#indiaisbeautifulbutsometimesitstinks

! Attention, ce post donne le cafard !

L’Inde, et son milliard et demi d’habitants.
Un pays qui se développe et dont le pouvoir d’achat de la population ne cesse d’augmenter.
L’accès aux produits de premières nécessités tend à devenir un acquis, et les biens de consommation sont accessibles par un nombre grandissant. Un marché en plein développement… que la chaine de gestion des déchets n’est pas du tout apte à encaisser en aval !

Aucun lieu n’est épargné. Villes, villages ou campagnes, partout il semble qu’il soit déjà trop tard.

Sur les routes secondaires qui traversent les paysages déserts des régions du centre, les bords de la chaussée sont parsemés de bouteilles en plastique ou de papiers d’emballage, souvent poussés par le vent pour être piégés, tels des poissons dans une nasse, par les barrières dressées le long des champs.

Dans les villages du Nord du Maharashtra, pas un seul cours d’eau, pas un seul ru n’est souillé par des immondices.
Ce qui devrait être de l’eau, n’est qu’une boue noire putride et nauséabonde.

Nous sommes parfois effrayés quand nous croisons des femmes rentrer de corvée d’eau portant des cuves sur la tête.

Aujourd’hui, les vendeurs d’en-cas divers (samosa, pao, cachori) ou les primeurs utilisent du papier journal pour servir leurs clients. Ce qui a le mérite de se dégrader relativement rapidement, ou de finir, malheureusement dans l’estomac d’un bovidé. Les échoppes de chai, de jus ou lassi proposent encore des gobelets en verre ou inox.

Mais dorénavant les emballages pullulent. Dans le train, les vendeurs ambulants vendent paquets de chips, enveloppées d’emballages en plastique dur et cassant, de mauvaise facture qui une fois leur contenu terminé, finissent invariablement et sans vergogne, par la fenêtre – ce qui nous brise le cœur à chaque jet – et jonchent les voies ferrées, ou sont semées par le vent souillant irrémédiablement les sols des champs que les paysans continuent inlassablement de retourner devant le travail titanesque de nettoyage.

Notre approche de la ville de Bhopal en sera l’un des souvenirs démoralisants sur se sujet, avec des kilomètres et des kilomètres de voies souillées par de sordides décharges.


Si de nombreuses métropoles ou sites touristiques tentent de proscrire tant bien que mal les sacs plastiques,
au cœur des villes, des terrains vagues de quelques mètres carrés à plusieurs hectares se transforment en décharge où les enfants parcourent les immondices.
Comment leur faire comprendre que ce n’est pas normal quand toute leur vie, ils n’ont été entourés que d’ordures et que tout le monde à l’habitude de jeter ses détritus à tout vent.

On voit alors des meutes de chiens galleux, des tripotés de cochons ou quelques vaches se délecter de ces champs de détritus qui cuisent et fermentent sous le chaud soleil du Rajasthan à Bundi.
On peut imaginer les conséquences néfastes qu’ont l’ingestion des déchets par les bêtes, et la consommation de leur viande, ou la transmission de maladie qui découle de la promiscuité avec le bétail.


Les hommes consomment notamment beaucoup de pan un mélange à chiquer (qui a pour effet de faire cracher rouge, crachat qui jonchent les coins des rues, ou même ceux des escaliers ou parties communes d’immeuble). Ce pan est vendu par ruban de petits sachets qui une fois consommé (tout comme ceux des chips, des bonbons, des sachets individuels de savons ou détergents…), finissent sans cesse par terre. Les gens ne se soucient même plus de déambuler sur un sol jonché de saleté.
Le travail éducatif semble dantesque et celui de nettoyage des sols et de l’environnement colossal.

Sans parler des débris et le sable des chantiers qui bordent les routes, les gravas qui encombrent les passages piétons et qui deviennent la norme, même aux abords des résidences surveillées huppées de Mumbai ou Delhi.
Comment voir le problème quand on a toujours eu le nez dedans.
Tout ceci s’ajoute au chapeau de poussière et de particules exacerbées par ces temps de canicule qui chapeaute les grandes villes comme Delhi, faisant que les maladies respiratoires sont désormais monnaie courante.

Lors de notre départ de Delhi à l’aube, il nous sera possible de scruter le soleil, tant le filtre du nuage de pollution est ténu.
Pour noircir encore plus le tableau et augmenter notre mood-rat, c’est à ce moment que la route que nous empruntons pour sortir de la plaine où se situe la capitale, nous fait passer au pied d’une colline de plusieurs dizaines de mètres de haut. Survolées par les oiseaux de proies et les charognards, on discerne petit à petit l’effroyable réalité : ce tertre n’est qu’un effarant tumulus d’ordures !
La plus grande décharge à ciel ouvert du monde.
Aux portes même de la capitale indienne.

À ses abords, nous sommes pris de nausée tant par le triste spectacle que par les effluves emmenant de ce monticule artificiel.

