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L’attaque des Sangsues !

Le voyage jusqu’à Khetchapuri se fait sous des trombes d’eau.
Dans l’auto qui nous y emmène, un des passagers nous apprend qu’un de ses amis possède une maison d’hôtes près du monastère, sur la colline qui surplombe le lac. DSCF3315Cool !
La jeep s’arrête au milieu de trois-quatre maisons… ça y est, nous sommes arrivés.
Ah oui, c’est un très petit village.
Dans la voiture, il y a aussi tout un tas de cartons et de victuailles (chips, gâteaux, bières, savons, … et le poisson et le poulet qu’on a acheté sur la route) entassés sur le toit et sur les places arrière. À l’arrivée on comprend vite pourquoi : aucun camion ne vient ravitailler ce petit bourg. Quand il faut du riz ou du sel, c’est à Geyzin, à 2heures de route (et une trentaine de kilomètres) qu’il faut aller les chercher.
Notre futur hôte est là pour nous accueillir. Ouf il s’est arrêté de pleuvoir… et c’est tant mieux car le chemin qu’on doit gravir à travers la forêt pour rejoindre le petit hameau au sommet de la colline est déjà bien raide et glissant. Vingt minutes plus tard, on débarque sur un petit plateau embrumé qui se révélera en réalité être une crête (les moines aiment bien s’installer haut et loin !).DSCF3286Très bien accueillis par Sonam (et son fils Bashung – comme le chanteur) on fait connaissance avec deux autres français (le hasard le hasard !) Dimitri et Polo qui partageront les trois jours que nous passerons dans ce véritable havre de paix.DSCF3464

Logement sommaire mais tellement chaleureux, exactement ce que nous cherchions.
La maison ressemble à une petite cabane en bois. Autour de nous, quelques autres maisons, et des potagers. Et rien d’autre.DSCF3303DSCF3317 DSCF3304Nous sommes posés sur la crête. De part et d’autre, la montagne redescend abruptement.
Kingzan (la femme de Sonan) est si bonne cuisinière : ses momos (et comme c’est dimanche, c’est jour du cochon !)¸ ses chapati du petit déjeuner, et ses bons dal et paneer sabji nous feront même rester un jour de plus.DSCF3481 DSCF3477

Le soir de notre arrivée, nous faisons la connaissance de deux Sikkimis et de deux lama népalais. Ils sont sur le chemin d’un pèlerinage et nous proposent de les accompagner le lendemain pour voir une grotte sacrée dans la montagne. Pourquoi pas ?

On passe une super belle nuit au calme, reveillés par le chant du coq et sous un beau ciel bleu.
Et Surpriiiiise ! Les montagnes se dévoilent à nous !DSCF3295 DSCF3311DSCF34621 Le Kachendzonga et ses acolytes pointent leur nez !
Pas pour longtemps, certes, car ils ont pour don d’accrocher les nuages. Il faut dire qu’ils sont entre 6000 et 8500 m d’alt. Mais ça nous réjouit de pouvoir les voir…enfin!

Nous dégustons notre petit dej’, et nous nous préparons. DSCF3460DSCF3332DSCF3326 Bâton de randonneurs (en bambou), et pantalon dans les chaussettes. Parce que oui, ici, dans la région il y a des sangsues… et nous, on n’aime pas les sangsues…

Nous marchons sur la crête jusqu’à un petit village (enfin…3 maisons…) où nous demandons notre chemin.DSCF3344 DSCF3352 DSCF3354DSCF3361On nous indique vaguement, par là… par là… oui… oui… voilà… là… et ce qui devait arriver, arriva. On prend le mauvais le chemin. C’est pas bien grave, en effet. Sauf que c’est vraiment moins marrant quand on se rend compte qu’on a une dizaine de sangsues qui commencent à nous grimper dessus…

