentant des villageois et les villageois qui se sont mal compris…), l’arrivée de Rob, un américain qui nous tiendra compagnie pendant 2 jours, le bon petit resto trouvé pour le petit dej’, puis un autre pour manger des nouilles, et le magasin qui vend des gâteaux, les bons repas cuisinés par RK (après la visite du marché, bien bien crado’… Ok Ok, ça va être cuit… pas de problème…mais ça reste pire que ce qu’on n’a encore jamais vu – retour au Moyen Âge, l’atelier peinture à la guesthouse pour aider RK… Tout cela fait qu’on s’installe tranquillement à Moreh-city…DSCF7039 DSCF7036

 

Mais, alors que nous sirotions une bière sur la terrasse de l’auberge, lors du 5ème jour, la bonne nouvelle tombe.
Ça y est. La route ré-ouvre enfin !
On prend rendez-vous avec un minivan, départ à 6h demain matin ! woué !!! Nous sommes libres !

Chez Hansel et Gretel

Départ pour Monywa depuis la gare de Mandalay… enfin la gare… incroyable ces gares ici, on est tout de même dans la seconde plus grosse ville du pays, et y’a rien d’organisé, de structuré. Mais bon, ce n’est pas cher, et ENFIN, on retrouve des bus avec des locaux dedans, des femmes portant des plateaux de denrées sur leur tête et qu’elles vendent aux passagers par la fenêtre.
DSCF6558On débarque à Monywa, dans une ville qui ne voit quasiment jamais de touristes. D’ailleurs il semble n’y avoir que deux hôtels pour nous accueillir… dans cette ville de 150 000 habitants.

Monywa serait aussi connue pour être un carrefour sur la route marchande qui vient de l’Inde (… enfin… la route… on en reparlera plus tard !), et on trouve pas mal de boutiques d’étoffes, et c’est ici que nous achèterons nos longyi. Woué !! un souvenir ! et ça fera bien rigoler les locaux quand on leur demandera comment faire nos nœuds.
Et puis, comme on est dans une petite bourgade, tout le monde nous reconnait vite dans les deux trois rues aux alentours, et rapidement on va trouver notre petit marchand de pâtisseries (des genres de flan et gâteau de riz, certainement du pays Kachin), notre petit salon de thé, et comme on a partitionné notre Lonely de l’Inde et qu’on voulait le faire relier, on trouve un imprimeur trop sympa, qui nous montre toute sa fabrique, ses créations, ses machines. Trop cool les machines offset antédiluviennes, ou les gros masicots made in Japan de troisième main!
Il nous aide aussi à trouver une petite moto pour aller se balader dans la région qu’on louera à la marchande de bétel du coin de la rue.

On n’a pas été déçus par les deux sites que nous avons visités – on s’est fait tout de même 120km dans la journée, sur une petite mob’ qui fait mal aux fesses, et qui cale tout le temps. On a traversé des paysages quasi désertiques, ou de palmeraies, on se sentait limite au Maroc, enjambant des fleuves quasi à sec (à cette saison) et sous un soleil arasant.
Mais ça valait le détour, on ne savait pas du tout à quoi s’attendre, on savait juste que c’était les « trucs » à voir du coin.
Tout d’abord un ensemble de pagodes/temples/stupas de la période « Birmane moderne ».
Bref, en arrivant, on se croirait à la croisée des chemins entre un tableau de Dali, la maison de Hansel et Gretel, et Disneyland.
DSCF6585 DSCF6612 Stitched Panorama Stitched PanoramaC’est rose, ça brille, ça rebique de partout, c’est surmonté de crème fouettée, on dirait une grosse pièce montée. Dans le temple, des dizaines de milliers de petits Bouddha dans des niches et comme toujours de gros Bouddha dorés entourés de clignotantes LED de toutes les couleurs.
Le summum du kitsch. Dans le petit temple d’à côté, un escalier en colimaçon bigarré mène au sommet d’une tour en meringue et permet de contempler le petit site. À l’entrée, deux énormes éléphants blancs gardent la maison de Guignol. Et autre part, des bas-reliefs retracent la vie de Bouddha.
IMG_7744 DSCF6599 DSCF6624 DSCF6626 DSCF6629 DSCF6633 IMG_7789 DSCF6661 C’est extravagant, pas forcément du meilleur goût, mais ça nous change, et nous qui pensions en avoir marre des sites bouddhiques, celui-ci nous a bluffé.

Puis on remonte sur notre bécane, et à une heure de route de Monywa, on arrive aux grottes de Pho Pwint Kha. Et là, nous sommes ébahis.
Ce serait (après les sites de la Routes de la Soie) les plus belles grottes bouddhiques du monde.

Les cavités n’ont pas le volume intérieur, ni la richesse de celles de Dunhuang. Mais contrairement à là-bas, le site est ici beaucoup plus « naturel ». À Dunhuang, l’UNESCO y a mis son nez, la conservation est impeccable, pas de lumière, un nombre de visiteurs limités… mais de grosses passerelles en béton dénaturent et aseptisent le lieu.
Ici, rien à voir.
Nous sommes libres de passer notre tête où cela nous chante, de prendre des photos… on trouve des centaines et des centaines de grottes.
DSCF6696 DSCF6694 IMG_7800 DSCF6693 Stitched Panorama DSCF6708 DSCF6716 DSCF6717 DSCF6724 Stitched Panorama DSCF6781 Stitched Panorama DSCF6762 DSCF6753 DSCF6669 DSCF6680 Stitched PanoramaOn n’aura, à regret, pas le temps de tout explorer. Alors c’est un peu laissé à l’abandon, les couleurs se sont affadies, la laque se décolle des statues, certaines pièces ont été pillées, et bien sûr on souhaiterait que quelque chose soit fait pour que le site soit protégé, nettoyé et mieux préservé; mais pour nous, cela a été une superbe surprise.

Ce passage à Monywa termine en beauté notre séjour au Myanmar, des gens super sympas, heureux de nous voir, et on s’y sent affranchis du tourisme de masse.

On est le 1er février, notre visa expire demain, notre permis ne nous autorise à passer la zone restreinte de la frontière que le 2 février…
DSCF6796Dernier repas birman, dernier festin et on choppe un bus de nuit pour Tamu, à la frontière avec l’Inde… Suspens !

Bonzérebon

Pour rejoindre Pyin U Lwin, on avait bien envie de prendre la voie ferrée, déjà parce que plein de gens nous ont dit « le train en Birmanie, c’est un voyage dans le passé », bon, ok, mais venir en Birmanie, c’est déjà se plonger dans l’intemporalité et l’archaïsme. « nan, mais c’est dingue, ça saute de partout, ça fait du bruit » ouais, mais en Thaïlande aussi le train il circule à deux à l’heure en sautant de partout.DSCF6050 S0016059Et comme une vidéo vaut mieux que de longues explications, …

Donc oui, ça bouge beaucoup, beaucoup, beaucoup. Nos fesses ont perdus un peu de leurs gras depuis notre départ de France, dommage. Les lattes en bois des assis-dur, au bout de 6h de train sautillant, ça fait mal aux fesses. DSCF6091 DSCF6094 DSCF6130 Stitched PanoramaPas de carreaux aux fenêtres, c’est directement en contact avec la nature. Et puis, si il y a bien quelques touristes en ordinary class, on voyage aussi avec quelques locaux, qui déballent leur victuailles dans le train, nous observe autant que nous le faisons, et essaient parfois de papoter avec nous.Stitched Panorama DSCF6353 DSCF6361 DSCF6087

On s’arrête dans plein de petites gares intermédiaires, toutes plus petites les unes que les autres celle de départ n’étant pas bien grande. On fera même une pause déjeuner d’une bonne demi-heure (comme en bus quoi !) à manger un curry à côté des contrôleurs et du conducteur.DSCF6184 DSCF6192 DSCF6202 DSCF6281

A l’arrivée du train en gare, les vendeurs ambulants – comme cela se fait aussi pour les bus – proposent leurs en-cas qui sont échangés par la fenêtre.

Pour de nombreux touristes (voyageant en upper class – avec des ventilo’ et des repose pieds), le point d’orgues du trajet est le passage d’un vieux viaduc d’acier datant de la fin du XIXème siècle. Comme la maintenance préventive n’est pas l’activité favorite des Birmans, le train y roule au pas.

D’ailleurs le train bouge beaucoup, ce qui devait arriver, arriva. Le train a déraillé. Enfin pas tout le train, mais juste un essieu à l’arrière du train. Le convoi roule tellement lentement qu’il n’y a bien entendu pas eu de soucis (heureusement quand même qu’il n’a pas déraillé sur le pont !)
Donc, les mecs du train commencent à vouloir réparer le truc. Nous on se dit qu’on ira plus vite à pieds, on est à 10km de la ville, on va rejoindre la route, et faire du stop.
Ni une, ni deux, en moins de 30 secondes, on est assis dans la benne d’un camion transportant des sacs de ciment… (pas cool pour nos fringues…) mais au bout de 3min, on s’arrête pour refroidir les roues du camion.
On change alors de véhicule et nous arrivons à Pyin U Lwin.

Cette ville n’a pas grand intérêt, et après réflexion, plutôt rapide, on part le lendemain matin pour Mandalay, en pick-up, cheveux aux vents et lattes en bois. Aïe, nos fesses…

On n’avait décidé de ne pas visiter Mandalay au départ, mais notre planning nous laisse cette possibilité-là.
Alors pourquoi pas.
On arrive en fin de matinée, et on se loue des vélos pour rejoindre le pont U-Bein, le plus grand pont en teck du monde.
Passage éclair par le marché de jade – qui nous dégoutera un peu, d’autant plus quand on connaît les conditions dans lesquelles se fait l’extraction des pierres précieuses en Birmanie (les mineurs des minorités des villes du nord – interdites aux étrangers – seraient payés en fix d’héroïne…ce qui arrangerait bien la junte dans la gouvernance de ces ethnies parfois dissidentes).

En chemin, on s’arrête pour observer les sculpteurs de Bouddha, tout blanc de poussière. Sur le trottoir, sans masque, sans lunette de protection. Juste une scie-ponceuse à la main…DSCF6419 IMG_7662 DSCF6414La route passe par les faubourgs de la ville un peu crados, délabrés et hyper bruyants.

