Catégorie : Indonésie

Comme ça a commencé…

Afin de partir d’UnaUna, nous avions organisé avec Andri les bateaux, les correspondances et les billets.
Andri nous avait dit :
« Bien sûr, vous prenez le bateau public pour Wakaï, il partira plus tôt, je leur ai demandé, comme ça, une fois là-bas, vous pourrez prendre le bateau rapide pour Ampana, je réserve les billets ».
Dans les faits, en arrivant au port, on nous dit que le bateau ne partira pas plus tôt.
On louperait donc le bateau rapide.
C’était trop beau !
Mais coup de chance, nous croisons Tante, qui venue nous dire au revoir, nous indique que sa fille prendra le bateau à quai juste à côté : le coconut boat, qui relie UnaUna directement à Ampana.
Ok, il ne part que 3 heures et demi plus tard…
Mais qu’à cela ne tienne, et puis Tante, et Pa’Bani nous chargent de victuailles pour le voyage nous offrant un émouvant adieu.DSCF2199Le bateau chargé, c’est donc parti pour 6 heures au son du moteur pétaradant. Il n’y a qu’une poignée de passagers et des noix de coco.
Assis sur le toit du bateau, les îles Togean s’éloignent doucement, accompagnées de quelques dauphins sautant par-dessus les eaux ! Des dauphins quoi !!Stitched PanoramaAmpana est une petite ville détendue, et dès notre arrivée, nous sommes heureux de pouvoir manger nos premiers bakso* ou ayam bakar (poulet au barbecue) depuis plusieurs semaines, de pouvoir prendre une « douche » (enfin un mandi – la dernière douche, c’est à Singapour il y a 6 mois) sans devoir rationner l’eau, et chose agréable, les gens ne nous hèlent pas continument dans la rue.
Nous retrouvons les maisons colorées et fleuries, et même le chant du muezzin nous enchante.DSCF2214 Stitched PanoramaLe lendemain, Hop !, dernier travel. Assis pendant neuf heures dans un minivan, ce trajet nous fait traverser une partie de l’île montagneuse de Sulawesi et ainsi rejoindre la côte Ouest et Palu.
C’est d’ici que part notre bateau pour rejoindre le Nord Kalimantan, et la frontière avec la région malaisienne de Sabah sur Bornéo.
Marion se traînant une mauvaise coupure au pied, on ne se balade pas trop dans la ville mais nous trouvons de quoi remplir nos deux jours : achats de quelques nouveaux vêtements (c’est les soldes, à 7 euros le jean, autant renouveler la garde-robe), édition du blog (et pour ça, il faut remuer toute la ville, aller et revenir pour trouver la carte SIM qui va bien), achat des tickets de bateau, et dégustation de mets indonésiens, histoire de bien s’imprégner de leurs goûts.

Puis vendredi arrive, nous nous rendons au port – comme souvent – trop en avance. Notre navire, le K.M Lambelu, n’a que quelques heures de retard et nous appareillons en début d’après-midi.DSCF2226Stitched PanoramaOn perd progressivement de vue les côtes au relief accidenté de Sulawesi pour traverser la mer des Célèbes aux eaux d’un bleu profond.
En une nuit, on rejoint Bornéo, ses paysages de jungle, ses rives boueuses sous un ciel empli de nuages bas.DSCF2232 DSCF2247Le voyage se déroule bien. Sur une mer incroyablement calme, nous nous ressentons que les vibrations légères du moteur.
Le vaisseau de la Pelni est un poil plus moderne que le K.M. Tidar (celui qu’on avait pris pour rejoindre Surabaya à Sulawesi), moins de monde mais pour autant beaucoup plus subjugué de voir des bule. Il faut dire qu’on emprunte une ligne qui dessert les régions reculées de l’archipel.
DSCF2235 DSCF2236 DSCF2237Dès qu’on ouvre une porte, qu’on débarque sur le pont, dans une pièce, qu’on veut aller au toilette, ou acheter quelque chose… ce sont des dizaines de paires d’yeux qui nous fixent et de bouches qui se ferment sous l’effet de surprise, avant que certains se lancent dans d’affectueux – mais non moins systématiques et exaspérants – hello mister… ou d’entendre des « oh, le mister il boit du café, comme nous », « le mister il a mal au pied, il boite un peu », « le mister il a fait tomber son sac », « le mister il a les mêmes tongs que moi »…
Les Indonésiens souriants que l’on rencontre ne lisent pas ou n’ont pas de game boy, alors deux bule sur un bateau Pelni, c’est une aubaine pour satisfaire leur curiosité.
DSCF2263 DSCF2240Les plus téméraires s’installent à notre table, s’assoient à nos côtés (il ne faut pas s’immobiliser dans ce pays !), nous interrompent et engagent une conversation dans laquelle on explique qu’on est français, qu’on est en voyage, depuis 6 mois en Indonésie, qu’on est mariés, qu’on n’a pas encore d’enfant mais que peut-être un jour inchallah ­– ce qui les fait rire, mais après on leur dit que non, nous ne sommes pas musulmans, qu’on va à Nunukan…
Pendant ce temps, un attroupement se crée, chacun participant et se faisant répéter « notre histoire ». Et puis pour éviter de répéter une quatrième fois la même histoire, nous nous levons, et reprenons le chemin de la cabine… d’où une tête passe à travers le rideau et nous lance un hello mister, where do you come from…
La sphère d’intimité est incroyablement réduite en Indonésie !

Finalement, nous avons passé la plupart du voyage dans notre cabine d’Eko.
Lorsque nous arrivons à bon port, en milieu d’aprem’, nous sommes confiants.DSCF2267Stitched PanoramaTout est bien goupillé : notre gros bateau nous mène à Nunukan, et le lendemain, dimanche 10 janvier, nous pouvons prendre un dernier bateau pour passer la frontière et rejoindre la Malaisie. Tout pile le jour de la fin de notre visa.
Ça devrait coller : tout le monde nous dit qu’il y a plein de bateaux qui font la liaison et plein d’hôtels aussi.

On se trouve une petite auberge cheapouille pour la nuit… puis on se renseigne pour le bateau du lendemain.
Mais… mais il n’y a pas de bateau le dimanche…

Et comme ça a commencé six mois plus tôt, on se retrouve donc bloqués dans cette petite île frontalière.
Dommage.
Dommage, parce que cette nuit en plus va nous coûter un overstay.
Et qu’un jour d’overstay équivaut au prix du visa pour un mois…
Et que le bateau part à 8h lundi…
Et qu’on est samedi et qu’on veut partir !

On essaye de « résoudre le problème ». On passe au comptoir d’immigration, on se fait connaître des douaniers, afin qu’ils voient tous que la veille de la fin de notre visa, nous sommes déjà présents, de bonne volonté et prêts à passer la frontière.
On explique à chacun notre situation et partons rencontrer le chef Dion, le boss du bureau d’immigration.
On lui réexplique tout (toujours en bahasa indonesia, jamais en ingris), qu’on veut trouver une solution pour ne pas avoir à payer 8h d’overstay, qu’il pourrait peut-être tamponner maintenant, qu’on peut dormir à même le quai en zone internationale… mais rien n’y fait.
Tout est désormais informatisé, les passeports scannés, la liste des passagers des bateaux imprimée et envoyée à Jakarta…
Il n’y a pas moyen de dire que lundi il y a un problème d’électricité ? de machine ? avec une petite ristourne sur le prix de l’amende ?

Que nenni. Dion est honnête mais pas moins sympa.
En attendant, on savoure encore ces quelques plats locaux, accompagnés de thé glacé et jus d’avocat.DSCF2291 DSCF2277

On verra donc lundi.
On arrive à 8h00 à l’immigration, on passe par la petite porte du bureau de Dion, on s’acquitte de l’amende, et on peut aller prendre notre bateau.
Et avant midi, nous sommes à Tawau, en Malaisie.
Nous serons donc restés en Indonésie 6 mois et 8 heures.
Mais ça, c’est ce qui est prévu…

*’ Les bakso (boulettes de « viande » qui flottent dans un bouillon avec quelques nouilles), comme les soto (du bouillon, du lontong, des nouilles, des morceaux de poulet ou autre), gado-gado (lontong avec des œufs, de la sauce sate, des nouilles…) font partie des fast-food classiques que l’on trouve dans la rue au comptoir de toutes petites roulottes.
À Ampana, c’est un moto-bakso qui nous a servi notre bol que l’on a bu sur un banc le long de la route.
Après 3 mois nourris aux œufs et au poisson, ça nous donne du réconfort.

 

La vie à UnaUna – partie 2

Précédemment, dans en-bourlingue:

Nous avons pris le bateau pour rejoindre « le continent ». Antonio nous accompagne dans cette épopée.
Nos amis de Gorontalo nous attendent. Yunita vient juste d’emménager dans une grande maison en banlieue et nous sommes invités à y séjourner. Antonio profitera aussi de leur hospitalité pour se joindre à la maisonnée.

Après une matinée « formalités administratives », notre visa est étendu pour un dernier mois. Nous approchons des 6 mois passés en Indonésie et en date du 10 janvier, il nous faut être sortis du pays.

Gorontalo n’est pas intéressante, mais pas désagréable non plus. C’est quand même la troisième fois que nous y séjournons, et nous y avons nos repères.
Il y a le petit kopi-koffee de Suzan, dans une micro allée, dans lequel nous passons quelques heures à papoter avec Antonio, Yunita et Faiz, alors qu’un énorme orage éclate dans l’après-midi.
Il y a le mall, climatisé et ses boutiques dont les vêtements n’ont pas de trous, ne sont pas délavés ou tachés.
Son cinéma moderne, dont lors de chacun de nos séjours nous passons vérifier l’affiche en se promettant de s’allouer une paire d’heures dans le noir… en vain.
L’Hypermart, immense, dont le rayon des tongs semble interminable, tout comme celui des chips et instami (les nouilles instantanées). Nous y déambulons, s’arrêtant devant la moitié des produits (euh… on en a encore à UnaUna ? on a fini le savon ?…), afin d’être sûrs de ne rien oublier avant de retourner sur notre île.IMG_20160107_155029 IMG_20160107_155014 IMG_20160107_154719 IMG_20160107_154654
Nous nous arrêtons à la pharmacie, chez le photographe pour imprimer quelques photos et les offrir au staff, trop contents d’avoir des photos d’eux, …
Notre warung est ravi de nous revoir, autant que nous sommes contents de remplir nos estomacs de ses bons mets, d’épices et de piments, de sauce et de poulet.
On évite le poisson pendant quelques jours…

On se balade dans Gorontalo, on prend le temps et on savoure d’être citadins de nouveau, même si… même si cette ville est trop bruyante et finalement on est contents d’en repartir !DSCF2523

Faiz (le copain de Yunita) est archéologue sous-marin. Il visite sous l’eau les gros bateaux qui ont coulé, extrayant les céramiques et autres trésors engloutis. Un croisement entre Indiana Jones et J-Y. Cousteau.
C’est donc naturellement que nous partons au Département Archéologie et Culture de la région, nous équiper pour aller plonger, utilisant les bouteilles d’air comprimé d’un centre de plongée pour le prix d’un café en France.
Plutôt cool (merci le gouvernement indonésien).

Les 4 jours à Gorontalo passent rapidement, entre soirées potes/cuisine et ventilo à fond pour parer la chaleur accablante de la ville, balade rapide, et longue papote.
Nous profitons d’Antonio, qui rentre en Espagne, nous profitons de Yuda, Yunita et Faiz, que nous ne reverrons plus.
C’est simple.IMG-20151217-WA0001 DSCF2527

Et puis vendredi arrive, nous récupérons notre passeport et remontons sur le ferry.
Encore 3 semaines insulaires nous attendent.DSCF2533Sur le pont supérieur, nous rencontrons Marek et Nils.
Marek (de République Tchèque) vient à UnaUna pour faire son divemaster, Nils (de Finlande) est instructeur. Ils vont être nos nouveaux collègues au Sanctum.DSCF1828Après une nuit sur une mer bien calme, puis 3h de bateau pour arriver au bout du monde, nous posons enfin pieds à terre à UnaUna.
Ça fait comme un retour à la maison !
DSCF2548 DSCF2546DCIM100MEDIADJI_0030.JPGEt rapidement, la routine se réinstalle.
Plongée, bricolage, repos, soleil, natation, thé, mangues et saguer*.DSCF1880 DSCF1902 DSCF2626 DSCF2599 DSCF2638DSCF2641 DSCF2565DSCF1950 DSCF2637 DSCF2608 Brice continue ses plongées intensives, approfondissant sa technique et continuant de guider les nouveaux venus dans les fonds marins.
Il aura plongé plus de 130 fois depuis notre arrivée il y a près de trois mois.
IMG_6947 IMG_7079 IMG_7088

Marion profite du soleil et du bikini… et par défaut se retrouve souvent à devoir manager le Sanctum avec les moyens du bord.
Elle saute sur l’occasion pour passer son niveau supérieur de plongée sous l’aile de Theepan, nouvel instructeur venu porter main forte en cette fin d’année.

Et puis la période des fêtes se profile, et le resort se rempli… on travaille dur, mais on fait aussi de superbes rencontres, on se fait de bons amis.
Bien sûr, on ne sympathise pas avec tout le monde, mais la plupart des personnes qui passent par UnaUna ont une histoire, qu’on prend plaisir à partager.
Il y des baroudeurs aguerris qui ont parcourus 3 fois le monde, connaissant les frontières par lesquelles nous sommes passées, des instructeurs de plongée pour la famille royale de Jordanie qui s’émerveillent encore de voir des tortues ou des beaux fonds, un musicien polonais nomade qui a passé plusieurs mois en Ethiopie et un peu partout d’ailleurs, un mec qui fait du vin et un chef de projet à MSF qui quitte le Myanmar pour le Centrafrique, une famille installée dans la jungle indonésienne pour apporter des soins aux tribus reculées, et bien plus encore…
Nous sommes fiers de nos rencontres avec les Indonésiens, mais nous réalisons que ces rencontres de bule nous nourrissent aussi. Les gens viennent de partout. On apprend beaucoup, encore.

