Ceci est mon corail

Le bout de la route sillonnant les îles de la région de Jaffna se termine par un ponton afin de rejoindre Neduntheevu, autrement connue sous son nom hollandais de Delft.


C’est ainsi l’occasion d’une escapade (s’il était besoin de nous échapper ?) sur la plus grosse île du détroit de Palk. Après une bonne heure de traversée sur des eaux agitées, nous posons le pied sur Delft.


L’île a la particularité d’être constituée d’un socle coralien, du fossile de corail en quelques sortes.

On retrouve ainsi souvent l’usage de pierre de corail pour les palissades et murets séparant les parcelles.


Le sol possède ainsi une couche très limitée de terre ou de sable.

Le terrain est d’autant plus hostile que l’île n’a pas de source d’eau douce (notre eau pour la douche est ainsi légèrement salée). C’est la Marine qui s’occupe d’apporter de l’eau potable sur l’île. Et nous croisons de nombreux habitants sur leur frêle bicyclette, accompagnés de leurs lourds bidons jaunes remplis de ce précieux liquide.
L’agriculture y est donc très pauvre, et hormis les plantations de palmiers sur la côte Nord, il est nécessaire d’importer la plupart des denrées.

A contrario, la partie Sud de l’île, au-delà d’un large étang d’eau saumâtre, se cantonne d’une végétation d’arbustes et d’herbes rases. C’est le royaume des chevaux sauvages.
Les Hollandais avaient apporté quelques bêtes alors qu’ils dominaient la région. À la suite de leur départ, les équidés se sont reproduits et émancipés de l’Homme… enfin… pas tant que ça puisqu’il semble nécessaire de les abreuver d’eau douce.


Ici aussi calvaires, chapelles et symboles chrétiens sont légions.
Nos hôtes sont de fervents catholiques, et nous dormons, dans leur rustique maison, sous la bénédiction de nombreux saints.


Raja et John-Mary ont quatre enfants, dont Aroon, 22 ans, bloqué dans ce corps qui ne répond pas bien. John-Mary nous explique qu’il a eu un body problem, un jour de ses 4 ans. Nous on comprend qu’elle parle de la polio. L’isolement de ces îles n’a pas que du bon… Les plastic boat des pêcheurs coutent très chers, tout comme les filets et Raja ne peut pas se les offrir. Il est ainsi chauffeur de tuk tuk, sur une île de quelques milliers d’habitants disséminés sur 50km2
Chez eux, nous faisons aussi la connaissance du marchand de glace de l’île.
Aujourd’hui, il a reçu sa marchandise, arrivée par bateau de Jaffna le matin même, et la stocke dans le congélateur de nos hôtes.
Avec John-Mary, il prépare ses bâtons de glace à l’eau, étale au fond de sa glacière deux couches épaisses de vanille et de chocolat avant de partir sur sa mobylette, le sachet de cornet sur les genoux, par 40°, vendre ces délicatesses à une poignée de locaux gourmands.


À la nuit tombée, Raja, notre hôte, nous propose de passer chez ses potes qui, en plus d’être pêcheurs (forcément) récoltent le jus pour en faire du toddy, cet alcool de palme. C’est l’occasion pour nous de nous faire tirer le portrait par son fils.


Nous passons par les ruines du vieil hôpital et son pigeonnier (datant des Hollandais), le marché aussi endormi que le cimetière le jouxtant, et le terrain de football. Nous marchons le long des ruelles bordées de banians, palmiers et autres arbres, longeant les murets aux blocs de corail, avant de rejoindre, jamais deux sans trois, un vieux baobab.


La maison de nos hôtes se trouve à quelques mètres de la plage, au sable fin et aux eaux chaudes et peu profondes. Nous en profitons donc pour nous rafraichir mollement, notamment au retour de nos balades en plein milieu de journée, quand seuls les biquettes sont assez folles pour sortir leurs cornes dehors, ou pour un coloré coucher de soleil.


Nous quittons Delft le lendemain, par le petit bateau bleu, étonnés, émerveillés et surpris de cette vie du bout du monde, dans un environnement, au demeurant, si rude.

Et nous rejoignons la côte Est pour quelques jours de vacances, laissant derrière nous la très belle et sereine (mais venteuse) péninsule de Jaffna, la tête bien remplie.

6 thoughts on “Ceci est mon corail

  1. Trop fort le jeune dessinateur avec ses portraits de Brice et Mariam !
    Je ne comprends pas toujours comment des familles entières se sont installés un jour dans des zones si hostiles (sans eau douce quoi). Je ne parle pas d’aujourd’hui où tu peux tout importer et est dispo le jour même au 7-eleven du coin, mais plutôt il y a des années lorsque ta survie dépendait des resources naturelles disponibles… Sacré humanité…

    Gros bisou

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