en-bourlingue

On recommence ?

Thalia habite le petit village de Tinambung, proche de Majene.
Nous avons donc réussit, certes non sans difficulté, à rejoindre sa maison, et après une très courte nuit*, nous sommes réveillés par toute la maisonnée, étonnée de voir deux bule dormir dans leur salon.

Thalia nous a invités à se joindre à sa famille pour les festivités de lebaran, acte II : Idul adah. Cette fête ne dure qu’un seul jour, contrairement à celui célébré deux mois plus tôt chez Violetta et Pulsi. Elle célèbre l’action divine lorsqu’Abraham a voulu sacrifier son fils. Et hop : petit texto de Dieu : « on annule tout, sacrifie une bête plutôt » … et c’est pourquoi vaches et moutons sont joyeusement égorgés pour l’occasion.

Ainsi, nous allons prêter mains fortes à l’organisation, un peu mais pas trop non plus. L’invité est roi en Indonésie, et il est difficile d’aider et de participer.
Dans la maison en bois et sur pilotis de la grand-mère, nous apprenons à marcher d’un pas léger. Le plancher n’est pas bien épais. De simples lattes de bambou reposent sur une structure qui semble bien frêle.DSCF9886 DSCF9744 Stitched PanoramaEn dessous de nous, les poules se baladent, le bois est stocké et l’espace est libéré pour laisser l’eau s’écouler à travers les interstices des lattes du plancher. Parce qu’il n’y a pas d’évier, ni de toilette, tout passe « à travers ».
La cuisine est rudimentaire. Le foyer brûle pour faire chauffer l’eau du riz. DSCF9774 DSCF9778DSCF9837 Stitched Panorama DSCF9840 DSCF9832Assises sur de petits tabourets, sa grand-mère et sa maman s’affairent à préparer les mets du lendemain. Les piments sont broyés, le poisson est frit, le wok chauffe, on est en plein rush.
Et nous sommes toujours subjugués par ces femmes qui travaillent à croupis, et par ces foyers ardents au cœur d’une maison en bois.

Une partie de l’après-midi est consacrée à la fabrication des ketupat, sorte de petits paniers remplis de riz. C’est un élément traditionnel de lebaran, symbole de la fête et principal accompagnement de ce repas sans fin.DSCF9769Marion apprend patiemment le tissage de ces paniers en feuilles de bananiers sous la bienveillance de l’autre grand-mère, tandis que Brice et Thalia les tendent et les remplissent, avant qu’ils ne partent en cuisson.DSCF9819 DSCF9809 DSCF9825La famille a acheté deux poulets, que l’on tue halal.
Après lui avoir fait ses ablutions et récité une prière, le poulet est égorgé… et continuera à sauter partout et gigoter pendant quelques longues minutes, la tête ne tenant qu’à un fil…
Il est ensuite nettoyé par nos soins, à même le sol, avec l’eau de la rivière.DSCF9885 DSCF9891Nous réalisons ainsi que nos critères qualités/hygiène ont réellement baissés.

L’ambiance dans la maisonnée est bon enfant. Ça sent les préparatifs de fête. Au marché et dans la ville, tout le monde s’affaire aux derniers achats. Poissons, épices, fruits, les vendeurs ne chôment pas. Demain, tout sera fermé.DSCF9686Après un succinct passage à la rivière, la soirée se termine tranquillement, avant de rejoindre Morphée sur le tapis du salon pour une nouvelle courte nuit. Stitched PanoramaLa maison de Thalia est très simple et elle sera souvent gênée (avec beaucoup trop de sorry) de ne pas nous offrir mieux. Mais nous, on est contents.

Le réveil est annoncé par le muezzin, qui va chanter ses premières prières un long moment. Dans la maison, tout le monde se prépare pour aller à la mosquée. DSCF9749 DSCF9942Chaque femme se voile, et enfile par-dessus sa mekuna histoire de se couvrir un peu plus (un super hijab-chador). Les plus jeunes, comme Akila la nièce de Thalia, porte même une mekuna aux couleurs de Frozen ou Hello Kitty – hyper tendance cette année…
Sa mère, Dina, est punie de mosquée. Cette semaine, elle est impure nous explique sa sœur… pfff…
Il faut dire que dans cette famille, Thalia est la seule à se voiler. Mais elle nous explique qu’elle se sent mieux protégée des hommes comme ça… mouais… On a toujours du mal avec ce genre d’argument. Ou alors les hommes dans ces contrées seraient-ils de vrais salauds ?