Nous passons ainsi des fêtes de fin d’année internationale.
Le repas de Noël est festif : se sera poulet sauce saté ! (et ça, c’est la fête, si si !).
DSCF2623 DSCF2621 DSCF2659 DSCF2642 DSCF2669 DSCF2651 DSCF1802 DSCF1841DSC_0055Tandis que pour Nouvel An, une chèvre est tuée et cuite aux braises de noix de coco sur la plage !DSCF1953DSCF2007 DSC_0195

Le réveillon 2016 est l’occasion d’une fête mémorable, entamée par l’examen rituel du snorkel test** pour Brice, officialisant son accession au titre de divemaster.
Et on a dansé toute la soirée, et réussi à veiller jusqu’à minuit (incroyable quand on sait qu’après 21h30, la plupart des gens dorment déjà), faire éclater quelques pétards, et coucher Marek qui tanguait fort fort.S0332138 DSC_0234

Le départ se profile déjà, nous profitons de nos derniers moments à UnaUna, de nos dernières plongées, pour voir des eagle ray voler autour de nous alors que nous nous rendions sur le récif de Menara II.
Brice s’octroiera 50 minutes à admirer le ballet des barracudas sous la lumière de fin de journée… tandis que Marion fera la même chose en snorkelling… on ne pouvait rêver plus bel au revoir …IMG_7064IMG_7091
Les eaux cristallines, les coraux multicolores, les éponges aux dimensions monstrueuses et aux allures psychédéliques plantées sur des murs vertigineux dont les pieds se perdent dans le bleu des profondeurs, les poissons, petits et gros… tout ça va nous manquer. On ouvre grand les yeux.

Et puis arrive le moment de refaire nos sacs. Ça faisait longtemps dis donc !
On laisse sur place les shorts et débardeurs, « trop dénudés » pour la suite. On se sépare du maillot de bain bien trop usé, des tongs aplaties et on renfile chaussettes et baskets !
On observe une dernière fois ce ponton, cette plage, ces arbres et cette jungle.
Elle était chouette la vie à UnaUna.DSCF2530 DCIM100MEDIADJI_0034.JPG

Nous sommes tristes de partir et soulagés également.
Emmi et Andri ne savent pas gérer le Sanctum, n’écoutent pas les conseils, et gâchent beaucoup de la simplicité et du plaisir qu’un tel endroit génère…
Nous sommes néanmoins reconnaissants de cette mémorable expérience qu’ils nous ont permis de vivre.
Et puis hop, hop, hop, c’est l’heure des « au-revoir », on reprend la route !

Accompagnée de Ayhu, la fille de tante, le coconut boat (qui, comme son nom l’indique, est rempli de noix de coco !) nous dépose sur les rives de Sulawesi.
Nous prenons la direction de Palu afin d’attraper un bateau qui nous emmènera à la frontière malaisienne, à l’Est de Bornéo.
‘* Boisson naturellement alcoolisée issue du palmier. Le jus de palme est extrait l’après-midi, et la fermentation s’active. Si il n’est pas consommé immédiatement, la boisson tourne au vinaigre dès le lendemain (il n’y a pas de frigo ici).
Le soir, nous récupérons une boisson un peu sucrée/acide, finement pétillante : le saguer.
En fin de journée,  Marek et Brice prennent régulièrement la mobylette clopin-clopante (plus de frein arrière, plus de plaquette à l’avant, une direction floue…) pour rejoindre le village et faire remplir les bouteilles vides – et par la même occasion, sont systématiquement invités à boire un coup et papoter un bon quart d’heure avec les locaux.
Il est devenu notre apéro. Et à 5000 rupiah la bouteille d’1.5L, on ne s’en prive pas.
(à titre de comparaison, une bouteille d’eau coûte 7 000 rupiah, et une bière au Sanctum 60 000)

** Tout étudiant divemaster se doit de passer cette dernière épreuve rituelle.
Les réponses aux questions alambiquées des instructeurs permettent de définir la quantité d’une mixture indéfinissable que le futur diplômé devra ingurgitée pour clôturer la cérémonie.
Cette boisson est alors intégralement versée dans un grand entonnoir, pas le temps de respirer, on ne voit rien… et glou et glou et glou…DSCF2037 DSC_0204 DSCF2043 S0152089 S0042066 DSC_0205 S0232103 DSC_0219DSCF2004

 

 

 

Selamat Tahun Baru

ghat (Copier)

 

Et voilà!
Bonne année 2016 !

La vie à UnaUna

On dirait le nom d’un feuilleton télé.

Le trajet en bateau qui nous mène de Gorontalo à Wakai est long et fatiguant. Nous passons la nuit sur le pont, sous un ciel incroyablement étoilé mais sur une mer agitée.
pfff… ça tangue…

À Wakai (principal village des îles Togean), nous embarquons sur le bateau public qui nous ramène sur notre île.
Déjà rempli de planches de bois, on trouve cependant de la place pour y ajouter deux vaches.
Trois heures plus tard, il est enfin temps de poser pieds à terre.
UnaUna, nous revoilà !DSCF1881 DSCF1882Stitched PanoramaIci, il n’y a plus d’horloge.
Les marées donnent le rythme.

Et au fil de la journée, le bandeau de corail apparait, les premiers rochers pointent au-dessus de l’eau à mesure que son niveau descend. Doucement. Le large récif qui borde la côte se découvre. On entend le crépitement de la vie aquatique devenue terrestre pour quelques heures.
L’odeur de l’océan prend place.
La brise légère souffle un air chaud.
DSCF7691DSCF7706Stitched PanoramaDSCF2345 Au loin, un bateau passe.
Le trafic maritime est si faible ici qu’on s’étonne au passage d’un navire.
Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ?
Ce doit être le public boat du jeudi…DSCF7800

Pendant ce temps, on prend le temps.

Brice a bien entamé ses cours de dive master. Théo est son instructeur. Il est néerlandais, drôle, intelligent et a du bagout. Il voyage depuis presque toujours, s’arrêtant pour quelques mois ici et là, travaillant un peu avant de repartir.
Mais en lisant son roman du moment, il nous dit qu’il est jaloux du type du livre parce qu’il peut s’acheter une cafetière et un rasoir électrique.
C’est un peu notre lot aussi, envieux d’une vie que l’on n’a pas. Envieux d’être en bourlingue tout en voulant avoir le confort d’un chez soi. Voulant vivre à l’autre bout du monde tout en manquant nos amis et nos familles.
Théo, c’est un mentor et un ami qu’on verra partir avec tristesse.DSCF1833 IMG_0073Éloïse est là aussi pour suivre sa formation de dive master. Elle est belge et toujours motivée, sauf le soir. C’est une marmotte.
On papote bien. C’est notre voisine de chambre, notre voisine de pays, notre copine de voyage. C’est une belle rencontre.
Avec Brice, ils se serrent les coudes pour les exercices de plongées de Théo, s’épaulant dans les moments heureux comme dans les plus difficiles et pendant lesquels ils en bavent.
Elle aussi est partie, et on a le cœur tout serré quand son bateau s’éloignait.DSCF1968Il y a aussi Antonio. Il est déjà dive master depuis plusieurs semaines. Depuis, il travaille ici.
Il est espagnol, petit et tout bronzé. Il est zen, et nous enseigne le détachement.
C’est un peu un Kazou ibérique.
On s’entend bien avec Antonio, on papote bien aussi.
Et puis, il voyage depuis deux ans et il a décidé finalement, de repasser un mois à Madrid pour célébrer la Navidad – lui-.DSCF1700DSCF2382 Et enfin, Adam et Liisa. Le couple anglo-finlandais. Il est instructeur, elle est dive master. Il est grand et très anglais. Parfois, on dirait Hugh Grant.
Elle est petite, musclée et a de beaux yeux bleus (est-ce que tous les finlandais ont des yeux bleus ?).
Ils sont venus travailler récemment, le salaire n’est pas à la hauteur de leur attente, et ne font pas trop d’efforts pour aller le chercher non plus.IMG_0061 IMG_0460On papote avec Bani, Naldi et Dedi, les captains chargés des bateaux de plongées, et des bouteilles à transporter.
Leur anglais est approximatif, ils sont un peu jeunes, mais leur compagnie est agréable et nous permet de pratiquer un peu de notre bahasa. Tout comme avec MaAyu /Tante, la cuisinière en chef qui nous réchauffe de son joyeux sourire et de ses plats, certes édulcorés – on est dans un resort pour bule, mais mitonnés la plupart du temps dans la bonne humeur bon enfant typique de l’Indonésie.DSCF2092 image5 DSCF2412 IMG_0612Oui, c’est un peu ça la vie à UnaUna.
Il n’y a pas/presque pas de réseau. On pose les téléphones par ici, et on attend qu’ils accrochent le signal et daignent télécharger les messages… ça c’est s’ils ont encore de la batterie car on est loin d’avoir de l’électricité toute journée.

Parfois on check si le message est parti, parfois on attend, souvent on abdique.
Mais on s’y habitue, et c’est une bonne chose*.
Sans réseaux sociaux, les gens sociabilisent plus. Quel paroxysme !
On échange et on se raconte.

Le soir, alors que tout le monde est attablé et se délecte des bons gâteaux de Tante, les conversations sont souvent orientés « fonds marins », et il nous parait normal de discuter 10 minutes à propos de la tortue qu’on a vu l’après-midi et des deux poissons pilotes collés sur sa carapace, sans parler du banc de barracudas, ou de poulpe.
C’est léger. On est loin et isolé.
Ainsi, on apprend comment vit le corail, on apprend les noms de poissons et leur nom de famille.
On comprend les courants et les marées. La saison des œufs, pourquoi certains poissons sont agressifs, les superpouvoirs de la mantis shrimp, du trigger ou du leaf scorpion fish.
Le monde aquatique s’ouvre doucement à nous. IMG_0481 IMG_0469 DSC07111 DSC07121 DSC07172 DSC07226 DSC07292 DSC07335 DSC07341 DSC07389 DSC07421 DSC07495IMG_0511 DSC07530 DSC07545 DSC07691 DSC07718 DSC07617 DSC07838IMG_0548 DSC07758 IMG_0065 DSC07765 DSC07906 DSC07928IMG_5038IMG_0118 DSC07482 Et il n’est pas rare qu’on enchaîne sur quelques parties de murderer (un loup garou à la sauce de chez nous). Tout ça pour aller au lit à 22h, après avoir observé les étoiles – et la galaxie M31… Incroyable !

Notre rythme de bourlingue en a pris un coup. Les journées passent, chacun vaquant à ses occupations.
Celles de Brice sont plutôt claires : la plongée. Il est ici en « stage ». Il améliore son expérience de plongeur, à réguler sa respiration et minimiser ses mouvements, à naviguer sous l’eau et savoir parer à toute urgence.
Il a appris à enseigner la plongée et à diriger des groupes de plongeurs.
Il guide les bule de passage, montrant les coins et recoins sous-marins.DSCF7770DSCF7760 DSCF7804 DSCF2425 IMG_0093Il s’occupe du dive center, les bouteilles qu’il faut remplir d’air comprimé, les combinaisons qu’il faut rincer et ranger. Tout comme les palmes et les détendeurs.
Avec Théo, Éloïse et Antonio, il font une bonne équipe. Depuis leur départ, il est un peu tout seul.IMG_0059

De son côté, Marion scie, ponce, coupe, clou, colle, nage, sèche, plonge, bronze, s’hydrate, aide en cuisine, dessine, aquarelle, écrit et lit.
Elle est occupée mais pas vraiment non plus.
Le deal « déco » a fait un peu flop. Emmi n’a pas le temps, n’est pas dispo’, et n’est finalement jamais trop là… heureusement car ses tornades tyranniques lors de ses retours sur l’île peinent à palier un manque d’organisation et de pertinence dans le resort.
Qu’à cela ne tienne, quand elle n’est pas là, tout va bien, on est plus détendus, et tout se passe pour le mieux.

Après plusieurs jours de « quoi faire, comment, avec quoi et pourquoi », Marion gère son planning un peu flottant, comme elle l’entend.
Le nouveau flyer est en cours d’impression – mais déjà les prix ont changé sans réflexion préalable, les panneaux en bois sont installés, les cailloux composés, les coraux attachés.
Petit à petit, son boulot s’installe dans les recoins du Sanctum. Mais petit à petit.DSCF2512 DSCF2508 DSCF2506

On redécouvre notre indépendance, et le plaisir de nous raconter notre journée le soir venu.

On profite de ce paysage, qui au premier regard pourrait apparaître monotone et répétitif au fil des jours.
Mais nous prenons le temps de l’observer.
Le ciel haut et bleu, bas et gris. Les jours de pluies qui brouillent l’horizon. Les marées, montantes ou descendantes. La mer agitée offrant de multiples reflets tandis que celle des jours calmes lisse l’ensemble et permet de voir les autres îles Togean à 3 heures de bateau au large.
DSCF7768 DSCF7788 DSCF7758DSCF2413 DSCF7661 DSCF2306 Stitched Panorama DSCF2304 Stitched Panorama DSCF2241 DSCF2154La lumière du matin, dévoilant les premiers rayons sur les cabanons alors que le soir venu, le soleil disparait derrière le volcan.
La saison des pluies arrive. Elle apporte avec elle son lot d’orages et de bourrasques de vent. Les noix de coco tombent des arbres, tout comme les mangues (pas encore mûres – on attend mi-décembre avec impatience, les manguiers sont archi-chargés !).DSCF7619DSCF7769Dans le jardin, tout pousse.
Les plantes se régalent de soleil la journée, et se font arroser d’une pluie dense la nuit.
La jungle reprend doucement ses droits. Le puits se rempli.
On en avait bien besoin (c’est notre seule source d’eau).DSCF7772DSCF7786DSCF7776 On profite de choses simples.
On observe les insectes, les oiseaux et les bovins qui viennent se rafraichir sur le sable humide de la plage.
Les araignées tissent de grandes croix alors que d’autres sont géantes et sautent, les sauterelles ont des ailes en forme de feuilles, certains insectes sont bicolores, d’un beau rouge éclatant.
Notre quotidien est peuplé de brebis, de vaches, de poules et de chiens qui cohabitent tous ensemble. Seuls les chats vivent sur des étagères, dans la cuisine.
Siro, le chien idiot, et Bon-bon, le chien chasseur les tue… l’un des chatons recueillis par Éloïse en fera la triste expérience.DSCF7644 DSCF2095 DSCF1848 DSCF1707 DSCF2258 DSCF7653

Voilà.
Notre rythme UnaUnasien est tranquille.
On va sur les sites de The Rocks, Menara II, Hong Kong ou Jam en petit bateau, comme on prendrait un métro le matin.IMG_0457DSCF2432On prend l’habitude – sans pour autant se lasser – de voir des poissons-lion, des eagle raies, des bancs de snapers, ou de thons, des nudibranches, des rivières de tobbies, des napoléons, des coraux de toutes les formes et couleurs, des trucs et des machins qui font de chaque plongée on en découvre toujours et encore plus. Les fonds d’UnaUna sont incroyablement bien préservés et d’une qualité inouïe.IMG_5073 IMG_5020 IMG_0590 IMG_0525 IMG_0475 IMG_0455 IMG_0504 IMG_0427 IMG_0445 IMG_0360 IMG_0104 DSC07292

Une fête au village, un anniversaire au Sanctum ou une demande en mariage que l’on se plait tous à organiser sous la tornade de barracudas, une partie de carte ou une soirée film sur le canapé du dive center, un quart d’heure « soin » des pieds coupés par les coraux et les cailloux, un debrief’ sur le hamac une bière à la main, des blagues et un réveil matinal pour redémarrer une nouvelle journée tôt le matin.Stitched PanoramaDSCF2166 image4 DSCF2184DSCF7753 Stitched PanoramaDSCF2294DSCF2383 DSCF2235 DSCF2392 DSCF2192 DSCF7690 Nous sommes bien loin de l’Indonésie, loin de sa bonne nourriture, de ses hello mister
Entourés de bule (quasi exclusivement), on en perd notre bahasa indonesia, mais on redécouvre le plaisir de vivre découvert, de pouvoir se prendre dans les bras à notre guise et de boire une bière de temps en temps.

