Kiri’Bat’man

Le temps passe, et arrive le moment de réétendre notre visa, une dernière fois.
Nous n’avons pas quitté Galle et Heenatigala depuis presque deux mois, et cette escapade « à la capitale » va nous faire changer d’air.
Il fait incroyablement chaud. Cela fait plus d’un mois qu’il n’y a pas eu une goutte de pluie, et la saison des moussons se fait attendre impatiemment. Les réservoirs des barrages sont à sec et l’électricité s’en trouve rationnée avec des coupures journalières de 4 à 5 heures.
Les températures grimpent, tout comme l’humidité.

Ce retour à Colombo se fait, comme à l’accoutumé, en empruntant le chemin des écoliers et en optant pour le lent train « assis-dur » qui longe la côte.

Nous trouvons immédiatement deux places. Une première dans l’histoire de la bourlingue au Sri Lanka. Il faut dire que la saison haute est révolue, les vacanciers sont moins nombreux.
D’ailleurs l’hôtel est moins rempli, le café moins fréquenté.

Le chemin de fer s’étire le long de l’océan. Le bleu azur de l’eau est secoué par les vagues, et le vent soulève des embruns.

Le rythme lent de notre convoi, accompagné de la torpeur pesante nous ramolli et c’est épuisés et péguants – de n’avoir rien fait – que nous arrivons à Colombo.
Nous retrouvons la petite auberge d’il y a deux mois, quelques voyageurs en sac-à-dos – ça faisait longtemps, ceux de l’hôtel sont plutôt en valises à roulettes et chauffeur – et un bon rice and curry. Une partie d’échecs plus tard et au lit. Demain, c’est journée visa !

Nous grimpons dans un bus*, chargé jusque sur le marchepied de femmes en sari et d’hommes en chemisette. Nous sommes Lundi matin, tout le monde part travailler. Bien rodés par notre précédente expérience, nous sommes pleinement préparés. Les copies, les photos à la bonne taille, le ticket du comptoir numéro 1, celui du numéro 2, où attendre, où payer, tout ça !
C’est ainsi que nous récupérons notre dernière extension pour deux mois supplémentaires en moins de 4h. Trop efficaces !

Notre séjour à Colombo est aussi l’occasion de faire quelques courses et passer à l’ambassade du Pakistan.
Et oui, l’idée d’un retour au Pakistan trotte dans nos têtes – parmi une multitude d’autres!
Même si la politique des visas s’est quelque peu assouplie (on peut faire une demande en ligne maintenant), ce visa-ci ne permet pas de passer la frontière terrestre avec l’Inde – une de nos autres idées. Ainsi, même si nous ne sommes pas résidents – condition obligatoire pour toute demande – nous tentons un passage chez le Consul afin d’obtenir un « vrai » visa, un de ceux que l’on colle dans nos passeports.

À notre grande surprise, notre interlocuteur ne nous dit pas directement « non », et nous propose au contraire de déposer notre demande et « on verra » (tout se négocie au Pakistan).
À peine sortis de l’Ambassade, que nous sommes déjà en train de télécharger les formulaires, contacter un de nos amis au Pakistan pour une lettre d’invitation et demander à Maneyika une attestation de domicile.

Hop hop hop
… Le tout est imprimé le soir même et redéposé le lendemain aux premières heures, accompagné d’un sourire fier démontrant toute notre motivation.
Le Vice Consul s’entretient une bonne heure avec nous, entretien qui se termine par un Pakistan Zindabat… et d’une photo de la voiture du Consul, à la décoration digne des plus beaux exemplaires de camions pakistanais.
(Nous écrivons cet article 3 semaines après notre passage à Colombo… et nous sommes sans nouvelles de ce potentiel visa)

De retour « à la maison », nous retrouvons Charles, Maneyika et Ama Gimini, la maman de Maneyika venue nous rendre visite, travailler dans le jardin et nous préparer quelques délicieuses spécialités culinaires. Les Srilankais (Cinghalais bouddhistes et Tamouls hindous) se préparent tous à célébrer en famille le Nouvel An (Awrudu), et chacun s’affaire en cuisine pour cette cérémonie.
Accompagnée de Gimini, Marion se lance dans la préparation des Alouwa Achuwa, sorte de gâteaux secs (très secs) à base de farine de riz, trickle (sirop de palme) et noix de cajou, tandis que Maneyika démarre la cuisson d’un curry de poisson qui nécessite 2 jours de marinade. Ça sent bon dans toute la maison. Nous sommes prêts.


En parallèle, les commerces ferment, tout le staff de l’hôtel prend congés trois jours durant.
Et pour notre ultime semaine à Galle, c’est une dernière occasion de prêter mains fortes.
Au programme, accueil des hôtes, préparation des cafés et capuccinos, salades et tartines, ménages des chambres, vaisselles, installations de rideaux, fabrication du pain et des jus, le tout dans une ambiance diablement efficace et réglée comme du papier à musique.

Au matin de la Nouvelle Année, Maneyika, levée aux aurores, avait préparé un petit déjeuner festif et coloré. La tradition veut que l’année commence avec du kiribat (riz au lait) et du lulu miris, la pâte de piment. Les hôtes de l’hôtel, tout comme nous, allons nous régaler de Mun Guli, Wali Thalapa, Thala Guli, curry de poisson, Sambol, Imbul Kiribat et Kiribat Achuwa. Le tout à base de noix de coco, lait de coco, huile de coco, crème de coco et râpé de coco, bien évidemment.