Beurk… ça s’asticote de partout, ça se tourne, se contorsionne (comme des Ondamania), ça cherche la peau, et ça rentre partout. Dans la chaussette, dans la chaussure… Marion sauve héroïquement Brice de plusieurs attaques !
(De plus, Brice s’était couché la veille sans se rendre compte qu’il en avait une accroché sur le mollet– car la maline injecte un anesthésiant pour s’installer plus longtemps… La pauvre, elle est morte écrabouillée dans le sac de couchage, dans un bain de sang… !)
Au bout de 20min., on rebrousse chemin, se libérant de ces bestioles et nous retrouvons nos deux lama, amusés de nous voir (nous les avions devancés).

C’est un peu épuisés que nous arrivons enfin tout en haut de la montagne. DSCF3368 DSCF3379 DSCF3384 DSCF3371Au vent, flottent des centaines de drapeaux-mantra et nous découvrons la mini-grotte sacrée.
Elle est dédiée à Green Tara, la déesse. Nous, on n’y comprend pas grand-chose, mais rapidement, les deux lama s’installent sur le côté, jambes croisées et commencent à réciter des « prières ». Nous sommes invités à nous installer avec eux et à participer au cérémonial.DSCF3388 DSCF3391Des offrandes à Green Tara sont faites (elle aime bien les petits biscuits au beurre et aux noix de cajou, ainsi que le jus de mangue et les barres chocolatées !). Et les moines continuent de marmonner, faisant naître, dans cette grotte, une atmosphère bouddhique spirituelle et contemplative.

Au bout d’un moment (après avoir offert à Green Tara des grains de riz soufflés), on sort de la grotte. Et c’est ainsi qu’on se retrouve, assis sur le bord de la falaise, à apprécier le paysage (et à grignoter toutes les offrandes !).

Il est temps de redescendre, ce que nous faisons très rapidement ! DSCF3405Nous sommes bien claqués lorsqu’on arrive chez Sonam, et un délicieux repas nous attend.
L’après-midi sera dédiée à la douche, à la sieste, à la lessive, à la lecture, à la papote et aux jeux de cartes.DSCF3409 DSCF3456 DSCF3454 DSCF3414 DSCF3423Oui, le programme est chargé. Mais cet endroit est tellement parfait.
Il fait bon respirer. Il fait bon vivre. Il fait bon manger et discuter.
Il fait bon observer les montagnes et rêver.

On passe une soirée bien sympa, bière et herbe du jardin (naturelle et en quantité, il y a environ 1kg…).DSCF3447Le vent se lève. Orage et tempête font rage dehors… La nuit sera agitée et l’électricité coupée pour une grosse journée.

Le lendemain, on ne fait rien. Même réveil matinal que la veille, face aux montagnes. On se motive tout de même à aller voir le lac. DSCF3470Mais rapidement on réalise qu’on est bien mieux seuls, sur notre colline. Et nous remontons nous isoler pour le reste de la journée, et la fin de notre séjour.DSCF3485 DSCF3484

Notre séjour dans ce petit coin de paradis s’achève et nous décidons de rejoindre Yuksom.
À vol d’oiseau c’est à moins de 4km. Par la route, il faut retourner à Geyzing et il faut compter une journée de transport.
Enfin, à pieds, c’est un petit chemin bien abrupt d’un peu moins de 9 km. Pourquoi pas.
On s’équipe de nos sac-à-dos (plus de 15kg avec l’eau) et c’est parti pour 3h40 de rando’.

Le chemin est très sympa, on longe les montagnes, on traverse des forêts qui sentent bon les feuilles. Le soleil passe à travers. DSCF3491 Stitched Panorama DSCF3501 DSCF3504 DSCF3512 DSCF3525Ça descend fort fort au début, puis au fond de la vallée, la rivière coule. On traverse les ponts, on grimpe les escaliers, on glisse sur le sol mouillé par la pluie de la veille, on grimpe, on grimpe, et on grimpe encore à la vitesse d’un escargot.DSCF3541 DSCF3538C’est épuisés et en nage mais contents (et fiers !) qu’on arrive à Yuksom (840m de descente pour 600m de montée).

