On plie les Galle

Et doucement, notre visa arrive à terme.
Nous décidons de prendre la route du Sud, celle qui longe la côte et les lagons, plutôt que de prendre la transversale et rejoindre la trépidante ville de Colombo.
(De plus, la région du Nord-Ouest est, à ce moment-là, le lieu de violences faussement revanchardes et injustes. C’est dans ces zones que – comme un an plus tôt à Kandy –  la folie de plusieurs hommes conduit à en bastonner d’autres à mort parce qu’ils n’ont pas la « bonne » religion. Bouddhisme : religion de paix et d’amour ? Preuve est plutôt faites qu’il y a des idiots partout.)

Le trajet est long et fastidieux, trop long pour le faire une journée. On le découpe en deux fois huit heures de bus trépidants, nous imposant de changer plusieurs fois de véhicules, et de faire une étape intermédiaire. Mais les paysages qui défilent à nos fenêtres (grandes ouvertes pour ventiler la cabine bruyante et surchauffée du bus) valent le détour.
Nous passons à travers d’innombrables rizières dont les pousses affichent leur éclatant vert frais et lumineux.

La route est parfaitement rectiligne, et nous enchainons les villes, villages et hameaux, check-points et arrêts impromptus pour faire monter ou descendre de nouveaux passagers.
Au fur et à mesure de notre avancée vers le Sud, on note de plus en plus de Musulmans. La région de Potuvil, et d’Arugam Bay, où nous sommes déposés, est celle ayant la plus grande communauté musulmane du pays.

Mais Arugam Bay, c’est surtout LE spot de surf du Sri Lanka, et c’est pour cette raison que le village attire – habituellement – de nombreux touristes.
Internationalement reconnue pour ces hautes vagues, la côte regorge de plages dont les embruns brumisent les palmiers, cactus et autres arbres dont les racines s’enfoncent dans le sable noir.

Nous sommes fin mai, et la saison peine à démarrer.
Les vagues ne sont pas encore au rendez-vous et nous découvrons ainsi la plage principale et sa mer d’huile…
Les bateaux sont bien rangés, prêts à partir en mer au petit matin. Quelques pêcheurs barbus nous saluent, tandis que d’autres jouent paisiblement aux cartes, attendant l’iftar.
En effet, le village est en plein ramadan, et l’activité n’est pas non plus à son apogée.


L’ambiance est sereine et apaisée et nous savourons ce temps calme, assis sous une tonnelle aux branches tressées de palmiers, attendant qu’une brève pluie ne cesse.
Nous retrouvons ainsi le Sud et la saison des pluies qui s’est installée depuis notre départ de Galle il y a trois semaines.

Nous passons notre court séjour ici sans grosse activité.
Une courte balade dans les alentours nous permet de savourer les contrastes incroyables entre le vert émeraude des pelouses naturelles, le bleu des lagons d’eau douce séparés de la mer par une étroite bande de sable fin. Au loin, les gros nuages gris foncé annoncent un brusque et éphémère orage à venir.


Enfin, notre dernier trajet nous fait sortir de la zone tamoule (et très vite les check points cessent), pour rejoindre la vaste plaine du Sud-Est, puis la côte Sud. Huit chaudes heures plus tard, nous rejoignons le Fort de Galle, où Charles et Maneyika nous accueillent chaleureusement.

Nous retrouvons nos quartiers à Heenatigala, où la pluie des dernières semaines a métamorphosé le jardin. Les plantes, les fleurs, les arbres, tout a poussé.

Notre retour coïncide avec celui de Charles, qui revient de France.
C’est donc l’occasion de petits gueuletons de saucisson et fromage fraichement rapportés. Tout y est tellement facile. Succinct aussi.
Derniers ploufs dans la piscine, derniers petits dej’ et apéro’ devant le paysage grandiose de la maison de nos amis. Nous disons au revoir aux singes et paons voisins. Et enfin, derniers au revoir au Jardin du Fort et son équipe.

Notre départ de Galle étant tôt le lendemain matin, Charles et Maneyika nous invitent à dormir à l’hôtel. Le confort y est incroyable, et nous comprenons l’engouement des guests des mois précédents.


Le départ se fait le cœur gros, sous une pluie lourde et un ciel orageux.

Nous avions prévu de prendre l’un des seuls bus qui nous aurait menés directement à l’aéroport. Seulement, rien n’est certain au Sri Lanka, et le bus est apparemment annulé.
Au lieu de ça, (et grâce à l’aide de Louis, un voyageur heureux de nous aider) nous sautons dans un bus confortable (et frisquet) pour Colombo, puis après une demi-heure d’attente sous la pluie, un nouveau bus qui nous dépose au bord de la route pour un dernier trajet en tuktuk.

Nous arrivons à l’aéroport un peu trop en avance, prêts à quitter cette île sur laquelle nous avons passé quatre mois et demi, alors que nous pensions n’y séjourner qu’un mois.
Nous avons mis du temps à nous imprégner du pays et à l’apprécier, mais finalement, petit à petit, le Sri Lanka a dévoilé certains trésors cachés.
Des montagnes du centre aux collines de thé, les temples et ruines, des cascades aux eaux fraiches, des paysages désolés de savane, des côtes aux eaux limpides en passant par les vagues que l’on a surfées.
Nous nous sommes abreuvés du jus de centaines de noix de coco et nous sommes nourris de la beauté de la nature. La diversité des paysages nous a enchantés. On s’est imprégnés de la jungle, on a appris à contempler les oiseaux, et tenter de comprendre les différences et cultures qui font la richesse de cette île et la complexité de sa société.
On a bu du thé en y trempant des paquets de ginger biscuits et on a trinqué à la Lion Beer autour de plats de poisson frais.
On a fait des overdoses de croissants, de tartes, de curd et de pâtes. Et on s’est régalé de ces rice and curry si variés et des short eat dont on pouvait se sustenter n’importe où.
Nous avons rencontrés des personnes généreuses, et souriantes. Car la gentillesse des Srilankais n’est généralement pas à démontrer.
Et bien évidemment, notre séjour au Sri Lanka n’aurait pas été le même sans notre rencontre avec Charles et Maneyika. Une rencontre simple et belle. Sincère et amicale. Une rencontre fortuite qui a bouleversé nos plans et nous a offerts tant de souvenirs.

Finalement, alors que nous sommes sur le point de quitter cette île, nous pourrions dire : c’était ex‑Ceylan.

6 thoughts on “On plie les Galle

  1. Et oui c’est lent…!!! Quatre mois et demi au lieu d’un…mais que de beaux instants avez-vous du vivre ? Quant à nous, c’est l’Inde que vous nous ferez découvrir désormais. Bonne route et merci pour ce partage toujours renouvelé . Bises. ppf.

  2. Wouaaaah Une chambre d’hotêl et un avion ! La Bourlingue ce gentrifie dis donc 🙂
    Je suis toujours aussi admiratif de VOUS voir admiratif d’un « simple » paysage, après tout ce que vous avez vécu !!
    Vous vendez du rêve les amis !!! … et de la geographie sociologique au top niveau !! J’adore !
    Bisous

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