Les relations avec les clients se transforment régulièrement en bonne amitié, on rigole souvent, nous apprenons aussi beaucoup de certains et il n’est pas rare de prendre un numéro de téléphone ou un email avant de regarder le bateau s’éloigner. Nous, on reste à terre.DSCF2459

Depuis Gorontalo, où nous sommes pour 4 jours, nous postons cet article.
C’est ici, encore, que nous étendons notre visa indonésien pour la dernière fois.
Antonio nous accompagne pour cette courte semaine.
Départ un peu précipité pour lui – les horaires incertains des bateaux indonésiens ne faisant pas bon ménage avec des réservations onéreuses de billets d’avions transcontinentaux – et on sent qu’il en a gros sur la patate.
Mais nous sommes heureux de partager ces derniers moments indonésiens… on se ressemble bien.DSCF2456Stitched PanoramaQuant à nous, nous devons quitter UnaUna et l’Indonésie début Janvier. 6 mois, déjà !

Pour aller où ?
Nous ne le savons pas encore.
Notre expérience sédentaire nous fait du bien, tout comme elle nous lasse, nous questionne et nous interpelle.
Notre cerveau réfléchit, notre cœur balance, nos finances s’invitent au débat.

Nous reprendrons le bateau vendredi soir.
Les fêtes de fin d’années se passeront là-bas.
Sur une île de quelques km2, entre trois cocotiers et 35°C.DSCF2480Tout comme le chat qui vit sur son étagère, on n’a pas une vie facile !

 

 

 

‘* Aparté news –
Nous suivons, comme nous le pouvons, les news. Les bonnes comme les mauvaises.
Nous avons reçu les premiers messages des attentats en début d’après-midi.

Brice était sous l’eau, à contempler une eagle ray.
Marion était sur le ponton, à boire son café et à observer la limpidité de l’eau et les quelques poissons, si bleus.

Impossible de vous expliquer le court-circuit temporel et spatial que ces messages ont provoqué.
La violence s’est invitée aussi à UnaUna, accompagnée de tristesse, d’incompréhension, d’angoisse et de colère.
Nous sommes si loin.
On avait oublié que l’Homme pouvait être mauvais.
On avait oublié que l’Homme pouvait être stupide, haineux et avide de souffrance.

À ce moment-là, nous regardions vers l’Ouest, là où le soleil se couche.

C’est dans terre au milieu des poissons

Vendredi.
Le bateau qui nous mène aux îles Togean part de nuit.
Nos tickets, en ekonomi, nous permettent de nous installer sur le pont du bateau.
Un petit matelas que l’on emprunte et c’est parti pour 12h. de traversée. Certes, un peu houleuse au départ, mais avec le ciel noir et intensément étoilés pour seul toit, on se sent vernis.
Nous ne sommes pas encore partis que la bateau amarré à nos côtés décide de mettre en route son moteur. De sa cheminée sort une épaisse fumée noire… Il fait déjà nuit et nous nous rendrons compte bien plus tard que tous les passagers installés sur le pont sont recouverts de cette suie noire, grasse et charbonnée qui nous collera à la peau pour les douze prochaines heures…DSCF1638 DSCF1640 DSCF1649Mais mis à part cette aventure digne des meilleurs ramoneurs, nous passons une super nuit, au frais, au bon air, sous une Voie Lactée à faire envie aux astronomes.

C’est aux aurores que nous arrivons à Wakai, le « gros » village des îles Togean.
C’est un peu la cohue au port, chaque touriste essayant de trouver son bateau pour rejoindre telle île, et chaque bateau profitant de la situation pour faire grimper les prix.

Sur le ferry, Pierre – rencontré à Gorontalo et féru de plongée sous-marine –  avait rencontré Emmi.
Elle tient un resort sur la toute petite île d’Una Una, située à encore 3h de bateau. Cette île volcanique est réputée pour ses spots de plongée incroyables, les seuls potables de la région en raison justement des richesses minérales prodiguées par le volcan. Nous, on avait pas du tout prévu d’aller par là-bas, c’est très isolé, et on comptait plutôt se cantonner aux délicieuses îles aux plages de sable fin – beaucoup plus abordable aussi pour nos bourses.
Après de nombreuses discussions et tergiversations avec nos copains – on forme une belle bande de gourdis, nous choisissons de suivre Emmi pour le Sanctum de Una-Una.
L’aventure plongée commence.DSCF1669

Una-Una, c’est une pe

Goront’à l’eau

Etendre notre visa, on ne peut pas dire que cela nous enchante énormément, mais alors aller le faire à Gorontalo, à près de deux jours de route dans des bus clopins clopants sur des routes qui tournicotent dans les montagnes, alors qu’on se plaisait si bien à Tana Toraja… définitivement on n’y va pas avec le sourire…DSCF1429 Mais si on veut étendre notre visa, il faut se rendre à l’évidence : Il faut se fader ces deux nuits horriblement bruyantes dans une bus décoré comme un manège de foire.DSCF1579 DSCF1449On traverse des montagnes, et la route nationale nous fait longer le paisible golfe de Tomini.
DSCF1436 DSCF1465 DSCF1485 DSCF1508 DSCF1525 DSCF1526 DSCF1528 DSCF1537 DSCF1554 DSCF1573L’arrivée à Gorontalo se fait aux aurores, il est 3h30 mardi matin…
On a mis un jour de moins que nous le prévoyions… bagus !
Comme on a aucune envie de payer une nuit pour les quelques heures qui nous séparent de l’aube, on se fait un bon gros petit déjeuner à la gare, alors qu’au son de l’azan, les premiers passagers arrivent.
Nous rejoignons à pieds le centre-ville et les quelques auberges que nous avions ciblées, profitant ainsi de la fraicheur matinale. C’est calme et nous arpentons les rues tranquillement.
On se tapera tout de même 8 kilomètres à la recherche d’une auberge qui soit dans nos prix…
Après une douche express (pour retirer la crasse de deux jours de bus sur des routes poussiéreuses) nous allons rejoindre le kontor imigrasi. Woué !
On y retrouve Thata, rencontrée sur CouchSurfing, qui nous aide à regrouper tous les papiers et à compléter notre dossier en 10 minutes – quand il nous aurait fallu une demi-journée sans son aide (et deux jours à Surabaya la fois précédente).
On ne cesse de la remercier, mais pour elle, c’est normal.
En rencontrant Thata, nous faisons la connaissance de la communauté CS de Gorontalo.
Ils sont une dizaine, et nous allons presque tous les rencontrer – pas forcément de plein gré, un soir chez l’un, le lendemain chez l’autre…
Ils sont tous très sympa, parfois un peu trop sympa et notre liberté en est fortement entravée. Mais comme on le dit souvent, c’est le jeu.
Ainsi, nous serons un peu baladés, chacun insistant pour que nous rencontrions les autres bule des autres CS. Mouais…comme si des bule voulaient rencontrer d’autres bule à l’autre bout du monde…
Mais ils nous rendrons tous de grands services, que ce soit Thata pour le visa, Yuda pour nous prêter une mobylette tous les jours, ou Yuyun et les autres nous donner des bons plans.

Gorontalo est donc notre ville étape administrative. C’est d’ici aussi que partent les bateaux pour les îles Togean. Mais nous sommes mardi et le prochain bateau est vendredi.
Dis donc, ça tombe bien, c’est vendredi qu’on doit récupérer notre passeport !

Nous profitons de ces quelques jours ici pour nous reposer de nos nuits de voyage, pour le blog et quelques recherches internet. Oui, ici, il y a du wifi ! enfin…pas trop non plus

Installés dans le même hôtel que nous, nous faisons la connaissance de Pierre et Camille, un couple de Français en voyage depuis 6 mois, en route pour l’Australie, et puis Felix et Jule, un couple d’Allemands en début de long voyage…qui ne savent pas trop où aller… Ça nous fait bizarre de sociabiliser, et de voir autant de bule bule d’un coup.
Et puis nos amis de CS sont aussi des ambassadeurs du tourisme à Gorontalo – comblant les lacunes de l’Etat. Ainsi, nous et nos nouveaux amis allemands hésiteront jusqu’aux instants à prolonger le séjour dans la région.
Nous nous entendons bien et nous profitons d’une journée snorkelling dans un spot non loin de la ville. Beaux poissons super colorées, des coraux de toutes les formes. Encore une fois, le masque et le tuba nous enchantent. Tout ça au bout du bout d’une route qui mène à un  village reculé tout bariolé.DSCF1600 DSCF1593 Stitched Panorama DSCF7472 Stitched Panorama DSCF7487 DSCF7508 DSCF7539 DSCF7501 DSCF1494 Stitched Panorama DSCF7538

Il n’y a pas grand-chose à faire à Gorontalo, nos journées seront ainsi bien tranquilles. Sans rando’, ni funérailles, sans sacrifice ni excès de nourriture. Et ça repose. Bien qu’on ne puisse mener à bien toute nos missions, difficile d’être anonyme dans cette ville, et très vite, nous y sommes connus comme le loup blanc – notamment par ce groupe très sympa de CS… mais qui prend de la place… et du temps.
Et puis mine de rien, les « hello Mister » à la cantonnade sont beaucoup plus agressifs ici, et ça nous tape une peu sur le système cette joie de croiser des blancs, et de voir des adultes glousser comme des dindes parce que deux bule rentre dans leur magasin.

Puis vendredi arrive. Notre nouveau visa pour un mois supplémentaire dans la poche, et c’est parti !
Avec les copains, on part pour les îles, coupés du reste du monde pour une bonne semaine.DSCF1610

Quand le babi bèle

Notre arrivée dans la famille de Ian coïncide tristement avec le décès de son « grand-père ».
Le défunt étant le grand frère de Kuba, la célébration de Rambu Solo se déroule au Tongkonan To’Dengen.
Comme expliqué précédemment, la mort est un des moments les plus importants du passage sur terre dans la culture Toraja, et les funérailles sont ici un fastueux évènement.
Les familles tentaculaires sont réunies pour quelques jours pendant lesquels il faut héberger et nourrir tous leurs membres. Et pour concrétiser le passage vers l’au-delà du défunt, il est de coutume de tuer un grand nombre de buffles.
Plus on est une grande et riche famille, plus grand sera le sacrifice.
Ce qui implique que les funérailles peuvent être ajournées de parfois plusieurs mois ou années afin de récolter les sommes nécessaires.

Mais la grand-mère veuve a décidé de ne pas faire durer ce moment, et de faire une cérémonie courte. On ne va pas garder le corps pendant plusieurs années, ni lui changer ces vêtements, ni lui donner à manger alors qu’il ne mange plus….
C’est donc ici, chez Ne’Wa et MaSemo, pendant trois jours, que vont avoir lieu les festivités. Et ce n’est pas un abus de langage puisque c’est bien une fête qui se prépare.

Jour 1 – Nous sommes réveillés aux aurores. Quelques voisins et membres de la famille sont déjà présents. Les hommes font le tour de la maisonnée et inspectent les bambous. On défriche le jardin de ses plans de tapioca*, on range les deux trois planches qui parsème le jardin… en gros on fait place libre car l’intégralité du terrain à disposition sera occupé pour accueillir les hôtes.
Les femmes sont en cuisine. Quelques voitures commencent à faire des allers-retours, chargées de provisions, pack d’eau et de vaisselles diverses**.

Rapidement, les hachettes s’ébrouent et se font entendre. C’est parti. Les premiers troncs sont coupés. Les bambous, dans un lourd son creux et résonnant, tombent au sol. La construction commence.DSCF0542 DSCF0522 DSCF0563 DSCF0602DSCF0617 Stitched Panorama DSCF0531
On ne comprend pas trop ce qu’il se passe, pourquoi ces bambous sont abattus, que sont-ils en train de construire. Mais les bambous s’entreposent, et s’assemblent… et la forêt autour de la maison est décimée.
Des trous cylindriques sont régulièrement creusés à intervalles réguliers pour accueillir les poteaux… le terrain est ravagé.
Une vingtaine d’hommes sont au travail. Ça coupe, ça fend, ça élague, ça nettoie, ça tire. Et petit à petit, les structures naissent. Ici, et ici, et là, et aussi là.
Partout, tout autour du tongkonan des chapiteaux se dressent petit à petit.
Tout ceci se fait à un rythme élevé, sans pour autant qu’il y ait de besoin d’une réunion de chantier, de mecs qui calculent les longueurs, de plans, de chef de chantier… ça doit être la routine.DSCF0821

En cuisine, le feu est déjà bien chaud. Les énormes marmites sont en place, remplies de riz. Les feuilles de tapioca sont nettoyées, les piments hachés, les oignons pelés.
Les femmes papotent et se marrent en nettoyant les poissons. L’eau bouille.
Il y a du monde partout.DSCF0682 DSCF0654 DSCF0660
Nous, on est un peu au milieu. Les gens s’amusent de nous voir prêter mains forte. On est bien intégrés. On habite ici, ils le savent. Les petites conversations s’engagent.

À l’heure du repas, d’énormes paniers en bambou tressé remplis de riz, des assiettes de poisson frit et de légumes partent nourrirent cette flopée de travailleurs.
Naïvement, nous avions dans un premier temps pensé que c’était pour la famille, que c’était ça le repas de Rambu Solo. Mais nous réalisons qu’aujourd’hui, tout ceci n’est que préparatif.
…et cela requiert déjà une lourde organisation.
La famille du défunt, quant à elle, est toujours à Makale, à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Les corps est en « préparation ».