A l’arrivée, il y a beaucoup de touristes, venus assister au coucher du soleil. C’est vrai qu’avec cette lumière de fin de journée, les pêcheurs debout dans l’eau, les buffles qui pataugent, et le pont, si fragile d’apparence et graphique, le moment est bien choisi.DSCF6454 Stitched Panorama IMG_7732DSCF6526 Stitched Panorama DSCF6540

On se balade un peu dessus, puis dessous, profitant du calme de la rive, avant de remonter sur nos biclous, pour 50min de pédalage (Aïe nos fesses !), à travers les marchés, les chiens errants qui traversent n’importe comment les rues (dont un finira sous nos yeux sous les roues d’une mob’), les carrefours sans signalisation, ou tout le monde y va… et on verra si ça passe, … et la nuit qui tombe.
On se dit que les rives du canal, loin des grandes rues en quadrillage de la ville, semblent bien animées et aurait mérité qu’on si attarde…

C’est un aperçu un peu rapide de Mandalay, mais nous devons commencer à rejoindre la frontière avec l’Inde.
Direction donc Monywa, ville située à 3h de bus, au nord-ouest.

Un Hsipaw, deux Hsipaw, trois Hsipaw doudou

Comme on l’a dit, le mec qui a mis en place les horaires des bus en Birmanie, n’a pas été à l’école longtemps…
Donc, en partant à 15h30 de Nyaung Shwe (dans le seul bus proposé), on ne pouvait pas être autrement qu’à 4h du mat’ à Hsipaw. Et franchement, c’est vraiment naze d’arriver à cette heure-là… On fait comme tout le monde (les 4 autres loawai avec nous), on va voir les auberges. Certaines proposent des tarifs réduits pour la moitié de nuit, d’autres proposent d’attendre le matin, pour faire le check-in, mais il faut alors se poser en boule là, comme ça, dans le hall, …

L’auberge qu’on a choisi est pleine, on doit donc attendre 8h du mat’… Fâchés, on part errer en ville, avant de trouver un super petit salon de thé/boulangerie, avec thé au lait+sucre et beignets tout chauds.
On passe là une bonne heure et demi, fatigués et un peu déroutés de cette drôle de situation.DSCF5218 DSCF5246Mais le gérant est super sympa, moitié Chinois, moitié Birman, ils sont en plein milieu d’une fournée d’alléchants beignets.

Vers 5h30, on part se balader au marché du matin, éclairé à la bougie et au néon. Alors que la ville est déserte, ici, c’est l’effervescence. Et on découvre que les motos ou tuk tuk chargés de provisions sont en fait des marchands ambulants qui vont ensuite vendre leur produits dans les villages alentour  la journée.DSCF5272 DSCF5281 DSCF5287 DSCF5292 DSCF5317 DSCF5322Le jour se lève enfin, et le brouillard aussi.

DSCF5330-1 DSCF5334On part récupérer nos sacs au petit café (petit thé au lait au passage), et on se dirige vers une auberge, différente de celle de cette nuit*.
Devant la porte, un hollandais et un français discutent. Cette auberge semble trop bruyante etc…
Est-ce qu’on veut aller se faire un tour en barque, départ dans 30min… Euh, c’est qu’on n’a pas dormi… Euh… Sinon, Jean-Philippe, le français, nous propose rapidement une rando’ de 6h pour aller passer la soirée dans un monastère. Il part pour 5 jours à travers villages perdus et montagnes éloignées. Euh, c’est qu’on est un peu claqués… on est arrivés cette nuit…
Et là, on ne sait pas ce qu’il s’est passé.
En 5min, nos sacs sont déposés à l’auberge, et hop, on retrouve Jean-Philippe dans le bus, prêts à partir pour Kyaukme, afin de le suivre dans sa rando’…
On se présente un peu. Lui, il bosse comme bénévole dans les camps de réfugiés karens en Thaïlande (ceux qui fuient le régime birman ou l’armée karen). Trop intéressant, cette journée s’annonce bien.

Notre rando’ commence à Kyaukme, petite bourgade à 1h en bus de Hsipaw. De là, il faut se diriger en gros vers le nord. Jean-Philippe est déjà venu l’année passée. On a le nom des villages, une photocopie de carte topographique de 1965, et ses souvenirs plus ou moins flous du gros arbre en bord de la route, de la forêt sur la colline, qu’il faut passer à droite… ah non, à gauche…DSCF5339 Stitched Panorama DSCF5352 S0255388Mais on marche d’un bon rythme, coupant à travers champs, croisant des habitants un peu étonnés de nous voir sur ce chemin et un gros serpent orange.

Le soleil cogne, et avec notre très courte nuit, on fatigue vite. Mais on papote bien, des différentes ethnies de la Birmanie, des problèmes qui en découlent, du camp de réfugiés, de leurs réinsertions, de la sienne, … bref, on ne s’ennuie pas.
On s’arrête au pied d’un arbre pour faire une pause, et avaler un gâteau (oui, on est parti rapidement… heureusement qu’on a prévu de l’eau…), lorsqu’on se rend compte qu’il n’y a plus qu’une veste sur les deux d’accrochées au sac-à-dos. Oh non, pas la veste super-technique-hyper-imperméable-respirable-sans-transpiration-trop-en-super-solde-du-vieux-campeur-trop-chère…
Marion part faire un petit aller-retour, mais rien. On décide de faire marche arrière. On va la retrouver sur le bord du chemin, et on repartira dans l’autre sens pour rejoindre Jean-Philippe au prochain village.
Finalement, d’un bon pas, on rebrousse chemin. Mais rien. Pas de veste… Et il est trop tard pour refaire demi-tour pour se diriger vers le monastère.
Ahh… on est fâchés. Pfff, on n’aurait pas dû repartir en sens inverse… Pfff…

Alors qu’on se rapproche de la ville, une camionnette suivie d’un convoi de mobylettes nous croisent. On s’arrête, et on observe.
Il s’agit d’une cérémonie d’incinération, dans la tradition népalaise. On demande si on peut rester, et avec sourires, on nous accepte, on nous invite même, en nous offrant – comme à chacun – une brique de jus de fruit et un petit paquet de lessive.
Sorti de la camionnette, le corps est déposé sur un bûcher, monté au préalable. Et Marion mise à part, personne ne pleure. Le père et le frère sont là, mais non, on nous explique qu’ils étaient tristes avant, il y a 20min, chez eux. Maintenant, c’est fini. Sa femme n’est pas présente, son avion a du retard, elle n’arrivera que dans la soirée. Donc on ne l’attend pas ?
C’est vrai qu’en croyant à la réincarnation, le corps n’est finalement qu’un « support ». Cet être « perdu » est déjà « ailleurs »…
On assiste donc au cérémoniel. Les gens présents, papotent comme au bistrot. Pas d’émotions visibles, on va dire.
Le chef de cérémonie officie, le linceul est en parti retiré, laissant apparaître quelques parties du corps. Il vaporise un liquide, trois fleurs sont déposées, du riz et hop, deux hommes font le tour du bûcher avec des torches, afin d’y mettre feu. Tout ça s’embrasse très rapidement, limite dans l’indifférence générale.
On est en plein milieu d’après-midi, dans un champ, sur une colline.
Les flammes, rouges, oranges, vertes et bleues dansent… Et soudainement, tout le monde remonte sur sa moto.
Personne n’attend que le feu ne cesse. C’est donc fini.
On nous explique qu’une personne est en charge de récupérer les cendres pour les répandre dans la rivière.

On remercie notre ami népali de nous avoir expliqué ce moment. Marion s’excuse de ses larmes.
Il ne faut pas pleurer, lui dit-il, on est tous pareils.

On fait demi-tour. Un peu bouleversés par ce moment, questionnés et émus.

On arrive enfin à Kyaukme, après 25 km de marche. Le bus nous attend (la moitié arrière est rempli jusqu’au plafond de sac d’on-ne-sait-quoi), on arrive une heure plus tard à Hsipaw.
Au pied de l’auberge, on croise Dunker le Hollandais et sa femme, rencontrés le matin, et on part se boire une bière ensemble.
Ce sera finalement plusieurs bières et une bonne soirée papote. Il était venu en Birmanie il y a 15ans… et il en connait un rayon sur le monde entier, une longue journée riche riche riche en apprentissage…Et tant pis si on est rentré à Hsipaw, c’est le destin on va dire.

Le lendemain, on ne fait RIEN. Grasse mat’, petit dej’ chez notre salon de thé/boulanger de la veille, retour à l’auberge et sieste… déjeuner et micro balade pour trouver un guide afin de faire un trek de trois jours dans les environs*.

En chemin, on croise Sarah et Julien (les Albasquier, on a bien pensé à vous !), un couple de Belges très sympa avec qui on a bien accrochés. Il faut dire qu’on va passer 5h à organiser notre trek, avec un guide local (qui n’a pas dû faire beaucoup de trek… !), qui ne parle pas bien anglais. Mais c’est pas trop cher, ça fait fonctionner l’économie local plutôt que la mafia touristique de Hsipaw*.
Et pour palier ses lacunes en Anglais, on propose qu’il se fasse accompagner par un « étudiant ».
Ma Boat Boat, l’affable gérante du café, est très chouette (elle a même pris en stop une équipe de Pekin Express, c’est une star !). DSCF5412Elle s’occupe de tout ça, enfourche sa moto, va chercher notre « étudiant », s’occupe des billets de bus pour nos Belges, de leur sacs… et tranquillement, notre équipe va se former. Marché conclu, on part le lendemain, tous les 4, plus Nini notre guide et Phyio Way, notre english speaker. Une bonne petite équipe. (Comme Nini connait pas non plus trooop bien une partie de l’itinéraire, un troisième Birman se joindra ainsi à notre périple le deuxième jour, pas du tout anglophone pour le coup).

