en-bourlingue

Mort en suspension

Nous avons choisi comme prochaine destination le tout petit village reculé de LuoBiao, isolé dans une vallée encaissée au fin fond du Sud du SiChuan. Et on reste aussi dans l’étude des rites funéraires…

Il vécut, dans ce village, une ethnie – depuis décimée – nommée les Bo.
Ceux-ci avaient pour coutume de suspendre les cercueils des défunts sur des falaises abruptes.DSCF9232Allons donc voir cela.
Ce site n’est pas sans nous rappeler les Toraja de Sulawesi.
Mais avant tout, il nous faut rejoindre la ville de Yibin, à deux heures de train au sud de ZiGong.
Ahhhh le train, quel plaisir de retrouver ce moyen de transport, et ses « assis-dur » tant de fois plébiscités!
D’autant que pour 5 yuans par personne, nous voyageons 120 km confortablement, prenant le temps de bouquiner, faire du blog, faire une petite sieste… enfin, des choses que nous ne pouvons pas faire en stop. DSCF9027Bien sûr, il faut avant cela affronter le dur passage par la « Gare chinoise ».

Parce que cela se passe comme ça en Chine.
Il faut d’abord passer au guichet acheter son ticket.
Celui-ci se trouve souvent dans un autre bâtiment (pour rendre les choses simples – et être mouillé quand il pleut). Une fois que l’on a réussi à ne pas se faire doubler et que la guichetière a finalement compris notre destination (cela peut parfois durer quelques minutes, oui oui), on peut donner notre passeport. Les trajets de tout un chacun sont en effet enregistrés (n’oublions pas que nous sommes dans un pays autoritaire). Mais notre interlocuteur n’a jamais vu de passeport… et puis ne sais pas où est notre nom, ni le numéro…
Bref, tout cela prend donc quelques minutes, mais se fait sous la pression de la queue qui ne cesse de s’allonger derrière nous, et qui pousse PHYSIQUEMENT… car en Chine, on ne sait pas faire la queue, le moindre interstice entre l’hygiaphone et le client est propice à poser une question, passer sa main pour acheter un billet… bref, c’est une vraie discipline à part entière.
Après nous avoir demandé quel était notre « nom chinois » (!??!) et une fois le billet acquis, on peut passer les bagages sur un tapis roulant à rayon X (dont les images sont surveillées en dilettante par un officier plus attentif à son téléphone qu’aux sacs).
Et là, c’est une longue attente dans la « Chine » qui voyage en « assis-dur ».
Celle du bas, celle qui piaille, qui interpelle son acolyte à 140 décibels pourtant situé à 1m, celle qui crache par terre, qui regarde médusée ces deux laowai qui comme eux, prennent le train.
Quelques dizaines de mètres plus loin, on trouve les toilettes (même un aveugle les trouverait, mais pas les doigts dans le nez).
Ils sont gratuits, et c’est aussi ici que l’on trouve quelques fontaines d’eau bouillante (pratique pour Hermès), et surtout qu’il est toléré de fumer. On traverse donc un nuage de fumée pour arriver ensuite dans un autre environnement nauséabond (mais on a déjà décrit ces lieux d’aisance à plusieurs reprises).

On attend donc dans ce brouhaha assommant, car en Chine, ils ont la très bonne idée de ne donner accès au quai que quelques minutes avant l’arrivée du train – très bonne mesure vu le foutoir que cela serait sinon.
Ainsi, 15 minutes déjà avant l’arrivée du train, une longue file se dessine devant les portes d’accès.
Et ça pousse, et ça crie, et ça double.
Le pire : les petites mamies.
Notre explication rationnelle à ce manque de courtoisie : le « bond en avant » et la famine. Ces mamies ont vécus des heures difficiles auparavant et elles ont donc appris à se battre.
Et franchement, ça ne rigole pas.

Mais quand le train arrive, en l’occurrence celui-là était vide, les gens continuent de pousser, de se battre, de se doubler pour monter s’installer dans un train dans lequel tout le monde aura largement la place de s’installer.
Halala… Cela se mérite le voyage en « assis-dur ».
On se dit que ces mamies chinoises face à un wagon indien de 3ème classe, cela ferait un carnage.

Donc le train nous mène à Yibin.
Ça y est, avec les plaines vertes et potagères, nous retrouvons la pluie.DSCF9025L’arrivée à Yibin se fait sous la bruine, à la vue des parapluies installés sur les mobylettes, on se dit qu’il ne doit pas faire souvent beau…. à moins que cela soit des parasols ?… naaaaaaaaan….
Et puis on traverse toute la ville pour se rapprocher de la gare routière et chercher une chambre.
Pas trop de choix… Et puis finalement, on trouve une chambre dans nos prix*.