En tant qu’acteurs, c’est de l’intérieur que nous participons à ce spectacle.
Après le repas, tout le monde se remet au boulot. Les structures en bambous se renforcent. Les bâches sont installées, les planches en bois posées.
Les estrades sont prêtes.

Sur de grands tissus, le riz est mis au soleil pour être séché. DSCF0631On a l’impression de sortir toute les réserves de la famille. Des sacs entiers de grain sont ainsi renversés, séchés, remis en sac et partent dans un camion au moulin le plus proche.

La fête s’organise et se prépare.
Le soir venu, un foyer est allumé, les hommes se rassemblent pour s’abreuver de tuak (une boisson à base de jus de palme fermenté) et discuter, la chaude lumière du feu éclairant les intrigantes toitures des tongkonan pour se perdre dans l’obscurité d’un ciel sans lune.
Nous nous couchons, déjà impressionnés de l’ambiance qui régnait aujourd’hui. Les gens sont heureux de se voir, rigolent et s’amusent. Il n’y a pas la moindre once de tristesse (apparente en tout cas).
Que la fête commence !

Jour 2 : Nous avions dû changer de maison la veille, pour libérer de la place pour la famille.
Ainsi, quand nous arrivons chez Ne’Wa et MaSemo, tout le monde est déjà au boulot.
À la grande tristesse de Brice, son copain le cochon, avec lequel il s’amusait tous les jours est déjà en train de mijoter, bien assaisonné dans un wok.

DSCF0815À midi, nous honorons sa mémoire en dégustant sa bonne chair. C’est bon le cochon !

Les amis, membres de la famille et voisins ont revêtus un t-shirt noir pour souligner l’atmosphère de deuil. Pas grave si c’est écrit « fête de la saucisse » ou « j’aime Satan » sur le devant. Le sarong est ajusté à la taille.DSCF0868S0010926

De grandes pancartes en polystyrène colorées et agrémentées d’une poignée de fleurs en plastique sont offertes. Cela fait ici office de bouquet et couronne mortuaire. Il y a le nom du défunt en gros, et puis des petits messages qu’on ne sait pas lire, mais du genre « comité de l’église du village tructruc», « à notre cher professeur, école élémentaire nationale numéro 4 »…DSCF0862 DSCF0860À mesure que les convives arrivent, les panneaux sont entassés les uns sur les autres.

Certains apportent aussi des cochons, en voiture ou en pete-pete. Ceux-ci sont bien vivants mais bien attachés. DSCF0857Des camions livrent les invités (oui, ici on arrive en benne). Des voitures ouvrent leurs coffres pour y décharger quantité de nourriture, de vaisselle**, de cartons d’eau potable***. Et tout le long de la journée, un camion-pompe vient remplir le réservoir d’eau dédié à la vaisselle, aux toilettes ou à la cuisine.

Au fur et à mesure que la journée avance, la maisonnée se remplit et s’agite.
L’ambiance est encore une fois détendue et amusée.
Pour le moment, seul le noir des vêtements rappelle les raisons d’une telle réunion.
Les femmes préparent le repas, s’affairent à nettoyer la vaisselle qui s’accumule sans cesse, faisant bouillir l’eau du thé ou café trop sucrés, ou cuisant des centaines de kilos de riz qui seront disposés dans de grands paniers d’osier tressés dans l’attente d’être servi.Stitched Panorama DSCF0949

Nous aidons à « plier » les assiettes. Les feuilles de papier paraffiné sont astucieusement pliées pour servir de contenant éphémère, les kartas makanDSCF0827DSCF1375Marion fan d’origami fait un tabac auprès des mamies sur la qualité de ses plis et optimisant la chaîne de production – plus tard elle fera de nombreux autres adeptes en offrant des grenouilles en papier.
C’est l’effervescence du côté des femmes tandis que de celui des hommes – comme souvent dans ce bas monde – on se repose à l’ombre des chapiteaux, fumant des cigarettes et en buvant du tuak.DSCF1158

Puis, le cri strident de la sirène de l’ambulance se fait entendre. Tout en rouge et en gyrophare elle peine à faire son apparition sur les chemins accidentés du village, mais annoncés par son cortège de klaxons et pétarades de motocyclistes, elle ne passe pas inaperçue.
Notre cœur se resserre. Les gens s’arrêtent. Toute activité cesse, il n’y a plus de bruit à la maison quand l’ambulance s’avance dans la cour.

Ça y est. Nous y sommes. Le cercueil est sorti du véhicule, accompagné de la proche famille. Parmi l’audience, personne ne semble atterré et caché derrière de lourdes lunettes de soleil. Les yeux ne sont pas gonflés. Les embrassades sont timides.
Même au sein de la famille proche avec qui nous passeront beaucoup de temps, on a du mal à réaliser que ceux-ci ont perdu leur père.
Ainsi, les sanglots de la veuve et de certains proches, perdus dans ce lourd silence, résonnent d’autant plus comme un difficile rappel à la réalité, et comme si on semblait l’avoir oublié, le deuil retombe sur l’assemblée comme une chape de plomb.

Dans un silence religieux, le cercueil est déposé sur le devant du tongkonan, une photo est installée sur le couvercle… Cela dure quelques minutes infinies.DSCF0974Stitched Panorama
Puis le silence est progressivement rompu et le repas est servi aux convives. Dans un mouvement sans fin, un ruban de serveuses aux mains chargées de riz et légumes cuisinés s’avancent pour apporter les plats sous les tentes, et nourrir toute cette assemblée.

Cochon, poisson, légumes, œufs, sauce pimentée et riz. C’est copieux et généreux.
Il y a peut-être 300 personnes qui mangent ici.

Dans un cri strident d’agonie, un nouveau cochon est tué, éviscéré, brulé et découpé. DSCF1006 DSCF0997 DSCF0990 DSCF1019 DSCF0992C’est le premier d’une longue chaîne de porcs qui subiront le même sort, sous le regard apeuré de leurs congénères. Il faut bien nourrir tous les convives et une fois de plus, on a l’impression que l’on épuise les réserves du village pour ces festivités.

Tranquillement un buffle est avancé au milieu de la cours. Je crois que c’est son heure.
Comme expliqué dans le poste précédent, le buffle est un animal sacré et important dans ce passage de la vie à la mort chez les Toraja.
L’animal servira de véhicule dans l’au-delà. Son âme accompagnera le défunt, qui voyagera sur son dos pour rejoindre le monde des Morts.

À nouveau, le silence s’instaure de lui-même.
Le buffle est mené au milieu de l’arène, une corde le lie à un poteau. On lui tourne la tête vers le Sud, direction qu’il devra désormais suivre une fois que la vie lui sera ôtée.DSCF1018 Et dans un geste presque invisible tellement il est imprévisible, la gorge lui est tranchée.
L’agonie de la bête semble si longue. L’animal s’agite, se cabre, se rue, s’effondre sur ces pattes, remue son corps, tente de se redresser, sa tête cogne contre le sol, les cornes s’enfoncent dans la terre déjà imbibée de son sang.

On entend sa respiration encombrée, on voit le sang qui gicle et se répandre sur le sol, l’air ne passe plus correctement, la trachée est mise à jour.
C’est long et douloureux. Alors qu’il est pris de spasme au sol, le bourreau s’empresse de planter sa lame au-dessus de la queue de l’animal, pour la paralyser.
Néanmoins, il est toujours pris de spasme quand, au bout de longues minutes, on entame déjà la découpe de son cuir.DSCF1026C’est un vrai sacrifice qui transpire la douleur, le deuil, la peine et la tristesse de cette famille endeuillée.
Nous avons compris cette agonie comme le transfert de la souffrance que cette famille vit. Un dernier cri pour un dernier adieu.

Les bouchers font leur apparition. Dans des gestes précis et rapides, les hommes en charge de cette bête la déshabillent de leurs hachettes et machettes. La peau sera vendue.
DSCF1059 DSCF1063

DSCF1086Stitched Panorama DSCF1122 DSCF1098 DSCF1101 Stitched Panorama DSCF1126 Puis les morceaux sont séparés, découpés et mis de côté sur des feuilles de bananier posées au sol.
La panse est ouverte pour en récupérer l’herbe : on dirait qu’on vide le tiroir d’une tondeuse.
Tous les morceaux seront consommés. Excepté peut-être un petit bout d’intestin qui restera sur place la fin de journée, et autour duquel les enfants joueront à attraper les mouches.DSCF7261 DSCF0866

Une fois découpé, une partie des morceaux sont mis aux enchères (offrandes à la famille ou à l’église ?), ou pour la plupart mis en marmites pour être mangés le soir même. Du bon kerbau tout frais.
Brice ira même goûter un morceau de viande cru, encore chaud (après 19 mois sans tartare) et sous les regards amusés des Indonésiens.
Question E=M6 – pourquoi la viande, alors qu’elle est découpée en tronçon et la bête abattue depuis plusieurs heures, bouge encore ?

En cuisine, c’est une sempiternelle agitation. Du riz est cuit en permanence, du thé est préparé. DSCF0831 DSCF0682Et l’aller-retour incessant des femmes rappellent que les festivités ne sont pas terminées.

L’après-midi se passe, et nous terminons la soirée accompagnée d’une longue messe yessussss christuuusss et d’un nouveau repas de viande de kerbau.DSCF1165 Stitched Panorama DSCF1186 DSCF1189 DSCF1187

Jour 3 : C’est aujourd’hui le jour du grand sacrifice des buffles.
Dans cette maison – et compte tenu du temps limité pour collecter les fonts – cette famille pourra offrir sept buffles. DSCF1226Il n’y a pas de kerbau bule (le buffle albinos) dans le groupe, mais c’est avec l’image d’un carnage que nous débuterons cette troisième journée de festivités.

Nous sommes arrivés trop tard pour le sacrifice, mais la maison est marquée par ces morts matinales.
Au sol, sur un parterre de feuilles de bananier, reposent têtes, thorax, membres, abats et autres morceaux de viandes. Le sang coagulé, d’une couleur rouge noirâtre, épais et gluant, séché et odorant pénètre peu à peu dans la terre.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF1213 DSCF1225 Stitched Panorama DSCF1275 DSCF1299 Il règne une odeur de viande, de sang oxydé, une odeur de viande faisandée qui collera à l’endroit pour encore quelques jours. Les mouches affluent au fur et à mesure que la température s’élève. Et en fin de journée, l’odeur est forte et s’installe dans nos narines.

De nombreuses personnes s’affairent à couper les restes de l’animal, abrités à l’ombre de larges feuilles plantées au sol.
Les invités (et quelques touristes venus assistés au sacrifice) profitent de l’ambiance festive. DSCF7247 DSCF7263Un vendeur de ballons propose les têtes de SpiderMan et autres superhéros aux enfants, la marchands de glace chante sa musique, on boit du thé, du café, on mange des petits gâteaux… c’est même sympa comme moment, et on en oublie même les répétitifs coups de haches fendant les côtes des buffles, et les bouchers qui décalottent ses cornes – pour plus tard les apposés en façade du tongkonan – laissant apparaître les cervelles des bovins dans lesquels les enfants les plus téméraires plantent leur index.DSCF1291Les pattes de buffle deviennent un jouet que l’on traine au bout d’un fil tout au long de la journée.DSCF1078 DSCF1080

De nombreux autres cochons sont sacrifiés pour l’occasion.DSCF1123 DSCF1117 DSCF7251DSCF1287 DSCF0839Il y a encore plus de monde que la veille. Et toutes ces bouches à nourrir, aux frais de la famille du défunt.
Il y a de la viande partout, sur le terrain, dans tous les recoins, et toujours cette odeur qui pince le nez.DSCF1326Alors que tout le monde est en train de se sustenter, un support en bambou est fabriqué. C’est avec ce dernier que le cercueil va être transporté au caveau familial. Mais avant de partir, le prêtre professe au mort la dernière onction, et la famille pose pour quelques dernières photos. On fait des photos pour des mariages, pourquoi pas pour des enterrements…

Stitched PanoramaStitched Panorama DSCF1346Les proches accompagnent le défunt dans sa dernière demeure dans une chapelle située au milieu des champs de riz à quelques minutes à pied.

Les invités partent progressivement pour rejoindre leurs pénates. Les festivités se terminent.
Nous laissons la famille seule pour ce dernier moment intime, lourd de tristesse.
Une longue prière est chantée à la maison.
Le soufflé retombe.
Il n’y a presque plus personne.

Les chapiteaux sont désertés. Seuls quelques déchets jonchent le sol. Des bouts de viandes trainent et les chiens s’en réjouissent.DSCF1378En cuisine, le thé est toujours en préparation, les gâteaux sont encore présents dans les paniers.

Chacun se procure les derniers morceaux de babi ou kerbau, la vaisselle se termine.

Epilogue :
Le lendemain, nous reviendront chez Ne’Wa pour saluer une dernière fois la famille.
Tristement, et comme pour nous rappeler que nous avons choisi de vivre ces rencontres aussi bien pour le meilleur que pour le pire, MaAdit – une des jeunes tantes de Ian – et qui nous a irradié de gentillesse par son immense sourire et ses douces attentions, subira un accident en ojek le premier soir. Elle demeurera de nombreux jours à l’hôpital faute de médecin (il lui faut attendre le lendemain pour être auscultée et le surlendemain pour avoir une radio de la tête), et, tout comme Ian, nous irons la visiter pendant sa convalescence sans nous poser de question.
‘* Le tapioca est la plante à tout faire en Indonésie.
On consomme ses feuilles comme des épinards, le tronc est cuit vapeur ou frit pour en faire une féculant, et enfin, les racines sont légèrement sucrées comme une patate douce.

** Verres, couverts, théières, plats, passoires, réchaud à gaz, grands seaux thermos – pour le riz… comme la société Toraja a l’habitude de préparer des évènements d’une telle ampleur, tout le monde met la main à la pâte et met ses outils en commun.
Et afin de pouvoir s’y retrouver une fois les festivités achevées, chaque élément est gravé… On boit donc notre thé dans le verre Wawan, et se servant avec la cuillère Renato.

*** En Indonésie, pour les festivités, on a l’idée de servir des doses individuelles d’eau dans des contenants de la taille d’un verre que l’on boit à la paille. C’est bien entendu très mauvais pour l’environnement, d’autant que tout fini toujours brûlé, faute de système de collecte.

