en-bourlingue

Dans le décor

Réveil très tôt pour prendre le bus qui doit nous mener dans la province mitoyenne, le SiChuan.
Il fait un froid glacial, et pour le petit déjeuner, on se prend quelques baozi fumants (les petites brioches vapeurs farcies – au porc en l’occurrence), des huajuan (du pain vapeur en forme de fleur) et des œufs durs (des œufs bouillis longtemps, très longtemps). Hermès est rempli de thé chaud, on charge nos bagages dans la soute.
On s’installe dans notre bus, prêts à affronter la route vers le nord.
Cette route est à peine tracée sur les cartes. La ville de destination est tout juste un point sur notre GPS. C’est le chemin des écoliers pour entrer dans le SiChuan.
Si ces 7h30 de bus se sont révélées fatigantes, ce trajet fait partie des plus beaux en 25 mois de bourlingue, au même titre que ceux de Sary Tash vers la frontière chinoise, dans l’Arunachal Pradesh ou en Iran… pour ne citer que ceux-là.
Nous en sommes sortis émerveillés, tant le paysages était beau, puissant, tant les marques laissées par l’Homme sont élégantes et harmonieuses.Stitched Panorama

Mais reprenons.
Très vite, le bus quitte les rues de Shangri-La pour suivre une étroite vallée tourbeuse tracée par les méandres d’une rivière au lit indistinct.
Le soleil est à peine levé, et les ombres s’allongent encore devant le pas de portes des quelques fermes que nous croisons, les paysans sont déjà aux champs.DSCF6114 DSCF6127Puis le paysage commence à prendre du relief, et la forêt de conifères remplace les cultures de la plaine.DSCF6133 S0086178 DSCF6240 L’asphalte de la route n’est plus qu’un bon souvenir quand nous entamons notre ascension sur des lacets qui contournent longuement les montagnes, entaillant leurs flancs d’une piste poussiéreuse et cahotante.

Le bus trépide sur ces routes accidentées surplombant des vallées situées plusieurs centaines de mètres plus bas.
Ce n’est pas sans nous rappeler nos trajets en Arunachal Pradesh.
Nous sommes 10 en tout et pour tout dans un grand bus de 39 places, soit autant que dans un sumo sur les routes indiennes…sauf que là, on a de la place !DSCF2131DSCF6244

Et autour de nous, des paysages grandioses, rien que pour nous puisque la route est intensément désertée par les automobiles. Durant plusieurs heures, nous ne verrons pas une seule habitation dans ce paysage préservé et sauvage. Autour de nous, beaucoup de conifères (certains ornés d’un parasite vert clair ont des allures d’arbres enchantés), et de petits arbustes secs. À la mi-journée, on trouve de la neige sur le bord de la route.

Mais c’est quand on lève les yeux que se dévoile pleinement le spectacle.
Les montagnes géantes aux nombreux éperons saillants, des sommets immaculés qui semblent grimper vers le ciel…. Nous flirtons pourtant déjà avec les 4000m…
Un premier col à 3980m, un second à 4386m (facile)Stitched Panorama S0536380 Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF6468Puis la route redescend.
Une bifurcation, un panneau routier… mais toujours pas de bitume.Stitched PanoramaNous suivons le flanc de la montagne cette fois-ci pour finalement dominer, un temps, une vallée aride. Large d’un petit kilomètre à notre hauteur, le vaste val doit être 600m en contrebas.DSCF6554 DSCF6560On y distingue de petits cubes blancs sur de longs tapis verts. Parfois un zig-zag insurmontable grimpe le long du versant opposé. Il mène à un village parsemé des mêmes formes blanches.
Et puis, on perd de la hauteur, se rapprochant ainsi de ce tableau quasiment parfait.Stitched Panorama DSCF6598DSCF6614Tel un paysage du Haut Atlas, des petites maisons blanches aux allures de cube tronqué sont disséminées le long de la vallée.
Ces maisons tibétaines sont d’un style très différent de celui que nous voyions dans le Nord du YunNan (et de celui, plus tard d’autre région du SiChuan – en fait, on se sentira un peu bête d’avoir pu penser qu’il ne pouvait y avoir qu’un style culturel sur une nation qui s’étale sur un territoire grand comme deux fois la France).
Comme déjà remarqué dans la région de Shangri-La, trois faces présentent des ouvertures alors que la dernière (celle orientée vers le nord) est pleine.
Ces maisons sont solidement soutenues par d’épais murs légèrement inclinés.
C’est massif, et pourtant si fin.DSCF2178 DSCF6706 DSCF2204 DSCF6756 DSCF6763Les poutres des maisons sont sculptées et décorées. Les fenêtres, les portes et leurs encadrements sont peints de couleurs vives et une frise rouge à pois blancs couronne l’arête supérieure.
Un véritable coup de cœur que ce village à quelques encablures de XiangCheng.

En arrivant dans ce si joli hameau, on retrouve une route bitumée qui serpentent dans la vallée désertique qui mène à la ville…. et les dizaines de pylônes des lignes à hautes tensions qui brillent dans la lumière de l’après midi – il faut bien leur apporter l’électricité.