La pluie a cessé, et on part se balader sous un ciel incroyablement bas et blanc.
Mais comment on peut être dans le nuage à 300m d’altitude.
Un petit saut de bus, et nous voilà au petit village de LiZhuang aux ruelles pavées et aux toits de tuiles anthracite, pas encore trop métamorphosé pour le tourisme (mais en bonne voie).DSCF9036 DSCF9042 DSCF9048 DSCF9051 DSCF9056L’occasion pour nous aussi de voir une dernière fois le YangZe (aux courants ici si tranquilles par rapport au tumulte des Gorges du Saut du Tigre) avant de filer plus au Sud.DSCF2985Les habitants y sont encore zen, sympas avec nous, et surtout continuent à faire vivre ces rues largement exemptes de magasins de souvenirs. On joue aux cartes ou au mahjong en famille.DSCF9062 DSCF9069 DSCF9073 DSCF9085 DSCF9088 DSCF3003DSCF9079 DSCF3006 Stitched Panorama DSCF3010Il n’y a pas beaucoup de monde, peu de touristes et une petite mamie (elle est vraiment toute toute toute petite) se plait à nous accompagner à travers le labyrinthe de rues aux maisons de pierres grises, aux jolis temples et aux pavés usés par le temps, nous racontant tout un tas de choses en Chinois.DSCF9123 DSCF9125 DSCF3021 DSCF9128 DSCF9130 DSCF3024

Puis nous rejoignons LuoBiao, minuscule bourgade coincée dans les collines par là-bas, derrière, dans une excroissance méridionale du SiChuan oubliée par la DDE et le tourisme.
DSCF9170 DSCF9185 Stitched PanoramaLa journée débute sous une fine bruine, encore. Les habitants sont déjà dans les champs alors que nous longeons la route.Stitched Panorama Stitched PanoramaDSCF3029C’est dans ces contrées qu’il y a encore peu de temps, les Bo suspendaient les cercueils de leurs défunts aux flancs des falaises.
Supportées par quelques poutres de bois solidement encastrées dans la roche, on aperçoit de nos jours quelques boîtes çà et là.
Mais le grand nombre d’empreintes carrées des poutres porteuses qui parsèment la muraille laisse à croire qu’il y en avait plusieurs milliers.DSCF3035 DSCF9229DSCF3036Les montagnes karstiques qui entourent la plaine sont marquées de ces petits trous.
Mais le patrimoine est faible. Et même le minuscule musée peine à remplir ses vitrines et ses panneaux explicatifs…
Finalement, on n’y comprend pas grand-chose. Même les archéologues connaissent peu de choses sur ce rite funéraire atypique.

Alors que nous nous promenions dans l’une des vertes vallées, des bruits de pétard résonnent sur les falaises et attirent notre curiosité.
Il semble y avoir un évènement derrière une des maisons d’un village. Nous sommes arrêtés en chemin par des habitants. Les détonations proviennent bien d’ici, de puissantes enceintes crachotent de la musique de piètre qualité, des tables sont installées sous un chapiteau temporaire installé dans la cour. De grosses popotes sont en train de mijoter à l’arrière de la bâtisse.DSCF9302 DSCF9282 DSCF9244Les gens nous invitent – on ne peut pas refuser – à monter sur la terrasse où trois-quatre personnes nous accueillent en se mettant à genou à même le sol mouillé et terreux.

Aujourd’hui a lieu un enterrement.
Et ces hôtes – parents du défunt – portent un foulard blanc autour de la tête comme tous les membres de la famille, certains ont une sorte de cape.
Nous sommes invités à nous joindre à la fête. Oui c’est une fête qui est organisée.
À peine arrivés que nous enchainons les selfies et photos de groupes. Deux loawai à l’enterrement du papy, quelle aubaine !DSCF9240 DSCF9278 DSCF9271DSCF9247 DSCF9239 DSCF9337Une estrade est installée avec spectacle de danses et karaoké, totalement cul-cul et surtout déconnecté de la situation (pour nous).DSCF9256On nous offre des cigarettes à tout va, on nous remplit les poches de graines de tournesol et de cacahuètes, nous aurons le droit à ce morceau de tissus également. Mais vous êtes sûrs, on ne veut déranger… En deux temps, trois mouvements, nous sommes sur l’estrade avec le reste de la famille : photo !DSCF9250

Dans une pièce derrière la maison, le cercueil repose. Entouré de décorations et offrandes, une table des comptes est installée sur le côté. C’est ici qu’on vient donner des sous (pour le repas ?, ou pour le mort, ou pour … ?)DSCF9345 DSCF9331

