Catégorie : Iran

Chamallows à Mashhad

Encore un long voyage pour relier Gorgan à Mashhad ; la côte de la Caspienne vers la plaine du Khorosan. On a l’occasion de traverser le parc naturel du Golestan ; et passer d’un paysage de plaines et de forêts vertes à celui d’une lande aride.

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Le trajet s’allonge, d’autant plus que nous nous sommes levés pour être à la gare routière à 6h… mais le bus ne partira pas avant 7h… Au cours de nos 11 heures de bus, on aura le temps de se reposer, de se renseigner un peu sur l’Asie Centrale qui approche, changer encore et encore nos plans… et aussi de converser avec les quelques passagers dont on attire toujours autant la curiosité… Les discussions ne vont pas bien loin comme notre farsi et leur anglais sont réduits, mais on nous offre des pommes et des gâteaux…

IMG_2558Les gens viennent en famille et en nombre à cette époque à Mashhad pour le pèlerinage sur le mausolée de l’Imam Reza, le seul disparu en Iran.

…et les voyageurs du monde entier se concentre dans cette ville – et il semblerait qu’une grande partie d’entre eux soient dans notre auberge – dans l’attente de leur visa de transit pour traverser le Turkménistan. Ici, c’est un hub de voyageurs en attente !
À notre arrivée chez Vali, il y a déjà 15 personnes, la seule chambre et les 6 lits du dortoir sont déjà occupés, la chambre du fils est réquisitionnée, certains dorment sur des tapis…
En cause, l’ambassade de Téhéran qui promet des délais trop courts aux voyageurs lors de leur demande de visa de transit à Téhéran. En conséquence, le consulat de Mashhad se trouve être le goulot des gens en partance pour ce pays de libertés…
Parmi d’autres, on rencontrera un 2 Espagnols, qui concourent dans le Mongol Rallye, Suzanne et Martin, un couple Dano-Hollandais qui sont partis à peu près à la même date que nous… mais à vélo (!) et avec lesquels nous nous serons super bien entendus, Angel, un Espagnol à moto parti pour relier Londres à l’Australie, un Français qui en revient lui… mais en biclou, et perdu au milieu un autre couple de « touristes » allemands « juste » en vacances ! Et nous ! On vient juste de passer nos 6 mois de voyages, et finalement, nous aussi on fait un grand voyage !

On arrive donc à Mashhad, mais plus tôt que ce que nous prévoyions. Le séjour à Gorgan, en zone chaude et humide était plutôt inconfortable et on se disait qu’on trinquerait bien d’un liquide rouge rubis (…et alcoolisé) pour les 30 ans de Marion plutôt qu’une tasse de thé…
Nous arrivons donc comme des fleurs en pensant que comme on est un peu en avance, le consulat acceptera d’avancer nos dates d’entrée/sortie au Turkménistan, logique : « Je vois pas pourquoi on ne peut pas changer une date sur un ordinateur ! ». Mais souvent, on se rend compte qu’il ne faut pas parler de « logique »…
Chez Vali, avec tous ces voyageurs, tout le monde y va de son expérience, et c’est un « non, on ne peut pas changer les dates » catégorique qui tombe… ! Ok, on verra demain !

Le lendemain, passage au consulat, réveil matinal. On a tous nos papiers, et on quitte l’auberge accompagnés de nos coloc’ internationaux en attente du visa…
Toujours rien pour Angel, ni les 2 du Mongol Rally, rien pour Taka, un japonais parti depuis 3 ans en moto de San Francisco ( ! oui oui !), rien pour Minori, l’autre japonaise, … pfff, le stress monte.
On passe notre tête par la micro fenêtre, on redonne nos passeports etc… et « Ok, just wait for 10minutes », c’est bon ! Et les dates : « Can we change the dates ? » « No. » « Ok, we will wait » …

Donc nous, on est contents, parce qu’on a notre visa pour le Turkménistan.
Mais on est fâchés, parce qu’on est arrivés une semaine trop tôt et qu’on doit donc attendre le 27.
Mais nos amis autour sont en galère de visa, avec des visas iraniens qui périment, des ouzbèks qui peuvent pas être prolongés, … donc juste, on se dit ok, on va attendre et se reposer un peu, et surtout, ni se réjouir, ni se plaindre…

On passera donc de nooombreux jours à Mashhad, et particulièrement chez Vali… dont l’homestay a l’unique intérêt d’avoir une terrasse, un coin pour se poser, et surtout… Marion peut être « dehors » en débardeur, et sans son voile dont on pensait pouvoir se débarrasser plus tôt !

Et c’est bien agréable puisque bien qu’étant la deuxième plus grosse ville du pays, Mashhad n’a pas grand-chose à proposer aux touristes. Etant un lieu de pèlerinage, la ville s’avère aussi assez « fermée » et conservatrice (Marion aura le droit à sa première remarque de la part d’un iman, parce que les manches de sa robe -qui lui arrivent en dessous des coudes- sont trop courtes à son goût… re-pffff ); notamment aux abords de la ville ancienne et du tombeau de l’Imam Reza, où toutes les femmes sont en chaddordress-code imposé à toutes pour rentrer sur le site sacré.

IMG_2582Et Marion ne pourra y déroger. Ce sera la source de nombreuses réflexions pour elle (et aussi pour nous) « J’y vais ? j’y vais pas ? c’est affreux ce truc, quelle régression… » ; avant d’accepter, à l’encontre de ces convictions, de se plier à la coutume. Ça reste nul ce truc…

En effet, le site de la tombe de l’Imam Reza est le second site le plus sacré pour les Chiites d’Iran (après la Mecque, indétrônable number one) ; car Reza est le seul des 12 Imams sacrés du chiisme à avoir son tombeau en Iran. Et c’est donc l’occasion d’y trouver un complexe religieux énorme mêlant des mosquées et des cours vieilles de plusieurs siècles à des esplanades ultra modernes pouvant accueillir l’incroyable afflux de pèlerins ou de simples fidèles au moment de la prière.

DCIM100GOPRO IMG_20140820_170054 DCIM100GOPROLe site est donc ouvert 24h/24, et il est offert aux non-musulmans d’en visiter une grande partie, à l’exception de la tombes de Reza, et des deux plus anciennes courts y accédant. (et photos interdites)
On peut aussi se voir « offrir » (imposer dans notre cas) les services d’un guide qui d’après certains de nos coloc’ peut avoir un discours très prosélyte, et serait surtout présent pour veiller à ce que nous ne sortions pas des « clous » (nos amis allemands ont même reçu un carnet décrivant la société européenne comme immorale et pleine de stupre et luxure).
Nous sommes très contents car cela ne s’est pas du tout passé comme ça pour nous.