Les trois jours qui suivront seront une sorte de parenthèse entre potes. DSCF5417 DSCF5422 Stitched Panorama DSCF5438On sillonne les collines, les montagnes, les champs qu’on traverse ensemble. On tombe sur une fête traditionnelle dans un village, …
Ça grimpe, ça descend, et ça regrimpe. On traverse de petits villages de l’ethnie des Palang, puis d’autres villages Shan.
De nouveaux « bonjour », de nouveaux « merci », mais toujours le même accueil chaleureux.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF5493 DSCF5518 DSCF5502 Stitched Panorama DSCF5543 DSCF5550 DSCF5558 DSCF5560On dort chez l’habitant. La première nuit se fait dans une maison qui ressemble plutôt une auberge, alors que la seconde maison, dans le village de Kunkaw, baigne dans son jus. Il y fait sombre (pas beaucoup d’électricité ici**), ça sent le feu de bois partout, les toilettes tout au bout du jardin, la télé en fond sonore, et des nattes pour dormir à même le sol sous de lourdes couvertures (ouaiii comme au Kirghizstan !), au son des cloches des chevaux de l’écurie du dessous.Stitched Panorama DSCF5597 DSCF5621
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Le village de Kunkaw est une jolie découverte. On reçoit tellement de mingalaba et de sourires… en arrivant.
Alors que certains enfants jouent avec des « bouts de bois », d’autres s’occupent des plus petits, portés sur leurs dos, les animaux se baladent dans les rue poussiéreuses, les adultes papotent, …DSCF5772 DSCF5779 DSCF5785 DSCF5788 DSCF5791 DSCF5800 DSCF5805 DSCF5806-1 DSCF5807 Stitched Panorama DSCF5875 DSCF5871 DSCF5876 Stitched Panorama DSCF5925 DSCF59261 Stitched PanoramaOn rencontres deux jeunes institutrices de 20 ans, « immigrées » des plaines centrales, affectées en pays Shan où elles doivent enseigner en Birman au sein d’une population qui comprend à peine cette langue. Pas facile, elles se sentent bien seules, et notre passage leur procure une – ridiculement courte – parenthèse dans leur isolement.
Là encore, on se sent loin, surtout après notre longue journée de marche.
Loin mais si bien accueillis. On radote, on se répète, mais on ne veut pas oublier, la Birmanie, ce sont des sourires et de la gentillesse à en friser l’overdose, les enfants comme les adultes. On a l’impression d’être bienvenus partout. C’est beau, ça réchauffe le cœur, c’est finalement des villages comme Kunkaw qui nous crée nos plus beaux souvenirs, nos plus belles émotions. Bagan c’est un patrimoine merveilleux, le Lac Inle est purement magnifique… mais la plus grosse valeur de la Birmanie, ce sont les gens qu’on y rencontre, au détour d’une rue, sur leur moto, à la terrasse d’un salon de thé, au kiosque à bétel… tout le monde nous invite de son sourire.

La rando’ en elle-même ne casse pas trois pattes à un canard (même si on était bien cassés au bout du troisième jour). Loin d’être aussi grandiose que les paysages du lac de Karakol, les paysages que nous traversons sont beaux le premier jour. C’est une jolie campagne que nous découvrons.DSCF5703 DSCF5730 DSCF5736 DSCF5744 DSCF5746 DSCF5756 DSCF5762 DSCF5768 DSCF5944Cependant, le deuxième jour, on aperçoit des flancs entiers de collines complètement déforestés. Partout, ça coupe, ça rase, ça taille, ça brûle.
À la place, les paysans plantent du maïs, destiné… à être exporté en Chine. On a l’impression d’observer le travers de l’économie mondiale…
Mais Nini nous explique que ça procure un bon revenu aux paysans… Ok…
De toute manière, ils comprennent pas trop le concept de « crise environnementale » : quand il n’y a plus d’eau dans la bouteille, ben on la jette par terre, voilà tout… alors leur expliquer que déforester et tout brûler, c’est pas top… ils ne comprendraient pas.
Le troisième jour enfin, on passe par des paysages complètement désolés, de véritables cimetières d’arbres. Plus d’ombre, des pistes assez larges pour faire passer des camions. Bon… Heureusement, il y a les Birmans.

En trois jours, on aura marché 18, puis 22 et 25 km. On est tous épuisés, lorsqu’on arrive à Kyaukme.
Petit resto à l’ombre tous les 7, et on part visiter la fabrique de papier de la ville (du papier à cérémonie funéraire…aussi exporté en Chine), en accompagnant à leur bus Sarah et Julien qui partent directement au Lac Inle, et avant de reprendre le nôtre pour Hsipaw.
La colo’, c’est terminé.DSCF5983 Stitched PanoramaLe lendemain, on se fait une dernière journée repos à Hsipaw, avant de reprendre la route pour Pyin U Lwin.Stitched Panorama DSCF6028 DSCF6034 DSCF6004 DSCF5404-1
* Si on a bien compris que le tourisme ne profite richement qu’à certains, on en a eu une bonne démonstration à Hsipaw.
La ville n’est pas foncièrement trop touristique, mais depuis que le Lonely y vente les rando’ à faire aux alentours (pas pour bien longtemps si les forêts continuent à être ainsi rasées), les touristes commencent à venir.
Historiquement Mr Charles et Lili avaient ouvert chacun une auberge, ils ont désormais deux gros bâtiments flambant neufs, construction prétentieuse à la Chinoise (néons de couleur, ascenseur vitré) pour l’une, pseudo chalet du Colorado pour l’autre, et dedans une horde de touristes qui viennent se presser pour trouver des guides pour les trek du coin. Car en effet, si dans d’autres villes, les guides ont pignon-sur-rue et viennent nous harceler dans la rue, ici, il n’en est rien. Où sont-ils ? On ne les trouve que chez Lili et Charles qui se servent ainsi une copieuse commission de plus de 50%… pour juste fournir un bureau aux guides du coin. On comprendra alors qu’il ne peut en être autrement, et qu’un guide qui souhaiterait être à son propre compte et démarcher les voyageurs risque gros. Ici, quand on a de l’argent, on a aussi du pouvoir, les officiels ne sont jamais contre un petit bifton, et Charles et Lili en ont beaucoup (et des rumeurs disent qu’ils en auraient usé pour faire définitivement taire certains). Ce n’est pas facile de trouver l’alternative, le plus simple aurait été d’aller chez les « Parrains » de Hsipaw. En passant par Ma Boat Boat, on essaie d’utiliser une filière parallèle. Nini n’est que son employé et connait un peu la montagne pour y travailler, il ne parle pas si bien anglais, mais avec Phyo Way, ils font la paire…
Bref, on espère que ça ne lui créera pas de problème, c’est en tout cas une équipe super…
Ah, au fait, Lili et Charles… ils sont en fait frère et sœur, et on apprendra au cours de notre séjour que la petite auberge familiale dans laquelle on dormait, appartiendrait en fait à Lili…. Rhaaaa

 

** Dans les villages reculés, l’électricité n’est pas apportée par le réseau national. Les autochtones se rassemblent pour installer une turbine au pied d’un barrage d’une demi dizaine de mètre de haut, et tirent les lignes eux-mêmes. Les câbles sont fins comme du fil à linge, et parfois torsadés les uns aux autres quand ils ont été sectionnés et les poteaux sont fait du bois des forêts du coin ou en bambou.
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À la flotte

Quelle bonne surprise en arrivant à NyaungShwe sur le lac Inle.
On s’attendait tellement à retomber dans un lieu ultra touristique où nous serions des proies faciles.
Erreur !
Grossière erreur !
Alors oui, c’est très touristique. On ne va pas se mentir. Et les gens ici, ont bien compris qu’il y avait un business à faire avec le lac. Mais ils sont loin d’être des « prédateurs ». Les agences de tourisme ouvrent, les petits resto’ pour touristes aussi, et le nombre d’hébergements sur le site est passé d’une quarantaine, à plus de quatre-vingt en un an… mais les prix n’augmentent pas trop (mais restent chers…), les pécheurs – qui à mi-temps baladent les touristes sur le lac – ne sont pas du tout insistants (et heureusement car ils sont des centaines à proposer leurs services) et les gens gardent leur sourires et leur généreux accueil.
En restant quelques jours dans cette petite ville lambda, on trouve même nos habitudes, les gens nous reconnaissent dans la rue, nous interpellent… c’est un vrai bol d’air de venir ici après Bagan, et ça nous remet en confiance pour la suite du voyage.
On aura une grande discussion avec le gérant de notre auberge, sur le tourisme en Birmanie, et s’il consent qu’il y a quelques points négatifs à cette rapide ouverture du pays, il arrivera cependant à nous faire nuancer notre point de vue. En effet, l’expansion du tourisme a eu de bons effets sur la société birmane, en accélérant la concurrence, en augmentant les entreprises privées (appartenant malheureusement souvent à d’anciens généraux ou relatifs), et par exemple en offrant de meilleures garanties bancaires, et donc une situation économique plus stable, et moins dépendante du dollar.