Difficile à retranscrire, mais l’Inde est aussi un pays d’odeur.
Certes celles des masala et des délicats currys, des fleurs d’offrandes, des fruits et concombres fraichement coupés, ou de parfum à la rose portés par femmes et hommes.
Mais le plus souvent celles des eaux usées, des ordures en fermentation, ou plus présente encore, celle de la combustion de déchets.

Car, si dans les grandes villes, la collecte de poubelles s’organise dans les quartiers sous administration de la ville (tant bien que mal, quand on voit les immondices qui jonchent le sol autours des bennes), dans les bidonvilles ou les villes de dernière catégorie, un tel service n’est pas mis en place.

Et on voit ainsi en fin de journée, régulièrement s’allumer des braseros, certains s’en servent même pour se réchauffer (comme c’était le cas dans le Nord Est), inhalant les vapeurs toxiques des fumées verdâtres émanant de la combustion de plastiques divers auxquelles les habitants semblent être insensibles. Du moins, l’odeur ne les incommode plus tant ils sont baignés dans ces sempiternels effluves.

L’odeur la plus indissociable de l’Inde, des balades dans les rues des quartiers denses, des bâtiments publics comme les salles d’attente ou les quais de gare, c’est celle de l’urine. Cette odeur sucrée, âpre et musquée. Ce bouillon de culture chauffé et réchauffé par la chaleur estivale. Une odeur qui pique le nez, mais dont on ne peut parfois pas s’affranchir.

Dans le train, l’odeur de pisse réchauffée par de long trajets sous le soleil en devient omniprésente, jusqu’à nous réveiller la nuit quand un voyageur oublie de fermer la porte du compartiment de toilette.
Les ralentissements aux approches de gares se font dans l’odeur des garnitures de frein, qui pénètrent dans l’habitacle, et brûlent la gorge.

Malgré tout, on sait que Mumbai a banni l’usage de sacs plastiques et que des brigades font le tour de la ville pour veiller à la bonne application de cette loi.
Des affiches publicitaires invite à Nettoyer l’Inde, nous sommes passés dans une école où l’on apprend aux enfants à ne pas jeter n’importe comment, nous voyons des posters Plastic free ou no polystyren mais le chemin semble long et démesuré.

C’est le gros challenge de l’Inde moderne qui se construit.

Certes, cet article n’est pas gai, mais nous ne pouvons pas passer à côté de ce constat effroyable et quotidien…
Et puis, la bourlingue, ce n’est pas que des beaux temples et de belles rencontres.

11 thoughts on “#indiaisbeautifulbutsometimesitstinks

  1. C’est malheureux mais via la société de consommation que l’on a exporté partout (avec les emballages plastiques comme effets indésirables), on est un peu responsable du gâchis. Espérons que les générations futures prendront le sujet à bras le corps d’abord en sensibilisant le plus grand nombre (pour éviter les décharges) puis en essayant de recycler la masse déjà existante 🙁
    PS : y’a pas un « t » de trop dans le titre –>somethimesitstinks (times)

  2. Dramatique… je rentre de Mongolie, aux antipodes de l’Inde en termes de densite de population, mais meme la, aux alentours des quelques villages parsemes sur ce territoire immense, c’est depotoir a ciel ouvert, et au milieu du desert, tiens, une bouteille plastique ! … Avez vous songe/reflechis au role que vous pourriez jouer grace a vos voyages ? Difficile evidemment (#plusfacileadirequafaire #neocolonialismfeeling #differencesculturelles, etc…) – mais peut-etre quelques consciences ‘a eveiller ‘a votre contact ?

    1. Oui on essaye de dire. On attrape les déchets avant qu’il ne soit jetés par la fenêtre, on montre qu’on ne veut pas de sacs plastiques, on ramasse parfois quand on se balade…Mais c’est compliqué de dire comment il « faut/faudrait » faire #onnestpasforcementmeilleurs.
      Il y a tout de même encore bcp choses « en vrac » en Inde. Le riz, dhal, légumes au marché, … C’est la modernité qui apporte le plastique et l’usage unique… Mais c’est déprimant devant l’ampleur du travail éducatif qu’il faut faire…

  3. Tellement triste et quel travail d’éducation il faudra faire pour arrêter ça. Meme mes collègues ingé jetaient leurs gobelets et emballages en plastique par la fenêtre de la voiture. Au delà de ca, ils ont énormément d’emballage individuel pour du savon ou autre qui ne font qu’accroître le problème!

  4. Merci pour ce reportage poignant de réalisme. cela fait prendre conscience des dégâts de la pollution dans le monde… ça donne la nausée

  5. Il donne le rat ce post ouai !!
    Je dirais même plus le raton laveur !!

    Encore une fois, l’unique solution semble être l’éducation.
    Mais la tâche semble bien grande pour nos petits esprits humains qui ont dû mal à imaginer notre propre extinction face aux conforts qu’apportent la modernité et une croissance absurde.

    Big up les amis

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