Nous sommes débarqués* dans une ville aux deux facettes – comme de nombreuses localités importantes dans ces régions aux minorités à la culture forte.
On distingue d’un côté la ville tibétaine, aux élégantes successions de maisons blanches massives.DSCF2218 DSCF2219 DSCF2220 DSCF6773 DSCF6775Puis un peu plus au nord, la partie moderne de la ville.
Nous voilà dans la Chine des Han**.DSCF6768 DSCF6770Des grandes constructions de béton aux façades en carrelages, des fenêtres aux carreaux recouvert d’un film teinté (souvent bleu-vert) et qui ferment jamais de façon étanche.
Des places toutes propres avec souvent un petit camion-guérite de police, des sculptures de dragons, ou des colonnes ailées (faisant référence à celles à TianAnMen à BeiJing). Des commerces et des restaurants ouverts aux quatre vents en rez-de-chaussée (il y fait souvent plus froid dedans que sur le trottoir, c’est pourquoi, on installe une petite table au-devant de l’échoppe pour y prendre un rapide déjeuner), les barrières le long de la chaussée, des lampadaires aux formes grotesques…
Enfin… ça nous change de la quiétude de notre précédent trajet.
Nous irons nous balader dans le quartier tibétain, pour profiter de ces maisons dont nous sommes désormais inconditionnels.

La nuit est courte dans notre chambre bon marché (beaucoup trop près des toilettes toujours sans siphon) et nous sommes réveillés bien avant le lever du soleil – par de délicates odeurs – pour rejoindre la gare.
Confortablement assis dans un beau bus cossu, nous partons rejoindre Litang.
Le soleil s’élève dans le ciel à mesure que nous grimpons la montagne.
Malgré une douce ascension, nous prenons de l’altitude.
Et c’est sans nous en rendre compte, dans une ambiance léthargique, que nous passons un col à 4756m, le plus haut de notre périple (4756m : le Mont Blanc n’est plus qu’à 100m ! et on ne parle que d’un col !), pour finalement évoluer sur un infini plateau à quelques 4300m bordé au loin de « collines ».
À ces hauteurs, la végétation déjà peu abondante, s’assèche puis disparait laissant la place à une large plaine rase dans laquelle nous évoluons, longeant une large rivière de cailloux, mais c’est magnifique.DSCF6781 DSCF6784 DSCF6785 DSCF6793 DSCF6805On se sent loin de tout, on a du mal à se croire en Chine.
On est, en tout cas, ravis d’avoir fait le chemin jusqu’ici.
On aime les montagnes, c’est ce genre de paysages que nous voulions revoir.
Et nous ne sommes pas déçus.DSCF6821 DSCF6825 DSCF6828 DSCF6842 Stitched Panorama DSCF6865 DSCF6882 DSCF6891

Notre seul regret – s’il en est un – et de ne pouvoir arpenter ces routes par nos propres moyens.
Si on pouvait, nous passerions des années dans ces paysages pourtant si… simples.

 

‘* En ouvrant la soute à bagage à l’arrivée à XiangCheng, on retrouve nos sacs couverts d’une épaisse couche de poussière. C’est comme s’ils avaient passés 30 ans dans un grenier.
Les centaines de kilomètres de piste poussiéreuse ont dû avoir raison de la portière pas si étanche du coffre. C’est bien la première fois que cela nous arrive.
…certainement pas la première fois pour le chauffeur… mais en Chine on s’en fout des autres.

‘** C’est même notre gentille hôte Judi – pourtant Han elle-même, qui nous disait « quand les Han arrivent quelque part, ils détruisent le paysage », et elle en connait les affres, vivant au cœur de la touristique LiJiang.

Article publié le 12 avril 2016 à 18 h 31 min. Il apparaît dans la catégorie Asie Orientale, Chine. Sauvegarder le lien permanent. Suivez ici le flux RSS pour cet article.

Une idée, une réflexion, une pensée...

  1. Borbor dit :

    Superbes montagnes! Il n’y a pas d’animaux? Pas de Pandas?

  2. Star Ac' dit :

    Vous avez changé de continent?
    C’est beau la Bolivie!

  3. Magoldo dit :

    J’hésite qu’est ce qui est le plus beau :les paysages ou les maisons?
    J’ai un faible pour les maisons
    Superbe

  4. Reeback dit :

    Encore un très beau post sur ce coin de la Chine. L’architecture est vraiment étonnante et assez inspirante compte tenu de sa rudesse au 1er regard

  5. évouzétoulà dit :

    eh bin vlà les paysages, quoi !
    la vache, qu’on est muets, putain !
    et les maisons si belles, et surement pas chauffées…
    c’est intensément beau, ça fait planer
    bises
    nb maintenant que ça c’est (re)fait, vous allez aller où , hein, je te le demande

  6. stif dit :

    mais venez vivre a pamplemousse, et on se fera des rando dans les pyrennees avec sylvain la!!!

  7. Sergio dit :

    Ouaaaah, comment c’est trop beau sa reum ! Maisons et montagnes !
    Bises

  8. K-Pou dit :

    Incredible my friends (avec l’accent indien..pourquoi ? don’t know…avec l’accent chinois)
    Là vous m’avez encore bien fait voyager avec vous.
    Merci beaucoup !

  9. vinclechat dit :

    Moi en voyant les photos des maisons et des montagnes, j’ai pas pu m’empecher, dans ma tete, de prendre la voix de Gigi dans les bronzes et de dire « mais que c’est joliiiiiiiiiiii ». Et je comprend parfaitement le principe de passer des annees a divaguer dans ces paysages (parfois ca a du bon d’etre un mouton).

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