Bref… globalement ce séjour au lac Inle recolorera l’image que nous avions de ce pays après notre passage à Bagan.
Et principale raison aussi : il fait très beau, et c’est magnifique.
DSCF5112DSCF4334On décide de se faire une journée off. Il fait beau, et on a la flemme de se bouger.
En plus, on est jour de lune nouvelle, et tout le monde sait bien que jour de lune nouvelle, il n’y a pas de marché !
Alors on part se balader dans la ville, on mange du curry, on goûte un gâteau à la noix, on dit bonjour, on fait des croquis, on fait des photos, on fait rien.
Sur le ponton, alors que Marion est penchée sur son carnet, Brice papote avec un pécheur, il ne veut pas forcément vendre ses prestations, mais finalement on prend rendez-vous avec lui pour le lendemain.
On essaie en effet d’avoir la démarche la plus socialement équitable possible dans ce pays, pour que la manne du tourisme ne profite pas toujours qu’aux mêmes. On recherche les bui bui, et en l’occurrence, on se dit que c’est mieux de filer des sous à notre famille de pécheurs qu’à l’agence de voyage des auberges qui brassent déjà beaucoup d’argent…. Même si ça nous fait gamberger : va-t-il retourner pêcher ?
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On loue des vélos vers 15h.
Bon, on n’ira pas bien loin, Marion, à l’arrêt (et dû à sa maladresse…) se tord/se raille l’orteil-pouce-des-DEUX-pieds. Mais ça nous permettra de faire une tour dans la campagne, dans des villages derrière, pas besoin de faire des kilomètres pour déjà se sentir loin loin loin. Des enfants qui rentrent de l’école parmi les champs inondés, des petites maisons de bric et de broc, des agriculteurs qui travaillent encore quasiment sans machine…
DSCF4363 DSCF4381 Stitched Panorama DSCF4395 DSCF4439Le lendemain, rendez-vous est pris à 7h30 avec notre ami pêcheur. Rosa et Jérôme, un couple franco-espagnol rencontré la veille également, nous rejoignent pour la journée.
Le lac Sankar est situé à 3h de barque motorisée de NyaungShwe. C’est plus loin et plus cher que le circuit traditionnel, mais on nous a dit que c’était très joli là-bas.
Alors, quitte à être au Lac Inle, autant en profiter à fond.
On traverse donc le lac Inle, observant les pêcheurs, en équilibre sur leur barque. Tels des danseurs, ils zigzagent et avancent, maniant la rame avec dextérité du bout du pied. Au loin, les montagnes encadrent le lac.
Elles semblent protéger cet environnement.
IMG_7358 DSCF5094 DSCF5096IMG_7366 DSCF5101Les maisons sont construites sur pilotis, plantés au milieu du lac. Alors certes, le lac parfois n’atteint qu’un petit mètre de profondeur (max. 6m), mais tout le monde se déplace en bateau.
Chaque maison est unique. Construite en bouts de bois, tôle, clous et ficelle.
Bambou par ici et par là, suspendu pour faire sécher le linge, fermement assemblé pour fabriquer un escalier, planté pour amarrer la barque…
C’est élégant, coloré malgré la précarité.
DSCF4460IMG_7483 IMG_7446 DSCF4625 DSCF4555 DSCF4576DSCF4619 DSCF4560 DSCF4609Certaines maisons ont été abandonnées, penchant de côté.
Sur d’autres, on aperçoit les extensions, les passerelles pour aller s’accrocher à la maison du voisin, ou pour simplement rejoindre le « cabanon-toilette » avec « tout à l’égout ». L’électricité arrive aussi. Les pylônes, en tronc d’arbres, supportent les câbles électriques. Si légers, si graphiques.
Sur les rives, les buffles tractent des charrues pour retourner la terre…
DSCF4622 DSCF4625 DSCF4648 DSCF4649 DSCF4664 DSCF4676 DSCF4681 DSCF4781On navigue, au bruit tonitruant du moteur à explosion, saluant les paysans installés sur les berges. La barque passe dans les mangroves. On ne voit pas l’eau. Une fois, nous aurons moins de chance et on s’embourbera dans un chemin trop peu profond. Mais la plupart du temps, on traverse pour ressortir quelques mètres plus tard, au milieu d’une étendue d’eau, dans laquelle, de l’eau jusqu’à la taille, des paysans récupèrent des je-ne-sais-quoi. Plus loin, debouts à l’extrémité de leur esquif, d’autres semblent marcher sur l’eau.
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Au village de Sankar, c’est jour de marché. On y arrive un peu tardivement, mais l’accueil est toujours aussi agréable et souriant.
Au bord de l’eau, dans un mélange boueux, des buffles tirent des charriots remplient des biens glanés au marché pour les transborder dans des pirogues enlisés sur le rivage. Celles-ci rejoindront les villages ou les hameaux lacustres encore plus reculés.
On n’est ni sur l’eau, ni à terre, on est ailleurs, loin de notre monde. Ce village semble tellement isolé et hors du temps.
DSCF4741 DSCF4750 DSCF4721 DSCF4769On s’y balade, mingalaba partout et tout le temps, bols de nouilles, papote et thé, et on remonte sur notre canot.

Les barques ici, sont construites en teck. Celle sur laquelle nous sommes installés mesure une dizaine de mètres de long. 4 sièges en bois pour nous accueillir, couverture pour le vent du matin et du soir, et parapluie contre les projections d’eau et les embruns. À la poupe, un moteur poussif à l’échappement pétaradant*, (nos oreilles s’en souviendront encore le lendemain) entraîne une petite hélice 3 mètres en retrait.
Les embarcations des pêcheurs sont un peu plus petites (peut-être 4 ou 5 mètres), symétriques, plus plates et frêles, avec ou sans moteur. On est un peu mal à l’aise de les doubler si facilement, leur barque remplie à ras-bord, ramant doucement sur l’eau…
La plupart sont à genoux, sur le bout du bateau, ramant à droite puis à gauche. Certains, debout, manœuvre du pied. Alors que d’autres, aidés de leur moteur, sillonnent les rivages.
DSCF4819 DSCF4822 DSCF4828 DSCF4845 DSCF4830 DSCF4895 DSCF4847 DSCF4898 DSCF4913 DSCF4900En cours de route, alors que soleil et ombre jouent avec les couleurs, notre embarcation vient percuter la barque d’un pécheur. PAF, par l’arrière, notre pilote un peu distrait n’a rien vu. Et le pécheur non plus.
On a juste le temps de voir passer un type les 4 fers en l’air, et PLOUF, dans l’eau.

Sa pirogue est retournée, des trucs flottent, et le mec, trempé mais indemne debout au milieu du lac (Oh… il a pied…), vocifère contre notre conducteur.
On l’aide à retourner son embarcation, le moteur est HS, il a perdu l’hélice… Un papy en barque s’approche pour aider à détacher le moteur pour vider la barque, …
DSCF4612Et nous, nous sommes coincés sur notre bateau, ne sachant ni que faire ni que dire…
Au bout de 20min, on reprend la route. Un peu perplexes de ce qui vient de se passer. Ça doit les emmerder ces pêcheurs toutes ces barques à touristes… Pfff…
Marion se sentira coupable au point de vouloir – un temps – aider financièrement à la réparation.

Mais notre journée continue, alternant passage par des jardins flottants et de grandes étendues d’eau, on visite un monastère perdu dans les marais.
DSCF4975 DSCF4997 DSCF5018 DSCF5030 DSCF5031 DSCF5037 Stitched Panorama DSCF5066Nous, assis dans notre confortable et bruyant bateau, on observe ce paysage qui défile.
On traverse le village de Nam Pan.
Des rues bordées de poteaux électriques, de maisons, des jardins, des garages et des commerces. Une vraie ville… mais sur l’eau. Mais pourquoi ont-ils décidés de venir s’installer ici… ?
La surface de l’eau des « rues » est si plane qu’on dirait un miroir, et la quiétude du lieu rajoute un peu plus à la magie du moment.
À la sortie de l’école, les enfants montent sur la barque, pour rentrer chez eux, si simplement… Ouais, en fait, c’est comme un bus de ramassage scolaire…
Tandis que les plus petits jouent sur les pontons et nous lancent des coucous… Mais ils savent nager ? La vie et les habitants se sont parfaitement adaptés à leur environnement aquatique.
DSCF4965 DSCF4926 DSCF4928 DSCF4931 DSCF4935 DSCF4939 DSCF4946 DSCF4948 DSCF4963C’est une jolie incursion en territoire flottant.
C’est beau, c’est beau, c’est beau.
On en prend plein les mirettes.

Notre journée sur l’eau prend fin. Retour à NyaungShwe.
Le lendemain, on a un peu de temps pour faire un tour de voisinage. Notre bus pour Thipaw ne part que dans l’après-midi – « excellent » timing puisqu’on arrive ainsi à destination en plein milieu de la nuit.

 

  • En Birmanie, il existe un gros moteur unique, un moteur Made in China. Tout le monde s’en sert pour les motoculteurs/les camions/les bateaux/les pompes agricoles… toujours en échappement libre, pour bien qu’on les entende…

 

 

Bagan, ça autruche

Il y a deux endroits qui nous ont incités à venir en Birmanie : avant même que l’on ne connaisse quoique ce soit du pays, de sa (ou ses) cultures, de son climat politique… les images que l’on avait eu de la vieille ville de Bagan et des pêcheurs glissants sur la surface totalement plane du lac Inle faisait naître des étoiles dans nos yeux. Il y a plus de onze mois déjà, on ne voulait aller en Birmanie que pour ça.

Depuis on pense avoir un peu grandi dans notre tête, et on a découvert la Birmanie sous d’autres aspects qui n’ont pas à rougir de ces deux prestigieux sites touristiques.

Et quand on dit « touristique »…
Comme déjà dit plus tôt, le tourisme est en plein boom dans ce pays (croissance du nombre de touristes à deux chiffres), mais l’offre – notamment d’hébergement et de transport – confère un certain monopole à ceux déjà installés.
Aussi, quand on arrive à Bagan, on va taper à la porte des premières auberges… qui sont soit complètes, soit trop onéreuses, soit les deux… bon bon bon… finalement au bout du bout de la route, après peut être 1h30 de prospection, on arrive à trouver une chambre bruyante pour 20$, faute de mieux… On est fâchés, mais on changera d’auberge le lendemain.
Il fait nuit, on a faim yala !

aparte :
* En Birmanie, le mec qui a fait le tableau des horaires de bus a certainement dû quitter tôt l’école.
Les bus de nuit ont toujours la bonne idée de partir en milieu fin d’après-midi, pour arriver à destination… en milieu de nuit !
Et comme nous demandons toujours les chambres les moins chères, on a souvent le privilège pour 15$-20$ d’avoir des chambres :
– petites
– avec des murs en contreplaqué
– aux fenêtres isolantes peu ou pas (parfois aveugle) (parfois, il en manque un morceau)
– à deux mètres de la réception
(le choix n’est pas limité)
…et donc vers 3-4 heures du matin, les voyageurs arrivent, demandent si y’a des chambres, râlent des prix trop élevés, mais prennent tout de même les chambres, puis prennent des douches…et s’endorment.
… puis vers 6-7 heures du matin, les premiers voyageurs se réveillent pour aller découvrir les splendeurs birmanes, ou faire le check out, ou prendre le petit déj’…
Enfin voilà, les nuits sont courtes, mais on l’a bien intégré.

 

On s’obstine, on tient tant à visiter Bagan !DSCF3922 DSCF4291 DSCF4241 DSCF4213 Stitched Panorama DSCF4170 DSCF4169 Le site est énorme, 42 km² entre 3-4 villages (dont les habitants ont gentiment été sommés de déguerpir pour laisser plus de place aux hôtels et aux touristes) et au milieu…. Une IN-FI-NI-TE de temples/stupas/pagodes plus ou moins en ruines, avec plus ou moins de gens autour.
Parfois des étrangers, et surtout des pèlerins (enfin, c’est ainsi qu’on nommera les touristes locaux qui s’entassent dans les bennes des camionnettes et qui nous saluent tous le sourire aux lèvres).
Et nous comme tout le monde, on est en bicyclette, et on a parcouru de long en large tous les petites pistes, on s’est ensablés, on a traversés des champs, mais le site est si grand que malgré la promiscuité dans les auberges, on arrive à passer des heures sans croiser personne (si ce ne sont quelques chèvres, leur berger ou un chariot à bœufs). Et si certains grands temples sont plébiscités, pour la plupart, on se retrouve seuls avec le gardien d’un temple toujours accueillant et qui nous ouvre la grille avant de retourner à ses tâches domestiques dans sa hutte en palme tressée.IMG_7349 Stitched Panorama Stitched Panorama IMG_7326 DSCF4147 DSCF4138 IMG_7286 DSCF3910 DSCF3907 DSCF3905 DSCF38941 DSCF3882 DSCF4145 Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF4206 Stitched Panorama

On passe à travers des hameaux, dans lesquels les gens n’ont pour seule richesse que leur vache. Les enfants cul-nus nous lance de grand mingalaba, et leur parents, de grands sourires (combien de fois avons/allons-nous utiliser ce mot plus que jamais caractéristique de ce pays ?!!)… Ils sont beaux les Birmans, ils sont beaux de partout.