Alors que tout le monde est parti à la mosquée, vêtu de leurs plus beaux habits, nous aidons Dina aux derniers préparatifs. Le salon est rangé afin d’accueillir les amis qui défileront tout au long de la journée. Puis nous sommes invités à nous joindre pour quelques photos Où est Charlie ?, avant d’être conviés chez le voisin, pour un premier repas.DSCF9959Bien entendu, nous avions retenu la leçon de lebaran à Pekanbaru, c’est donc avec de petites bouchées que nous entamons les festivités. Il y a plein de nouvelles choses à goûter, ça sent bon. DSCF9960 DSCF9961 DSCF0038 DSCF0044Mais nous nous retenons. S’en suit une deuxième puis une troisième maison, mais il y a moins à manger que « prévu ». Ce lebaran est peut-être plus light. C’est peut-être tant mieux.

Afin de faire un break-bouffe, nous repassons par la mosquée.
C’est l’heure du kurban (le sacrifice). Dehors, quelques sapi (vaches) broutent tranquillement. Elles ne savent pas ce qui les attend.
À l’arrière de la mosquée, on installe la bâche, les bassines, on creuse un trou… La foule commence à se regrouper.
Puis une première vache arrive. Les hommes la maintiennent fermement et la force à se coucher dans un nuage de poussière soulevé.
Attachées par les quatre pattes, la bête ne peut plus se mouvoir.DSCF9983Elle est lourdement traînée sur le sol et sa tête est placée sur un billot de bois posé au bord du trou.

L’imam commence par remercier les personnes ayant participés à l’achat de cette vache. Ils sont sept. Et chacun acte de sa présence.
Une telle bête est onéreuse, et la charité étant l’un des piliers fondamentaux de l’Islam, les personnes qui offrent de la viande à la communauté sont pieusement remerciées.
Puis l’iman s’agenouille, armé d’un long couteau. La vache est fermement maintenue par trois hommes. Il commence par dire quelques prières, tout en versant de l’eau sur les membres et la tête du bovin, comme lors des ablutions. Les hommes la caressent et lui tapotent le ventre.

***** La suite de ce texte et images peut choquer. Nous décrivons le rituel du sacrifice. Pour lire la fin du post, rendez-vous en tout en bas de la page. *****

Sa dernière phrase prononcée, la lame est posée sous la gorge de l’animal.S0049987Il entame promptement la peau du sapi pour rapidement sectionner sa trachée dans un souffle de ballon de baudruche qui se dégonfle.
Une seconde plus tard, il arrive sur l’artère carotide, et un flot de sang jaillit du corps tremblant de la vache. S0049995Elle se vide littéralement de son sang, si rouge et brillant. Plusieurs litres s’écoulent et la gorge est partiellement mise à jour – l’animal n’étant pas décapité.
Les yeux exorbités, la langue tordue dans une grimace macabre, la bête exsangue expire dans un râle s’échappant directement de sa gorge tranchée.
Elle s’agite toujours à mesure que le liquide écarlate continue de s’échapper par à-coups de ce corps désormais laissé à l’abandon.
Au bout de trois-quatre minutes peut-être, les spasmes s’espacent puis le cœur cesse de battre, les muscles se relâchent, le sang ne coule plus. L’animal meurt. C’est fini.
Mais trois-quatre minutes, c’est long…

Alors que la vache est déplacée, que le pouls soulève encore quelques jets de sang, certains hommes viennent tremper leurs pieds dans la mare sanguinolente.S00400091Apparemment, c’est un bon soin de pied nous explique Thalia… Juste avant, elle nous racontait que l’on vide la bête de son sang car il peut être impur. Pas très cohérant tout ça.
Le premier animal mis de côté, une autre vache est déjà menée devant le bourreau.

Le même rituel recommence et pendant ce temps, la première vache est déjà en train d’être dépecée. DSCF0016 DSCF0027Les équarisseurs sont tous autour de sa viande, fraîche et encore chaude, que l’on découpe minutieusement.Stitched Panorama

Aujourd’hui, dans cette mosquée, neufs vaches et un mouton seront sacrifiés.
Les habitants du village ont récupérés au préalable des coupons-viande. Il faut maintenant livrer la bidoche.DSCF0042Nous repartons un peu secoués par ce sacrifice bovin… et l’agonie de l’animal que nous avons ressentie. Mais nous réalisons qu’à partir du moment où la vache est morte, elle redevient « viande ». Et quel régal… !

L’appétit revient vite, et nous passerons enfin chez Fikri et Bisery, les amis de Thalia rencontrés la veille, chez qui nous finirons notre petit marathon nourriture autour d’un bon poulet avec la sauce qui va bien, de ketupat, d’œufs et curry, de poisson au piment et salade de fruits.
On termine la journée en dilettante, en se baladant sur la plage.DSCF0058 DSCF0063 20150924_172427 DSCF0085Et on passe la soirée « entre potes » avec des gens bien moins orthodoxes que notre hôte, au bout du compte pas si intéressante.
* les Indonésiens se lèvent très tôt.
Après la prière de 4h du matin, certains de nos hôtes restent éveillés : ainsi démarre la journée.
D’autres se recouchent pour se lever 1h30 plus tard.
6h du matin, c’est tôt mais ici, poules, chiens, soleil et mobylettes sont déjà bien actifs.
Nous avons donc supprimé la notion de « gras’ mat’ » de notre quotidien.
Cependant, les gens siestent beaucoup. Donc nous aussi.