Ce village est le point de départ de nombreux trek vers le parc du Kachendzonga, et il y a donc pas mal de touristes. Mais l’ambiance est plutôt décontractée.
Le village est charmant, et c’est agréable de nous y balader pour se dégourdir les jambes !
Mais on reste motivés, alors, le lendemain, on décide de rejoindre à pieds – mais sans nos fardeaux –  Taschiding, à 18km (840m de montée et 1320m de descente… dont 770m parcourus en 1 heure sur 3.3km, Brice est content de son atèle au genou). On emprunte la « route des monastères », chacun étant bien évidemment perchés tout en haut de sa colline (aussi appelées hautes montagnes !).
Les champs de cardamone sont bien verts, les forêts bien denses, les rivières coulent à torrent.
Il fait frais et on emprunte la plupart du temps des chemins de traverse séculaires en pierre.DSCF3580 Stitched Panorama DSCF3594 DSCF3595 DSCF3596Les paysans nous indiquent quand nous nous perdons, et bien entendu, nous sommes les seuls touristes sur ce chemin. On arrive dans des monastères, isolés, où quelques « moinillons » font leur classe.
DSCF3617 IMG_8196 DSCF3551 DSCF3635Très belle balade, cette région est un grand bol d’air frais.DSCF3640 DSCF3645 DSCF3662 DSCF3672 DSCF3687

Visiter le Sikkim, n’est pas chose aisée.
L’autorisation de séjour n’y est que de 15 jours. Il faut des permis pour aller dans la plupart des endroits reculés, les autres nous étant tout bonnement interdits (à cause des multiples frontières notamment avec la Chine). De plus, les transports ne sont pas si pratiques (néanmoins plus que dans l’Arunachal ou le Nagaland), et l’autostop n’est pas trop envisageable à mesure qu’on arrive dans des zones reculées.
Si les villages sont desservis par des routes carrossables, les hameaux ne sont accessibles que par des sentiers et des escaliers.
Les denrées sont montées à dos d’homme, le métier de porteur est encore d’actualité (Sonam l’était avant d’ouvrir sa homestay).
Les enfants parcourent des kilomètres pour aller à l’école, dans des sentiers souvent boueux et glissants (et parviennent cependant à conserver leurs uniformes immaculés) – 40 min aller – 1h30 retour à Khetchapuri : il faut aimer l’école !
Tout cela a fait que nous nous sommes quelque peu sentis limités dans notre séjour dans le Sikkim.
On ne regrette cependant pas du tout d’y être passés, nous y avons bien remplis nos journées.
On reviendra en meilleure saison pour des treks en montagne et s’approcher plus près de ces colosses de plus de 8000m.

 

Épilogue : Retour par Geyzin pour changer de jeep…et trouver un billet de train.
Avec le système de réservation incompréhensible et les trains indiens toujours pleins, on s’attendait à ce que la guichetière derrière son petit comptoir de campagne (la gare la plus proche se situe à 5 heures de route) nous rit au nez quand on lui demande un billet pour le lendemain soir.
Que nenni, c’était sans compter sur les billets Tatkal ! (ben oui, bien sûr !)
Ces billets sont ouverts à la réservation à 10h00 pétante IST dans touuuuuute l’Inde pour une toute petite majoration du prix (et à 10h03 y’a plus de billet)… coup de chance il est 9h56. On la voit alors taper frénétiquement pendant 4 minutes sur la touche refresh de son clavier, jusqu’à ce que le curseur « s’accroche » sur un billet.
Valid, valid, BADOL,
Valid
, GIRRAV.. backspace, GIRAUTO.. backspace, GIRAUDOT, valid, valid, print !
Et hop ! Pas plus compliqué !
Opération rondement menée en 30 secondes.
Ça nous a tout de même valu un bon coup de stress… il est pas facile notre voyage (!).