Et puis quand on grimpe au sommet d’un temple, la magie du site se révèle à nous.
L’immense plaine bordée par le puissant fleuve Irrawady, quelques arbres, au loin les montagnes, et partout les pointes des temples dépassent plus ou moins. Ca émeut beaucoup beaucoup beaucoup (comme une autruche), et c’est encore mieux le dernier jour, quand le mauvais temps laisse place aux rayons du soleil, baignant cette atmosphère de bout du monde (si on regarde dans la bonne direction), on pourrait rester des heures à contempler ce paysage.IMG_7263 DSCF4113 DSCF4071 DSCF4045 DSCF4040 Stitched Panorama DSCF3977 DSCF4077 DSCF3972 DSCF3960 DSCF3947 DSCF3945 DSCF3939L’intérieur des temples n’est pas en reste. Si pour de nombreux, on se demande où part l’argent des subventions (UNESCO, UE… ou les 20$ only foreigners), certains ont encore de belles peintures.

Le patrimoine bouddhique à Dunhuang (Chine) était bien travaillé et conservé (1400 ans dans l’obscurité d’une grotte, ça aide), mais au mur se succèdent des épisodes de la ville du Bouddha, ou de grosses représentations dans différentes positions… les couleurs sont parties, ou se sont affadies, mais il en émane une grande piété.DSCF3998 DSCF3868 DSCF3872 DSCF3873 DSCF3878

Donc, 3 jours à biclou à sillonner la région, c’était beau – malgré le temps qui ne l’était pas toujours, et Marion resté alitée un jour… (régime qui suit à base de riz/banane/coca/immodium/smecta)

 

…mais notre séjour à Bagan reste mitigé.
On est dans un lieu attirant les touristes et au pied des certains temples, des paysans remisent leurs outils pour vendre des peintures, des fringues, des objets en laques… la plupart – notamment les adultes – sont corrects et peu insistants, donc pourquoi pas, après tout.
Mais les plus jeunes commencent à comprendre que Blanc = Dollars… et en deviennent maladroitement agressifs. Les petites filles de 4-5 ans ne connaissent de l’anglais que candy ou one thousand quand elles veulent nous vendre leurs gribouillis (pour info : 1000kyats = 1$ = 2 repas dans un buibui)… mais quel est le premier connard à leur avoir filé un bonbon quoi !?!

Sans conteste, les gens autour continuent de nous sourire, les ado’ dans la rue ne cessent de nous interpeller mingalaba mingalaba
Mais le fruit commence à se gâter. Ça nous a beaucoup déçu, affectés aussi.
Affectés car bien que nous pensions bien faire (du moins avoir un comportement plus responsables que certains), nous sommes tous les deux, que nous le voulions ou non, protagonistes. Nous sommes bien heureux de venir à l’autre bout du monde, et de rajouter une pierre à l’édification du tourisme en Birmanie (ou au Kirghizstan… pour citer des endroits plus reculés), mais on est en train de se poser pas mal de question sur notre responsabilité dans tout ça, et puis notre manière de voyager…

Pas très simple dans ce pays, il est difficile de se mêler aux locaux, de voyager comme eux, de manger avec eux…
Pour quitter Bagan (pour le lac Inle en l’occurrence), « il n’y a » qu’un bus (flambant neuf, climatisé…etc) dans lequel voyagent 95% de touristes qui y paient le prix fort…
Pas d’alternative ? Tout le monde nous dit que c’est la seule option. Pas de pick-up, pas de bus pourris pour les locaux ? et puis c’est fatigant de se battre ainsi à chercher un transport « normal » (moins cher certes… mais aussi plus proche des Birmans).
Donc voilà, pour la première fois depuis le début de notre voyage, on est dans une bus avec que des laowai, séparés de la plèbe birmane, à devoir s’arrêter au resto’ route à touristes où l’on paie 2-3 fois plus cher que partout ailleurs – et les locaux autour nous assure si si, c’est le prix normal, on paie pareil.
Il y a même des toilettes only tourists, les Birmans vont 50 mètres plus loin … mais on est pareil ? notre caca, c’est le même, on reste tous des êtres humains…
Pourquoi tient-on tant à nous séparer comme ça ? Pourquoi on ne veut pas nous montrer la vie des Birmans ? Y’a quelque chose qui cloche un peu dans ce pays.
Est-ce seulement pour des raisons financières ?
Cet isolement des étrangers fait un peu penser à Cuba, où il y a même deux marchés distincts (comme s’était le cas aussi ici il y a quelques décennies).
Ou peut-être à Harry Potter et le monde des moldus… On sait que « la porte » pour aller de l’autre côté est ici, sous nos yeux … mais on n’arrive pas à la prendre…

Allez, on se dirige vers le Lac Inle, lui aussi ultra touristique. On veut le voir, on est aussi là pour ça, on se blinde, on se prépare… !
Et puis, comme à Bagan, on espère en prendre plein les mirettes !

En long et en large

Ça y est ! On part pour la capitale Yangon.

Enfin… l’ancienne capitale, puisqu’il y a quelques années, le gouvernement a décidé, sur un coup de tête (enfin : l’astrologue-a-dit !**), de la déplacer à Naypyidaw au milieu du pays, du jour au lendemain. La version officielle plaide pour un recentrage géographique pour être plus près du peuple… l’une des thèses non officielles serait plutôt que la junte craindrait des attaques américaines maritimes.

Bon, donc nous on va à Yangon… anciennement Rangoon, comme le gouvernement voulait effacer toute trace de la colonisation britannique, et tout ça…
Et pour y aller depuis Kyaik-Hti-Yo, il faut soit prendre un bus quelque peu onéreux (impossible de trouver les bus pourris pour les Birmans), soit faire à la manière bourlingue.
C’est bien sûr, cette dernière, que nous allons appliquer.

On se pose alors au bord de la route pour tendre le pouce. Mais aujourd’hui, c’est dimanche, et toutes les voitures/pick-up qui partent sont remplis à ras-bord de pèlerins. Tout le monde rentre, après un week-end passé au pied du Rocher d’Or (et ras-bord ça veut dire une vingtaine dans la benne du pick-up et une petite dizaine sur le toit). Pas grave, on est motivés. Ça va le faire.
On tombe alors sur une des seules voitures de particulier, et vide qui plus est. Elle nous embarque pour 20min de route et nous dépose à la gare de train, dans la vallée.
Malheureusement, le seul train est plein et interdiction de monter et d’y rester debout… d’après ce qu’on comprend. Bon, alors, on se dirige vers les bus et les pick-up. Comme à l’accoutumé, un attroupement se forme autour de nous, nous disant qu’il faut prendre un gros bus. Mais nous, on ne veut pas prendre un gros bus qui coute x fois le prix de ce que les locaux payent…
On trouve finalement un pick-up, les personnes déjà assises nous confirment qu’il va bien à Yangon, on négocie le prix, mais au moment de monter nos bagages, on nous dit qu’on ne peut pas prendre celui-là, c’est un autre qu’on doit prendre. Vide.
Au bout de 10min, on perd patience, et on part se poser au bord de la route pour faire du stop. Les gens ne comprennent pas trop non plus, et puis on se tape les mêmes voitures pleines qu’en amont. Des petits jeunes veulent nous aider… mais quand on essaie d’arrêter des voitures particulières, il nous dit « no no no no »…
Au Myanmar, les gens sont très sympas, très généreux… mais un blanc, ça a de l’argent, alors pourquoi il s’escrimerait à vouloir voyager avec des Birmans pour gratuit, hein ?
On finira dans un pick-up, coincé entre 3 bouteilles de gaz et un sac énorme de pastèques.
Déposés « presque » à Yangon, on monte dans un dernier bus de ville, qui nous secoue jusqu’au centre-ville.
Ouais on y est arrivé !DSCF3538 DSCF3540

La vieille ville de Yangon est quadrillée par un ensemble de rues toutes parallèles et perpendiculaires les unes aux autres, et numérotées, c’est plutôt facile de s’y repérer, ça doit dater de l’ère britannique.DSCF3635 DSCF3613 DSCF3563Sur les façades des vieux immeubles d’époque aux couleurs passées, les balcons sont chargés de plantes et vêtements qui sèchent. Stitched PanoramaDSCF3622 DSCF3809Les escaliers bien raides et sombres grimpent aux étages, des pinces sont suspendues à des fils descendant des balcons jusqu’au rez de chaussée. DSCF3559Elles servent à remonter le courrier ou n’importe quoi d’autre… mais aussi de sonnette (quand il n’y a plus d’électricité). Les trottoirs sont régulièrement encombrés d’énormes générateurs électriques (pour parer aux fréquentes ruptures d’énergie). DSCF3847Les minuscules échoppes installées sur la rue vendent de tout ! L’une d’elle revend toutes les pièces des ventilos, tes pales sont cassées? pas de problème choisis la couleur ! une autre fait la même chose pour les perceuses, ou les télé’…, un type vend des centaines d’outils de secondes mains et comme dans les marchés, tout est posé par terre.DSCF36511 DSCF3626 DSCF3642 DSCF3648 DSCF3815 DSCF3817 Stitched Panorama IMG_7244 IMG_7245 Stitched Panorama IMG_7250 IMG_7253 DSCF3837Et puis à tous les coins de rue, les odeurs de nourritures, des marchés, les petites terrasses improvisées,  … Tout semble hors du temps.
Les façades coloniales sont repeintes, chaque balcon d’une couleur différente choisie par son proprio’, c’est marrants. Nous on aime bien, ça fait des rues bigarrées et ça ne manque pas du tout d’harmonie
De vieux bus coréens (plan du réseau de Séoul encore affiché à l’intérieur) remplacent les plus vieux, rachetés au Japon, (dont les portes du côté gauche avaient été condamnées…. Système D !) et parcourent les rues et avenues à toute vitesse.DSCF3571Dans certaines petites rues, on trouve encore des taxi-vélos, et tout le monde chique cette noix de bétel, qui rend les dents rouges, et repend de merveilleux glaviots vermillons sur la chaussée.
Les hommes sont en longyi, les femmes aussi.
On prend du bon temps à se balader « là-dedans », accompagnés de sourires.
Ici, se côtoient de nombreuses communautés.
La Birmanie compte 6 ethnies principales, redécoupées en centaines de sous-entités. Autant dire que ça fait des gens différents. Et on le ressent bien en passant dans les différents quartiers…DSCF36021 DSCF3628On est contents de manger des roti, sorte de petit pain/crêpe indien, des nouilles sauce comme ci, du curry plutôt comme ça, des trucs gluants au goût… indéterminé.

