Ah la mer !

C’est un vol depuis Delhi via Mumbai qui nous mène au Sri Lanka.
Pourtant quand on regarde la carte et que l’on zoom sur le Sri Lanka, on peut voir que le mince détroit qui sépare cette grosse île du mastodonte continent Inde ne fait que quelques kilomètres.
Il n’est pas dans nos habitudes de prendre l’avion, on s’était déjà dit qu’on prendrait un bateau.
C’est pas possible que ça n’existe pas. C’est juste là ! En face de Chennai !

Mais depuis la guerre civile qui a touché le pays de 1981 à 2009, la lignes de ferry qui reliaient ces deux pays sont coupées.
Il existe bien aujourd’hui quelques cargos dans lesquels transitent les biens indiens vendus au petit frère sri-lankais, mais plus de trafic passager. Fini.

On réalise que le Sri Lanka à une histoire compliquée.
Une histoire ancienne, avec de nombreux rois, dans de multiples capitales.
Avec des religions provenant d’Inde, le bouddhisme et l’hindouisme, mais aussi l’islam à travers les marchands.
Et puis les communautés tamoule et cinghalaise qui cohabitent tant bien que mal sur cette île depuis le XIème siècle.
Viennent alors les colonisations des Européens, intéressés par la manne des épices de Ceylan et sa situation stratégique le long des routes maritimes.
Ce sera d’abord le passage des Portugais en 1505 – qui la nommèrent Ceilão, puis celui des Hollandais au XVIIème‑XVIIIème siècle.
Viendront enfin les Anglais au XIXème et XXème siècle, avant que le pays retrouve son indépendante en 1948. Indépendance et paix qui ne seront que de courte durée puisque de violents conflits gangrenèrent le pays.
Plusieurs décennies de guerre civile scindent le pays en deux : les Tamouls hindouistes au Nord et les Cinghalais bouddhistes – majoritaires – au Sud (les premiers étant appuyés par l’Inde, et les seconds par le Pakistan et la Chine).
Depuis 2009 et aujourd’hui encore, la situation est stable – tout comme les relations Nord/Sud, le pays est sûr – indispensable à la reconstruction du tourisme – et semble avoir retrouvé son dynamisme.

Mais voilà, plus de bateaux. La bourlingue prendra donc l’avion.

En atterrissant à Colombo, nous avons parcouru 2500km d’une traite vers le Sud.
On trouve des palmiers, des gens souriants et des machines à laver au duty free.
Il fait chaud, l’air est humide.
Contrairement à l’immigration indienne idiotement zélée quelques heures auparavant, les douaniers de Colombo restent indifférents à notre séjour pakistanais, et nous avons le droit à un grand Welcome to Sri Lanka accompagné de notre tampon.
Nous posons nos affaires dans une modeste auberge située dans la petite ville de Negombo, à une poignée de kilomètres de l’aéroport… et surtout : au bord de la meeeeeeer.
Il est tard à notre arrivée, mais l’air est encore tiède, nous ne résistons pas à la tentation d’humer la brise marine, d’écouter le bruit des vagues, de faire glisser le sable entre nos orteils et de nous asseoir en terrasse pour une bière des vacances !

Ça fait du bien !…
La note, moins.
Et oui, le coût de la vie au Sri Lanka est plus élevé qu’en Inde (qui était déjà supérieur à celui du Pakistan), d’autant que nous sommes dans un bled ultra touristique (ceux où l’on sert des riz frit et des petits dej’ toast-œuf au plat à 5US$).

Qu’à cela ne tienne, il nous faudra quelques jours pour prendre nos marques, comprendre combien coûte une course en bus, un repas dans un bui bui ou une noix de coco fraiche pour étancher notre soif.
Comme c’est d’usage de bourlingue, nous prenons notre temps le lendemain matin, pour ne sortir nous dégourdir les jambes qu’aux alentours de midi.
Une très mauvaise habitude qui nous sera fort dommageable et que nous nous empresserons de changer lors de ce séjour sri lankais, tant le soleil s’abat avec force sur nos nuques.

On quitte le quartier touristique de la plage pour rejoindre le centre-ville et nous élancer à la découverte du Sri Lanka. Nous nous attendions à trouver une petite Inde, en moins développé, les indices économiques n’étant pas aussi florissants que ceux de la puissante Union indienne. Mais voilà, encore une fois, on n’explique pas un pays avec des chiffres.
C’est tout le contraire qui nous saute à la figure au premier coin de rue.
Ici, il n’y a pas l’inertie et la surdensité qu’entrainent plusieurs centaines de millions d’habitants.
Les échelles sont incroyablement plus réduites, les maux de la surpopulation indienne n’y existent alors pas.
Plus d’air, plus de confort dans les villes, de l’eau potable, peu de circulation, plus de propreté dans les maisons, peu de déchets dans les rues, plus de temps, dans la vie comme dans les relations avec les gens. Alors on reprend le temps de sourire. Moins de stress. Plus de calme.

C’est ainsi que nous nous engageons dans des rues encadrées de petites maisons et au jardin à la végétation luxuriante.