Le retour du cochon

Au cours de ces derniers mois, nous avons de plus en plus choisi de vivre chez l’habitant.
Peut-être est-ce dû à un besoin de se sentir accueillis, à un manque croissant d’intérêt de notre part pour les sites touristiques, ou peut-être est-ce une transition vers une autre manière de voyager, on ne sait pas trop.
Finalement au cours de notre petit mois entamé à Sulawesi, ce sont surtout nos expériences généreusement encadrées qui nous ont le plus touché, qui ont fabriqué les plus beaux souvenirs.

Nous sommes en recherche de rencontres avec les locaux afin de mieux nous immerger dans leur quotidien, de mieux comprendre la culture et les habitudes autochtones, de vivre les choses de l’intérieur, en famille, entre amis, entre les murs d’une maison traditionnelle au toit pointu.DSCF0453

C’est ainsi que nous sommes accueillis par Ian et sa famille. On ne compte plus ses grands-parents. Dans cette famille, les cousines des cousins des grands-pères sont considérées comme des grands-mères, et il en est de même pour les tantes et oncles de ces grandes familles.
C’est chez MaSemo et Kuba, les « grands-parents-cousins » que nous trouvons donc le logis. DSCF7316Par politesse et habitude, MaSemo s’appelle ainsi puisqu’elle est la maman de Semo, son premier fils. Mais en vrai, elle s’appelle Dina.
Kuba est trop fier de se présenter ainsi, comme le nom du pays nous dit-il, mais son nom de scène est Ne’Wa.
Et dans l’histoire Ian est un cucuk, un « petit-enfant », parmi les dizaines et dizaines que compte la famille. Elle habite à Yogyakarta, et écrit un livre sur les us et coutumes des Toraja, les habitants de la région. Elle est venue passer quelques mois, au bled, chez ses grands-parents. Nous sommes dans un hameau, derrière un tout petit village. Il n’y a pas de transports qui y mène, mais un peu de marche après la route principale et nous y voilà. Nous y passerons une grosse semaine accueillis et présentés à tous comme les « enfants de Kuba ». C’est simple et « comme à la maison », tout le village nous connait et petit à petit (sidikit sidikit, lama lama jadi bukit comme on dit ici), les bule et mister sont remplacés par de chaleureuses attentions.

La maison de MaSemo et Kuba est immense. Dans un grand jardin sont installés trois alang (greniers à riz) et un tongkonan, entièrement construits en bois.DSCF7116Stitched Panorama DSCF7120 DSCF7195 DSCF0455Le tongkonan est l’élément fédérateur des familles, une salle de rassemblement plus qu’une maison. C’est ici qu’on se retrouve pour discuter des problèmes internes ou qu’on se réunit pour un mariage (Rambu Tuka) ou une cérémonie funéraire (Rambu Solo). Son toit, à la silhouette atypique, évoque une selle à cheval ou les cornes du buffle, tout comme l’énorme tête sculptée que l’on trouve sur les façades.
Le buffle (kerbao) est l’animal sacré des Toraja, en sus d’être l’animal privilégié dans le travail des champs, il est aussi reconnu comme étant le « véhicule des morts vers l’au-delà ».DSCF1583Stitched PanoramaDSCF7194DSCF7106 DSCF1586 assemblage

Quant au tongkonan en lui-même, c’est un édifice monumental aux formes dénuées d’utilité, mais au charisme inégalable. Et quand on se tient à ses pieds, on se demande si cette étrange allure ne serait pas le vaisseau qui aurait mené les lointains ancêtres des Toraja depuis un autre monde en ce lieu si reculé.
Les assemblages des poutres et linteaux semblent parfaits. On dirait un puzzle géant, dont la moindre pièce de bois semble utile. Les morceaux s’imbriquent les uns dans les autres, en enfilade. On ne voit aucun clou, ou fixation. Les éléments se maintiennent entre eux en un solide équilibre.
Tout le tongkonan est extérieurement peint et finement décoré. Le rouge, jaune et noir des peintures accompagnent les fresques sculptées.
Les spirales, arabesques et autres formes géométriques rappellent le soleil, les vagues, les buffles, …
C’est l’Histoire des Toraja qui se raconte sur ces murs.

Nous sommes installées dans une petite partie de la maison bétonnée. La cuisine est rudimentaire, mais on aime retrouver ces foyers qui sentent bon le feu de boi, les murs en bambou, les marmites qui mijotent, l’eau qui bouille en permanence, et accroupie comme souvent devant son foyer, MaSemo prépare le repas. DSCF0321Nasi, sayur, babi (riz, légumes – ici on consomme beaucoup feuilles de tapioca, cochon).

Car les Toraja mangent du cochon. Ils sont chrétiens depuis la vague d’évangélisation des années 1970, et cette religion ne leur interdit pas de se nourrir de cet animal, considéré comme impur dans le reste du pays.DSCF0311 DSCF0380 DSCF7290Voilà : pour nous, c’est le grand retour du cochon après de longs mois d’abstinence, et nous allons bien en profiter. Matin, midi et soir, cuit à l’étouffé dans un bambou (piong), mijoté au wok avec des épices, du curry, du gingembre ou du ketcap (sauce soja épaisse), bakso babi et autres cochonnades, c’est la fête du cochon (ainsi que pour nos poignées d’amour!).

Le matin, nous sommes réveillés par le chant incessant des volailles qui attendent leur petit déjeuner. Poules, coq et ribambelles de petits poussins piaillent à tue-tête. Les trois cochons noirs (une truie enceinte, un petit, et un moyen) grognent et s’agitent, et les chiens aboient.
MaSemo et deux autres vieilles tantes sont déjà installées dehors. Le sac de riz complet est en train d’être triés sur ces tamis ronds tissés qu’elles manient avec dextérité. Pas un seul grain ne tombe à terre.DSCF7152 S0010118 DSCF7333

Nous allons vivre ici au rythme tranquille du soleil. La vie est paisible et on se sent bien dans cet environnement empreint de traditions et de grande famille au milieu des paysages de montagnes, de rizières et de falaises karstiques.Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF0327 DSCF0097

Et nous nous baladons en mobylette, sur les routes sinueuses et défoncées des villages. Stitched PanoramaStitched PanoramaDSCF0264DSCF0133 DSCF7068 DSCF7354DSCF7431 DSCF1408DSCF0179
Dimanche, c’est jour de messe. Et pas n’importe laquelle, on fête ThanksGiving (Ah ouais ?) pendant laquelle on célèbre la dernière récolte.
C’est avec un peu d’appréhension que nous nous dirigeons vers l’église. A force de dire qu’on est chrétiens à tout le monde (pour simplifier les questions/réponses) dès qu’on nous pose la question, on se demande à quelle sauce on va être mangé devant le prêtre indonésien…

En arrivant au village, un pare-terre de gens est déjà installé sur de grandes nattes colorées. Stitched PanoramaDSCF0420L’ambiance est familiale. Les haut-parleurs crachent les louanges et paroles divines chantées à la cantonade, tandis que nous papotons avec Ian, qui s’avère aussi pieuse que nous.

Une fois la messe terminée, les thermos de thé sont ouverts, d’odorantes saveurs émanent des bento, les plateaux se remplissent de poissons cuits et les piong (riz cuit avec du lait de coco, à l’étouffée dans un bambou) sont ouverts et découpés.
Après une ultime bénédicité, le repas dominical peut commencer. DSCF0301 DSCF0441 DSCF0652On se sert à la bonne franquette indonésienne dans des kartas makan, et nous nous en sustentons goulument.

Un spectacle de danses traditionnelles est présenté, les gens font des donations aux jeunes et jolies danseuses qui reverserons ensuite cet argent à la paroisse.
Puis des enchères sont organisées pour vendre les nombreux piong offertes par les familles.
Qui en retour en achètent d’autres. On y propose également tête de babi, couteau et sac de riz.DSCF0386 DSCF7165 DSCF7178

Nous profitons d’être au cœur du pays Toraja, pour aller visiter les villages de Kete Kesu, Lemo et de Londa.
La culture Toraja est extrêmement riche et emplie de traditions ancestrales, dont beaucoup sont liées à la mort.
Ainsi, sur les parois rocheuses entourant les villages, des cercueils en bois sont suspendus. En plus ou moins bons états, et surtout moins, ces derniers sont posés sur des structures en bois, en porte-à-faux. Et plus ou moins en hauteur. Tout en haut, ce sont les caveaux des riches familles.
DSCF0235 DSCF7087DSCF1412 DSCF7092 DSCF7081DSCF1421Le cercueil est en bois sculpté. En forme d’animal parfois. A l’intérieur, plusieurs corps sont installés. Aujourd’hui, on aperçoit surtout les crânes et autres ossements tentant de s’échapper de leur contenant. Mais à Londa, certains cercueils présents sur les parois des falaises sont récents. De jolies boîtes en bois vernis, croix chrétienne sur le devant et voile pour le protéger. DSCF0210Parfois, on tombe même sur d’immenses sarcophages de quelques 20 mètres de long et 5 mètres de haut, ceux-ci accueillant certainement une grande famille sur plusieurs générations de défunts.DSCF7209DSCF0130 DSCF0698 Stitched Panorama Stitched PanoramaCe contraste entre passé et présent est déroutant et saisissant. Ce qui apparaissait comme une simple tradition se révèle être toujours d’actualité malgré la conversion au christianisme. Il y a donc aussi ici de « jeunes morts ».
En arrivant sur le site de Londa, Ian s’est d’ailleurs annoncée auprès de son « grand-père » installé ici.
Dans les cavités que comporte cette grotte, de nombreux cercueils sont entreposés. Les familles viennent y faire des offrandes, cigarettes, rupiah, boissons et vêtements, le mort est toujours présent.Stitched Panorama DSCF0717DSCF7427 DSCF0768

Les crânes sont posés sur d’autres cercueils, eux –mêmes superposés les uns sur les autres. Et comme dans un film de Tim Burton, on s’attendrait à ce que ceux-ci se mettent à chanter une ode funeste, et à se mettre en mouvement. La lumière entre par un étroit puit, rendant l’atmosphère encore plus mystique mais jamais sinistre, plutôt insolite. Il y a quelques photos, des toiles d’araignées et de la mousse qui commence à attaquer certaines boîtes.
L’ambiance est empreinte d’irréel et de tristesse, de magie et de croyances « improbables », mais jamais de macabre.

Enfin, sur les façades de ces grottes, on peut voir quelques statues (appelées tau tau) installées dans une tribune surplombant les tombes en contrebas. DSCF7223 DSCF7378 DSCF7390Elles sont la représentation, sculptée à l’échelle des défunts. C’est un peu une photo de famille qui se présente devant nous, un gradin de spectateurs qui observent la vie qui défilent devant eux. Ils nous regardent. Ils semblent si vrais et si présents.

Le processus de l’acceptation de la mort chez les Toraja se fait en plusieurs étapes.
Le premier stade, au moment de la mort, est la préparation du corps pour être momifié.
Il est vidé de ses fluides, asséché pour être ensuite déposé dans la maison de la famille, dans une chambre. Ainsi, quotidiennement, la famille pourra venir lui parler et lui apporter un plateau repas (qui sera récupéré deux heures plus tard,  ben il a encore rien mangé). Il est considéré comme malade, et est donc encore « présent ».
Ian nous racontera qu’elle avait même dormi avec feu sa grand-mère parce qu’elle l’aimait beaucoup.
euh…
La momie est gardée ainsi pendant plusieurs semaines, mois, voire années (8 ans pour la « grand-mère » en l’occurrence), le temps pour la famille de récolter suffisamment de fonds pour payer la cérémonie funéraire et le sacrifice des buffles.
Voilà, nous y sommes.
Les Toraja doivent sacrifier au moins un buffle, qui sera le véhicule du défunt dans l’au-delà. Puis, en fonction de la richesse de la famille, quantités de buffles seront sacrifiés à leurs tours. On peut aller jusqu’à 100… le top du top étant de tuer un buffle albinos, animal très cher et très rare.DSCF7451 DSCF0170DSCF7095En se renseignant, on apprend qu’une simple bête coûte entre 20 et 50 000 000 rupiah et qu’un buffle albinos (kerbao bule) près de 150 000 000 rupiah (soit env. 9600€).
La cérémonie des funérailles a donc lieu bien plus tard, dans un deuxième temps.

Le troisième temps est la phase la plus étrange.
On ré-ouvre le cercueil pour changer les vêtements du défunt.
Et comme cette cérémonie coûte très chère également, elle peut avoir lieu quelques trente années après le décès. Mais cette partie est surtout réservée aux familles les plus riches. Et à cette occasion, les vêtements des tau tau sont également changés.
Nous avons pu voir quelques vidéos… c’est étrange… nous ne trouvons pas de mot…

Et bien sûr, tous ces rituels sont accompagnés de prières chrétiennes, de prêtres habillés d’aubes blanches et cierges à la main, chantant yessusss chrissstusss
Le Christianisme a débarqué il y a moins de 50 ans. Auparavant, les Toraja étaient animistes. C’est peut-être un complexe mélange de toutes ces croyances anciennes et nouvelles qui ont fait que les traditions actuelles sont si fortes et intenses.

Ian nous explique tout un tas de choses. Sa famille, ces croyances et ces rituels. Cette culture omniprésente et qui rend les habitants fiers d’être orang toraja.
Nous passons du bon temps ensemble. DSCF7414Nous visitons les tantes et autres membres de la famille. Dans ces minuscules villages, tout le monde se connait, tout le monde est de la même famille, et tout le monde nous accueille volontiers d’un excellent kopi et kue toraja.Stitched PanoramaDSCF0471Stitched Panorama DSCF0514Avec Ian, on a très vite accrochés, cette fille a du bagout, ça change.
C’est spontané et simple. On est bien potes. Elle nous invite à rester plus longtemps, ou à l’inverse, elle nous demande de ne pas partir.

Et ce séjour qui s’allonge chez les Toraja à la tradition forte – chrétiens de surcroit, nous l’acceptons avec soulagement.
Si les églises remplacent majoritairement les mosquées, c’est le paysage social qui change réellement et les contraintes rencontrées dans les régions musulmanes se détendent.
Contrainte sur le timing, sur la manière de s’habiller pour Marion, contraintes dans les relations hommes-femmes plus ségréguées… et puis ici, on peut manger du babi !!!

Jamais nous ne sommes restés aussi longtemps quelque part, et nous serions bien restés en vacances en famille avec Ian plus longtemps.
Mais notre condition de bule en transit nous rappelle à la raison : notre visa arrive une seconde fois à expiration, et nous avons décidé de l’étendre de nouveau.
Notre prochaine étape sera donc à Gorontalo.
Et c’est en quittant la région que l’on se rend compte du bien être que nous avions à vivre en pays Toraja. Un îlot au cœur de Sulawesi.