Article publié le 28 septembre 2015 à 0 h 01 min. Il apparaît dans la catégorie Asie du Sud-Est, Indonésie. Sauvegarder le lien permanent. Suivez ici le flux RSS pour cet article.

Une idée, une réflexion, une pensée...

  1. évouzétoulà dit :

    paf !
    c’est appétissant tout ça
    et la sauce tomate qui sort de la tête, miam miam
    faisez gaffe

  2. Super expérience ! C’est chouette d’être invités à prendre part à ces festivités.
    Au fait, comment avez-vous rencontré Thalia ?

    • en-bourlingue dit :

      Ben à la toute fin du pénultième article, on parle de cette fille avec laquelle on passe deux-trois heures à attendre Sura…
      C’est pour ça.

  3. Star Ac' dit :

    Bonne fête!

  4. Sev dit :

    Je trouve que c’est bien d’être confronté à « d’où vient la viande ». J’ai beaucoup d’amis végétariens qui dénoncent l’hypocrisie des « mangeurs de viande » qui ne tiendraient pas le choc devant la mise à mort d’un animal. Je vois que pouir vous, le test est passé!

    • en-bourlingue dit :

      On s’est exactement dit la même chose!
      Avec tout ce qu’on a vu sur la mise à mort des animaux, si on aime toujours autant la barbac’, c’est que nous sommes de vrais carnivores.

    • Sergio dit :

      Salut Sev. Je ne vois pas l’hypocrisie. Je suis content d’être soigné par mon dentiste, mais je n’aimerais pas trifouiller la bouche des gens. J’aime la viandasse, mais je ne me vois pas dépecer un sanglier. Chacun son boulot, je ne vois pas trop où est le souci… Mais c’est un avis personnel, bien entendu !

      • Sev dit :

        Du point de vue de mes amis, c’est une histoire de cohérence: soit on accepte tout ce qu’implique le fait de manger de la viande, et on est en paix avec cela, soit on arrête d’en manger. J’aime aussi la viande, et je sais que dépecer un poulet ne me pose pas de problème.
        Ce n’est pas un soucis, mais plus une prise de conscience. Quand on est à la campagne, on est en prise avec la réalité de ces choses, alors que les citadins en sont plus coupés. Pas de critique là dessus, juste un constat (je suis citadine à 100%).
        Oui, chacun son job, effectivement, mais ce n’est pas parce que ce n’est pas nous qui tenons le couteau qui tue la vache que nous ne sommes pas « complices »: nous la mangeons, nous créons la demande.
        J’espère m’être faite comprise, je ne voulais pas créer de polémique, juste approter un éclairage différent!

  5. Le meilleur pote de Brice dit :

    Punaise je trouve pas Charlie…

  6. Sergio dit :

    Vous êtes prêts pour Koh-Lanta, tenir 43 minutes devant une vache égorgée c’est pas mal! Du coup le poulet décapité ça ne vous fait même pas cligner des yeux, j’imagine 🙂

  7. évouzétoula dit :

    et pour les poissons c’est pareil ?
    la pauv’ bête qui hurle à la mort en silence parce qu’elle n’a plus d’eau pour respirer
    ou le tourteau qu’on jette dans l’eau bouillante
    ahhhhh
    oui, oui
    est-ce moins cruel, difficile, parce que c’est en silence…

    quand je pense aux pompes d’Imelda en peau de sardine, sûrement,
    les a-t-elle écorchées vives…

    ah oui et les oeufs, qui comme tout le monde sait, ont fait la poule
    à moins que ce ne soit le contraire
    avant d’être durs, il y a un petit animal dedans…

    c’est malin de lancer un sujet comme ça
    on y pense trop

    il y a un autre truc qui gratte bien les méninges, c’est à propos de Dieu
    je ne sais plus qui, Coelo, ou Schmit a écrit
    la preuve de l’existence ne repose pas sur l’existence de preuves
    oui, je sais il faut la relire 2 fois

    à demain,
    pour un nouveau « paf » (Preum’s Avec François)

    faisez gaffe

    ps j’ai bien aimé le « tout au lagon » pour faire la vaisselle..!

  8. dbz dit :

    bon, j’ai regardé la vidéo en plein-écran, full HD.
    un peu d’empathie pour la pauvre bête. Je comprends que vous vous soyez sentis mieux une fois transformée en viande !
    La SPA a encore du pain sur la planche !

    Pour relancer le débat : se préoccuper de la souffrance animale serait pas un excès d’anthropomorphisme, caractéristique de nos sociétés occidentales ?
    (vous avez 4 heures)

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