En se baladant, on partagera un thé au lait concentré avec l’équipe de rédaction d’un journal, installée en terrasse. Il y a dans le groupe, un dessinateur/cartooniste. On essaye de parler de la liberté de la presse au Myanmar mais notre birman et leur anglais n’y suffiront pas… Dommage. On est passé à côté de plein de réponses aux questions qu’on se pose.
Mais Marion aura le droit à un cours de dessin sur les proportions du corps humain, tandis que Brice se fait faire le portrait. Très chouette moment, assis sur nos chaises en plastique, au ras du sol !
Et puis un soir aussi, alors qu’on vient de s’installer à notre terrasse de street food, un petit groupe d’étudiants nous invectivent, et on commence à papoter. Ils sont Daï (tiens, la même ethnie que dans le sud du Yunnan) de l’état de Shan… et ils ont monté une organisation pour défendre les droits de cette minorité dis donc ! ils parlent bien librement ! et ils nous disent que « leur » armée combat les « militaires » (l’armée régulière), que dans ces régions il n’y a pas d’école, pas d’hôpitaux… et que oui, ils se sentent Burmese, but not Burman (l’éthnie majoritaire)…ça a l’air compliqué ce pays…

Sinon, à Yangon, Il n’y a pas trop trop de sightseeing spots, mais il y a la pagode Shwedagon : la super grande, la plus dorée, la plus vénérée, la plus….Stitched PanoramaLe site est immense, recélant de multiples stupa, autels, templounets, Bouddha, … Tout est doré, il y a des cloches qui tintent au vent, de très nombreuses personnes viennent prier, des moines, et des touristes…Stitched Panorama DSCF3730 DSCF3792 DSCF3761 S0013734 IMG_72391 Stitched Panorama IMG_72381 DSCF3680 DSCF36721 DSCF3691 DSCF3706(on empruntera d’ailleurs l’entrée des « locaux » afin de s’affranchir du droit d’entrée only foreigners de 8$)*

Mis à part cette petite entrave au fonctionnement, le site est impressionnant. On en prend plein les yeux de dorures, cailloux précieux, miroirs et faïences, … c’est clinquant, mais la pagode est impressionnante, et son stupa est pourtant en travaux sous une grande bâche, ça doit en jeter sinon.
Brice fera copain copain avec un jeune moine… qui lui fera boire de l’eau de l’empreinte du pied de Bouddha… bon bon, mais juste une gorgée alors !

On profite de notre passage à Yangon pour aller finaliser notre demande de permis pour passer la frontière avec l’Inde. Le 2 février, nous passons de l’autre côté !

Départ le lendemain, pour Bagan.
À la gare de bus, un rabatteur (comment les éviter dans ce pays ?!) nous écrit que le bus coûte 11000 Ks (soit env.11$) (alors que tous proposent 15000). On le suit pour aller acheter nos billets, trop contents d’avoir trouvé moins cher. Au moment de payer, le prix est repasse à 15000 … only foreigners… On s’énerve un peu et, finalement on finira assis dans un bus, hyper climatisé et confort, pour 11000 Ks ! (bon, on sait que les locaux paient moins…)
Encore une victoire !
Dans le bus, c’est marrant, un film passe (volume à fond) et les Birmans – bon public – rigolent tous de bon cœur… et nous ça nous fait bien rire. (Et puis le bus a beau être tout neuf – enfin un bus chinois de seconde main – on a quand même une casse mécanique qui nous immobilise un temps sur le bord de route)
À la gare routière de Bagan, on monte dans un pick-up pour locaux pour rejoindre la ville, normal !. Mais on nous fait comprendre qu’on doit prendre un taxi.
pick-up, only locals. You,Taxi : 7$… Arggg ! He ho ! on est pas des Américains !
On part donc faire du stop pour les 5 km qui nous séparent de la ville.
La voiture s’arrêtera au check-point : entrée du site de Bagan : 20$ par personne… only foreigners

 

** l’astrologue a un rôle prépondérant dans les conseils donnés aux membres
du gouvernement, tout comme le numérologue. Aussi dans les années 70, un des généraux – bien avisé – remplaça tous les billets de banque par de nouveaux aux valeurs loufoques. Sur les brocantes de Yangon on en a vu quelques uns de 35, 45, 70, 90 kyats…
A première vue c’est marrant…mais ça devait pas être drôle pour rendre la monnaie

  • Pour répondre à une question posée dans une post précédent :
    Alors oui, ça ne semble pas beaucoup 8$. Sauf que l’argent qu’on distribue à chaque fois part soit dans les caisses de la Junte, soit dans celle du bouddhisme.
    Il n’en revient rien aux populations locales qui vivent (à près de 90%) avec moins de 50 centimes d’euros par jour, et on l’avoue, on accepte plutôt mal le fait de voir tous les prix majorés pour les touristes : repas, visites, bus, hôtels, …
    En mangeant dans la rue, on peut s’en sortir pour moins de 3$ à deux. Une nuit en auberge/cage à poule/douche commune et eau froide/puces (qui sont restées bien accrochées à Marion pendant une semaine…), on paye au mieux 14$ (prix affiché à 5$ pour les locaux – et on a jamais repayé si « peu »)…
    Un bus local pour 2h de route, nous a couté 1$, alors qu’il peut couter 5$ pour les touristes, ….
    Donc oui, 8$ pour visiter une pagode ça n’est pas énorme, tout comme 6$ pour le Rocher d’Or…
    Mais en l’occurrence, le bouddhisme draine beaucoup d’argent, les moines passent plusieurs fois par jours pour « réclamer » de la nourriture, munis de leurs timbales et seaux de riz, les gens donnent pour acheter des fleurs, de l’encens,… Ils posent des sous partout pour le Bouddha du Lundi et celui du Jeudi, pour le Bouddha du mois de Mai et pour l’année du Cochon…
    On essaye : pas d’argent aux religions, pas d’argent aux gouvernements qui réprimandent…
    Pour info’, en moyenne on dépense au Myanmar 4€ par jour pour manger (à deux !), alors qu’on dépense 13€ pour l’hébergement. Et à titre de comparaison, en Chine dans des chambres bien plus claaaasse, c’était respectivement 7€ et 12€ (et 8€ et 8€ au Kirghizistan)…
    … le mythe de la poule aux œufs d’or ?

Le petit Poucet

En partant de Hpa-An, on décide de tenter un pick-up « long courrier ».
Assis sur de courtes banquettes en bois très dures, on s’apprête à partir pour la ville de Kyaik-Hti-Yo. Toujours cabossée la route bien sûr.
Mais, au Myanmar, ça va devenir le petit challenge : prendre les bus des locaux, et non pas ceux « pour les étrangers ». Parce que ça coute moins cher (il y a des prix « locaux » et « étrangers »), parce que c’est comme ça que font les gens ici, parce qu’on partage plus en voyageant comme ça,… Enfin, c’est ce qu’on pense, et ce qu’on a envie de croire et de faire.
Donc, notre pick-up part pour 4h de route, s’arrêtant régulièrement pour récupérer une personne, en décharger une autre, le chauffeur étant aidé par son copilote, installé à l’arrière de la voiture, debout, tête au vent, afin de mieux apercevoir les éventuels voyageurs au bord de la route, et de signaler au chauffeur lorsqu’un passager veut descendre. C’est tout une organisation.

Finalement pas si mal installés que ça, avec ce qu’il faut de poussière pour rendre le voyage, un peu salissant mais tout de même agréable, on sillonne les routes traversant les campagnes à vive allure.

À Kyaik-Hti-Yo, on doit prendre un autre pick-up, pour une vingtaine de km, jusqu’au village de Kinmon. C’est ici que nous allons nous mélanger aux milliers de pèlerins, venus en masse, voir le Rocher d’or, emblème suprême du bouddhisme en Birmanie.

Ce rocher (environ 7m de circonférence) est posé en équilibre en haut d’une montagne, et entièrement recouvert d’or par les pèlerins qui s’y rendent chaque jour, et surmonté d’un stupa.
Le village n’a rien d’un charmant-petit-village-qu’on-aime-bien, c’est juste un village dortoir. Ici, on ne trouve que des auberges, des dortoirs immenses (des nattes posées à même le sol, mais réservés aux Birmans qui y séjournent en famille), des restos et bui bui, des boutiques de souvenirs et d’offrandes.
Il est vrai qu’on n’avait pas imaginé se confronter à tant de ferveur religieuse en venant ici. Mais il y a foule !

Pour monter au Rocher d’or, il faut emprunter un camion-navette. C’est devenu une industrie lucrative et bien rôdée, avec des passerelles de « chargement » menant à de gros camions. Stitched PanoramaDans la benne, 7 rangées de places assises (enfin, une grosse latte de 10 cm de largeur sur laquelle tu poses une demi-fesse), 6 personnes étant installées par rangées.
Alors que le camion est encore à l’arrêt, on se dit que c’est serré, mais que ça ne dure pas longtemps.
Finalement, ça reste serré, et ça dure longtemps (env. 40min).
La route est vraiment chaotique, ça secoue énormément, et on l’impression d’être dans un bocal de riz qu’on secoue pour gagner de l’espace. Rapidement, par vibrations et secousses, tout le monde « trouve sa place », os, coude, hanche et demi-fesse, bien emboîtés les uns dans les autres.

En cours de route, on s’arrête à plusieurs reprises pour les « dons au bouddhisme » avec un type racontant pendant 5 minutes des trucs et des gens qui donnent…certainement pour être bien réincarnés.
Au bout du troisième arrêt « don au bouddhisme », on s’étonne que les gens donnent encore…
Nous on attend, impatients de sortir de cette boîte de riz.