Le repas se prépare, on doit (oui oui, on doit) rester manger.
Alors que les hommes jouent au poker, fument et mangent des graines de tournesols sur les tables en contrebas, les femmes s’agitent en cuisine (comme d’hab’ !).DSCF9354 DSCF9390 DSCF9323DSCF9401 La table est dressée en 3min, une nappe jetable en plastique, de la bière et du baijiu (alcool de riz à 50° servi dans des bouteilles en plastique, plutôt dégeu’) sont distribués, ainsi qu’une dizaine d’assiettes avec de la viande porc, des légumes, des cacahouètes, des bouillons… et du riz.
Le festin est entamé dans le chaos de l’arrivée de nouveau plat (sans forcément attendre que les autres tables soient servies) et ponctué de nombreux toast au baijiu.
Comme à l’accoutumé, le repas est englouti par nos compagnons de table en 10min, puis celle-ci débarrassée et redressée dans la foulée pour les prochains convives.
Nous finissons de faire le tour et quelques photos, et quittons la cérémonie pour une balade digestive bienvenue et pleine de questions.DSCF3049 DSCF9418 DSCF9427 Stitched Panorama

Encore une fois, quelle étonnante façon d’enterrer ses morts…

 

‘* Un hôtel bui-bui qui ne ressemble pas vraiment à un hôtel, mais un hôtel quand même, propre et tout… comme ceux dont on a l’habitude.
On demande confirmation à l’employé qu’il n’y a pas de soucis pour loger les laowai, que l’hôtel à la licence pour les enregistrer auprès de la police.
Pas de soucis, elle, elle veut le blé… ok bon… on a quand même un pressentiment…
De retour de notre balade à 19h30, ça n’a pas loupé, cette conne « ne savait pas »
ben quand on ne sait pas on dit qu’on ne sait pas ! oui, nous nous sommes énervés.
(On avait eu le même plan galère avec deux autres connes 18 mois plus tôt)
La patronne et son fils ont cependant fait ce qu’il pouvait pour que l’on puisse rester chez eux.
Mais les flics, il ne faut pas trop leur en demander trop, ils avaient des trucs à faire sur leur portable.
Bon ben, après deux heures de discussion et négociation, on a terminé dans l’hôtel deux fois plus onéreux en face. Tant pis.

Article publié le 4 mai 2016 à 17 h 43 min. Il apparaît dans la catégorie Asie Orientale, Chine. Sauvegarder le lien permanent. Suivez ici le flux RSS pour cet article.

Une idée, une réflexion, une pensée...

  1. Osteen dit :

    1. je ne vois pas Stif, c’est louche, ou alors c’est lui le défunt !!! c’est comme si vous aviez commandité son assassinat par ces villageois, quelle orchestration !?! mais comment l’ont-ils tué ? les bouts de bois sur la falaise supportaient une piste de descente improvisée en VTT et il serait tombé dans le vide alors que des villageois, cachés en dessous de la piste, auraient saboté sa descente ? cela expliquerait le peu d’explications que vous donnez sur ces soit-disant enterrements aériens qui ne sont que supercherie pour masquer un crime presque parfait
    2. je comprends que Brice fume, ça fallait longtemps que vous êtes parti mais pour votre gouverne plus personne ne fume en Europe, sauf Anne TEICHNER
    3. ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de poste, j’imagine que vous étiez trop occupé à préparer votre assassinat !?!
    4. pourquoi vous avez tué Stif ? vous lui aviez révélé votre projet pour être riche et continuer la bourlingue toute votre vie et il a voulu une part du gâteau ???

  2. vinclechat dit :

    Trop stylée la pipe.

  3. K-Pou dit :

    Et elle est où la photo du mini Boudha qu’a pris RionMar ?

  4. Star Ac' dit :

    Eh eh eh.
    J’aime bien quand vous vous faites embarquer dans des fêtes.
    En plus quand elles sont funéraires…

    Sinon, les sépultures à flan de falaises me font penser au peuple doguon au Mali. Il y a un RDV en terre inconnue où on voit ca.

  5. évouzétoulà dit :

    pour Brice inspiré dans les escaliers, il a vu « dieu »
    autre chose …la coutume est du genre féminin en français
    la coutumée aussi, et à l’accoutumée aussi
    tout ça prend un « e » à la fin

    oui, alors chez Leclerc Dernier Voyage, ils cherchent des techniciens, avec du vécu, et de la nouveauté…
    on leur donne votre adresse « en bourlingue »…?
    bises bises

  6. Sergio dit :

    J’aime bien la photo de Maurice avec la mini-mamie et son truc fluo pour pas qu’on la perde dans le milliard d’habitants :=

  7. Reeback dit :

    J’avais déjà du poser la question : vous avez appris à jouer comment au majong ? Et c’est quoi ces cartes bizarres (avec des points rouges et noirs) qu’ils utilisent pour « jouer au poker » ?
    Brice, tu m’as fait penser au professeur tournesol dans ce post avec tes lunettes et ta barbichette

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