On recommence ?

Thalia habite le petit village de Tinambung, proche de Majene.
Nous avons donc réussit, certes non sans difficulté, à rejoindre sa maison, et après une très courte nuit*, nous sommes réveillés par toute la maisonnée, étonnée de voir deux bule dormir dans leur salon.

Thalia nous a invités à se joindre à sa famille pour les festivités de lebaran, acte II : Idul adah. Cette fête ne dure qu’un seul jour, contrairement à celui célébré deux mois plus tôt chez Violetta et Pulsi. Elle célèbre l’action divine lorsqu’Abraham a voulu sacrifier son fils. Et hop : petit texto de Dieu : « on annule tout, sacrifie une bête plutôt » … et c’est pourquoi vaches et moutons sont joyeusement égorgés pour l’occasion.

Ainsi, nous allons prêter mains fortes à l’organisation, un peu mais pas trop non plus. L’invité est roi en Indonésie, et il est difficile d’aider et de participer.
Dans la maison en bois et sur pilotis de la grand-mère, nous apprenons à marcher d’un pas léger. Le plancher n’est pas bien épais. De simples lattes de bambou reposent sur une structure qui semble bien frêle.DSCF9886 DSCF9744 Stitched PanoramaEn dessous de nous, les poules se baladent, le bois est stocké et l’espace est libéré pour laisser l’eau s’écouler à travers les interstices des lattes du plancher. Parce qu’il n’y a pas d’évier, ni de toilette, tout passe « à travers ».
La cuisine est rudimentaire. Le foyer brûle pour faire chauffer l’eau du riz. DSCF9774 DSCF9778DSCF9837 Stitched Panorama DSCF9840 DSCF9832Assises sur de petits tabourets, sa grand-mère et sa maman s’affairent à préparer les mets du lendemain. Les piments sont broyés, le poisson est frit, le wok chauffe, on est en plein rush.
Et nous sommes toujours subjugués par ces femmes qui travaillent à croupis, et par ces foyers ardents au cœur d’une maison en bois.

Une partie de l’après-midi est consacrée à la fabrication des ketupat, sorte de petits paniers remplis de riz. C’est un élément traditionnel de lebaran, symbole de la fête et principal accompagnement de ce repas sans fin.DSCF9769Marion apprend patiemment le tissage de ces paniers en feuilles de bananiers sous la bienveillance de l’autre grand-mère, tandis que Brice et Thalia les tendent et les remplissent, avant qu’ils ne partent en cuisson.DSCF9819 DSCF9809 DSCF9825La famille a acheté deux poulets, que l’on tue halal.
Après lui avoir fait ses ablutions et récité une prière, le poulet est égorgé… et continuera à sauter partout et gigoter pendant quelques longues minutes, la tête ne tenant qu’à un fil…
Il est ensuite nettoyé par nos soins, à même le sol, avec l’eau de la rivière.DSCF9885 DSCF9891Nous réalisons ainsi que nos critères qualités/hygiène ont réellement baissés.

L’ambiance dans la maisonnée est bon enfant. Ça sent les préparatifs de fête. Au marché et dans la ville, tout le monde s’affaire aux derniers achats. Poissons, épices, fruits, les vendeurs ne chôment pas. Demain, tout sera fermé.DSCF9686Après un succinct passage à la rivière, la soirée se termine tranquillement, avant de rejoindre Morphée sur le tapis du salon pour une nouvelle courte nuit. Stitched PanoramaLa maison de Thalia est très simple et elle sera souvent gênée (avec beaucoup trop de sorry) de ne pas nous offrir mieux. Mais nous, on est contents.

Le réveil est annoncé par le muezzin, qui va chanter ses premières prières un long moment. Dans la maison, tout le monde se prépare pour aller à la mosquée. DSCF9749 DSCF9942Chaque femme se voile, et enfile par-dessus sa mekuna histoire de se couvrir un peu plus (un super hijab-chador). Les plus jeunes, comme Akila la nièce de Thalia, porte même une mekuna aux couleurs de Frozen ou Hello Kitty – hyper tendance cette année…
Sa mère, Dina, est punie de mosquée. Cette semaine, elle est impure nous explique sa sœur… pfff…
Il faut dire que dans cette famille, Thalia est la seule à se voiler. Mais elle nous explique qu’elle se sent mieux protégée des hommes comme ça… mouais… On a toujours du mal avec ce genre d’argument. Ou alors les hommes dans ces contrées seraient-ils de vrais salauds ?

Alors que tout le monde est parti à la mosquée, vêtu de leurs plus beaux habits, nous aidons Dina aux derniers préparatifs. Le salon est rangé afin d’accueillir les amis qui défileront tout au long de la journée. Puis nous sommes invités à nous joindre pour quelques photos Où est Charlie ?, avant d’être conviés chez le voisin, pour un premier repas.DSCF9959Bien entendu, nous avions retenu la leçon de lebaran à Pekanbaru, c’est donc avec de petites bouchées que nous entamons les festivités. Il y a plein de nouvelles choses à goûter, ça sent bon. DSCF9960 DSCF9961 DSCF0038 DSCF0044Mais nous nous retenons. S’en suit une deuxième puis une troisième maison, mais il y a moins à manger que « prévu ». Ce lebaran est peut-être plus light. C’est peut-être tant mieux.

Afin de faire un break-bouffe, nous repassons par la mosquée.
C’est l’heure du kurban (le sacrifice). Dehors, quelques sapi (vaches) broutent tranquillement. Elles ne savent pas ce qui les attend.
À l’arrière de la mosquée, on installe la bâche, les bassines, on creuse un trou… La foule commence à se regrouper.
Puis une première vache arrive. Les hommes la maintiennent fermement et la force à se coucher dans un nuage de poussière soulevé.
Attachées par les quatre pattes, la bête ne peut plus se mouvoir.DSCF9983Elle est lourdement traînée sur le sol et sa tête est placée sur un billot de bois posé au bord du trou.

L’imam commence par remercier les personnes ayant participés à l’achat de cette vache. Ils sont sept. Et chacun acte de sa présence.
Une telle bête est onéreuse, et la charité étant l’un des piliers fondamentaux de l’Islam, les personnes qui offrent de la viande à la communauté sont pieusement remerciées.
Puis l’iman s’agenouille, armé d’un long couteau. La vache est fermement maintenue par trois hommes. Il commence par dire quelques prières, tout en versant de l’eau sur les membres et la tête du bovin, comme lors des ablutions. Les hommes la caressent et lui tapotent le ventre.

***** La suite de ce texte et images peut choquer. Nous décrivons le rituel du sacrifice. Pour lire la fin du post, rendez-vous en tout en bas de la page. *****

Sa dernière phrase prononcée, la lame est posée sous la gorge de l’animal.S0049987Il entame promptement la peau du sapi pour rapidement sectionner sa trachée dans un souffle de ballon de baudruche qui se dégonfle.
Une seconde plus tard, il arrive sur l’artère carotide, et un flot de sang jaillit du corps tremblant de la vache. S0049995Elle se vide littéralement de son sang, si rouge et brillant. Plusieurs litres s’écoulent et la gorge est partiellement mise à jour – l’animal n’étant pas décapité.
Les yeux exorbités, la langue tordue dans une grimace macabre, la bête exsangue expire dans un râle s’échappant directement de sa gorge tranchée.
Elle s’agite toujours à mesure que le liquide écarlate continue de s’échapper par à-coups de ce corps désormais laissé à l’abandon.
Au bout de trois-quatre minutes peut-être, les spasmes s’espacent puis le cœur cesse de battre, les muscles se relâchent, le sang ne coule plus. L’animal meurt. C’est fini.
Mais trois-quatre minutes, c’est long…

Alors que la vache est déplacée, que le pouls soulève encore quelques jets de sang, certains hommes viennent tremper leurs pieds dans la mare sanguinolente.S00400091Apparemment, c’est un bon soin de pied nous explique Thalia… Juste avant, elle nous racontait que l’on vide la bête de son sang car il peut être impur. Pas très cohérant tout ça.
Le premier animal mis de côté, une autre vache est déjà menée devant le bourreau.

Le même rituel recommence et pendant ce temps, la première vache est déjà en train d’être dépecée. DSCF0016 DSCF0027Les équarisseurs sont tous autour de sa viande, fraîche et encore chaude, que l’on découpe minutieusement.Stitched Panorama

Aujourd’hui, dans cette mosquée, neufs vaches et un mouton seront sacrifiés.
Les habitants du village ont récupérés au préalable des coupons-viande. Il faut maintenant livrer la bidoche.DSCF0042Nous repartons un peu secoués par ce sacrifice bovin… et l’agonie de l’animal que nous avons ressentie. Mais nous réalisons qu’à partir du moment où la vache est morte, elle redevient « viande ». Et quel régal… !

L’appétit revient vite, et nous passerons enfin chez Fikri et Bisery, les amis de Thalia rencontrés la veille, chez qui nous finirons notre petit marathon nourriture autour d’un bon poulet avec la sauce qui va bien, de ketupat, d’œufs et curry, de poisson au piment et salade de fruits.
On termine la journée en dilettante, en se baladant sur la plage.DSCF0058 DSCF0063 20150924_172427 DSCF0085Et on passe la soirée « entre potes » avec des gens bien moins orthodoxes que notre hôte, au bout du compte pas si intéressante.
* les Indonésiens se lèvent très tôt.
Après la prière de 4h du matin, certains de nos hôtes restent éveillés : ainsi démarre la journée.
D’autres se recouchent pour se lever 1h30 plus tard.
6h du matin, c’est tôt mais ici, poules, chiens, soleil et mobylettes sont déjà bien actifs.
Nous avons donc supprimé la notion de « gras’ mat’ » de notre quotidien.
Cependant, les gens siestent beaucoup. Donc nous aussi.

De l’organisation des transports

Afin de rejoindre Makassar, nous prenons la route de la montagne, qui s’enfonce dans l’arrière-pays. Les cultures de pommes de terre, fraises, et fruits de la passion font partie intégrante du décor. Les clous de girofle sèchent sur la chaussée, les rizières, ici, sont bien vertes et l’air est frais. Il ferait même presque froid. La route est sinueuse, et ces paysages sont bien différents de ceux de Kajuara.DSCF9631 DSCF9609 DSCF9589 DSCF9601 DSCF9613 DSCF9628Au terme de 6h de trajet, en compagnie de Wawan, Adje et Ekka – Sura étant trop fatigué pour venir- nous arrivons enfin à Makassar.
Malheureusement nous ne trouvons pas de travel pour nous emmener à ParePare.
Wawan nous dépose donc le long de la route afin d’attraper un véhicule « au vol ».
Une voiture s’arrête, puis deux, puis trois…
Wawan trouve qu’il n’y a pas assez de place pour nous à l’intérieur, que la voiture est trop grande, trop petite, trop noire ou trop…
On essaye de lui expliquer que s’il y a deux places, c’est très bien et suffisant.
On essaye de lui dire qu’on n’a pas besoin de grand confort.
On essaye de lui expliquer comment nous voyagions en Inde.
Mais difficile de le convaincre.

Finalement, après négociation avec le chauffeur et avec Wawan, ce dernier accepte de nous laisser monter dans le véhicule et le chauffeur accepte notre prix.
Wawan, Adje et Ekka reprennent la route du retour, et nous nous entassons à l’arrière du travel déjà bien rempli, avant d’être déposés 3h plus tard, enfin, dans un petit hôtel de ParePare.

Notre séjour à ParePare nous permet de nous reposer un peu de cette intense semaine chez Sura, de travailler sur le blog, de regarder des matchs de la coupe du monde de rugby et des films et d’organiser notre passage à Tinambung, chez Thalia (que nous avions rencontré sur le bateau pour Bone). Et puis, Pare-Pare est le genre de ville dans laquelle entre 10h et 17h, il ne règne aucune activité, tout est fermé, et peu de piétons (ha ha ha… ça n’existe pas ici un piéton !)DSCF9671 DSCF9666 DSCF9660 DSCF9674Dès notre arrivée en Indonésie, nous avions découvert qu’il n’existe pas d’information centralisée et fiable concernant les transports. Pas de tableau d’horaires pour les bus et des terminaux déserts, et des sites internet erratiques comme celui de la Pelni, la compagnie nationale des vaisseaux de ligne, où il est impossible d’avoir une quelconque information*.
Toutefois, pour rejoindre Pekanbaru, nous avions aussi découvert le travel.
Le travel a un fonctionnement très simple. On appelle un chauffeur (il faut donc connaître des chauffeurs… mais cela semble courant ici), on réserve une place dans la voiture (type Avenza, soit 6 à 7 personnes), on lui donne son adresse et il vient directement te chercher chez toi. Et le mieux dans tout ça, c’est qu’à l’arrivée, il te dépose là où tu veux.
C’est donc un moyen simple, certes un coût plus onéreux mais efficace pour voyager en Indonésie. Et plutôt commun.

Seulement, ici, à ParePare, c’est autre chose.
Notre problème de la journée : trouver un moyen de rejoindre Majene, située à 2heures de route, en gros c’est tout droit vers le Nord.
On se dit qu’en 10min cela serait réglé.
L’information, comme toujours, est impossible à trouver.
Nous faisons le tour des hôtels (où nous pensions naïvement que l’on trouverait des interlocuteurs anglophones), mais le problème semble insoluble à la vues de réponses que nous recevons…
On a l’impression qu’on leur demande « demain, on voudrait aller à Shanghai, comment on fait ? »….
Mais on nous propose entre autres la possibilité de retourner à Makassar (on notera que les Sulawesiens n’ont aucun le sens de la géographie, puisque la ville est située 5 heures au Sud), de louer une voiture, de trouver un chauffeur, ou même, on nous dit que c’est impossible.
Bien bien… Nous passons deux bonnes heures à arpenter la ville (ok, c’est une petite ville, mais sous un soleil de plomb) pour essayer de recouper les infos. Mais à chaque fois que nous demandons, nous avons une réponse différente, impossible donc de tirer le vrai du faux.
Normalement, la pratique que nous avons mise en place est de demander à 3 personnes pour pouvoir synthétiser.