Tout d’abord, on somme Brice de déposer son sac au vestiaire (appareil photo interdit). Marion aura droit à un chaddor blanc à motifs gris clair (pas de photo à vous fournir), et après s’être dépêtrée à se couvrir (ça reste un immense morceau de tissu, plutôt lourd, qu’il faut enrouler autour de sa tête, sans que les cheveux ne débordent parce qu’on te surveille et on te signale quand on aperçoit 1cm de la racine de tes cheveux, … à la fin, tu finis avec un visage en losange, comme toutes les autres femmes….), une femme lui demande d’attendre (et donc de faire poireauter Brice à la sortie du « sas »). Un guide est en route pour s’occuper de nous… bien entendu, tout cela est assez confus puisqu’expliqué en farsi. Le guide arrive, Marion a le droit d’aller rejoindre Brice.
Et la visite démarre.
Ali Hossein se révélera être un guide très sympa, très peace. Il nous explique qui sont les Imams par rapport aux imams, les significations des différents motifs en façade des mosquées, et dans les cours que l’on traverse… et nous sentant intéressés par cette histoire, nous invitera même à aller visiter les 3 lieux qui nous sont normalement interdits: « c’est interdit aux non-musulmans, vous ne pouvez pas y aller… mais si vous êtes vraiment intéressés pour aller voir Imam Reza, alors on peut y aller. Peut-être même l’Imam Reza veut vous voir »… et après nous l’avoir répéter et insister trois ou quatre fois ; nous allons donc voir ce tombeau (Brice d’abord accompagné du guide, Marion ensuite puisque de toute manière, hommes et femmes ont deux circuits séparés « pour que chacun soit entièrement tourné vers la religion et qu’il ne subisse pas de distractive tentation »…pfff…).
Et là, c’est incroyable, les gens se pressent les uns sur les autres, ils se poussent, les enfants sont soulevés au-dessus des têtes pour aller toucher le tombeau sacré ; c’est une continuelle cohue digne d’un concert de rock… à cela près que les gens pleurent, pleurent la mort de l’Imam… et nous retrouvons la même image que celle observée au Saint Sépulcre ou sur le Mur des lamentations à Jérusalem.
À la sortie notre guide nous souligne que « maintenant que vous avez visité l’Imam Reza, il sait que vous êtes venus et vous connait », Cool ! si ça peut nous protéger, on est partants.
Ce guide bien qu’ayant parfois un discours un peu limite (« les Sunnites sont nos ennemis », qu’on excusera par une mauvaise traduction de sa part), est très sympa, très tolérant ; il comprendra même que nous sommes athées, et nous tomberons d’accord sur le fait que le fond entre les religieux diffèrent peu finalement.
Bref, on y aura passé une bonne heure et demi… au bout desquelles Marion sera très contente de retirer son chaddor et de repositionner son voile… (et qui refusera poliment mais fermement l’offre du guide de le garder en souvenir).
On retrouve donc nos amis le soir dans notre auberge – même si notre marchand-de-tapis d’hôte refuse que nous appelions cela une guesthouse car c’est trop commercial et préfère homestay ; c’est pourtant lui qui nous fait payer 10$ par nuit par personne dans des conditions parfois rudes (notamment quand nous étions 17), plus 2$ le petit déjeuner, ou 5$ le diner… en gros trop cher par rapport au marché. Un vrai marchand de tapis.
Mais l’atmosphère n’y est pas si mauvaise, après lui avoir clairement indiqué que nous ne lui achèterions pas de wedding rug. Et la vie en communauté à 17 les uns sur les autres rappellent un peu l’ambiance qu’il devait y avoir à l’époque où les hippies faisaient tous étape à Mashhad avant de rejoindre l’Afghanistan tout proche.

DSCF8835Puis le temps passera lentement pour nous, les copains partirons tous, enfourcheront leur biclous, leur moto… et nous passerons le temps à… prendre un peu plus le temps… d’autant plus que les derniers jours avait un peu été rushy… mais bon, là on aura beaucoup de temps ; et puis la ville n’est pas si intéressante, Mashhad est en plein milieu du désert dans l’extrême orient iranien, il n’y a rien autour d’intéressant… et puis, on se mettra à jour du blog, sans quoi vous seriez encore à lire notre rencontre avec Jérôme et Thibaud alors qu’il serait déjà rentrés en France.

Les jours qui suivent sont tranquilles. Entre grass’ mat, lessive quasi-quotidienne, achat de quelques fruits, et tour du pâté de maison, …

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On retourne tout de même se balader dans la ville vers le bazar. Et on visite un vieux hammam au 14 couches de peinture successives depuis sa construction..
C’est devenu un joli musée, climatisé, et on est content de l’avoir découvert.

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Mais un kebab plus tard, un smoothie à la banane, nous revoilà à « la maison » !

On fêtera les 30 ans de Marion en trinquant avec une tasse de thé, … mais en partageant un chouette repas cuisiné par Sharon, notre amie chinoise qui voyage depuis 1 an, avec l’aide de Belinda, une Hong-konguaise en vadrouille pour quelques mois et Brice (avec une bonne ratatouille !!).
Taka, notre copain japonais est venu passer la soirée avec nous (et a offert « poulette » à Marion et un cadeau surprise), et enfin deux allemands faisant le Tadjikistan rallye, et un jeune polonais baroudeur en vacances !

DSCF8943 DSCF8942 DSCF8933Un joli repas international. 30 ans à l’autre bout du monde, c’est bien aussi !

Le lendemain soir, on est invité (avec Sharon) chez CS.*, l’hôte Couchsurfing de Taka. Et encore un bon repas préparé par Taka (avec des soba et de la sauce soja !), un plat thaï cuisiné par Phyl, un Allemand installé en Thaïlande depuis 8 ans, et du riz et du poulet cuisiné par CS., l’Iranien !

On passe une très bonne soirée, et on est invité à rester chez CS. pour les prochaines nuits…
On déménage donc le lendemain!
Ciao Vali, bien contents de te quitter.

On y retrouve, le lendemain après-midi Taka, et Phyl. ainsi qu’un couple d’ami de CS. qui ne resteront qu’une petite heure. Taka nous expliquera plus tard que CS. leur prête sa chambre afin qu’il puisse croquer le fruit défendu librement… pas aisé de vivre dans un pays où sortir avec une personne du sexe opposé hors mariage est fortement réprimé.
Le soir, Brice sera content de pouvoir cuisiner pour la communauté.
Et une nouvelle fois, Marion soufflera ses bougies sur un beau gâteau (merci CS!!).

DSCF8955 DSCF8969On papotera longuement. Phyl et Taka sont des mecs super cools que nous sommes ravis de connaitre.
Petite dernière journée glandouille. Taka récupère son visa, lave sa moto… On achète quelques petites sucreries iraniennes pour nos futurs hôtes turkmènes.
…on est prêt : dernière nuit en Iran, on se réveille à l’aube pour rejoindre la frontière. Demain soir on dormira à Ashgabat, la ville de marbre d’un mégalomaniaque.

Note 1 : Le 23 août à 7h00, on s’est fait réveiller par un tremblement de terre, qui s’il n’était pas bien fort (4.2), il n’était vraiment pas loin du tout (quelques dizaines de kilomètres Mashhad). (ça y est, Brice a ressenti son premier tremblement terre… contrairement à celui de Tokyo !… !)

Note 2 : Dans la rue, on peut voir partout de grandes affiches des martyrs soit de la révolution, soit de la guerre Iran/Irak… des martyrs qui se sont battus pour la liberté et qu’on voit partout et dont on a donné les noms aux rues des villes.

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Note 3 : En Iran, la monnaie nationale est le Rial, mais tout le monde parle en Tomans… soit X rials = X/10 tomans. Les billets de 100000 Rials sont donc des billets de 10000 Tomans, et c’est naturel que tous les prix soient indiqués en tomans.
Mais avec la crise économique que subit le pays, les zéro se sont alignés ; et quasiment personne ne cite le mot « mille » ; et donc une course en taxi coutera « 3 » pour 3000 tomans soit 30000 rials.
Le plein d’essence est à « 35 » pour 350000 rials… bref… un joli mic-mac qui fait on s’y remet toujours à deux fois avant de tendre sa monnaie. « attends, ….Rials ? non… Tomans…ah… »

Note 3 bis : Et comme on ne peut jamais te rendre la monnaie exactement (notamment chez le marchand de fruits et légumes…), soit il n’est pas rare que la monnaie ne soit pas rendue du tout, soit rendue en sucrerie, chewing-gum ou petit gâteau.

Note 4 : En Iran, les cartes bancaires existent ; pas de Visa ni d’AmEx bien sûr (à cause de l’embargo) mais les Iraniens ont leurs cartes de crédit, et lorsqu’ils paient au supermarché, au tabac, ou au restaurant, ils tendent leur carte et donnent leur code secret par la même occasion, à voix haute.