À l’arrivée au sommet, tout le monde descend du camion-navette et retrouve sa liberté de mouvement !
On se dirige alors vers l’entrée du site. Des chaises à porteurs sont disponibles pour les plus fainéants ou les plus faibles. Et le prix dépend du poids…
Des porteurs sont également là, affublés d’énormes paniers en osier remplis de bagages et sacs en tout genre. Quel fardeau…

Plus on s’approche de l’esplanade, plus il y a de monde. Les gens viennent avec de gros sacs remplis de nourritures, des couvertures, des bâches, et tout un tas de choses. Ils doivent venir y passer une nuit et y monte le camp.DSCF3408Stitched Panorama DSCF3409 Le passage au Rocher d’Or est une étape importante dans la vie des Birmans bouddhistes.
L’effort fournit par le fidèle, lui garantit des bons points pour sa prochaine vie…

On s’acquitte d’un billet d’entrée only foreigners de 6$ par personne (qui fait bien mal au porte-feuille), et on découvre une immense esplanade, habitée et squattée par des milliers de personnes.
Posées au sol, des nattes sont installées et des bâches sont tendues. Les gens dorment, parlent, mangent et prient, alors que plus loin le Rocher d’Or se montre enfin.
C’est un gros caillou (apparemment, sa forme ressemblerait à la tête de Bouddha ?), et il semble bien en équilibre, tout là-haut.Stitched PanoramaEn contrebas, la vallée se dessine. Les stupa et temples, au loin, habitent les vertes collines environnantes.

Au pied du Rocher, de nombreux fidèles se pressent afin d’y coller une feuille d’or, d’autres prient, à l’écart, à genoux. (Si les hommes peuvent aller toucher le rocher, les femmes ne peuvent s’en approcher à moins d’une dizaine de mètres – les religions sont si paritaires).
De l’encens fume, des bougies brûlent, des cloches tintent.
Tout autour de l’esplanade, de nombreux autels accueillent les prières. Enfants, jeunes et vieux, moines, tout le monde cohabite, bruyamment.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF3449Au loin, un mégaphone crachote la voix d’un moine, qui « bénie » les Bouddha dorés, achetés par les fidèles.DSCF3467 IMG_7227 DSCF3468 IMG_7228On se faufile, pieds nus, à travers ferveur et dévotion dans ce brouhaha de rires, de litanie et de tintements de clochent.
C’est un moment impressionnant, et on est plus saisis par tout cela, que par le rocher en lui-même.

Au crépuscule, on déambule dans les rues de Kinmo pour fuir la furie touristique des pèlerins et se trouver une petite gargotte isolée où prendre notre repas… la nuit est tombée et toujours pas d’électricité. DSCF3513DSCF3526 DSCF3531
C’est souvent le cas en Birmanie, les capacités en énergie ne sont de toute manière pas assez grande pour éclairer convenablement les rues des grandes villes, mais en cas de coupure, si les hôtels ou certaines auberges possèdent des groupes électrogènes, ce n’est évidemment pas le cas de notre bui bui.

On dîne donc à la chandelle (à travers les yeux des locaux, le romantisme qu’y attachent les occidentaux est outrepassé par son caractère utile).DSCF3518 DSCF3519 DSCF3521 Et toutes les échoppes de la rue sont baignées par les chaudes lumières vacillantes des bougies. Ça donne au moins un aspect paisible à la chose… quand on est suffisamment éloignés des générateurs électriques pétaradants.
Le soir on rencontre Frédéric (il y a plein de Français au Myanmar), on discute du prix horriblement cher de la vie pour les touristes ici (c’est relatif bien sûr), et lui nous raconte ses expériences. Il en est même venu à écourter son passage par le pays pour protéger son porte-monnaie. A ce moment-là, on se dit qu’il exagère un peu. Il nous donne aussi plein de bons plans pour essayer de gruger les entrées des sites, et ne pas refiler d’argent à la Junte… et on commence par revendre nos billets du Rocher d’Or à deux Néo-zélandaises.
On passera donc la soirée à papoter de tout et de rien, souvent dans la pénombre et le bruit des groupes électrogènes, avant d’aller se coucher dans notre cage à poules.

Les deux pieds dans une grotte

Hpa-An est à 2h de route de Malawmyine. Notre vieux bus roule tranquillement, d’autant plus qu’on récupère plein de personnes en chemin. On ne s’arrête pas longtemps, mais souvent.

DSCF2983La porte du bus reste d’ailleurs continuellement ouverte, de petits tabourets en plastiques jonchent le sol pour accueillir les nouveaux passagers. Trois personnes montent, quand 2 descendent. On charge de gros sacs de légumes dans les soutes fermées par un bout de ficelle… j’espère que le nœud tient bien !

Une fois à Hpa-An, on trouve une bonne auberge avec une jolie vue sur le paysage, les monts karstiques environnants, le bras de rivière, les rizières…ouf, ça change du clapier de la veille.
Il est 14h, les rues du marché se vident, ça sent la sieste.DSCF3020 DSCF3012 Stitched Panorama

De l’autre côté de la rivière, se dessine une montagne à la forme atypique. Comme apparemment sur toutes les formations rocheuses du coin, les Birmans y ont planté une multitude de stupa dorés (on n’arrête pas leur ferveur) et ça a l’air joli, on part s’y promener.
Au bout de la ville se trouve un ponton improvisé duquel des paysans débarquent des paniers de choux et de courges cultivés sur la rive opposée.DSCF3025 IMG_7049 DSCF3031L’endroit est très rustique, les gens y travaillent pieds nus, leur longyi noué entre leurs jambes pour faciliter les mouvements. On monte sur une barque accompagnés par 5-6 écoliers rentrant de classe, et on rejoint un mini-village de l’autre côté, les enfants courent nous saluer, les gens nous sourient tous… on se dit qu’ils ne doivent pas voir tous les jours des occidentaux pour nous faire ainsi la fête… et pourtant. DSCF3045 DSCF3048On emprunte un petit chemin, qui monte, et puis, rapidement, un escalier un peu raide, puis un sentier glissant longeant la crête et qui monte jusqu’au sommet. Une fois en haut de la montagne on s’aperçoit que déjà 5 ou 6 laowai sont là… Wouah, est-ce que le naturel des Birmans durera ? Aujourd’hui nous n’étions qu’une dizaine de touristes à passer devant leurs bicoques… mais qu’adviendra-t-il quand les touristes seront de plus en plus nombreux ? que le sentier et la grève seront bétonnés ?
De là-haut, la vue est magnifique. Stitched PanoramaC’est la fin de la journée, la lumière qui va bien arrange les choses. On est contents d’être là, accrochés à notre rocher. On est contents de se dire qu’on visite ce pays aujourd’hui…

Retour à Hpa-An, en barque. Coucher de soleil sur l’eau. C’est beau.DSCF3130 Stitched PanoramaOn rencontre un couple d’Israélien en voyage, avec qui nous passerons un bout de la soirée à parler d’ici et là-bas, avec simplicité et esprit critique. Ils nous donnent aussi les bons plans. Pas facile ce pays à géométrie variable : aussitôt édités, les guides sont déjà périmés.

La région de Hpa-An recèle de nombreux sites sympas, de grottes en tous genres, avec des Bouddha plus ou moins grands et dorés.
Tout est situé dans un rayon d’une soixantaine de km.
Comme la plupart (et surtout les plus intéressants) ne sont pas accessibles par les transports en commun (et comme c’est moins cher qu’un sightseeing tour), on se loue une mini mobylette à vitesse, mais sans embrayage. On porte des casques, qui ressemblent plutôt à des casques de Playmobil que de moto, et nous voilà partis, sur les routes cabossées et poussiéreuses du coin.IMG_7103 IMG_7148 Le vent dans les cheveux… et la poussière dans les yeux.
On s’aventure sur les routes isolées, croisant les habitants aux grands sourires. Les enfants nous mingalaba (ou bye bye…oui, on doit leur apprendre que ça veut dire bonjour) en permanence, et nous lance des bisous de la main, les adultes nous saluent.
Et nous, assis sur une mini-mob qui rebondit sans cesse sur la route cahoteuse, on sourit à en avoir des crampes aux zygomatiques.
Quand on s’arrête dans un buibui pour manger, sur une route au milieu de rien, la dame nous a rempli la panse et, après notre repas, elle voudra même nous installer un transat et un film, pour que l’on se repose. Les gens sont vraiment adorables ici !

Autour de nous, les rizières verdoyantes nous accompagnent, les chemins de terres rouges sillonnent à travers les arbustes (rouges eux aussi de la poussière soulevée), et les pics karstiques et majestueux, plantent le décor.DSCF3151 Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3275 DSCF3281 DSCF3283 Stitched Panorama DSCF3324 DSCF3379On visite ainsi des grottes, pieds nus bien sûr, et habités par des milliers de chauve-souris, qui chient par terre… Peut-être que c’est bon pour hydrater ma plante des pieds ?
Éclairés par une lampe de poche, on progresse, découvrant cavités et stalac-tites-mites, Bouddha et sculptures.Stitched Panorama DSCF3194 DSCF3204 DSCF3208 Stitched Panorama DSCF3245 Stitched Panorama DSCF3271On s’arrête dans un jardin rempli de Bouddha assis au pied d’une montagne puis dans un monastère et son curieux rocher à l’équilibre précaire – et bien entendu coiffé d’un stupa.DSCF3294 DSCF3298 Stitched Panorama DSCF3307DSCF3312 DSCF3337Mais quelque chose semble clocher… voilà, c’est sympa ces grottes parsemées de mosaïques, avec de grands stupa. On se sent un peu Indiana Jones quand on les découvre quasi-seuls (encore une fois, pas beaucoup de touristes)… mais on ne se sent pas le tourbillon enivrant d’émotions que nous avions auparavant, comme au Tibet par exemple ou en Iran ou à Sainte Sophie. Ouais, c’est très joli, on se dit que ce n’est pas commun… mais on est loin d’être ébahi, merde, est-ce qu’on se lasserait ? Peut-être… en même temps, le paysage est, sans conteste, joli et exotique, les Bouddha, ça ne se trouve pas à tous les coins de rues parisiennes, et marcher pieds nus sur des fientes de chauve-souris, ça vaut un fish-spa… mais bon, peut-être qu’on en a déjà vu pas mal (et souvent des plus jolis) des stupa, des Bouddha, des rizières… ici elles sont toutes « plates » quoi !!