Alors que nous avions finalement décidé de nous poser au bord de la grande route le lendemain et de faire du stop, nous informons Thalia de notre situation. Peut-être saura-t-elle mieux que nous comment faire.
Erreur.
Certes, elle réussit à trouver un travel qui doit venir nous chercher à 18h.
Mais : à 20h, elle nous rappelle nous disant que finalement il sera là à 21h.
Entre temps, comme nous ne voulions pas arriver au milieu de la nuit chez notre hôte nous avions repris une chambre à l’hôtel. Chambre que nous n’avons pas pu annuler.
Donc à 21h, nous sommes prêts.
Le travel arrive après minuit…
Il est impossible de dormir tellement la voiture va vite sur ces routes cabossées (Brice se cognera plusieurs fois la tête sur le plafond du véhicule).
Et nous sommes déposés ensuite chez Thalia vers 3h du matin.
Contents d’être arrivés, mais tellement désolés de la situation.

Conclusions de l’histoire :
– la prochaine fois, on ne débrouillera tout seul.
– « se laisser porter », ça ne fonctionne pas toujours.

Nous nous rappellerons alors Sura qui nous disait « arrête de dire maybe. Il n’y a pas de maybe, tu prends un bus et voilà »
… mais bien sûr…

Epilogue : Encore une fois, Thalia ne comprend rien à la géographie de son pays.
Pour quitter sa ville et rejoindre Tona Toraja, elle et ses amis nous invitent à rejoindre Makassar (7~8 heures de routes vers le Sud) pour ensuite, remonter 8 heures vers le Nord. On croit rêver.
De plus, elle ne veut pas qu’on passe par la gare routière, certes c’est lebaran, mais s’il y a une information à prendre, c’est là-bas que nous la glanerions.

Finalement on lui dit qu’on va sortir de la ville et faire du stop.
Elle voudra nous accompagner.
Et là, quand nous sortons notre papier sur lequel nous inscrivons notre destination, et commençons à héler tout type de transport, elle nous sort : « non, pas besoin de ça, je vais te trouver la voiture »…
… No comment.

Conclusion de l’épilogue :
Voilà, c’est comme ça que ça se passe depuis plusieurs mois.
C’est chronophage et parfois déconcertant d’absence de logique, et par conséquent angoissant quand on se dit qu’il faut traverser la ville pour aller à la gare et demander une information si simple, qu’on n’aura pas.

 

‘* Une autre mission du moment était de se renseigner sur le bateau Pelni pouvant joindre Sulawesi vers Kalimantan (Borneo). Nous n’en avons pas besoin pour le moment, mais peut-être dans un petit mois. On profite qu’il existe un bureau Pelni ici.
(Pour info, à Surabaya, on ne pouvait acheter les tickets notre billet qu’au bureau Pelni en centre ville… d’une ville de plusieurs millions d’habitants! aberrant)
Et sur le site internet, il n’y a pas d’info, et dans un bureau Pelni, il n’y a d’information que pour les bateaux partant de cet endroit.
Impossible de faire appeler le bureau d’un autre port.
De toute manière, les plannings ne sont édités que pour le mois de Septembre.
Nous sommes le 22 Septembre, ils ne connaissent pas encore le planning d’Octobre.
Et puis, de toute façon le bureau est fermé.

Le roi et sa radio

On se demande souvent, dans ce voyage, si nous avons de la chance ou si on ne la provoque pas.
Qu’est-ce qui fait que nous rencontrons les bonnes personnes. Celles qui ont un grand cœur, une envie de partage et de découverte. Celles qui nous accueillent avec plus de générosité que nous aurions pu en recevoir. Celles avec lesquelles on s’attache et qu’on a du mal à quitter.
Notre bourlingue est ponctuée de ces rencontres inattendues et spontanées.
Ces concours de circonstances qui font qu’une rencontre éphémère, pourrait conduire à un chamboulement de notre itinéraire pour choisir le hasard… souvent récompensé d’une expérience incroyable.
Sura fait partie de ces rencontres impromptues.

Alors que nous le retrouvons au port accompagné de Wawan (son chauffeur), Sura nous accueille chaleureusement. Il nous propose d’aller directement au petit musée de la ville de Bone.
Cela fait 24 heures que l’on n’a pas vu une brosse à dents et un bout de savon, ça nous brancherait bien de prendre une douche avant… mais on n’avait pas bien compris.
Il faut dire que si Sura comprend une infime partie de ce que l’on dit en anglais, il parle très vite en bahasa indonesia, et on n’avait pas intégré clairement que sa maison n’est pas à Bone mais à 1h30 de route plus au Sud… en fait, ces quelques jours en sa compagnie seront une succession d’évènements pendant lesquels nous nous laisserons totalement portés. On ne comprendra jamais ce que l’on attend, ou pourquoi nous sommes ici ou là… mais notre bahasa va progresser en flèche.

« bon, va pour le musée de Bone »
Sura nous raconte alors l’histoire de sa famille. Ce que Thalia nous avait dit était donc vrai. Sura est le petit-fils du roi Bugis de Bone. La photo de son grand-père est partout dans cette petite exposition que nous visitons au pas de course, et sur l’alun-alun se dresse une énorme statue en bronze de son ancêtre. Les Bugis, fier peuple de marins, ne se cantonnent pas qu’aux côtes sulawesiennes, ils ont essaimé les régions alentours, s’installant en Malaisie, Singapour, Australie. On en retrouve même en Amérique du Nord.

C’est donc en la compagnie du descendant du roi de Bone que nous allons passer les 5 prochains jours, dans son kampung de Kajuara. Il habite l’ancienne maison de son père, une jolie bâtisse en bois sur pilotis, en haut d’une petite colline.DSCF9122 DSCF9124Les palmiers et autres arbres du jardin nous cachent de la rue. Au loin, on peut voir la mer.
Les poules se baladent sur l’herbe séchées par l’absence de pluie des derniers mois sur un terrain immense.
L’intérieur de la maison est meublé avec goût de mobilier en bois/design-année 50/à l’indonésienne. Nous disposons d’une grande chambre, et de tout le confort possible. Stitched Panorama Stitched Panorama Stitched Panorama DSCF9576Sura est un hôte incroyable. Toujours content, jamais fatigué, très bavard et surement un peu seul dans sa vie – un tout petit peu fou aussi. Mais nous sommes reçus chez lui comme des rois, considérés comme ses égaux*… et son plus grand souci est de nous faire plaisir. Tâche qu’il va accomplir à merveille !

Il n’a qu’un mot à la bouche : makan makan (manger), il a bien compris qu’on aime bien la bouffe, et sur le chemin du retour, nous ne manquons pas de nous arrêter en bord de route pour acheter quelques poissons et crevettes à préparer dans la foulée. Ulfa (celle qui s’occupe des tâches ménagères de la maisonnée) est déjà en cuisine, Brice la rejoint.DSCF9031 DSCF9042Nous profitons de cette première journée un peu tranquille (il faut dire que nous sommes claqués de notre courte nuit froide) pour aller visiter sa « ferme » de clou de girofle.
Dans le jardin de sa 2ème maison, les girofliers donnent leurs plus belles pousses qui sont minutieusement récoltées à la main du haut d’une immense échelle flexible en bambou.DSCF9081Effeuillés, triés et séchés pendant quelques sept jours, le clou prend des teintes orangées puis marronnées. DSCF9094 DSCF9051 DSCF9074 DSCF9073 DSCF9055Ça sent bon dans la plantation. Les sacs, bien remplis, sont ensuite vendus 80 000 rupiah le kilogramme (près de 5€), certainement pour la production de rokok (cigarettes) qui sont ici aromatisées au clou de girofle.

Le lendemain, nous partons pour le petit port de pêche du village. C’est ici que nous devons prendre un bateau pour rejoindre les îles Sembilan, à quelques encablures du littoral.
Mais ça c’était sans compter la marée basse. Donc oui, nous allons rejoindre les îles, mais lorsque la marée sera haute et que l’embarcation pourra être libérée de sa vase…
C’est donc naturellement que toute notre équipe (Sura, son pote Ekka, Wawan et Adje (le mari de Ulfa – l’homme à tout faire) attend patiemment que l’eau monte.DSCF6597 Stitched Panorama DSCF6613 DSCF6590 DSCF6583Et c’est donc naturellement que nous resterons à quai pendant 3h en plein soleil – bien sûr seuls les deux bule ont pensé à prendre de quoi boire… jusqu’au moment où victoire !DSCF6685 Le bateau a les pieds dans l’eau !
Marrant, personne ne s’est dit : « attend, avant de partir, on pourrait peut-être se renseigner sur la marée ? ». Ça n’a pas trop l’air d’être dans les mentalités. Et puis, nous sommes les seuls à oser contredire le Roi Sura.*
Ce n’est pas si grave ceci dit, nous aurons le temps d’admirer la vie de ce petit port, les embarcations débarquant leur pêche de la nuit passée. DSCF6621 DSCF6667 DSCF6678 DSCF6680

Nous observons et détaillons les bagan à quai, ces énormes bateaux à l’allure d’araignée, plate-forme de pêche que l’on ancre au large et avec lesquels des canots à moteur font la navette.Stitched PanoramaCes navires – fierté des Bugis – ont une stature impressionnante en dépit de leur finesse. Les multiples haubans arrimés aux deux mâts, et qui maintiennent la structure, rappellent un chapiteau ou une toile arachnéenne.

Nous passons sous l’un d’eux et rapidement, nous rejoignons enfin les grandes eaux sur une mer plane. Stitched Panorama DSCF6701 DSCF6702 DSCF6736 DSCF6742Au loin, l’archipel Sembilan se dessine. Au rythme du moteur tonitruant, nous voguons sur une surface quasi lacustre. L’eau est claire, et c’est avec émerveillement que nous découvrons des eaux turquoises lorsque nous passons au-dessus d’un récif. On aperçoit des poissons-volants. Le paysage est réellement serein. La magie opère lorsque nous approchons des côtes.
L’archipel est – comme son nom l’indique – composé de neuf îles. Plus ou moins petites, plus ou moins peuplées, et plus ou moins développées.
Nous commençons par nous approcher de la plus massive.DSCF6762Cette île est un véritable rocher sur l’eau, dont la montagne aux flancs abrupts et densément boisés occupe l’intégralité de la surface. Les habitations sont installées en périphérie, côte à côte et sur pilotis le long d’une frange d’eau cristalline.DSCF6781DSCF6778 Il n’y a qu’une rue, une mini place sur laquelle les habitants se sont vite regroupés pour nous saluer.
Les enfants sautent dans l’eau avant que l’on apponte.DSCF6786 DSCF6793Il vient peu (pas ?) de touristes ici, de surcroît encore moins de bule. L’accueil est donc chaleureux, et jamais déplacé et pesant comme il a parfois pu l’être à Java.
Les enfants sont heureux d’être pris en photos, et quand Sura leur offre des paquets de biscuits, c’est la bataille pour se les répartir. Ils sont loin d’être gâtés, mais vivent isolés sur un petit paradis (ça, c’est notre vision d’occidentaux…)
« Notre » roi, ne se déplace jamais sans son poste radio et la situation en devient très vite drôle et décalée lorsqu’on entend le grésillement du récepteur FM qui a du mal à attraper le signal.DSCF6798 DSCF6815 DSCF6820 DSCF6837 DSCF6805 DSCF6827Ce village est perdu sur cette petite île.
L’endroit est improbable.
On se sent loin, ils sont loin.
Nous serions bien restés un peu plus longtemps, faire le tour de ce petit rocher… mais déjà nous partons nous balader sur une seconde île. DSCF6867 DSCF6874DSCF6941 DSCF6947 DSCF6880Notre arrivée coïncide avec celle du bateau d’approvisionnement. Le bateau est rempli des commandes de chacun, de riz, fruits, bouteilles de gaz et autres victuailles.
Les enfants – qui s’improvisent portefaix – font des allers-retours, brouettes chargées à ras-bord pour livrer les habitants. Chacun à sa liste de course, et le bateau se vide progressivement, laissant sur le quai quantité d’œufs, de biscuits et nouilles instantanées qui finiront sur les étals des quelques échoppes du coin. L’île possède une antenne relai de téléphone, et a donc le privilège d’être électrifiée.DSCF6884 DSCF6898 Stitched Panorama DSCF6916 DSCF6936 L’accueil est bienveillant, souriant et très curieux, et comme souvent, petite séance photo durant laquelle on loue la beauté de nos loooongs nez. Et nous sommes contents de partager ce moment avec Sura et son équipe qui visitent aussi ces îles pour la première fois.
Il ne doit pas y avoir plus de 500 personnes sur cette île.
Et depuis son sommet, nous réalisons le dur isolement insulaire.DSCF6923DSCF6921Tout autour de nous, perchés sur ce rocher, il n’y a que de l’eau. La mer nous encercle de son bleu intense. Les embarcations sont à quai, prêtes à assurer les liaisons avec le continent si tant est que Sulawesi est déjà une île.DSCF6894DSCF6955 Nous profitons de ce quiet panorama aux couleurs incroyables, avant de repartir en mer, pour une séance de pêche peut fructueuse au milieu d’une eau limpide sur une mer d’huile… et nous sommes frustrés de ne pas pouvoir nous baigner dans cette eau si chaude… et constellée de méduses (que Brice chasse pour sa recherche personnelle). La radio est bien évidement toujours allumée et grésillante.IMG_20150917_155943 DSCF6977

Sura a bien remarqué notre admiration pour les bagan, il nous propose d’aller en voir un le lendemain. C’est ainsi que nous réembarquons sur un petit bateau de pêche (sans problème de marée cette fois-ci) pour aller rejoindre un bagan, ancré au large.
Encore une fois, nous n’avions pas bien compris le planning.
On avait cru comprendre :
« On part à 14h manger chez un ami sur le port, ensuite à 16h, on prend un bateau pour rejoindre un bagan et y passer le nuit de pêche pour ne revenir qu’aux aurores »
Mais ça ne sera pas exactement comme ça. Laissons-nous porter.

Il nous faut faire environ trois heures de bateau/vagues/zig-zag au large/soleil couchant/moteur vrombissant pour le trouver.DSCF6984 DSCF9173 DSCF9200 DSCF9213 DSCF9242 DSCF9243 DSCF9261 DSCF9269Mais quelle récompense. Poser au milieu de l’eau et équilibré par ces longues extensions de bois, le bagan semble impassible face aux vagues.
Sa coque n’est pas bien large, ce qui donne l’impression d’un vélo auquel on aurait ajouté des petites roues pour ne pas qu’il chavire.
Il ne fait pas encore nuit, mais il vient d’allumer ses lumières. Le soleil se couche, et la puissance de son éclairage tranche avec l’obscurité naissante de la nuit fraîche qui s’annonce.DSCF9284 DSCF9292Des lumières sont installées sur tout le pourtour du bateau, éclairant les filets suspendus sous la structure aérienne.
Ainsi, les poissons, attirés par cette lumière remontent à la surface et se retrouvent piégés. Ainsi va la pêche bugis.
Et elle semble bien fonctionner vu la quantité de poissons que nous pouvons voir au port et sur les étals des marchés. Thons, sèches et calamars, gros poissons dont on ne connait pas le nom, petits poissons qu’ils font sécher, il y a de tout.