Nous enjambons les quelques canaux creusés par les colons hollandais.


Nous doublons un nombre conséquent d’églises (la ville étant à majorité chrétienne).

Puis nous arrivons dans les rues du centre-ville.
Certes, elles n’ont guère de charme, mais pas de tempêtes de klaxons, et on nous laisse traverser la route !

En fait, nous avons l’agréable sensation d’être à mi-chemin entre la Thaïlande pour le développement et le confort et les Philippines pour l’accueil et le sourire chaleureux. Sans parler du caractère décontracté, la simplicité et la propreté, apanage de ces deux pays**.

Une réparation de fermeture éclair dans la rue, un premier déjeuner dans une little hut, et nous voilà réconciliés avec les tarifs srilankais… ce qui nous permet de nous initier à la cuisine du pays*** !

On continue notre balade, longeant le port de pêche où les courageux marins sont affairés à rafistoler leurs filets, et on passe le marché aux poissons, désert mais pas moins nauséabond pour autant.
Des odeurs que nous sommes pourtant ravis d’humer après tant de mois si loin des côtes.


Puis nous rejoignons la plage pour sentir la moiteur des embruns sur notre peau déjà rougie par les coups de soleil du nouvel arrivant.

Au petit matin, les températures sont encore suffisamment fraîches pour que nous rejoignions la gare de Negombo à pied. Le charmant bâtiment peint de jaune possède la quiétude des minuscules gares de province.


Nous sommes encore un peu en avance, le quai se rempli peu avant que le train de banlieue n’entre au pas.
En moins de deux heures, nous sommes à Colombo, où nous changeons de train pour Galle, à l’extrême sud du pays.

Là, c’est une autre paire de manche.
Certes, nous louions la faible densité de population du Sri Lanka par rapport à l’Inde et pensions donc qu’il serait plus aisé de grimper dans les trains de 3ème classe.
Mais c’était sans compter qu’il y a aussi beaucoup moins de trains, constitués de beaucoup trop peu de wagons pour accueillir les voyageurs – et que les trains sont, de surcroit, pris d’assaut le weekend.

Disons que nous n’étions pas du tout prêts à batailler pour une place assise dans le train.
Aussi, passée la surprise et les coups de coude, nous nous retrouvons debout, pendant la première moitié du voyage.
Les fenêtres sont grandes ouvertes, deux ventilateurs, accrochés au plafond, tournent à plein régime, mais rien n’y fait : il fait chaud.
À chaque arrêt, nous gagnons en ampleur de mouvement et réussissons enfin à poser nos fesses sur ces étroites banquettes, bien collé-serré contre notre voisin bien portant, avant d’être déposés en gare de Galle (ça se prononce gawl).

Le début de notre séjour au Sri Lanka commence enfin. Nous découvrons et contemplons ce nouvel environnement, nous nous émerveillons de cette nouvelle cuisine, des facies et des habillements, nous prenons doucement nos repères.
Notre corps doit se mettre en température, notre esprit aussi.
Ayu bawan Sri Lanka !

 

‘* Ceilão, devenu Ceylon en anglais et Ceylan en français.

Le nom officiel Sri Lanka a été adopté en 1974 par le gouvernement. L’île retrouve son nom d’autrefois Lanka qui veut dire « île resplendissante » devant lequel on place Sri, qui est une lettre sacrée.

** On retrouve une des tares du Myanmar où les touristes et locaux sont séparés, même pour aller aux toilettes, et on doit de nouveau batailler pour obtenir un prix « local ».

*** En rentrant dans un buibui, on tombe en premier lieu devant une vitrine pleine de petits pains – les bun – ou de crêpes de farine de riz – les roti, tous fourrés soit de légumes, de poisson ou de viande, ou « simplement » de pâte de chili – le sambol – non sans rappeler le sambal indonésien. Les habitués commandent un plateau assorti d’une dizaine de ces encas, qui leur est déposé sur la table.
Ils ne seront facturés que des encas consommés, et le plateau repartira alors en vitrine.

À côté de ce fast food, on trouve de nombreuses popotes aux différentes préparations : dhal, fruit du jacquier cuit, légumes plus ou moins en sauce… ce sont les curries de base. Ils seront servis d’office avec un grand plat de riz si on vient à commander un rice and curry. En sus, on pourra rajouter une jatte de viande, de poisson, ou autres mets un peu plus onéreux.
C’est dé-li-cieux. On reprend notre régime à base de riz, et nous nous délectons de tout cela…. Avec les doigts !!! Miam !

8 thoughts on “Ah la mer !

  1. Trop contente pour vous mais … je vais choisir quelle destination, moi ? Vos photos et commentaires donnent envie d’aller partout dans vos pas !!!

  2. Rionmaaaar t’as pris l’avion !!! Tu as un peu pleuré ?? Jte taquine. J’espère que le vol s’est bien passé.

    Rionmaaaar t’as pris un coup de soleil !!!! 🙂

    Tu as donné de ta personne pour ce post dis-donc…. 😉

    Plus sérieusement, ça fait plaisir se revoir la mer, et de savoir qu’on va passer quelques vacances ensembles.

    Un abrazo !

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