On sort du Sikkim avec une dernière étape par Namchi, petite ville sympa mais sans intérêt (petite bière avec Polo qu’on recroise… par hasard) d’où nous montons dans notre dernière jeep (snif !) pour rejoindre la gare.

On prend sous notre aile une petite nonne bouddhiste se rendant à Dharamshala (on pensait initialement que c’était elle qui nous aiderait). Et on embarque dans notre train pour la mythique Varanasi.Stitched Panorama DSCF3747 DSCF3755 DSCF3771 DSCF3785
Après plus de deux mois sur le territoire, on s’enfonce enfin dans la « vraie » Inde, celle des Hindis et des Hindous.

Article publié le 14 avril 2015 à 17 h 08 min. Il apparaît dans la catégorie Asie du Sud, Inde. Sauvegarder le lien permanent. Suivez ici le flux RSS pour cet article.

Une idée, une réflexion, une pensée...

  1. Helene. dit :

    Comme à la maison 🙂

  2. dbz dit :

    <<<
    On passe une soirée bien sympa, bière et herbe du jardin (naturelle et en quantité, il y a environ 1kg…).

    >

    de l’herbe pour faire du thé j’espère …

  3. Sylvie Pasquier dit :

    Vous commencez une activité d’agent secret avec tous les codes qui truffent votre texte ?

  4. Star Ac' dit :

    Je vous ai reconnu le gang des tortues géniales!

  5. Sergio dit :

    Très beau tout ça.
    Enfin bon, un tel périple pour apprendre que Tara Green aime les Rice Krispies c’est un peu léger culturellement.
    Bises

  6. Reeback dit :

    Mortel ce post sur le Sikkim
    Alors j’ai quelques questions : si mon voyage au Népal me permets de savoir ce qu’est le dal, c’est quoi le paneer sabji ?
    Dommage qu’on n’aie pas de photo du mollet « sangsué » de Brice avec la bestiole écrasée 🙂
    Et c’est quoi cette histoire d’atèle au genou : rien de grave ? ça rassure pas ces cachoteries

    • en-bourlingue dit :

      Ahhhh….
      Bonne question, la bouffe ici est pas mal du tout, on se dit même qu’on va être les seuls occidentaux qui arriveront à prendre du poids en Inde.
      Le Dal: avec le riz, c’est la base de l’alimentation au Bangaldesh, au Nepal et en Inde. C’est une soupe épaisse de lentilles noires ou jaune (la plupart du temps).
      Les Sabji: c’est le nom donné aux légumes en général, dont le aloo (la pomme de terre, très utilisé!), le gobi (chou fleur), le matar (les petits pois)…
      Le Paneer: une heureuse découverte (plus ou moins heureuse), c’est le fromage! entre la mozza’ et le fromage de brebis.
      … en arrivant dans la région de Delhi, on remarque que la proportion de riz diminue au profit de roti (galettes cuites au four)… d’autres galettes comme les puri (des roti frits), ou des parata (des roti à la poele…pas beaucoup mons gras)

  7. Le meilleur pote de Brice dit :

    Photos de ouf et ambiance havre de paix. Vous me faites encore rever apres plus d’un an de periple. Bravo les amis.

  8. serge dit :

    Bien sympa la rando et le ptit village au bout des montagnes.
    pour les sangsues il faut fumer et les décoller avec le bout de la clope. D’où certainement l’herbe de jardin!!
    bises

  9. Moute dit :

    Moi je suis d’accord avec le meilleur pote de Brice!

  10. o2 youhou dit :

    heureusement que vous n’avez pas mis la photo du bain de sang du sangsue !!! Burck !
    en tout cas, c’est super méga chouette ce moment au milieu de nulle part ! tellement reposant … j’aimerai y être !
    et wouaou pour les croquis !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (précédents articles)

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