Nous jetons l’ancre et attendons.
On réalise au bout d’un long moment qu’on ne sait pas ce qu’on attend. Notre embarcation tangue et gite fortement, et nos amis pêcheurs de notre embarcation ont du mal à trouver des poissons… eux.

Il fait nuit noire, le ciel est parsemé de milliers d’étoiles – qu’on ne reconnait pas, la voie lactée est belle et infiniment impressionnante. Le tableau est magique !
Finalement, nous nous décidons enfin à approcher le bagan si lumineux.DSCF9328Nous ne pouvons pas grimper dessus. Il y a trop de vagues ce soir et la trame en bois au-dessus de nos têtes est trop instable pour nous permettre de l’escalader. Dommage.
Notre embarcation s’amarre à un des flotteurs du bagan et nous nous en éloignons légèrement.
Nous sommes émerveillés par ce bateau. Ses lumières éclatantes nous éblouissent. Il ne fait pas de bruit. Il est juste là, posé sur l’eau et il attend, lui aussi, que les poissons viennent se prendre dans ses pièges.

DSCF7009 Stitched PanoramaEt nous aussi nous allons attendre. Sura voulait attendre 4h du matin pour acheter directement du poisson du bateau. « Ada cumi-cumi (vous avez des calamars ?) », crit-il depuis notre embarcation…Un sacré numéro.DSCF9341Mais il n’est que 23h… ça bouge vraiment beaucoup, et l’intégralité de l’équipage dort déjà – à part le bavard Sura et ses deux amis bule. Nous négocions donc un retour au port. Notre long trajet de retour se fait sur une mer relativement chahutée, sous les embruns, à bord d’une embarcation sans aucun éclairage – on aurait dû emprunter une ampoule au bagan.
Le retour se fait donc l’obscurité, sous une nuée d’étoiles, naviguant à vue ou plutôt à pas-de-vue… évitant les autres embarcations, elles aussi dépourvues de lumière. This is Indonesia.

Nous sommes encore une fois tellement contents d’être là, tellement étonnés et surpris de la chance qui nous accompagne, réalisant que nous sommes tellement loin, dans un environnement tellement beau et unique.
De retour sur terre, à 1h du matin, bien sûr la mer est basse. Nous finirons à pied, de l’eau jusqu’aux cuisses, marchant sur cette longue plage.

Quelle soirée ! Mais l’infatigable Sura ne nous laisse pas de répit. Après une courte nuit de 3h, on l’entend – comme tous les matins – frapper à notre porte « Brice, Marion **» nous partons pour Bira, au sud de la patte occidentale du K. Programme de la journée : plage en famille et en radio!

Wawan (c’est cool d’avoir un chauffeur) nous emmène, toujours en petite équipe, à quelques 110km de Kajuara. DSCF9423 DSCF9431 DSCF9433 DSCF9435 DSCF9456 DSCF9560 DSCF9162 DSCF9159 DSCF9440Bira est un petit village, connu pour ses belles plages, ses eaux turquoises (on n’est pas prêt d’arrêter d’en parler dis donc des eaux turquoises… !) et son sable aveuglement blanc.DSCF9473DSCF9477

Sura, c’est un peu le patriarche. Il gère son équipe et aime bien qu’on le suive. D’ailleurs, tout ce petit monde gravite autour de lui avec respect et discipline*.
Ainsi, il nous offre (à tous) un tour en bateau pour aller profiter d’un peu de snorkelling sur l’île toute proche de Liukangloe.Stitched PanoramaDSCF9493 DSCF9494

Le site est époustouflant. Jamais nous n’avions vu une eau si claire, peuplée d’autant de poissons. Jamais nous n’avions eu le vertige en regardant au fond de l’eau. Même l’ombre des nuages se dessine sur ces fonds marins. On a l’impression de nager dans un verre d’eau. Il doit y avoir 25~30m de parfaite visibilité sous nos pieds, nous flottons au-dessus, observant, tout au fond, des poissons qui nous étaient jusqu’alors inconnus.
Et quand nous plongeons pour nous enfoncer quelques mètres sous l’eau à la poursuite d’un poisson-boîte, nous sommes pris d’un vertige quand on lève la tête et apercevons le plafond au-dessus de nos têtes.
À mesure qu’on se rapproche de la côte, le récif devient moins profond, et apparaissent des coraux et des milliers de poissons de toutes les couleurs de toutes les tailles et de toutes les formes. On ne sait plus où regarder. On tourne sur nous même, essayant de rendre réel ce moment si incroyable.

Sur le bateau, la culture (et religion) est de rigueur et rappelle une difficile réalité. Ainsi, seuls les hommes profiteront de ce moment aquatique, tandis qu’Ulfa et sa sœur resteront au sec.
Marion se baignera en partie habillée. Ce choc des cultures est compliqué… et amusant aussi quand les filles rigoleront au moment où Marion se met jambes nues, et les hommes gênés, détourneront le regard… pourtant nous pensons agir dans un compromis de pudeur.

Retour sur la plage, noix de coco fraîches, nasi goreng, discussions et photos-famille, nous nous sentons privilégiés de pouvoir vivre ce moment-là. DSCF9515 DSCF9519Cela doit être notre karma qui est bon.

Sura n’a de cesse de vouloir nous divertir, et de nous montrer tout de la culture Bugis.
Aussi sur le chemin du retour, nous nous arrêtons sur un chantier de bateaux, un magnifique vaisseau est en train d’être construit, dans les plus pures règles de l’art local.DSCF9534 Stitched Panorama DSCF9548

Il est temps pour nous de reprendre la route. Mais on ne part pas comme ça de chez Sura. Il nous organise ainsi également notre départ dans lequel on a que peu de mots à dire.
Il décide d’où on veut aller, où on doit aller, où on peut s’arrêter.
Et après de longs débats, l’éviction de nombreux maybe (en grande partie dus à notre incertitude – souvent incomprise par les locaux – des informations que l’on a concernant les transports), et de difficiles compromis, la décision est prise de passer par Makassar pour rejoindre la ville de ParePare.
Wawan nous y accompagne.

Ce séjour, s’il peut sembler anodin aux premiers abords, est un incroyable cadeau à nos yeux.
Une rencontre fortuite sur un bateau une semaine auparavant nous aura permis de vivre ce qu’aucun guide ou tour operator ne pourrait nous proposer. Ces moments-ci, il faut les chercher et parfois les provoquer.
Une expérience en famille, entre amis – encore une fois, malgré la barrière de la langue et de la culture, qui nous aura permis d’aller voir l’envers du décor, du moins quelque chose que l’on aurait eu du mal à découvrir par nos propres moyens par manque de sous, d’information et simplement de volonté. Certes, il y a eu des frustrations de ne pouvoir creuser plus, de ne pas rester plus longtemps sur les pulau Sembilan, de ne pas avoir vécu une nuit sur un bagan, ou ne pas avoir passé plus de temps à explorer les merveilleux paysages sous-marin de Bira.
Mais sans Sura, nous n’aurions même pas pu toucher du doigt ces richesses, ces pépites dont Sulawesi regorge.
Au-delà de ces simples découvertes, ce sont les moments de vie Bugis qui enrichissent notre expérience, et font qu’un tel séjour reste mémorable.DSCF9580

‘* Si on a énormément de respect pour Sura qui est plus âgé que nous, et avant tout, notre hôte ; nous avons une attitude d’étrangers simple et relax envers lui, le considérant comme un ami… et certains de nos comportements (totalement détachés et amicaux) doivent étonner les quelques personnes qui gravitent autour de lui… et qui en retour, nous considèrent comme l’égal du « maitre » et nous traite avec le plus grand respect.

‘** Si il a bien assimilé le prénom de Brice, Sura a parfois du mal avec celui de Marion… que l’on a pris l’habitude d’appeler Mariam (le son « on » est bien trop nasal pour être prononcé), mais déviant parfois vers Maureen, et même une fois Maurice !

Dans la barre du K

L’idée était d’aller à Sulawesi sans s’arrêter par sa capitale Makassar.
BauBau semblait être une bonne alternative. Cette île est localisée à quelques encablures au sud de la patte orientale du « K » que forme l’île, il semble n’y avoir que peu de passage, mais pour autant quelques petites pépites qui mériterait qu’on y fasse un détour… ça, c’est d’après le guide.
Mais le Lonely Planet, c’est américain, et tout tout tout est toujours amaaaazing… et encore une fois, on s’est fait avoir*.

BauBau respire la quiétude, c’est vrai. En posant le pied dans cette ville, on comprend qu’on n’est plus du tout sur Java et qu’on a changé de mentalité en changeant d’île.
Les gens sont plus zen, les échoppes ferment pour la sieste, moins de monde dans les rues, moins d’agression. Toujours des hello mister, lancés à la cantonade, mais les gens sont si souriantsDSCF8407 Stitched Panorama DSCF8398 DSCF8401

Ceci mis à part… une citadelle qui casse pas trois pattes à un canard, une petite ville sans trop de charme (et pourtant on pense avoir revu nos critères à la baisse), de nouvelles architectures de maisons sympas… Bien sûr, l’île est grande et doit avoir de jolis spots.
Mais c’est loin d’en faire une destination immanquable.
D’autant que BauBau étant une île, il faut aller chercher les moyens de transport qui ne sont pas ceux hors de prix proposés dans le guide.

Pour rejoindre l’île adjacente de Raha, on trouve donc le petit bateau qui traverse le détroit pour 10 000 rupiah (au lieu des 135 000 rupiah du super jet du guide)**, et un kijang (encore un nouveau moyen de transport : le sumo des zones reculés d’Indonésie) qui nous fait traverser toute l’île par une route certes pas très lisse mais dont ces nouveaux paysages changent grandement de Java.DSCF8416 DSCF8417 DSCF8422 DSCF8435 DSCF8438 DSCF8441 DSCF8429Finies les grandes plaines ponctuées des volcans de la ceinture de feu de l’océan indien.
On retrouve les routes de montagne qui tournent qui tournent, et sur lesquelles notre véhicule soulève un nuage de poussière.
Fini le vert fluorescent des rizières, il n’a pas plu ici depuis idoul-fitri (soit notre arrivée en Indonésie il y a deux mois), les champs secs prennent une couleur dorée avec les lumières de fin d’après-midi (qui tombe une heure plus tard).

Arrivés dans la petite ville de Raha, même situation, une ville endormie sans aucun attrait, il est midi, et pour ne rien changer, on part se balader.
La famille qui tient l’auberge nous prête gracieusement une de leurs mobylettes, et on va voir les deux trois attractions proposées par le Lonely et relatées par nos hôtes.
…ben pareil, c’est… sympa… mais pauvre canard : il s’en prend plein les pattes.

On passe tout de même voir des grottes, dans lesquelles on a retrouvé des peintures qui dateraient de 1800 av. J.C., tout ça dans le décor magnifique de roches karstiques, ça reste impressionnant !DSCF8509 Stitched Panorama

Heureusement, la mobylette nous permet de passer à travers des villages où résonnent les sourires et soulève de gentilles invectives sur notre passage… des lieux que nous n’aurions jamais cru pouvoir découvrir 19 mois plus tôt lors notre départ.
Des gens simples, des maisons brinquebalantes perchées sur de frêles poteaux de bois.
Les maisons sont séparées de la route par barrières colorées et une bande de gazon.
Les kampung qui semblent s’étirer le long de la route vallonnée…DSCF8450 DSCF8496 DSCF8488S0158648 DSCF8468 DSCF8474 DSCF8486 DSCF8392 DSCF8561Partout, le bois et le bambou sont utilisés, mêlant sa solidité et son caractère éphémère.
Ainsi certaines habitations, pourtant toujours habitées, penchent dangereusement, tandis que d’autres n’ont plus qu’une marche sur deux, un morceau de toit et plus de garde-corps. DSCF8547 DSCF8574 DSCF8560 S0628835 DSCF8706Stitched PanoramaS0368726 S04087431 S0408748 S0548790 DSCF8821 S0678853Mais la route est paisible, et sourire aux lèvres, nous zigzaguons à travers les villages, slalomant  gaiment autour des nids de poules – qui crèvent la roue de notre moto toute neuve.DSCF8870

On découvre aussi que – par rapport à la très peuplée Java – les prix pour manger grimpe en flèche… mais la taille des portions aussi… et quelles délicieuses portions, des ikan bakar (poissons grillés) énormes. Être entouré par la mer, ça a aussi du bon.

Après ces balades à BauBau et Raha, nous décidons d’aller rejoindre Sura, qui habite Bone, sur la barre occidental du « K » de Sulawesi.
Sura, c’est ce bon samaritain que nous avions rencontré sur le bateau reliant Surabaya à BauBau quelques jours auparavant et qui nous avait hébergés dans sa cabine de première classe.
Et bien sûr, ce dernier nous a invités à passer chez lui pour « découvrir la culture Bugis, manger du bon poisson et laver notre linge à l’œil », sic.

Ainsi, nous embarquons à bord d’un premier speed-boat pour Kendari. Mais pour le coup, on est presque aussi bien que dans un TGV. Pas de bruit de moteur, on semble glisser sur l’eau. Durant 3h, assis en ekonomi, nous longeons la côte sulawesienne, bordée d’une dense forêt vierge recouvrant des reliefs abrupts sous laquelle se dessinent quelques criques aux eaux turquoises.Stitched Panorama

Nous ne nous éternisons pas à Kendari. Un pete pete (c’est l’angkot local… encore un nouveau mot pour dire la même chose) et 30min plus tard, nous sommes déposés devant un comptoir de voitures collectives dont une n’attendait que nous pour décoller.
Entassés au fond du véhicule, c’est parti pour 5h de voyage, au chaud et en poussière, pour rejoindre Koloka. Là encore, on a bien le temps de comprendre que oui, le paysage a changé, et que non, les routes sont loin d’être aussi bonnes qu’à Java.
Et enfin, à Kolaka, nous embarquons à bord d’un ferry pour une nuit de traversée du golfe formé par les deux barres du « K ».Stitched Panorama