Des fleurs du jardin, des feuilles de bananier en guise d’assiette, un bougeoir dont les branches illuminent le buffet (de la combustion de l’huile de coco), tout est prêt à être partagé. Suba Aluth Awrudhak Weda ! Bonne année !

Nous offrons de ces spécialités aux différents clients de passage, tout comme nous en recevons de nos voisins de la boutique d’en face ou de certains employés apportant kiribat et autres pâtisseries coco-cuisinées.

Pour parfaire les célébrations, Charles et Maneyika nous invitent dans un super resto’ du Fort.

C’est l’occasion pour Brice de sortir une chemise bien propre, et Marion de se voir offrir une robe/pantalon chauve-souris.

Ce soir, c’est chic ! et le repas fut délicat et riche en goût. Merci encore !

Les festivités du Nouvel An s’achèvent. Charles prépare son retour en France, afin de visiter sa famille – lui ! Un mois au pays du fromage !
Sur le perron de l’hôtel, Maneyika à nos côtés, c’est nous disons au revoir à notre amphitryon. La sensation est étrange. Nous dormons à l’hôtel tous les trois avant d’être enfin relayés par l’équipe le lendemain et de rentrer à la maison, épuisés de ces derniers jours intenses.

Nous sommes aussi repus et saturés en sucre pour les 3 prochaines semaines !
Heureusement que nous continuons à peaufiner notre équilibre au surf. Nous restons motivés.


Les efforts payent au prix de quelques peines et courbatures… Marion se retrouve avec un bel œil au beurre noir. Ça fait belle-et-rebelle d’après Brice, alors qu’elle, blâme sa maladresse chronique.

Et ces heures à lutter contre les vagues n’endiguent en rien notre prise de poids.
Il est aussi temps pour nous de faire nos valises.

Nous passons quelques jours de plus auprès de Maneyika, entre soirées films, repos à la piscine, nettoyage du jardin et des jack fruits qui s’écrasent sur les escaliers – la saison des pluies s’est enfin installée, les plantes sont ravies !
Observation des oiseaux au petit-déjeuner, et des chauves-souris au diner, bons temps, bons verres de vin et bons petits plats.
Nous avons du mal à quitter ce bel endroit. Cet écrin de nature, la gentillesse de nos amis, et on l’avoue, le confort d’un chez soi.


Et puis, à la veille de notre départ surviennent les terribles attentats de Pâques.
Nous sommes restés à la maison ce jour-là, essayant de suivre et de comprendre ce qu’il était en train de se passer.
Un nuage sombre s’est mis à planer au-dessus du Sri Lanka. Maneyika se retrouve face à ses souvenirs de la guerre. C’était il y a 10 ans. Couvre-feu, présence militaire, angoisse et tristesse.
Les réseaux sociaux sont bloqués, nous cherchons les informations.

Nous reportons notre départ, un jour, puis deux et trois.
Puis nous décidons de reprendre la route, malgré tout.
Dans les rues, la vie reprend son court dès le lendemain.

Les Srilankais nous gratifient toujours autant de leurs sourires et les touristes que nous sommes ne semblent pas être plus en danger que le reste de la population.
Le terrorisme parvient néanmoins à saper le moral des Srilankais. Ces évènements font remonter des tensions sous-jacentes et tues pendant de longues années.
Le véritable risque serait de voir resurgir les haines intercommunautaires.
Nous quittons Maneyika et le Jardin du Fort le cœur serré (et des cadeaux à rajouter à notre sac-à-dos), alors que nous nous dirigeons vers la gare de bus pour rejoindre les montagnes fraiches du cœur du pays.

 

‘* Il n’existe en gros qu’un seul modèle de bus au Sri Lanka (que ce soit dans les villes ou entre celles-ci), dont ni la disposition de la cabine, ni l’ergonomie n’ont été modifiés depuis les années 70. Ainsi, il faut littéralement grimper pour embarquer dans les bus, dont le plancher s’élève à 1m60 au-dessus du sol. Cette opération se fait dans un escalier de travers, sans trébucher sur la demi-marche intermédiaire, tout en se faufilant entre la paroi et le capot du moteur situé à la gauche du chauffeur à la conduite sportive – pour ne pas dire tête brûlée. Sans oublier la déco’ bigarrée, le klaxon intérieur et les enceintes tonitruantes… mais aucun endroit dévolu aux bagages !

 

8 thoughts on “Kiri’Bat’man

  1. ces petits gâteaux…ça donne envie! Ou alors le surf après! Ou un peu tout. C’est toujours ressourçant de vous « revoir »! Prenez soin de vous les amis! des bisous (Brice, on a fini notre album 2017…. une double page t’est consacrée 😉 )

  2. Un œil au beurre noir en faisant du surf ? Je pensais pas que ça pouvait arriver en se faisant balayer par les vagues et rouleaux.
    Content et rassuré de voir et savoir que vous allez bien

  3. Hmmmm j’aurais adoré gouter ces mets de choix pour le nouvelle an ! Tout a l’air délicieux !

    Marion, tu as trop la classe avec ta robe chauve-souris ! Par contre brick’sman tu aurais au moins pu mettre un pantalon   « aujourd’hui c’est haut niveau, je mets mon short jaune !! C’est tout l’effet q’ça t’fait ?! Mon short JAUNE !!

    Quelle folie et quelle tristesse ces attentats 
    Je suis de tout cœur avec les Sri-lankais (tous les sri lankais, car tous sont victimes).

    Un gros bisou, et bonne route !

    PS : N’oubliez pas de me dire en avance quand vous serez au Pakistan.

Ça vous inspire?