Note 5 : Et bien sûr, on a oublié de mentionner la présence permanente des 2 Imans Khomeini et Khamenei. Les Big Brothers sont en photos, peintures, représentations PAR-TOUT !

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  • CS. sera juste CS. car il est ne croit pas en ce qu’on lui impose de croire ici, en Iran ; et ça lui a déjà porté tristement et physiquement préjudice dans sa jeunesse.

 

Ils descendent de la montagne…

IMG_2363Passage éclair par Téhéran pour aller prendre notre train en direction de Sari, ville située au nord de Téhéran, derrière les montagnes de l’Alborz et de la mer Caspienne.

Après avoir pris l’autobus dans le mauvais sens, et repris un autre dans le bon, on arrive un quart d’heure avant le train (petite marge… !). Heureusement qu’on a simplement un contrôle de passeport, et 6 contrôles des billets…
DSCF8710On monte s’installer dans notre compartiment. Un couple est déjà là, peut-être la soixantaine Monsieur et Madame Mousavi. La femme est voilée, mais pas fermée (en tout cas, pas dans le train !) (c’est-à-dire, pas de chaddor ou de grande robe noire).
On s’installe à nos places, côté fenêtre, et le train démarre. C’est parti pour au moins 8h ! Sari n’est pas très loin à vol d’oiseau, mais nous, on n’y va pas en oiseau… donc c’est long.

Un peu plus loin sur le trajet, une femme (toute fermée par contre) et son fils ado s’installe dans notre compartiment.
Personne ne parle anglais. Mais quelques sourires et phrases en farsi qu’on ne comprend pas, ça parle de nous, mais à voix basse… on ne comprendrait pas plus à voix haute ! Le train redémarre.

Les paysages sont superbes. Mais ça reste sec sec sec.
DSCF8659 DSCF8657Après quelques kilomètres en direction du sud, la voie ferrée bifurque pour longer le massif par le flanc sud.
Les montagnes sont colorées, on dirait des monticules de sables, ou de safran et curry !…
Puis on s’élance entre les montagnes.
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Le convoi ralentit, on commence à grimper. La vallée est très verte, et cultivée.
IMG_2374 IMG_2369 IMG_2398Mais on semble tellement perdus dans les montagnes arides.
On traverse même une coulée de boue peut-être de la veille, ça semble bien frais, et comme les rails sont recouverts, des ouvriers travaillent à les dégager, et le train y trace son sillon au pas.
IMG_2393 IMG_2404On s’arrête 20 min dans une gare pour la prière. Et là, beaucoup de gens sortent du train… et c’est comme ça pour tous les trains en Iran : même les nouveaux trains à haute vitesse doivent s’arrêter…et ainsi perdre leur précieuse avance… heureusement que les avions n’y sont pas contraints.
Notre jeune mère très fermée reste, alors que la vieille femme qui semblait moins fermée, sort son grand tissu noir, se couvre et part prier avec son mari.

On a quelques difficultés à comprendre ces femmes en chaddor : sont-elles très pratiquantes? Pourquoi se couvrent-elles autant ?…
Parce qu’on se rend compte qu’il y a différents chaddor : certains sont « formés », pour se poser sur la tête avec un ourlet et tout qui va bien. Mais, le plus souvent, les femmes que l’on voit portent simplement un très grand morceau de tissu acheté au mètre surement, noir de préférence (la couleur de l’été 2014… !), et s’enferment dedans, le coinçant sous les bras, et dans leur bouche, pour former un petit losange de visage visible…sans main qui dépasse, le sac coincé dans les plis et replis…

Bref, 20min plus tard et une locomotive de plus au convoi, on repart. La pente devient de plus en plus raide ; l’altitude rend l’air plus frais, et les arbres sont de plus en plus nombreux (la jungle comme on appelle la forêt en Iran).
DSCF8719 DSCF8678 DSCF8740DSCF8704 DSCF8670Des lacets, des tunnels « en colimaçon », des ponts qui enjambent des vallées… la voie ferrée redescend vers la mer sur plusieurs niveaux successifs. Techniquement impressionnante (et impressionnant Brice !), la ligne l’est aussi par ses paysages remarquables… nous sommes passés de paysages dignes de westerns, à d’énormes montagnes vertes boisées.
DSCF8729 IMG_2436Plus on descend, et plus l’air se charge aussi en humidité…et il commence à faire très chaud dehors et bien sûr, les vieux wagons des années 50 rachetés aux chemins de fer allemands ou luxembourgeois ne sont pas climatisés. Et Marion sous son voile et sa robe, a déjà hyper chaud, …mais en face d’elle, sous sa robe et son chaddor…l’autre femme (la mère) secoue simplement un petit éventail, genre tout va bien… mais on sue tous à grosse goutte !
On continue notre reportage photo par la fenêtre du train qui roule lentement à travers les montagnes… !

On papote finalement un peu avec le fils Mohammed de 16 ans, qui parle trois mots d’anglais et beaucoup en farsi.
DSCF8734On nous apporte un plateau repas (…kebab riz/poulet ! woué !) et un coca qui se renversera sur la robe et le pantalon de Marion, finalisant l’aspect visuel « crade et transpirant » de cette journée !

Ces conversations passeront un peu le temps. On demande à Brice son prénom et son métier, mais on ne demande rien à Marion. C’est courant ici. On ne sert pas la main aux femmes, mais souvent, ils ne la regardent carrément pas, adressent pas la parole. C’est culturel. C’est l’effet chaddor, dit Marion.

Et puis, finalement, avec 30 minutes de retard, on arrive à Sari.
Monsieur Mousavi (qui ne parle ni anglais ni rien d’autre !) de notre wagon décide de nous accompagner à la gare de bus dans la Xantia de son fils flambant neuve, parce qu’en fait, nous, on ne va pas à Sari, mais à Gorgan, 150 km plus loin. Et heureusement qu’il est là, car dehors, un essaim de chauffeurs de taxi tourne autour de toute personne débarquant du train.
A la gare routière, on nous dit qu’il n’y a plus de bus, et qu’on doit prendre un savari, un taxi collectif longue distance, qui partent une fois plein, soit 4 ou 5 personnes.

On arrive à la station de savari, et on achète nos places et on attend. Peut-être 20min. Deux femmes voyagent avec nous.

Nous sommes un peu claqués, et dans la voiture il fait trop froid à cause de la clim’ !
DSCF8793 DSCF8768 DSCF8774Deux heures plus tard, on arrive à Gorgan. L’air est hyper humide (on commence à regretter l’air chaud mais sec du plateau). Ça y est, nos vêtements collent… Beurk.

On se trouve un petit hôtel qui pue, avec un gros ventilateur au plafond. Mais on y dort deux nuits pour à peine 15 euros… les deux nuits !
On se promène un peu dans le bazar, on s’achète du raisin, et on mange un bon kebab/riz (woué !).
Une douche, on se sèche, on est re-(ou encore) mouillé, et au lit !