Mais en Birmanie, ce sont les gens qui nous dépaysent, leurs sourires sans concession nous mettent le cœur en fête, leur gentillesse, leur volonté de communiquer par ces sourires, tout cela nous égaie…

La journée se termine sous quelques gouttes d’eau. Notre timing est parfait.
Journée très cool, à mobyleeeeettt-teuuuuuu.

Il pleut fort pour notre troisième jour ici. On reste donc, installés à la terrasse de l’auberge, profitant de la vue, du calme, du thermos de thé, et des mandarines du marché… On a du boulot, le blog est en retard !

 

 

Bonnes manières en Birmanie

Et nous y voilà, 15 minutes dans un sorng-taa-ou plein à craquer, nous arrivons tous les trois à la frontière (la bourlingue + Thibaut rencontré l’avant-veille).

Premier checkpoint côté thaïlandais, lambda. Puis on traverse le pont de l’amitié, et déjà on peut sentir l’effervescence de la ville birmane de Myawaddy.
Second checkpoint, et c’est un tout autre accueil.
Un type on ne peut plus détendu, sans uniforme, portant son longyi  – mais était-il vraiment douanier ?- nous accueille avec un grand sourire et nous aide à remplir la demi-feuille A4 imprimée au verso de vieilles photocopies de passeport (d’autres personnes donc) et découpée à la règle.
Une photo avec la webcam, et un tampon !
Welcome to Myanmar
On ne pouvait espérer un accueil plus chaleureux.
Puis il nous indique le meilleur endroit pour faire du change à un taux presque égal à celui du marché… sans embrouille rien… magique ! Nous voilà avec nos kyiat ((prononcé tchiat), dessin d’éléphants dessus !
Une des frontières les plus aisées à passer depuis notre sortie d’Europe.

Thibaut cherche une voiture pour Hpa-an, nous en cherchons une pour Mawlamyine, on se sépare. Négociation, tout le monde se bat pour nous avoir dans son auto, négociation dans le rire et la bonne humeur, et en quelques minutes, nous voilà partis.
Près de 6 heures s’annoncent pour couvrir les 190 km jusqu’à l’ancienne capitale de la Birmanie britannique… à 4 sur la banquette arrière d’une voiture aux suspensions hors d’âge.Stitched PanoramaLa route est alternée un jour sur deux et on comprend vite pourquoi. Elle zigzag dans la montagne, serpentant en épingle à cheveux (très très fermée l’épingle), tourne et tournicote.
L’étroite chaussée est défoncée, creusée, abimée, caillouteuse et poussiéreuse. Bref, la route sera longue, et on ne dépassera jamais les 50 à l’heure… ce qui n’est pas plus mal à la vue des précipices que nous surplombons.
DSCF2466 DSCF2473 DSCF2484Le long de la route, de nombreux camions ou voitures sont garés sur les bas-côtés, refroidissant leurs freins au jet d’eau dans un panache de vapeur…On fera la même chose.

On passe par 5 ou 6 check-points, et les soldats – toujours très décontractés – nous accueilleront avec de grands sourires, grands bonjour et regards sympas.
Avant de partir, notre chauffeur aura acheté des petites bouteilles de boissons vitaminées, et il ne manquera pas de régulièrement distribuer ces bouteilles à un mec en uniforme, un ou deux billets, …
Mais il n’hésitera pas non plus à tendre une bouteille d’eau fraiche aux travailleurs qui œuvrent pieds nus à refaire un bout de route, étalant le gravier à la pelle, portant des bidons de bitume puant à bout de bras et travaillant sous un soleil de plomb.

En chemin, on s’arrête dans un petit resto’ en bord de route. Premier repas birman. Cool, c’est tout à fait l’atmosphère qu’on adore. La patronne débonnaire nous accueille avec de grands sourires, et nous dévoile les couvercles d’une demi-douzaine de casseroles, des curry de porcs, de poissons, les boulettes… miam !IMG_6969On choisit chacun un curry, servi dans un petit bol, épaulé par une grande assiette de riz. Brice montre du doigt une petite salade de soja. tut tut tut, va t’assoir ! lui indique la tenancière.
En plus de nos curry, elle nous rapporte un plateau plein, avec du bouillon de légumes, de la salade de feuilles de thé/cacahouètes/oignon, de l’écrabouillé de crevettes/ail/herbes/riz, le soja vinaigré, des herbes et plantes fraiches, des concombres et petites aubergines crues … et bien sûr, la casserole de riz, au cas où on viendrait à en manquer !

C’est un festin, qu’on avale rapidement mais nous sommes heureux de cette immersion dans la cuisine birmane. Notre équipage mange vite, on doit reprendre la route…
Arrivés dans la vallée, la route redevient à double sens, on découvre une particularité intéressante de la conduite au Myanmar.
En effet, historiquement, la conduite se faisait sur la partie gauche de la chaussée avec donc des automobiles adaptées au volant à droite… puis la junte militaire, dans son effort de débritannisation du territoire, a décidé il y a quelques années de repasser la conduite du côté droit « normal ».
Traditionnellement – et comme au Kirghizistan – les véhicules continuent majoritairement à être importés du Japon… On découvre alors que lors des dépassements, le passager tient un rôle primordial puisque c’est à lui de décider quand on peut doubler.

Puis, enfin, on y est ! Mawlamyine.
On demande au chauffeur s’il connait un hôtel pas cher, et nous y accompagne.
Situé au bord du fleuve Salouen, l’auberge est bien placée. Par contre, pour 14$, on aura la chance de dormir dans une vieille maison coloniale, reconvertie en cages à poules.
Depuis la récente ouverture du pays, le tourisme croît exponentiellement. Les structures d’accueil manquent et surtout il faut une licence pour héberger les étrangers (on reste dans un pays autoritaire). Ce qui fait que la concurrence se fait rare et que les prix sont très élevés, notamment au regard des prestations offertes.
Isolation phonique proche de zéro, due aux parois en aggloméré de 5mi, et promiscuité maximale.

Mawlamyine (anciennement Moulmein, mais on a l’impression d’être en Alsace) était la capitale de la Birmanie sous l’empire britannique. On y trouve aujourd’hui de jolies vieilles maisons coloniales. Les peintures sont passées et fades, la végétation a pris le dessus, les toits remplacés par de la tôle, mais partout dans les rues de la ville, ces architectures rappellent sa grandeur définitivement passée.Stitched Panorama DSCF2854 Stitched PanoramaDSCF2882 DSCF2873 DSCF2888Cette nostalgie fait penser à Cuba, et le tumulte et les odeurs le long du port évoque Dakar.

On se balade dans les rues de la ville, accompagnés par le sourire bienveillant des gens que nous croisons et de leur mingalaba (bonjour en birman). DSCF2898 DSCF2870DSCF2911 DSCF2896 IMG_6986Une jolie émotion nous gagne.
Cela nous réchauffe le cœur de voir des gens se réjouir de l’autre, différent…

Sur les hauteurs, bien installé au sommet d’une colline, un ensemble de stupa et temples brillent de leurs toits dorés. DSCF2599 Stitched Panorama Stitched Panorama IMG_6985 Stitched Panorama DSCF2701 DSCF2704 DSCF2698 DSCF2929Et à partir de maintenant, tous les temples doivent se visiter déchaussé, mais déchaussetté aussi. On va vivre en tongs je crois…

Depuis là-haut, la vue est plutôt sympa.
La paisible ville en contrebas. Les barques et bateaux sur le large fleuve Than Lwin, dans les méandres duquel naissent de petites îles, semblent naviguer au ralenti.
Au petit port, les embarcations se remplissent de gros sacs, transbortés à l’épaule un par un, lentement.Stitched Panorama DSCF2823 DSCF2830 DSCF2845 IMG_7023Et, à la nuit tombée, sur les coups des 18h, les échoppes ferment progressivement, les rues se vident, et l’obscurité s’installe dans une ville sans lumière.DSCF2724 DSCF2733 DSCF2736 Stitched Panorama DSCF2955 DSCF2956 DSCF2962 Stitched Panorama DSCF2750 Stitched Panorama DSCF2776 DSCF2802Quelques tables au marché de nuit, une bière dans un petit bar. À 22h, tout le monde est couché.

On passe deux jours ici, nous mettant en phase avec le rythme birman. On discute avec quelques voyageurs. Dans ce pays, malheureusement, il est bien difficile de sortir des sentiers battus et il s’avère essentiel d’aller glaner les informations les plus récentes aux voyageurs rencontrés ici et là.

Parmi eux, le hasard nous fera faire connaissance avec Virginie. Nous l’avions déjà « rencontrée » via son blog alors que nous étions à Mashaad en Iran 6 mois plus tôt.
Nous avions adoré son ton, et sa manière de découvrir, elle semble voyager un peu comme nous mais avec plus de bouteille puisque sur la route depuis 3 ans déjà.
Et puis Boris, en voyage depuis 2 ans. Un mec cool et intelligent, qui fait de la photo, et qu’on aimerait bien revoir aussi.
On goûte la street food, la Myanmar Beer (c’est son nom), et on a même droit à du pain de mie/beurre/confiture au petit dej’… La prochaine étape, ça sera le petit dej’ local : soupe de poisson !
Donc on profite en attendant.

On avait décidé de prendre un bateau pour remonter le fleuve jusqu’à Hpa-An, mais on se reveille dans la brume. On part en moto-taxi jusqu’au marché (chacun sur une mob’, bien posé avec notre sac-à-dos) pour prendre un bus, un vraiment vieux vieux bus pour la modique somme de 1000 kyiat soit 80 centimes pour 2h de route…
Note : Ah oui, et chose marrante : tout le monde porte des longiy. Noués différemment selon qu’ils sont portés par une femme ou un homme. Avec des motifs, des rayures, de la couleur, … Une jupe pour tous, que l’on monte à moto, que l’on travaille sur un échafaudage ou que l’on joue au foot dans la rue.

Note : Il n’y a pas de faciès birman, notre chauffeur depuis la frontière avait des airs des gros chinois, alors que son passager est totalement indien, notre patronne de resto’ affichait clairement ses convictions chrétiennes avec des portraits de Papa Francesco et des icônes du Christ et le long du port au détour de ruelles aux maisons délabrées, un vieux musulman à l’anglais parfait et à longue barbe nous fera visiter sa mosquée… et nous fera part brièvement de la discrimination portée aux minorités dans ce pays… on espère qu’on en apprendra plus.
L’intolérance dans ce monde traverse, tristement, mers et frontières.