Le lendemain, on prend un minibus pour Gonbad-e Kavus, une ville situé à 1h30 de route de Gorgan, mais célèbre pour sa grosse tour de l’an 1007, construite pour un poète.
Le minibus est vraiment mini, et il y fait très chaud (on devrait prendre l’habitude, mais non ! Et surtout, le chaud humide c’est beaucoup plus éprouvant que le chaud sec !) Donc on transpire, et on est tout serrés, mais on arrive à Gonbad, et finalement on a faim.
Donc direction le resto de brochettes, on commande des petits foies, du kubide, Brice demande si il y a du cœur, Karim (le tenancier) nous sort d’un sac plastique une trachée avec un cœur et des poumons attachés, Marion en aura l’estomac tout retourné …et se contentera des foies !
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On quitte le resto repus (ou presque) et il fait vraiment chaud pour visiter une tour sans ombre autour… on s’arrête donc pour manger une glace, chez un glacier turkmène.
DSCF8802La frontière n’est qu’à une cinquantaine de km, et c’est marrant de voir des gens aux yeux un peu bridés et parfois très clairs, les cheveux raides. Si le peuple majoritaire en Iran demeure les Aryanis (les mêmes que les Aryens), il y a en Iran de nombreux peuples qui coexistent assez bien ensemble, sans trop de discrimination (il y a par exemple deux fois plus d’Azéris – 20 millions sur 80 – en Iran qu’en Azerbaïdjan !)
On papote avec les 5 mots de perse de Brice, et nos 20 mots de turc (les deux langues sont assez liées) et après 1h, on visite finalement la tour, en 15min. Un OVNI au style épuré, au milieu de nulle-part, avec rien du tout dedans.
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Et retour en minibus à Gorgan (mais encore plus mini et plus chaud que celui du matin – ça nous coûte 50 centimes à deux).
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Note 1 : En Iran, comme il fait chaud, il y a souvent dans la rue des petites boutiques pour acheter des trucs à boire bizarre, avec des trucs qui flottent, ou des glaces qui collent, ou qui ressemblent à des bols de nouilles…
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Terre, sel et sable

Longue journée de route, le visa de nos amis expire bientôt et la fin de leurs vacances en Perse approche.

8 heures de route sont prévues pour la journée.
On redescend des monts Zagros pour rejoindre la plaine aride du plateau iranien.
IMG_2224 IMG_2226 IMG_2247 IMG_2238 IMG_2234 IMG_2259Au passage on se fait embarquer par une ou deux tornades sur le chemin, on se retrouve chahutés dans un nuage de sable sur 30~50m… mais à 120 à l’heure, c’est vite passé ! (combien de temps ? combien de temps ?)
On voit même quelques nuages dans le ciel… ça doit faire une quarantaine de jours que nous avions oublié ce que c’était.
Notre route s’étire jusqu’à Isfahan (on passe devant la raffinerie dans laquelle Brice avait travaillé…émotions !), on se fera une dernière session « photos au milieu de nulle part » (on découvrira juste après que nous n’étions qu’à seulement quelques kilomètres de l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz défendue par un lourd dispositif anti-aérien… et où les photos ne sont guère appréciées !)
DSCF8466 DSCF8470 DSCF8474Puis après un joli trajet le long d’un val fertile à travers des montagnes arides, on rejoint Abyaneh où l’on passera une nuit torride tous les quatre… sans ventilation, ni climatisation, sans fenêtre ni draps… (Apparemment, c’était pas compris dans le prix !).
La visite du village s’avère agréable mais pas non plus exceptionnelle. Des mamies un peu partout ; des murs en terre rouge… et des touristes iraniens qui se prennent en photos.
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Puis on remonte en direction de Kashan, avec au programme de l’après-midi d’excursion : une ville souterraine avec des pièges à deux balles contre les ennemis, mais surtout un lac salé plus très blanc, mais toujours très très salé et des jolies dunes pour que Thibaud y fasse des roulés-boulés…
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Le désert du Dasht-e Kavir, avec ses immenses étendues.. ! C’est joli, et on est tous très heureux d’y avoir passé nos derniers moments ensemble.

Encore une fois, on n’a pas chômé… mais c’était une jolie fin de journée !
Les copains nous auront « contraints » à un rythme harassant, mais on était très heureux de les voir et de les suivre ! Tout s’est passé simplement : itinéraire, visites, tunes, réveils et conduite… !
On a bien rigolé ; et nous nous ça nous a fait une super parenthèse « vacances », qu’il était difficile de refermer !

Ils ont repris la route en direction de Tabriz, avant de retourner en Turquie puis en France, la voiture chargée de bouteilles d’eau de rose et d’un gros sac de fringues/trucs/cailloux dont on s’est empressé de se débarrasser ! Retour à Paris !
Et nous, on reprend la route ; on part à l’Est, direction le Turkménistan…

Farci d’antiquités

Il nous faut 6 heures de route pour relier Yazd à Shiraz (le territoire iranien est trois fois plus grand que celui de la France).
On traverse le désert rocailleux si typique au plateau iranien pour rejoindre le pied des monts Zagros.
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Le trajet se fait en plein désert, et les hautes températures sont fatigantes.
On boit, on boit. On a l’impression d’être des dromadaires.
Heureusement, il fait sec… IMG_2054 IMG_2057Shiraz est un peu plus en altitude et bénéficie d’un temps (légèrement) plus doux ; et ses nombreux jardins et espaces verts en sont la preuve. Shiraz sera aussi le point le plus au sud de notre périple en Iran (et même légèrement plus au sud qu’Aqaba en Jordanie ; la prochaine fois, ça sera le sous-continent indien ou la péninsule indochinoise, inch allah !).

On reste étonnés et surpris par cette route… ces montagnes, ce désert, ces couleurs…

Avant d’arriver à Shiraz, nous faisons halte sur le site archéologique de Pasargadae, préambule à Persepolis. On y trouve le tombeau de Cyrus, fondateur de l’empire Perse ; quelques vieilles ruines… Thibaud est comme un fou et nous fera partager ses connaissances insoupçonnées sur l’Antiquité.
IMG_2049La fin de la journée approche, on se dirige alors à Persepolis.
Persepolis. Juste le nom invite à l’imaginaire.
DSCF8222Et après une petite embrouille avec le mec du parking (qui nous a fait payer 5 fois plus cher, mais on n’est pas des Américains, on ne se laisse pas avoir… !), on se retrouve au pied de cette grande cité.
Avec la lumière de fin de journée qui va bien, peu de monde, … Le moment est parfait !
Toutes ses fresques, ces bonshommes sculptés de profil aux barbes bouclées, et tous ces bas-reliefs…
IMG_2078 IMG_2085 DSCF8192 IMG_2080 DSCF8235 DSCF8199 IMG_2099 IMG_2096 DSCF8204 DSCF8246 IMG_2105 Stitched PanoramaEt les colonnes aux multiples styles architecturaux, propres à chaque ethnies de l’empire (du corinthien, de l’assyrien, du babylonien…)
Le palais des 100 colonnes, les tombeaux, les escaliers monumentaux, …
Quand Persepolis a été incendiée par Alexandre le Grand, les bas-reliefs en argile ont cuit avec les flammes, et l’effondrement du toit du palais par-dessus ont permis de les conserver dans un état superbe, ça date quand même de -500 av. J.C. …

C’est beau, c’est fin, c’est graphique… Sur les stèles, des écritures cunéiformes : c’est pas tout récent (cunéiforme ! le premier alphabet !).
Et autour de nous, le désert et la douce lumière de fin de journée qui baigne tombeaux, colonnes, et portes, … Que c’est beau !

On arrive à Shiraz dans la soirée, un hôtel lambda (aux toilettes qui puent quand on prend notre douche), un hamburger et au lit : car notre journée à Shiraz sera chargée : Jérôme et (surtout) Thibaud veulent tout voir dans le court temps qui leur est imparti.
Guide à la main, application iPhone de la « balade idéale », bouteilles d’eau…  C’est parti !
Réveil matinal pour visiter la mosquée Nasir al Molk dont les vitraux colorent toute la salle de prière avec la lumière du matin DSCF8344 DSCF8343 DSCF8328visite de splendides maisons bourgeoises aux bassins et jardins florissants, aux plafonds peints, aux murs de mosaïques, de carrelages émaillés et de vitraux.
DSCF8259 DSCF8278 IMG_2121 DSCF8266 IMG_2122 DSCF8271 DSCF8276 Stitched PanoramaOn est contents de voir que le style est différents de celui de Kashan (par exemple), et encore une fois si éloigné du style architecturale européen de l’époque tout en restant très fin. Visite de la grande mosquée Valik DSCF8321 DSCF8299 DSCF8294, du bazaar attenant…
DSCF8282Quatorze heures approchent, il fait toujours chaud (peut-être un peu moins…) et comme on est un peu claqués et que tout ferme progressivement, on rentre à l’hôtel en milieu d’après-midi pour une sieste locale !

Et, alors que la température a baissé de 2°C (woué !), on ressort se balader, voir la citadelle et sa tour penchée, et on se pose finalement dans l’herbe, Brice et Thibaud s’entraînant au poirier, sous les yeux amusés des Iraniens.
IMG_2162Visite du beau jardin Eram, passage devant le mausolée du poète Hafez, et enfin kebab-poulet du soir, bonsoir ; un petit narguilé au fond d’un boui-boui crasseux dans une atmosphère très masculine et au lit ; demain, on ne chôme pas, on a de la route !

Yazd des pièges à vent

On décide finalement de partir avec Jérôme et Thibaud. On partage une Mégane à 4, on range les affaires au carré dans la voiture, et on prend la route ! Direction Yazd.
IMG_1842Il est 11h lorsque l’on part et on est contents d’être dans une voiture climatisée. On a l’impression d’être en vacances : jeux de voitures, chansons, quizz, on profite des copains.

Alors qu’on est à la recherche d’une station essence, que la faim se fait sentir ; on tombe sur une mini-ville, du nom d’Aqba.
Et, au milieu de rien, le long d’une loooonnngue route bien droite, à 15h (soit au plus fort de la chaleur), sans arbre, on découvre une très jolie vieille ville.
Les petites maisons sont un peu effondrées. On a l’impression d’être dans une ville en sable. Un château de sable.
DSCF7886 DSCF7880 IMG_1866 DSCF7893 DSCF7895 Stitched Panorama Stitched Panorama On entre dans la vieille ville par une grande porte qui surplombe Aqba, le dôme argenté de la mosquée, les greniers, les maisons en pisé, les ruelles vides, et nous.

Il fait tellement chaud qu’on longe les murs. Heureusement, en Iran, l’eau est à peu près partout potable, et on trouve souvent des fontaines réfrigérées pour remplir nos bouteilles d’eau…
On est vraiment au milieu de rien : toute la ville est endormie ; aucun touriste n’a jamais foulé du pied cet endroit si charmant ; on en a tous gardé un super souvenir… Le hasard a bien fait les choses.
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Dans les faubourgs, on trouve un bui-bui d’autoroute pour manger un bon kebab-poulet (ce qu’on mange depuis notre arrivée en Iran !)
Et quelques photos des pompistes plus tard, des « where are you from ?» (il faut dire qu’une voiture française ici, autre que les Peugeot 405 blanches (reines des routes) et les Renault 5 ça étonne un peu !), un plein d’essence (une petite dizaine d’euros), et on reprend la route.
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Le paysage est désertique et montagneux. On roule, entourés de hautes montagnes roses, jaunes, ocres et dorées.
Au milieu, la vallée. Cette grande étendue hyper aride. Un arbre, trois cailloux…
On croise des camions, et quelques voitures, mais la plupart du temps, nous sommes seuls sur cette route qui sillonne au milieu de rien.
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On se dirige vers Chak-Chak, lieu de pèlerinage du Zoroastrisme (une des plus vieilles religions monothéistes et religion des Perses avant les invasions arabes). Si le temple présente très peu d’intérêt, la route pour y accéder, en fin de journée était superbe.
Le long ruban noir de la route sillonne la vallée coincée parmi les montagnes. On ne croise vraiment personne ; il semble que l’on découvre cet endroit. C’est beau, on s’arrête pour quelques photos ; c’est un autre voyage qu’on fait avec nos amis, mais quelle liberté de pouvoir s’arrêter où l’on souhaite et choisir son rythme.
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On décide même d’aller dormir dans un caravansérail à Kharanak, un village de l’autre côté de la montagne.
Il est 20h quand on y arrive, il n’y a personne, et après 1h de discussion, négociation et langage des signes, on passera notre soirée tranquillement installés, petit narguilé dans le silence du désert.
La salle de bain/toilettes n’a pas été lavé depuis… on ne sait combien de temps, et c’est une petite épreuve de passer par là…
DSCF7976Mais après un traditionnel petit dej’ œuf-confiture de carottes-pain-thé-sucre, on part visiter les ruines des maisons en pisé, se perdre dans ses ruelles sableuses de cette vieille ville fantôme, aux murs effondrés, où tout semble empilé.
Stitched Panorama DSCF7998 IMG_1972 Stitched PanoramaDSCF8008 DSCF8016On recharge nos bouteilles d’eau, et on reprend la route, direction Yazd.

La route est toujours aussi belle, et malgré la clim’ de la voiture, on sent que l’air au dehors est vraiment chaud.
On arrive à Yazd vers 11h. Il fait 48°…
On part quand même se balader dans les ruelles de la ville. Mosquées, pisé, bazaar,…
Yazd et sa région sont connues pour leurs pièges à vent (badgirs). C’est un vieux système de climatisation naturelle, l’air sec capturé par ces tours, passe sur un bassin d’eau, et l’air se refroidit, se diffusant ainsi dans la maison.
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En Iran, et spécialement en se dirigeant vers le sud, les villes s’endorment entre 14h et 17h. Boutiques, restaurants… Tout le monde sieste.
Donc nous, à 15h, on est dans un parc, à l’ombre, à attendre… et pourquoi pas faire un somme.
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Dernier tour dans la ville avant de rejoindre une jolie auberge dans le mini-village de Fahraj.
La nuit ne sera pas vraiment moins chaude, mais avec une douche propre (on a l’impression que chaque pore notre peau avait besoin de se recharger en eau !) et un bon repas !
Visite du château (en pisé !), et on reprend la route !

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On profite bien des copains, de la voiture, et des moments ensembles. C’est cool cette parenthèse du voyage : on prend ça comme des vacances !

Woué les copains sont là !

D’abord, Monsieur Matin (prononcer Matine comme les œufs) un Iranien « client » de Brice qu’il avait rencontré l’an dernier. Il vient nous chercher à la gare routière. Après 4h de bus, on est content de retrouver « une tête connue ».

On déjeune le midi avec lui et sa femme. On les aide à préparer le repas. Brice coupe des légumes (woué !) et on nettoie les poissons (moins woué !). Frites maisons, poissons à la poêle, olives, légumes pickles, ails au vinaigre de 3 ans, et bière islamique (ça ressemble à de l’Ice Tea pétillant, ou du jus de fruits pétillant… mais ça n’a rien d’une bière !).
On est invité comme il se doit, à l’iranienne. C’est-à-dire qu’on mangera par terre, au salon !
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On a bien compris qu’ils tenaient absoooolument à ce qu’on dorme chez eux.Ils nous proposent, dans un premier temps, de rester chez eux au moins le soir. On refuse, puis ils bougent nos sacs dans la chambre, puis ils sortent les matelas, les couvertures… il nous a fallu nous  « battre » pour refuser et leur dire que finalement on préfère aller à l’hôtel parce qu’on doit retrouver… Jérôme et Thibaud !

Jérôme (le pote ZamZam de Brice) et son super pote Thibaud sont partis de Paris il y a 3 semaines…en voiture !
On discute avec Monsieur Matin, et il nous trouve un petit hôtel, à 200m de chez lui. Il nous file un téléphone iranien. Ça sera plus pratique pour les rdv !
On pense que ça a un peu vexé Madame Matin, mais bon… Nous on est contents de rester avec nos copains, pour ces quelques prochains jours.
On a rdv à 17h avec Jérôme et Thibaud sur le pont Pol-e Si-o-Seh (joli pont à 33 ponts, au-dessus de la rivière Zayandeh, à sec…).
Ça fait bizarre de les retrouver là, au pied de leur voiture en Iran. Ils viennent de passer une heure entourés d’une demi-douzaine d’Iraniens qui leur ont démonté toute la portière, ouvert le capot, chahuté l’habitacle…. Pour trouver le loquet qui verrouille la porte arrière !
Après presque 6 mois de voyage, c’est très cool de voir les copains ! Bisous, embrassades et blagues, on part se balader un peu dans Isfahan.
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Dans leur grand sens de l’hospitalité Iranienne, monsieur Matin et toute sa famille nous ont invités, tous les 4, pour un pique-nique au parc, pas loin de l’hôtel, en l’honneur du passage de Brice et sa douce dans la région.
Petite soirée « en famille », avec les cousins, neveux, nièces, tantes et oncles à partager un grand repas/pique-nique, trop bien préparé !
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On attaque le lendemain, une grosse journée visite d’Isfahan. On se dirige vers Kakh-e Chehel Sotun, le palais aux 40 colonnes ; avec ses impressionnantes fresques qui couvrent murs et plafonds.
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Puis la place Naqsh-e-Jahan, la plus « grande du monde ».
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Il est utile de souligner que les Isfahani ont la réputation d’avoir la grosse tête et d’enjoliver les choses : ils disent d’Isfahan qu’elle est la moitié du monde ; les palais Chehel Sotun – aux 40 pilliers – n’en comporte que 20 (mais qui se dédoublent dans le bassin qui lui fait face), le pont Si-o-se (33 ponts) n’en a pas autant…
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Bref, sur cette magnifique place se tiennent la Masjed-e-Sheikh Lotfollah,
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la Masjed-e-Shah (Mosquée du Shah),

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le palais Ali-Qapu et l’entrée du bazaar bozorgue (le grand bazar).
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Un tour rapide par le bazaar, et on termine notre journée par la grande Masjed-e Jameh.

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On visitera aussi la très colorée l’église Arménienne Kelisa-ye-Vank et ses fresques murales bariolées et le si joli pont Rhaju.
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On rentrera à l’hôtel, épuisés de cette journée. Il fait chaud, et on n’a pas arrêté !
Difficile le rythme de touristes !
Thibaud et Jérôme nous mènent un train d’enfer (ils n’ont que 15 jours de visa iranien et surtout doivent rentrer bosser à la fin de leurs vacances !)

Briques et pisé

Kashan se trouve à quelques heures au Sud de Téhéran, sur la route d’Isfahan.

Splendide avec ses villas à l’architecture typique perse du XVIII-XIXe siècle.
À notre arrivée à 14h, il n’y a pas âme qui vive dans toute la ville.
Et on comprend bien vite qu’il fait trop chaud à se balader dans les petites ruelles avant 17h… (une grosse quarantaine de degrés qui brûlent même les yeux)
Mais cela ne nous fait pas peur !

On déambule donc au hasard dans les ruelles, entre les murs en torchis. Nombre des maisons du vieux quartier sont dans un piteux état ; il semble que ce matériau ne supporte pas le manque d’entretien.
Mais cette ville étant un peu touristique, la ville fait beaucoup pour réhabiliter les remparts ou certaines vieilles villas.

On a donc vu :
– Des beaux remparts en pisé, laissant de temps en temps, apparaître les dômes en briques environnants.
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  • Des petites rues, avec des petits papis à vélo, des mosquées cachées, des portes enterrées…
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Stitched Panorama DSCF7280(on trouve, sur certaines portes, deux heurtoirs : un rond et un droit, aux sons différents afin de prévenir si c’est un homme ou une femme qui frappe à la porte… et donc savoir qui doit venir ouvrir !)
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  • Une très belle et impressionnante madrasse. Tellement belle en fin de journée… Nous sommes quasiment seuls, contemplant sa symétrie, son architecture, ses lignes et ses courbes.
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  • Un bazar et son caravansérail. Riche en détails, en couleurs, textures et reliefs. Le soleil rentre en son centre, et y diffuse une lumière douce. On y prend un thé bien chaud.
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  • Des motifs, des sculptures, des mosaïques, de la couleur…
    Les grandes villas sont recouvertes de motifs, sculptés ou peints. Les dômes aux mosaïques bleues, les peintures ocre et blanche, la pierre rosée. Tout est nuancé et harmonieux.
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Et puis comme à l’accoutumé, des gens qui nous interpellent, nous questionnent et nous sourient !

Note 1 : La glace à la carotte et au safran, qu’on croit que c’est à l’orange, c’est pas bon.
Note 2 : On s’est acheté un sangak nun (type de pain). Ils font presque 1m de long, et sont cuits dans un four sur un lit de cailloux. En les sortant, le boulanger doit les jeter sur un tamis afin d’en faire tomber les cailloux restés collés. (ici encore, on est choqué de voir qu’il y a une file pour les hommes et une autre pour les femmes…)
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Téhéran famille

On quitte Ardabil par une jolie route sinueuse, traversant de beaux paysages aux montagnes impressionnantes. Téhéran se trouve sur le plateau iranien, et même si la mer Caspienne n’en est qu’à 50 km à vol d’oiseau ; la capitale est à 1200-2000 mètres d’altitude.
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Le trajet dure 9h… et on s’arrêtera une seule fois !! Heureusement que Marion a arrêté les bols de thé le matin… !
Mais ce trajet sera aussi pour nous l’occasion de découvrir la conduite iranienne « à la façon spaghetti ». Tout le monde slalome, les voitures, les camions hors d’âge, les bus. Les autoroutes à 3 voies deviennent des 5 voies. Personne ne se sert de son clignotant, on double à droite, à gauche, au milieu, sur la bande d’arrêt d’urgence, et tout ça à 100km/h…
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Dans le bus, on est assis tout devant, et le chauffeur a dû nous entendre plus d’une fois faire des olala, ouffff, shiiiii, ahhhhh, pfffffff,
Et on se retrouve finalement en fin de journée à Téhéran. Immense mégalopole de 18 millions d’habitants. La plus longue rue fait 17km et va jusqu’aux pieds des montagnes.
Le gros challenge en Iran, et spécialement à Téhéran, c’est de traverser les rues ! Parce qu’il n’y a pas (ou peu) de passages piétons, juste tout le monde roule et toi, petit piéton fragile, tu t’insères dans la circulation dense, tel un papillon évitant les pare-brise !
La première fois, on s’est collés (avec nos gros sacs) à une toute petite mamie, et en rythme, on l’a suivie !
Et ça grouille ! De nombreuses motos dans tous les sens, les voitures, des gros bus… ça fait du bruit.
On est claqués, on part se trouver un resto, mais c’est le quartier des accessoires de voitures, donc il n’y a pas grand-chose. On déambule à la recherche d’un bui-bui, et puis on se fait accoster par Ali. Trop sympa, il est ingénieur dans le bâtiment, nous offre une carte de l’Iran, puis en remontant pour nous montrer un restau’, il offre a Marion un petit flacon de parfum (trop gentils les iraniens on vous dit!); puis il nous paye sur le trajet encore trois bières « islamiques »… bref, très gentil, on papote en mangeant notre kebab… Et on repart tous les trois, et au moment de vouloir le prendre en photo pour le mettre sur le blog, deux mécréants à moto sautent sur l’iPhone tout vieux pour le subtiliser. Ali est plus triste que nous, il pleure, il est désolé pour nous, tellement tellement désolé qu’on est obligé de le rassurer ; nous on relativise en lisant les news et le monde qui va mal : ce n’est qu’un portable, un bon outil de « travail » de voyageur, mais qu’un portable… (et pis surtout le micro est HS et la moitié des boutons aussi…)
Donc, cet aparte pour dire que les Iraniens sont super sympas (…sauf deux).

Le lendemain, on prend le métro (avec des wagons pour femme aussi, mais pas obligatoires… on choisira donc la mixité !) et passage à l’ambassade du Turkménistan.
On y dépose nos papiers, et le mec nous dit « Ok, that’s all right ». Ça n’a jamais été aussi simple !
Si tout va bien (Inch’ Allah), on récupèrera notre visa à Mashhad, dans 3 semaines.
C’est à ce moment qu’on retrouve Nader, un ancien collègue Iranien de Brice.
On passe 3 jours avec lui. Il nous montre tout de Téhéran :
– les résidences des Pahlavi (dernière dynastie)
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– le Palais Golestan (des shah précédents…)
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– le bazaar,  et la ville, le thé sur les banquettes surélevées, …
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Et on est finalement logés chez la maman de Nader (Fozieh), avec sa sœur Zeynab, sa nièce Delmia, et son frère Taher.
Nader et sa famille sont la quintessence de l’hospitalité iranienne. On sera accueillis comme des shah. Trois jours de bonheur partagé (en tout cas par nous !). On ne s’est jamais autant sentis « à la maison » depuis notre départ.
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On découvre la mégalopole iranienne au rythme trépident et au trafic chaotique, les soirées au pied de la montagne…
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On participe aux repas de famille…comme à la maison… on ne pouvait rêver mieux. Un accueil incroyable, plein de gentillesse, de simplicité, de gentilles attentions… et bien entendu : nous sommes repartis chargés plein de cadeaux, les larmes aux yeux.
Indescriptible. Incroyable. Et si simple.
De Téhéran, nous garderons surtout le souvenir de ce merveilleux accueil… et du trafic fou !

Tabriz la glace

On arrive donc à Tabriz, et forcément, on n’a pas d’argent. Ni pour un taxi, ou un bus pour rejoindre le centre-ville.

En Iran, les distributeurs sont seulement pour les iraniens (Visa, Mastercard et AmEx ne sont pas acceptées pour cause d’embargo). Nous, nous sommes rentrés sur le territoire avec des euros, cachés depuis 4 mois un peu partout dans nos sacs, et qu’on devra échanger au fur et à mesure.
Un monsieur vient à notre rencontre, et ouf, il parle anglais. On deal avec lui un taxi, et avant d’aller à l’hôtel, un passage dans un sarafi, qui sont des bureaux de change privés, avec de bien meilleurs taux que ceux des banques d’état.
On monte donc dans le taxi. Il est trop tôt, tout est fermé. On trouve finalement un mec, qui s’approche de la voiture. La discussion est rapide, on demande le taux (on s’était rencardé avant), on lui montre nos 100 euros, et il sort une énorme liasse de billets.
Et on repart, en direction de l’hôtel, avec 4100000 rials. On a trop l’impression d’être hyper riche !

L’arrivée à l’hôtel nous demande beaucoup de patiente pour discuter avec le gérant. Une chambre, 36000… toman ou rials (parce qu’il y a les 2 monnaies, qui sont les mêmes, juste que le toman est le rial divisé par 10), et douche ?
– Non, sans douche.
– Ah mais douche sur le palier ?
– Non, sans douche.

Bref, on finit dans une chambre « tout compris », avec douche : le grand luxe pour 15€.
Mais il est 9h (7h30 – heure d’Istanbul), et elle ne sera libre qu’à midi.

Tant pis, on part se balader dans la ville, qui se réveille doucement, mais tout doucement, à la recherche d’un thé, ou café, ou ce qui pourrait être un petit dej’.
DSCF6983 IMG_1252 DSCF6930Un monsieur nous avait dit bonjour en bas de l’hôtel, et on le recroise au coin d’une rue, à bord de sa dépanneuse. Et on se retrouve à bord de la camionnette, à faire tout le tour de la ville pour trouver notre petit dej’…
Mais rien. Au bout de 15min, il nous dépose aux abords d’un parc, nous expliquant que là, derrière, il y a un café… il nous file sa carte de visite, nous invite à venir manger chez lui et good bye.
Bien sûr, il n’y a rien dans le parc, alors on remonte vers l’hôtel et on tombe sur un bui-bui des chauffeurs de taxi. 2 thés et 2 brioches plus tard, on se dirige vers le bazaar.
On se perd dans ses ruelles de boutiques de foulards, robes, parfums, crayons, tapis, broderies, graines et viandes, …
DSCF6940 IMG_1284 DSCF6989 DSCF6988Et la ville se réveille. Dehors, les femmes en chador noir sont de plus en plus nombreuses. Ces grands tissus noirs sont impressionnants, et mettent un peu mal à l’aise.
Les boutiques ouvrent, les marchands ambulants déambulent, et nous, au milieu, on n’arrive à rien lire !
Les gens nous regardent beaucoup, nous disent bonjour, nous sourient, et on est pris en photo (même chez Jafar le marchand de photocopies, qui nous offre également deux pêches !)

On passera 2 jours à Tabriz, à se balader dans la ville, prenant nos repères. Et visitant la jolie Mosquée Bleue (Kabud Mosque), le Arg-e-Tabriz
DSCF6946 IMG_1259 Stitched Panorama Stitched Panorama IMG_1297 Stitched Panorama IMG_1271 DSCF6959Dur de se retrouver analphabètes ; si les noms des rues sont écrits avec l’alphabet latin, toutes les devantures peintes ou en néons sont en farsi, et très très peu de gens parlent anglais… heureusement, les gens n’ont pas peur d’aider… mais c’est pas facile ; y compris au restaurant !
Ces deux premières journées ont été difficiles pour Marion, sa condition de femme et son voile en particulier. Mais, on va dire que c’est « un coup à prendre »…
« Mais ça s’envole, ça tient chaud, il faut le remettre en permanence, et surtout… c’est pas moi… »
Mais lorsqu’on a pris le bus et que Brice est monté à l’avant, avec les hommes, et Marion à l’arrière, avec les femmes, la situation nous est apparue si ridicule… et lamentablement triste.
IMG_1304 Stitched PanoramaIl a l’air bien difficile à comprendre ce pays… pourtant si civilisé à bien des égards. Et on rencontre heureusement des gens pour nous le rappeler, comme Shahrouz et Shahin dans le train ou Ali, la cinquantaine, qui nous accostera dans la rue et avec lequel on discutera une bonne heure du pourquoi de la révolution devenue islamique, du peuple iranien et de son désir de laïcité et d’ouverture…
Tant de contraste…

IMG_1355 IMG_1352 IMG_1339Avant de rejoindre Téhéran, on part visiter Ardabil, célèbre pour le tombeau du Sheikh Safi-od-Din.
DSCF7035 Stitched Panorama IMG_1370 IMG_1372 Stitched Panorama DSCF7048 IMG_13634h de bus (on est assis à côté, woué !), on galère un peu à trouver à un hôtel, qui sera finalement un petit truc, pas trop mal, mais avec toilette et douche partagés.
Et c’est vrai, on n’avait pas pensé que pour aller se laver les dents, Marion devrait réenfiler manches, pantalon et foulard…
Mais bon, la ville est jolie, il y a des marchands de miel partout, et tout le monde nous dit bonjour, discute avec nous, nous demande d’où nous venons (les touristes ne sont pas bien fréquents dans cette partie de l’Iran), et ce qu’on fait, pourquoi, où et comment. Mais plus qu’un interrogatoire, ce n’est que pure curiosité.
On passe parfois une heure sur le trottoir à discuter, même les forces de police s’y mettent… On nous offre des trucs à manger, on nous donne des cartes de visites, des numéros de téléphone, des embrassades et des rendez-vous dans telle ou telle ville. Toute personne susceptible de parler anglais est utilisée comme interprète ou viendra de son propre gré nous poser deux trois questions avant de repartir.
C’est fou !
Et puis toujours « where are you from ? » « Fran’cé » et les sourires jusqu’aux oreilles, des étoiles dans les yeux ; rien que pour ça Marion recevra deux énormes bises d’une mère de famille – rien pour Brice bien entendu…
Ah et, puis dernière anecdote : l’Iran, c’est aussi le pays du ta’arof, qui est une sorte d’hyper politesse qui consiste à dire you’re my guest au moment de payer. Mais nous, on doit dire « non non » et l’autre insiste et on doit dire « non non », et finalement il dit « bon d’accord », et nous donne le prix.
Mais ça c’est pour tout ! Le taxi, le resto, les photocopies, l’hôtel…

Et 1h30 en plus

Donc petit récapitulatif…
Les vacances de fin de Ramazan nous avaient un peu cassé notre projet de vouloir traverser l’Anatolie en train, monter sur le bateau en train, et rejoindre l’Iran en train…
Finalement, on a trouvé un super compromis puisqu’on a réussi tout de même à monter sur le bateau qui transborde les trains (c’était même mieux car comme on était seul, on a été accueillis comme des paça) ; et finalement, on pourra aussi prendre le train qui traverse la frontière vers l’Iran.

Donc direction la gare de Van (pas en Bretagne, mais au Khurdistan turc).
Sur le quai de la gare, nous sommes les seuls touristes et autour de nous, que des Iraniens (d’ailleurs chef de train comme chef de gare nous appellent volontiers touristes…).
IMG_1229 DSCF6907Certains font du trafic de sandales, ou passent des vêtements, d’autres sont simplement venus en vacances.

Arrivés avec une bonne marge d’avance (la marge !), on fait un tour sur le quai : une grosse demi-douzaine de wagons, tous aux couleurs de la compagnie de chemins de fer iraniens : derrière la locomotive (avec des grillages protégeant les fenêtres et autres parties vulnérables ?!!) deux wagons couchettes, puis un wagon restaurant, deux autres wagons couchettes, un wagon générateur électrique, et enfin, un cargo…
Ils sont tous plus abîmés les uns que les autres ; certains ont des carreaux brisés, des éclaboussures de peinture ou de ciment ; et tous ont des marques de coups…
IMG_1232 IMG_1231 Les gens embarquent, on avait beau avoir une réservation, on comprend finalement qu’on peut s’installer où on veut : cool, on trouve une cabine que pour nous deux… on sympathise avec quelques voisins, personne ne parle anglais… mais ils sont curieux.
Puis arrive le contrôleur : il vérifie nos billets, demande si on est bien mariés (dans le cas contraire, pas possible d’être dans la même cabine), puis nous souhaite welcome to the train avant de s’escrimer à nous expliquer …un truc…
Il se gratte la tête, cherche ses mots : « in 5 minutes, no 11 minutes, danger danger » en faisant le geste de projectiles arrivant de l’extérieur vers l’intérieur du train ; puis nous montre la couchette supérieure, celle avec les couettes… puis nous répète « danger danger, object… » puis il part.
Okaaaaaaayyyy !! très bien, d’accord, on a rien compris, le mec nous parle de danger, et on a rien compris… bon…
Le train démarre.
Puis l’un de nos voisins rentre poliment mais fermement dans notre compartiment, et sans que l’on comprenne nous indique qu’il nous faut tendre une couette en travers de la fenêtre ; à peine cela eu été fait, un gros BANG se fait entendre, puis une série d’autres, on nous canarde, on se prend des pierres, des cailloux sur le train, les carreaux, dans le couloir une vitre explose.
Au bout de quelques minutes, dehors, sur le passage du train, on entend le cri de gamins ; on regarde furtivement par la fenêtre, ce sont eux qui jettent des cailloux sur le train (sous le regard d’adultes qui ne s’en préoccupent pas).
Pas étonnant qu’il soit dans un si piteux état !
Parfois les tirs de projectiles cessent, alors certains voyageurs sortent papoter ou constater les dégâts, mais ceci ne font qu’une cible nouvelle pour les pierres.
Plus tard, on comprendra que les faubourgs de Van sont un peu une zone de non-droit et que la police ne fait rien pour empêcher ce vandalisme… Ben nous ça nous faisait bizarre dis donc !

Après 15 minutes de caillassage ; le silence se fait enfin, chacun ressort de son compartiment. Et magie, dehors, le train longe un lac dans une grande courbe ; au-dessus du train : un tapis d’étoiles ; tout le monde ouvre grand les yeux.
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Deux Iraniennes, viennent nous parler.
Shahrouz et Shahin sont de Mashhad et sont venues en vacances dans l’Est Anatolien.
On discutera une heure ensemble. Elles sont élégantes, et cultivées, artistes aussi. Elles nous montrent des photos de la famille, leurs fils, leurs filles et belles-filles; quand elles se font invectiver par un homme dans le couloir (pour une raison qui nous restera inconnue), elles nous diront : « c’est pas facile d’être une femme en Iran ».

DSCF6922Puis chacun rentre dans ces compartiments… pour quelques dizaines de minutes.
Marion se change, pour enfiler sa « robe-tunique » et sortir son foulard…

Check-point n°1 : On arrive à la frontière turque. Il est minuit, on doit descendre du train. On se dirige vers un local mal éclairé avec tous les autres passagers. Au bout d’une demi-heure, on se fait finalement tamponner notre passeport.
Retour au train, la frontière iranienne n’est qu’à une dizaine de km.

Check-point n°2 : On mettra finalement une bonne heure à arriver à la frontière.. va savoir pourquoi.
Et beaucoup moins drôle, un douanier récupère nos passeports, et on doit descendre du train mais aussi prendre tous nos bagages.
On se prépare, on referme les sacs etc, …Marion ajuste son voile.. Il est 2h du mat’, on sort. Et on se retrouve avec tous les autres passagers, dans un local trop petit, à attendre on ne sait pas quoi.
Au bout d’une grosse demi-heure, un douanier revient avec une vingtaine de passeports, il appelle les gens…ça bouscule, un peu, pas trop… Bref, c’est le bordel. Et doucement, mais alors tout doucement la salle se vide. Bien sûr, on fera partie des derniers.
Un douanier vient finalement nous chercher, on le suit, remonte dans le train et on s’assoit dans le wagon-restaurant nos sacs toujours avec nous (avec deux fenêtres en moins !). Et surprise, on retrouve le papier qu’on avait rempli au consulat et qu’il nous faut à nouveau remplir ; ainsi que l’encrier, pour les empreintes !
On attend encore une vingtaine de minutes, et c’est parti pour les empreintes à l’encre rouge, de chaque doigt, phalanges et bouts de doigt des deux mains, sous les yeux étonnés de certains passagers.
Le tampon est enfin apposé dans le passeport, nous voilà en Iran ! Et maintenant, il est 3h30, on voudrait aller se coucher… mais le douanier, pour se faire pardonner, nous offre gentiment une tasse de thé qu’on ne peut malheureusement pas refuser !

On arrivera finalement à retourner vers notre couchette, qui bien sûr, a été squattée. Plus de place.. On ouvre d’autres portes, et on trouve 2 places, mais avec des hommes sur les banquettes supérieures… Marion fera sa première « nuit » voilée !
Trois heures plus tard, on arrive à Tabriz où il fait beau ; il est 8h30 (2h30 de plus qu’à Paris), les yeux nous piquent… mais Welcome to Iran !